Des trois valeurs vedettes de l’alimentaire, Nestlé, Danone et Unilever, c’est bien la plus petite qui s’avère la plus mobile et la plus à même de satisfaire ses actionnaires. Jugé trop facilement opéable il y a juste deux ans quand la menace PepsiCo devait tous nous faire « lever pour Danone », le groupe français a comme meilleure parade pour rester lui-même de s’efforcer d’être hors de prix. Ce qui veut dire créer toujours plus de valeur via des positions de leader, non plus sur un continent mais sur tous, et surtout là où la croissance est rapide et la rentabilité forte. Ce pari, pour Franck Riboud, est jouable avec l’eau et les produits frais, il ne l’avait jamais vraiment été pour sa branche biscuit : même redressée, elle restait à 80 % liée au Vieux continent et risquait de moins en moins de coller avec l’image santé délibérément adoptée par son groupe.

Après avoir tant peiné sur l’affaire LU qui avait failli avoir raison de l’image sociale forgée en son temps par Antoine Riboud, il n’était pas question de laisser passer pareille aubaine quand Kraft a fait ses premières avances. Libéré de ses liens contre-nature avec un géant du tabac, l’Américain a d’ailleurs su se faire convaincant en y mettant le prix. Et en acceptant de maintenir un temps les emplois, les usines et le siège social européen.

Inutile de regarder en arrière, semble dire l’héritier qui a délesté Danone de tant de marques jugées disparates : Panzani, William Saurin, Carambar, Galbani, Liébig, Amora, Maille, Lee Perrins, Mahou ou Kronenbourg, et même celles de Nabisco Europe revendues à … Kraft déjà, il y a sept ans. Car, il y a beaucoup à faire dans le vaste monde, à commencer par celui des produits laitiers ou infantiles et des alicaments (Wimm Bill Dann ?, Numico ?, Yakult ? Mengniu, ? etc).