La sécheresse qui sévit en Bretagne a entamé le potentiel productif des maraîchers au-delà de leurs pires craintes. Ils avancent leurs solutions : stockage de l’eau, réflexion sur les cultures, mutualisation des risques…
Dans un communiqué de presse du 10 août, l’AOP Cerafel (Prince de Bretagne) tire la sonnette d’alarme face aux très importantes baisses de rendement engendrées par la sécheresse persistante en Bretagne. « Toutes les productions sont touchées, particulièrement lorsqu’elles ne sont pas irriguées », indique Marc Kérangueven, président de l’AOP. Les producteurs de choux-fleurs constatent environ 20 % de pertes sur les récoltes en cours (jusqu’à 100 % sur les parcelles non irriguées), ainsi que des pertes de jeunes plants qui compromettent les volumes prévus pour l’automne-hiver. Situation similaire pour l’artichaut (de 50 % à 100 %).
Les pertes égalent ou dépassent les 50 % pour plusieurs variétés : 60 % pour les brocolis, 50 % pour le coco de Paimpol, la laitue et le chou-pomme, jusqu’à 90 % pour les panais, jusqu’à 100 % pour les mini-carottes. En chou Romanesco, les premières plantations ont été fortement touchées avec un risque de pertes pouvant atteindre 100 %. Sous abris, malgré le goutte-à-goutte, tomates, fraises, poivrons et concombres auraient subi de fortes pertes de rendement et de qualité. Les pertes en endives sont estimées entre 15 % et 40 % en bio et autour de 20 % en conventionnel.
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Assouplir les critères d’agréage avec la GMS
Face à la situation, le Cerafel demande aux centrales d’achat de la GMS d’assouplir les critères d’agréage afin d’éviter les refus de marchandises cet été et pour les mois à venir. Au-delà, il demande d’accélérer les décisions sur le stockage hivernal, de sécuriser les autorisations d’irrigation et de soutenir les investissements hydriques. Seulement 20 % des maraîchers sont équipés pour l’irrigation. « Il va falloir apprendre à garder l’eau de pluie de l’hiver, souligne Marc Keranguéven. En Bretagne, les maraîchers ont la chance de bénéficier d’une pluviométrie annuelle importante, mais il devient indispensable d’apprendre à conserver ces ressources pour faire face à des épisodes de canicule comme la région n’a encore jamais connus ».
Interrogés par l’AFP, d’autres protagonistes bretons du secteur ont également réagi. Ainsi, le groupe agroalimentaire Eureden demande « des hausses de prix » pour compenser partiellement la baisse des volumes et assurer les revenus des maraîchers. Yoann Morin, de la coopérative BioBreizh, prône « les rotations de cultures, les haies, les talus » pour mieux retenir l’eau. Il faudra aussi « repenser les équipements pour arroser chez certains producteurs », ajoute-t-il. Christophe Mimeau, de la coopérative Terres de l’Ouest aimerait voir mutualiser les risques portés aujourd’hui seulement par les agriculteurs et prône une « réflexion sur les cultures » pour en introduire des plus adaptées.