Autre temps, autres mœurs : la précédente flambée des matières premières  au printemps 2008 avait laissé de marbre les responsables européens. La doctrine en vigueur à Bruxelles, et que prônait même sans la moindre hésitation la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel, leur fermait les yeux et leur liait les mains. Les variations de cours des produits agricoles s’expliquaient surtout, selon elle, par « les fondamentaux », la spéculation n’ayant alors qu’un « impact marginal ». Les dégâts observés depuis dans la plupart des filières agroalimentaires, tant dans la première phase haussière que lors de la rechute brutale des prix et maintenant dans leur nouvel envol, ont sûrement ébranlé ce type de convictions ultra-libérales. Il faut dire que la crise financière est passée par là avec son lot d’interventions massives des Etats sur le système bancaire. Même si tout n’est pas réglé, loin de là, en ce domaine, la notion même de régulation n’est plus taboue. Les orientations qui se dessinent pour la Pac-post 2013 traduisent cet infléchissement, tel que du moins l’exprime le roumain Dacian Ciolos, le nouveau commissaire à l’agriculture. Et son collègue le français Michel Barnier est bien placé en tant que commissaire chargé du marché intérieur et des services financiers, pour lui prêter main forte. C’est ce qu’il tente de faire passer en proposant des mesures de lutte contre la spéculation sur les produits dérivés adossés aux matières premières agricoles. Il lui faudra pour ce faire modifier la directive Mifid, au mieux courant 2011… Et espérer surtout que pareille régulation dépasse le seul espace européen pour s’élargir, sous présidence française, à celui du G20 !