Forcé, tout comme ses concurrents, de s’adapter dans le contexte difficile de la réforme du régime sucrier européen, l’allemand Nordzucker a fait le choix de se recentrer sur son cœur de métier, le sucre de betterave, abandonnant ainsi sa participation de 50 % dans le producteur de glucoses Syral. C’est Tereos, actionnaire de la société alsacienne à égalité avec Nordzucker, qui reprendra avec ses partenaires céréaliers la part du groupe allemand. Bien que la production de glucoses ne représente qu’une faible partie de la production du numéro deux européen du sucre, Tereos estime que cette offre lui permet de suivre les besoins de sa clientèle alimentaire en produits sucrants naturels, un secteur en expansion.
La réforme du régime sucrier européen est vecteur de changements. Tandis que certains acteurs diversifient leurs activités et multiplient les investissements, d’autres au contraire choisissent de se recentrer sur une catégorie stratégique et mènent des opérations de cession. C’est le cas de Nordzucker, qui, face aux réductions significatives d’activité sur le marché du sucre, a décidé de se concentrer sur son métier de base, le sucre de betterave. « Nous devons concentrer nos forces sur un développement agricole et industriel compétitif », a estimé Ulrich Noehle, président du directoire de la société allemande. Alors, bien que l’activité de Syral, quatrième producteur européen de glucoses et autres produits sucrants issus de l’amidon, installé à Marckolsheim en Alsace, se soit bien développée, l’allemand a estimé que la société était « trop éloignée de l’intérêt de ses actionnaires ». Nordzucker a donc mis en vente sa participation dans la société créée il y a 10 ans par le français Tereos, et dans laquelle il était lui-même arrivé en 2001. Progressivement, sa participation avait augmenté jusqu’à un partage à égalité du capital.
Tereos et ses partenaires céréaliers deviennent actionnaires à 100% de Syral
C’est donc logiquement Tereos et ses partenaires céréaliers qui reprendront le flambeau. Au terme de l’opération, Tereos détiendra 56 % du capital de Syral, tandis que les céréaliers possèderont le reste. Engagé avec succès depuis 13 ans, au travers de BENP (Bioéthanol Nord-Picardie) dans la production de bioéthanol de blé, et depuis 10 ans dans celle des glucoses, le groupe coopératif sucrier a noué un solide partenariat avec ses associés céréaliers historiques : Unéal, Union Picardie Ethanol et Hubau, rejoints récemment pour la construction de l’usine BENP de Lillebonne par Agralys, Epis-Centre et Cap Seine. Pour la reprise de la participation de Nordzucker, le Comptoir agricole d’Hochfelden, le Crédit agricole du Nord-est et la banque des céréaliers Unigrains, se sont joints aux coopératives céréalières. Pour tous, la reprise offre des perspectives intéressantes : « Tereos sera en mesure de suivre les besoins évolutifs de sa clientèle alimentaire européenne en lui offrant une gamme de produits sucrants naturels, complémentaires au saccharose, tandis que ses partenaires céréaliers trouveront dans Syral, des perspectives de développement de débouchés nouveaux, en plus de ceux de l’éthanol, pour leurs productions de céréales », a déclaré Philippe Duval, président du directoire de Tereos.
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Une activité en croissance
A bien y regarder, l’activité de Syral semblait pourtant négligeable dans l’activité du numéro deux européen du sucre. Le leader français produit en effet 3,2 millions de tonnes de sucre par an, y compris les quelque 300 000 tonnes de glucose et produits dérivés provenant de la glucoserie Syral. Le site de Marckolsheim transforme annuellement 600 000 tonnes de maïs et de blé en 340 000 tonnes de produits finis, ce qui a permis à l’entreprise alsacienne d’enregistrer un chiffre d’affaires de 177 millions d’euros en 2006 et un résultat net de 5,3 millions. Une goutte d’eau au regard des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires de Tereos – connu avant tout pour ses marques Béghin-Say, La Perruche, Blonvilliers, et dont les activités sucrières pèsent encore au moins deux tiers du chiffre d’affaires –, mais qui n’est pourtant pas négligeable. Tout comme les biocarburants, la transformation de céréales en glucose est un secteur en forte expansion, qui devrait dès l’année prochaine peser 10 % du chiffre d’affaires de Tereos.