Dans un communiqué du 15 avril, la FNB appelle les éleveurs à retenir leurs animaux pour obtenir de meilleurs prix. D’après l’interprofession Interbev, les abattages et la consommation repartent, mais les prix à la production restent en retrait.
Vers un retour à la normale en viande bovine ? Après plusieurs semaines chahutées, « on retrouve l’équilibre en termes d’abattage et de consommation », assure Guy Hermouet, président de la section bovine d’Interbev (interprofession bétail et viandes), le 16 avril à Agra Presse. « On observe une reprise des abattages en semaine 15, au niveau d’une année normale. Ils ont augmenté de 12 % en jeunes bovins allaitants et vaches allaitantes, et de 8 % en vaches laitières, après un repli global de 7 % entre les semaines 11 et 15. » Un constat partagé, selon cet éleveur vendéen, par tous les membres du bureau d’Interbev lors d’une réunion le 14 avril.
Autre signe encourageant : « Les distributeurs et les entreprises nous disent que la consommation évolue en mode estival et se tourne vers les pièces à griller », relève Guy Hermouet. De quoi améliorer l’équilibre carcasse, pénalisé depuis le début du confinement par l’envolée des ventes de steak haché. « La consommation de viande bovine par les ménages répond bien, elle fait partie des produits qui s’en sortent le mieux », résume-t-il, tout en appelant à la « prudence ».
Les ventes de steak haché ont flambé de 33 %
Car malgré cette embellie, « le prix à la production n’y est pas », regrette le responsable d’Interbev, avec « une baisse de 2 % par rapport à 2019 ». Une situation dénoncée par la FNB (producteurs de bovins viande, FNSEA) : dans un communiqué du 15 avril, elle appelle les éleveurs « à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme ». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer « un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production » pendant l’état d’urgence sanitaire. La FNB demandait alors – comme avant la crise du Covid-19 – une revalorisation de 1€/kg, soit « une hausse théorique du prix consommateur de 15 centimes par steak ». Sa requête n’a reçu aucune réponse de la part des pouvoirs publics, regrette le syndicat, qui dénonce aussi « l’attitude irresponsable des acteurs de l’aval de sa filière ».
« On nous dit que comme on vend plus de steak haché, il y a un déséquilibre », explique Guy Hermouet, par ailleurs ancien responsable national de la FNB. D’après lui, le panéliste IRI aurait constaté une flambée des ventes de viande hachée et de produits élaborés de 33 % entre la semaine 11 et la semaine 14 (avec une pointe de +75 % pour les surgelés). Dans le même temps, la viande piécée aurait progressé de " seulement " 14 %.
Polémique sur le niveau des stocks sur pied
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Un travail est en cours au sein d’Interbev pour « avoir un peu plus de transparence » sur le segment du haché, rappelle Guy Hermouet. « Aujourd’hui, la transformation absorbe 70 % de la carcasse, on ne peut pas avoir le même comportement qu’il y a quelques années, quand seulement 30 % étaient transformés », martèle-t-il. Lancée pendant les États généraux de l’alimentation, cette démarche « tournait en rond depuis longtemps », déplore-t-il. Les déséquilibres nés de la crise sanitaire pourraient la relancer.
La prépondérance du haché n’est pas la seule explication de la faiblesse des prix payés aux éleveurs. « Des opérateurs proposent des animaux à n’importe quel prix, du moment qu’ils partent des fermes », constate M. Hermouet. « Certaines organisations de producteurs ont parlé de 11 000, voire 18 000 animaux en stock, ajoute-t-il. Ces chiffres démentiels ont provoqué la panique. » D’après Interbev, ces chiffres comprennent le total des animaux présents dans les fermes par rapport à 2019. Ils reflètent un pic des naissances observé à l’automne 2018, mais ils comptabilisent aussi les animaux destinés à être vendus… sachant que la France « abat ou exporte en vif 14 000 animaux par semaine ».
« Les exportations vers la Chine repartent »
Le surstock réel tournerait plutôt « autour de quelques milliers d’animaux au 1er avril », estime Guy Hermouet. Un niveau « résorbable » par l’export, en vif comme en viande. « Les exportations vers la Chine repartent », rapporte l’éleveur, après avoir été bloquées au début de l’année par l’immobilisation des containers. D’après Interbev, les expéditions totalisent « 100 tonnes de viande en mars, avec des engagements de prix qui correspondent à ce qui était convenu avant le confinement ».
Dans le meilleur des cas, les différents débouchés à l’export pourraient permettre de réduire le surplus dans les élevages à « environ 600 animaux supplémentaires par semaine », espère M. Hermouet. Interbev prévoit de communiquer des chiffres précis en début de semaine du 20 avril. Ces calculs seront réalisés par l’Idele (Institut de l’élevage) à partir des chiffres officiels de la BDNI (base de données nationale de l’identification). Une manière de clore la polémique, en espérant assainir le marché.
En confinement, « la viande bovine fait partie des produits qui s’en sortent le mieux »
Un chiffrage précis des stocks sur pied en début de semaine du 20 avril