Insectes : Ynsect obtient 10 M€ de ses actionnaires et évite la liquidation
Le Tribunal de commerce d’Evry vient de rendre sa décision le 7 avril sur l’avenir d’Ynsect, spécialiste de l’élevage et de la transformation d’insectes, actuellement sous la protection du Tribunal dans le cadre du redressement judiciaire prononcé le 3 mars. La société a finalement évité la liquidation puisqu’elle annonce « l’obtention d’un financement de 10 millions d’euros auprès de ses actionnaires historiques. Cet apport de fonds permet à l’entreprise de financer la poursuite d’activité, dont la production et la livraison des clients, et les discussions avec de potentiels investisseurs pendant les prochains mois », selon Ynsect. Le PDG actuel Shankar Krishnamoorthy quitte la société et il est remplacé par Emmanuel Pinto, présenté par Ynsect comme « un professionnel aguerri de l’accompagnement des entreprises en difficulté » qui devra travailler à la mise sur pied d’un nouveau plan d’affaires. L’appel d’offres qui avait été lancé pour la reprise des sites industriels d’Amiens et de Dole, maintenant clôturé, a été partiellement fructueux. Ynsect a reçu « une marque d’intérêt pour la reprise partielle du site de Dole. Elle est actuellement en cours d’analyse et le tribunal se prononcera lors d’une prochaine audience fin mai ».
Agrofourniture: le réseau Actura se prépare au départ de son directeur général fin septembre
À l’occasion de son assemblée générale du 28 mars, Éric Barbedette, le directeur général du réseau Actura (chiffre d’affaires de 598 M€, 139 adhérents) a indiqué qu’il quitterait ses fonctions fin septembre pour faire valoir ses droits à la retraite, après avoir piloté le groupe depuis sa création en octobre 2015. Le président, Alain Datin, a précisé, sans dévoiler de nom, que « le processus de succession était en cours », tout en rappelant que « l’organisation actuellement en place garantissait une stabilité opérationnelle et la poursuite des projets ». Déjà, en début d’année, le groupe a fait évoluer son organisation en créant trois directions opérationnelles et en nommant deux directeurs généraux délégués. Lors de l’assemblée générale, Actura a dévoilé « des fondements solides avec des capitaux propres à hauteur de 62 M€ » et a réaffirmé les objectifs de son plan Horizon 2030, axés sur des projets de développement en semences, biosolutions, digitalisation, Europe et logistique/supply. Leitmotiv du groupe « rester agile » et conserver « une organisation souple » pour « une prise de décision rapide et une culture de l’innovation ». (Anne Gilet)
Orges : les taxes douanières de Trump peuvent indirectement favoriser la France
Lors du colloque orges brassicoles organisé par Arvalis à Orléans le 3 avril, Alexis Garnot, trader de Soufflet Négoce by Invivo, a indiqué que « la hausse des tarifs douaniers décidée par l’administration états-unienne sur les produits chinois peut indirectement favoriser les exportations d’orges fourragères françaises vers la Chine ». Le raisonnement : la Chine importe des quantités massives de sorgho en provenance des États-Unis, qui dispose de fonctions semblables à l’orge dans l’alimentation des animaux. Avec la hausse des tarifs douaniers états-uniens sur les produits chinois, l'Empire du milieu pouvait répliquer - ce qui a été fait le 4 avril - en boycottant le sorgho américain, et se tourner vers d’autres céréales émanant d’autres pays, dont l’Hexagone. Ce phénomène avait été observé lors du précédent mandat de Donald Trump (2017-2021) et de sa première guerre commerciale avec la Chine. Toutefois, « l’instabilité géopolitique fait que ce scénario peut changer dans dix jours », prévient le trader. Ensuite, l’Australie peut de nouveau exporter ses orges vers la Chine depuis 2023 (le boycott chinois avait débuté en 2020), et constitue un concurrent majeur.
Orges : une offre mondiale attendue comme assez abondante en 2025, selon Soufflet
« Le disponible d’orges au niveau mondial en 2025 devrait s’avérer suffisant » pour satisfaire la demande, s’est exprimé Alexis Garnot, trader de Soufflet Négoce by InVivo, lors du colloque orges brassicoles organisé par Arvalis à Orléans le 3 avril. L’expert table pour l'instant sur une production mondiale à 144 Mt, un niveau confortable, contre 143,6 Mt l’an dernier selon l’USDA. Prudence néanmoins : ces prévisions peuvent largement changer en fonction des conditions climatiques durant les prochaines semaines. Le trader ajoute que la demande mondiale en malt ne montre guère de signe de reprise, pesant sur la demande et laissant encore davantage de disponibilités. Ce que confirme son collègue analyste Robert N’soga Ngue : « La consommation de bière et par ricochet de malt reste limitée dans les pays fortement touchés par l’inflation qui a émergé en 2022-2023 ». Ensuite, Alexis Garnot évoque la concurrence internationale accrue, notamment de l’Australie : « Certes, lors de la dispute Australie/Chine, la France a pu exporter massivement ses orges vers la Chine. Mais l’Australie en a profité pour conquérir des parts de marché vers d’autres pays ces dernières années, et nous en souffrons aujourd’hui ».
Taxes américaines : l’administration Trump pourrait compenser les pertes des agriculteurs
« Nous devons nous préparer à ce que, s'il y a des dommages à long terme, nous nous assurions que nous disposons des fonds nécessaires pour atténuer certaines des retombées des tarifs douaniers », a indiqué, le 6 avril, la secrétaire d’Etat américaine à l’Agriculture, Brooke Rollins, à l’occasion d’une interview à la chaine de télévision CNN. Il faut dire que le secteur agricole américain s’inquiète des conséquences de la politique commerciale agressive des Etats-Unis. Pour appuyer son propos, elle a évoqué les fonds mis en place par son prédécesseur Républicain, Sonny Perdue, en réponse aux droits de douane imposés sur la Chine lors du premier mandat de Donald Trump. A l’époque, l’administration américaine avait mis sur la table une enveloppe de 23 milliards de dollars pour aider les agriculteurs. Brooke Rollins n’a pas pour autant remis en cause la politique tarifaire de Donald Trump, préférant mettre en avant les erreurs de la précédente administration. « Les marchés sont en train de s’ajuster », indique-t-elle pour justifier la chute des différents indices boursiers, ajoutant : « Nous verrons des signaux plus positifs très vite ». Et elle a conclu en déclarant : « Les droits de douane fonctionnent ».
Agroalimentaire/climat : EcoAct et MyEasyFarm s’allient pour décarboner le scope 3
Le cabinet de conseil climatique EcoAct (fondé en 2006, acquis par Schneider Electric en 2023) et la start-up MyEasyFarm (créée en 2017) ont annoncé un partenariat pour aider les entreprises agroalimentaires à décarboner leur scope 3 sur l’amont agricole, le 3 avril. Leur promesse : offrir à leurs clients une « solution innovante et interopérable permettant de mesurer, rapporter et réduire ces émissions », précise un communiqué. « Cette alliance permet d’optimiser l’automatisation et la gestion des données liées au scope 3 pour les entreprises agroalimentaires, tout en intégrant ces résultats dans leur stratégie globale et leur empreinte carbone. » Cela doit aussi faciliter « la mise en œuvre d’actions concrètes de décarbonation ». Dans ce cadre, MyEasyFarm apporte son expertise en gestion de données agricoles (données satellitaires, machines agricoles, sols, météo, etc.) et EcoAct ses « compétences méthodologiques et stratégiques ». Ce dernier accompagne les entreprises et territoires dans leur transition : mesure de l’impact environnemental, risques climatiques et adaptation, reporting, stratégie de décarbonation, etc. Pour rappel, MyEasyFarm a indiqué en février avoir réalisé un tour de table de « plus d’un million d’euros » notamment auprès du fonds allemand AgriFoodTech Venture Alliance.
Porc: le projet de label bas carbone dédié à la filière vient d'être mis en consultation
Comme attendu, le ministère de la Transition écologique vient de publier, le 7 avril, son projet de méthode dédiée à la production porcine pour le label bas carbone, dont les filières hors sol sont jusqu'ici exclues. Il s'agit de la troisième méthode agricole bas labellisée, après les grandes cultures et Carbon agri (polyculture-élevage bovin), pour lesquels des projets de révision ont été publiés le même jour. Elle ne recouvre pas le périmètre des deux autres méthodes, et se borne à l'élevage. Le ministère liste plusieurs types de leviers qui peuvent être actionnés pour baisser les émissions: alimentation des porcs, gestion des effluents, gestion de l'air dans les bâtiments, réduction des consommations d'énergie fossile et gestion des animaux. Le périmètre de la méthode ne prend pas en compte les émissions gazeuses liées à l’épandage des effluents. « Sur la base d'un prix de 32€/t, les éleveurs peuvent espérer, selon la taille du cheptel et les leviers utilisés, entre 5000 et 20000 euros par an, estime Annie Soulier, en charge du dossier à l'Ifip. Le levier le plus efficace est celui de la méthanisation.» La publication du label est notamment attendue par certains conseils régionaux qui y conditionneraient leur soutien.
Porc/taxes Trump: incidences multiples, résultat difficile à prédire pour l'UE (expert)
Interrogé par Agra presse, le spécialiste de l'économie porcine à l'université de Wageningen, le Néerlandais Robert Hoste estime qu'il est difficile de prédire les conséquences du «tremblement de terre» causé par les taxes américaines sur le marché du porc où les trois grands opérateurs (Chine, Etats-Unis et Union européenne) sont impliqués dans les mesures douanières. Pour l'UE, la première conséquence devrait être une augmentation du prix de l'alimentation animale (maïs/soja) «notamment en raison de l'insécurité» planant sur les marchés ; à l'inverse, les prix de l'aliment devraient baisser aux Etats-Unis face aux mesures de rétorsion. Sur le marché du porc, l'Europe devrait réduire ses envois vers les Etats-Unis, où elle exporte chaque mois 50 M€ de produits porcins, en raison des tarifs douaniers et de l'augmentation des stocks aux Etats-Unis ; en effet, les taxes chinoises sur le porc étasunien devraient gonfler les stocks outre-Manche. Autre conséquence des taxes chinoises, l'Empire du milieu importera «probablement» davantage de de porc de l'Union européenne. «Toutefois, je ne m'attendrais pas à ce qu'il y ait tellement d'avantages» pour l'Europe, conclut l'économiste, selon qui «un marché mondial ouvert est toujours la meilleure option en termes de sécurité d'approvisionnement optimale et de prix bas.»
Ruminants/bas carbone : mise en consultation de la méthode CarbonAgri révisée
La décision de révision de la méthode multi-leviers CarbonAgri est soumise à la consultation du public du 7 avril au 12 mai 2025. « La méthode est élargie aux ateliers d’élevages ovins et caprins », indique le site dédié aux consultations publiques, alors qu’elle concernait les exploitations agricoles ayant un atelier bovin ou de grandes cultures. « Il s’agissait d’une demande très forte de la part des éleveurs d’ovins et de caprins », avait déclaré à Agra Presse Jean-Baptiste Dollé, chef de service environnement au sein de l’Idele (qui porte la méthode) en février, lors de l’annonce de la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher. « De nouveaux leviers sont aussi développés », indique le site, « tels que l’augmentation de l’autonomie fourragère, l’utilisation de formes d’engrais moins émettrices et d’inhibiteurs de nitrification, ainsi que l’optimisation de la conduite des prairies ». S’ajoute « un cadre renforcé en matière d’éligibilité des projets, de leur instruction et de leur audit ». Depuis son approbation en 2019, la méthode CarbonAgri a permis la réalisation de 21 projets, dont 17 projets collectifs, concernant un total de 2 668 exploitations agricoles.
FCO 1 et 8: les vaccins commandés par l'Etat seront mis à disposition gratuitement
Après avoir annoncé début mars qu'il avait réservé des doses de vaccins pour la fièvre catarrhale ovine (FCO) 1 et 8, le gouvernement annonce, dans un communiqué le 7 avril, qu'elles seront «mises à disposition gratuitement» pour ces deux sérotypes, et «dès cet été», via les vétérinaires sanitaires. Comme demandé par le réseau GDS France (groupements de défense sanitaire), un «cordon sanitaire» va être mis en place à la frontière espagnole pour la FCO-1, avec la vaccination des bovins et ovins des Pyrénées-Atlantiques, des Landes, du Gers, des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l'Ariège, de l'Aude, et des Pyrénées-Orientales. Absent de l’Hexagone, le sérotype 1 de la fièvre catarrhale ovine (FCO) est apparu en Espagne en septembre 2024. Concernant le sérotype 8, sept millions de doses sont commandées, uniquement pour le cheptel ovin métropolitain ; le ministère de l'Agriculture estime qu'en «réduisant la charge virale» chez les ovins, les cheptels bovins en bénéficieront «indirectement». Présent en France depuis 2015, le sérotype 8 a causé plus de 16 000 foyers dans 73 départements entre le 5 août 2024 et le 3 avril 2025.
Salades : le californien Taylor Farms rachète une start-up de désherbage sur le rang
Après avoir récemment repris l’activité de Bonduelle en Allemagne, Taylor Farms, l'un des plus grands producteurs de salades prêtes à consommer en Amérique du Nord, a acquis la start-up californienne FarmWise spécialiste du désherbage mécanique sur le rang, annonce le média américain Agfundernews le 4 avril. Ce rachat intervient après l’annonce d’un plan de restructuration par la start-up et d’une éventualité de liquidation. Pour Taylor Farms, qui avait déjà investi dans FarmWise lors d'un tour de table de série B de 45 millions de dollars en 2022, il s’agit d’une « opportunité naturelle pour l'entreprise, qui continue d'adopter des solutions avancées bénéfiques pour l'ensemble du secteur des fruits et légumes ». Les termes financiers de l'accord n'ont pas été divulgués. FarmWise est surtout connu pour sa technologie Vulcan, un désherbeur intra-rang de précision utilisant la reconnaissance optique pour identifier et éliminer les mauvaises herbes avec des capacités de traitement allant jusqu'à 1,2 hectare par heure. Face au manque aigu d’herbicides, et au coûteux retour du désherbage manuel, la filière légume française place ses espoirs dans trois technologies innovantes (voir notre enquête) de désherbage sur le rang pilotées par reconnaissance optique : le laser, le désherbage mécanique, ou chimique de précision.