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Tunnels de prix : le Sénat aiguise le débat

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Contre l'avis du l'exécutif, le Sénat a proposé que le gouvernement puisse imposer des tunnels de prix aux interprofessions. Un choix qui divise producteurs, transformateurs et distributeurs.

Contre l'avis des ministres, le Sénat a adopté une version de la loi d'urgence dans laquelle le gouvernement serait habilité à imposer des tunnels de prix dans toutes les interprofessions, et pas seulement dans la filière bovins viande comme le proposait l'exécutif. La décision divise les organisations professionnelles, qui ont donné de la voix en vue de la commission mixte paritaire le 16 juillet.

Les tunnels de prix mécontentent tout spécialement l’Ania (industriels). Les industries refusent l’idée que leur soit imposé « un prix plancher déguisé, basé sur les seuls coûts de production », en contournant les interprofessions. L’Ania craint en particulier l’instauration de prix qui seraient décorrélés des prix mondiaux alors que « les marchés agricoles et agroalimentaires sont ouverts, mondialisés, mouvants ».

Eleveurs contre industriels

Les industriels de la viande sont du même avis. Culture Viande (industriels des viandes de boucherie) alerte aussi sur le risque de déconnexion des prix français des viandes bovines après que le Sénat a adopté un amendement du gouvernement prolongeant l’expérimentation des tunnels de prix pour la filière bovins viande. « Ce n’est pas le principe d’un tunnel de prix qui est en cause, mais le choix d’en fonder la borne basse sur les coûts de production », préviennent les abatteurs.  En achetant à des prix progressivement déconnectés des réalités du marché européen, les entreprises françaises, débouchés des éleveurs, se fragiliseraient au profit des importations, font-ils valoir. Le syndicat argumente que le tunnel de prix expérimenté depuis 2021 n’est pour rien dans le doublement des prix des animaux entre 2020 et 2025, qui résulte « avant tout de la contraction de l’offre liée à la décapitalisation des cheptels. » Dans un communiqué, la FNB (éleveurs, FNSEA) estime à l’inverse qu’il s’agit d'une « avancée majeure pour le respect du coût de production ».

On retrouve la même opposition dans la filière laitière entre la Fnil (industriels) et la FNPL (éleveurs, FNSEA). La Fnil craint que « le tunnel de prix expose les producteurs et les industriels laitiers, dont les marges sont déjà très faibles, à un arbitraire », surtout pour les segments exportateurs qui seraient confrontés à un prix national déconnecté des prix internationaux. Elle veut que l’interprofession puisse décider des indicateurs et non l’État, une position partagée par la FNPL.

Les éleveurs estiment en revanche que « le tunnel de prix constitue un outil de sécurisation du revenu des producteurs et de prise en compte des coûts de production dans la construction du prix ». Pour la FNPL, « il devient indispensable de disposer d’outils permettant d’éviter que les producteurs ne supportent seuls les conséquences de ces évolutions».

CB

« Un prix plancher déguisé, basé sur les seuls coûts de production »