Comment appréciez-vous ce débat qui s'est invité au PE sur l'avenir des quotas sucriers ?
Ce débat se déroule dans une situation bizarre et compliquée à la fois ; on le voit revenir sur la table notamment à travers des questions posées par un certain nombre d'eurodéputés britanniques qui répètent les arguments développés par des grosses raffineries de sucre de canne basées à Londres et qui appartiennent à une grande entreprise britannique, Tate & Lyle, pour ne pas la nommer. Le débat est de savoir si aujourd'hui il faut ouvrir le marché du sucre de canne pour faire tourner les raffineries au-delà des accords commerciaux qui existent, sachant que si l'on fait cela on mettrait en péril l'activité de l'ensemble de la filière de la betterave sucrière au niveau européen. Une filière qui a payé un lourd tribut en 2006 du fait de la restructuration qui a été décidée et qui s'est traduite par la destruction de la moitié des outils de production. L'objectif c'est quand même de garder un équilibre entre les deux filières mais ce que proposent en fait les multinationales à travers le lobbying de quelques députés anglais c'est de casser complètement cet équilibre. En fait, ils veulent ouvrir le marché du sucre en dehors des accords internationaux conclus avec les pays ultrapériphériques (notamment les Antilles et la Réunion) mais aussi avec les PMA (pays les moins avancés). Pour nous, il faut maintenir et respecter ces accords commerciaux tels qu'ils existent et ne pas essayer de leur tordre le cou avec le risque de voir le marché européen submergé par des importations de sucre de canne venant de grands pays qui ne sont pas partie des accords commerciaux préférentiels.
Pourtant les industries européennes utilisatrices de sucre ne cessent de clamer qu'elles manquent de sucre pour approvisionner le marché ?
C'est là un problème d'une totale confusion et la Commission européenne elle-même n'arrive pas à comprendre ce qui se passe. Les chiffres sur les approvisionnements qui remontent au niveau des services de la Commission montrent clairement que l'UE dispose de plus de 1 million de tonnes de sucre de réserve...Or, quand les industriels parlent on a l'impression qu'il n'y a pas un seul kilo de sucre sur le marché ! Là il va falloir que l'UE remette à plat clairement tous les chiffres. Parce que, en fonction des gens que l'on a en face, on n'a pas les mêmes données. La Commission elle-même reconnaît que d'un côté il y a des stocks de sucre et que de l'autre il n'y a pas assez de sucre sur le marché. C'est quand même très bizarre : il y a quelqu'un qui triche dans l'histoire et il va falloir le démasquer...
Que va-t-il se passer à présent ?
On va attendre et voir ce que la Commission européenne va faire de ce débat sur les approvisionnements en sucre du marché. Je pense qu'il est de la responsabilité de la Commission européenne de nous donner la situation exacte du marché. Je n'imagine pas une seule seconde que ce serait le lobbying sous-marin fait, entre autres, par une grande entreprise américaine, de dicter à l'Europe ce qu'elle doit faire. Ce serait une situation tout à fait inacceptable !
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