Les experts du Cercle Cyclope s’attendent à une légère hausse des cours dans les prochains mois. Mais ils rappellent que la production mondiale a été abondante en 2025-2026, et les alertes ne sont pas légion pour 2026-2027. La situation du détroit d’Ormuz et ses conséquences sur les marchés des engrais restent à surveiller, mais la météo reste primordiale.
Lors d’une conférence de presse de présentation du rapport Cyclope 2026 à Paris le 2 juin, le président de la société d’études Cercle Cyclope Philippe Chalmin a déclaré que, concernant les céréales, « une hausse des prix est à attendre dans les prochains mois ». Néanmoins, le scénario privilégié pour le moment est une progression modérée. En effet, le rapport en question rappelle que, malgré les nombreuses incertitudes, l’offre mondiale reste abondante, que ce soit en 2025-2026 ou 2026-2027.
La fermeture du détroit d’Ormuz, provoquant une hausse des cours des engrais, constitue bien entendu un facteur haussier. Mais Philippe Chalmin rappelle que pour la récolte 2026, la flambée des fertilisants n’a que peu d’effet dans l’hémisphère Nord, les apports étant déjà réalisés. Seul le maïs est touché, que ce soit en Europe ou aux USA. En revanche, les pays de l’hémisphère sud sont davantage exposés. C’est le cas de l’Australie. Les autorités locales ont d’ailleurs annoncé dans un rapport du 1er juin tabler sur une baisse de la sole 2026 de 12 % par rapport à l’an dernier, en partie en raison de la hausse des engrais. En matière de volume, la production chuterait d’un quart environ annuellement (23 %), pour tomber à 26,7 Mt.
François Luguenot, collaborateur de l’ouvrage et spécialiste de la partie céréales, signale par ailleurs que, certes, la flambée des fertilisants peut induire moins d’apports et donc une baisse de la qualité et des rendements des céréales, que ce soit dans l’Hexagone ou dans le monde. Mais « on peut recourir davantage à l’agronomie, sachant qu’on épand trop d’engrais en France ». Au niveau hexagonal, une baisse des surfaces de céréales n’est pas impossible, « mais cela peut être compensé par une hausse d’autres cultures, comme celles de légumineuses ». Au niveau mondial, « il n’y a guère d’alerte pour les récoltes en zone mer Noire, sachant que la Russie produit ses propres engrais. Pour la récolte 2027, on verra ce qu’il se passera. Mais c’est surtout de la météo que viendra une éventuelle flambée des prix ».
Attention au phénomène El Nino
C’est ce que confirme Philippe Chalmin qui souligne que « la probabilité de voir apparaître un phénomène El Nino est de 80 %, et celle d’un super El Nino de 35 % ». Ce phénomène est susceptible d’affecter les moissons dans diverses régions du globe, notamment l’Australie.
François Luguenot insiste sur le fait que, plus que les engrais, « c’est le bilan mondial des céréales qui fait le prix ». Or, ces bilans, malgré des prévisions de recul entre 2025-2026 et 2026-2027, « restent assez lourds, avec d’importants stocks ». Pour rappel, les récoltes de céréales se sont avérées records en 2025-2026. Cela permettra à la campagne 2026-2027 de démarrer avec des niveaux de stocks confortables. De plus, si les volumes produits devraient reculer lors de cette même période 2026-2027, ils resteraient à des niveaux tout à fait convenables.
Le rapport Cyclope rappelle ensuite que l’appétit chinois en grains a fortement diminué depuis 2024-2025, revenant à des niveaux d’avant 2020. Dans un contexte d’abondance de l’offre mondiale, c’est la parité euro/dollar qui a été l’une des principales sources de volatilité des prix des céréales durant 2025-2026, ajoute le document. Cela sous-entend que ce facteur sera probablement également déterminant en 2026-2027.
Pour résumer, afin d’affiner les prévisions, il reste à connaître, parmi d’autres facteurs, l’intensité du phénomène El Nino, la situation météorologique en zone mer Noire et la situation du détroit d’Ormuz, selon les experts du Cercle Cyclope. Sans oublier la parité euro/dollar, les relations commerciales entre les pays, et le niveau de la consommation chinoise de grains. Ces éléments pourraient intensifier, atténuer, voire inverser les prévisions.
KC