Préoccupées par l’absence de progrès contre l’obésité de la Plate-forme européenne pour l’alimentation, l’activité physique et la santé, plusieurs organisations de la société civile de l’UE ont décidé de claquer la porte de ce forum et réclament une refonte profonde de ses objectifs et de son fonctionnement.
« Nous ne considérons pas pour l’instant que la participation continue de nos organisations de la société civile à la Plate-forme européenne pour l’alimentation, l’activité physique et la santé constitue une utilisation productive de nos ressources ». Passablement déçus par les résultats de la Plate-forme dans la lutte contre les problèmes liés à la surcharge pondérale et à l’obésité, le BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) et six autres organisations (1) ont publié, le 3 juillet 2019, un communiqué commun dans lequel ils prennent la décision de quitter cette Plate-forme. Rappelant qu’en Europe, un adulte sur deux est atteint d’embonpoint ou est obèse, ces organisations soutiennent que la Plate-forme, telle qu’elle est actuellement, n’est pas adaptée à son objectif de promouvoir une alimentation saine et l’activité physique, et qu’elle ne peut donc pas contribuer de manière adéquate à inverser cette tendance. Elles expliquent que « la diminution continue des ressources, du temps et de l’attention accordés à la Plate-forme au fil des ans montre que l’on reconnaît l’impact limité que ce forum peut avoir ».
Les ONG pointent notamment la réduction du nombre des seules réunions plénières annuelles de la Plate-forme, qui est passé de cinq lors de sa création en 2005, à seulement deux en 2018. Elles font observer également que « les mesures énergiques prises au niveau de l’UE pour lutter contre la surcharge pondérale, l’obésité et les maladies non transmissibles semblent diminuer plutôt que de s’intensifier, et ce malgré une prévalence élevée et persistante ». Cela, insistent-elles, « va à l’encontre d’un climat dans lequel les citoyens attendent de l’UE qu’elle promeuve et préserve leur santé et assure un niveau élevé de protection des consommateurs ». En avril 2019, ces mêmes organisations avaient déjà alerté la direction générale de la santé à la Commission européenne (DG Santé) en lui demandant une révision urgente et significative afin d’améliorer les résultats de la Plate-forme. En vain, la Commission européenne n’a pas répondu et n’a même pas accepté l’idée de prendre un rendez-vous pour en débattre. Les organisations de la société civile soulignent toutefois « la légitimité et l’importance d’un dialogue structuré continu avec les organisations représentant les consommateurs, les ONG de santé publique et les organisations médicales dans toute discussion sur les actions futures de l’UE concernant la crise de l’obésité et des maladies non transmissibles à laquelle l’Europe est confrontée ». Elles se disent impatientes de s’engager de manière constructive avec la Commission européenne et les États membres au cours de la prochaine législature pour veiller à ce que toute réponse de ce type ait un impact sur l’amélioration de la santé des citoyens européens. Elles estiment que la DG Santé devra jouer « un rôle de premier plan pour faire avancer les actions nécessaires à la réalisation des objectifs visant à préserver la santé des Européens, qui sont également essentiels pour atteindre les objectifs économiques ».
Baby Food Action Network), EHN (European Heart Network), CPME (Comité Permanent des Médecins Européens), EPHA (European Public Health Alliance) et COFACE (Confédération des Organisations Familiales de la Communauté Européenne)
Que fait concrètement la Plate-forme
La Plate-forme de l’UE sur l’alimentation, l’activité physique et la santé regroupe les exploitants du secteur alimentaire (fabricants, détaillants, traiteurs, restauration rapide), les associations de consommateurs, les ONG de santé publique, les associations scientifiques et professionnelles. Par leurs engagements volontaires, les membres de la Plate-forme visent à : aider les pays de l’UE à réduire la consommation de sel, de graisses saturées, d’acides gras trans et de sucres ajoutés ; augmenter la consommation de fruits et de légumes ; réduire l’exposition des enfants à la publicité de certains produits alimentaires et les incidences de cette publicité ; accroître l’activité physique régulière et réduire les comportements sédentaires ; augmenter les taux d’allaitement exclusif et continu et réduire les inégalités liées à l’alimentation et l’activité physique. Les membres de la Plate-forme se communiquent mutuellement leurs plans d’action, en présentant ce qu’ils entendent réaliser et par quels moyens.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre commun de recherche (CCR) et la Commission européenne évaluent conjointement si les engagements sont suffisamment pertinents par rapport aux objectifs de la Plate-forme. Les membres rendent compte chaque année des progrès accomplis en vue d’atteindre les résultats de leur action, ainsi que des ressources et des efforts investis. Leurs rapports annuels de suivi sont examinés par des auditeurs externes.