CSRD: Michel Barnier évoque un report des échéances, sans précision
Dans un entretien accordé au Journal du dimanche le 20 octobre (article payant), le Premier ministre a indiqué qu'il souhaitait «réexaminer la portée» de la directive CSRD («Corporate sustainability reporting directive»). Michel Barnier était questionné sur ses ambitions en matière de «simplification». Citant le secteur agricole, il a expliqué qu'il souhaitait s'«attaquer à la surtransposition des règles européennes», en instaurant «une forme de moratoire par exemple – qui puisse reporter de deux ou trois ans les dates d'entrée en vigueur de réglementations très lourdes, prises parfois sans suffisamment d'évaluation et de mesure d'impact». Et de citer la directive CSRD, applicable depuis le 1er janvier 2023. À partir de 2025, plus de 150 coopératives et groupes coopératifs doivent réaliser un rapport de durabilité dans le cadre de cette directive, d’après les estimations de la Coopération agricole (LCA). Jusqu’à présent, seule une trentaine de coopératives avaient l’obligation de publier des déclarations de performances extra-financières. Il s'agit d'une obligation de transparence, mais pas de résultat. «Il va falloir mettre sur le papier ce que nous faisons déjà, c’est un gros chantier qui demande de l’expertise», avait toutefois souligné Jean-François Monod, président du comité RSE de LCA, lors d’une conférence le 24 septembre.
Porc: Danish Crown recherche 67 M€ d’économies en se recentrant
Le nouveau directeur général de Danish Crown a annoncé, dans un communiqué publié le 11 octobre, le recentrage du géant danois du porc sur son «cœur de métier», impliquant la suppression d’environ 500 postes, afin de contribuer à redresser les finances. Arrivé au 1er septembre à la tête du groupe coopératif, Niels Duedahl vise environ 500 millions de couronnes danoises d'économies (soit 67 M€) afin de s’ajuster aux revenus affaiblis par la réduction des abattages et la perte de compétitivité. Les départs, au Danemark et à l’étranger, se négocieront au sein d’un effectif global d’environ 25 000 salariés. Le rapport financier du premier semestre de l’exercice 2023-2024 de Danish Crown signale les activités malmenées: en Suède, en Pologne, ainsi que la transformation et la vente de boyaux de porcs de la filiale Dat-Schaub. L’abattage au Danemark souffre particulièrement, du fait d’une baisse de la production de porcs (-23% en deux ans, selon ce rapport), ce qui a conduit le groupe à fermer un abattoir en septembre – il ne compte plus que 17 sites dans le pays. En 2021, Danish Crown avait renoncé à la croissance de l’abattage au profit de la transformation.
Consommation: les premiers logos Origin’Info visibles cette fin d’année (ministre)
Interrogée au Sial le 21 octobre par les journalistes, la secrétaire d’État en charge de la Consommation Laurence Garnier s’est félicitée de l’apparition attendue des premiers logos «Origin’Info» sur des produits alimentaires en rayon à partir de novembre, tout en doutant que 10 000 références apparaissent d’ici à la fin de l’année, comme cela était espéré au printemps. Les marques concernées: Le Gaulois (LDC) dès début novembre, Biocoop début décembre et «d’autres dans les semaines et mois à venir». «L’important c’est d’avancer», a-t-elle commenté, précisant que le consommateur verra l’information des ingrédients principaux sur l’emballage ou y aura accès par un QR code. La secrétaire d’État a exprimé sa confiance dans l’engagement de 120 marques et enseignes de distribution, en rappelant que «ce dispositif est porté par les industriels eux-mêmes» et que l’affichage est volontaire. En mai, le ministère de l'Économie avait dévoilé la charte et le logo «Origin’Info», qui indique l’origine des trois principaux ingrédients d’un produit. Bercy informait à l'époque que cette démarche avait vu le jour après une phase de consultation ayant réuni les différents acteurs du secteur agroalimentaire durant deux mois.
E-commerce: le spécialiste des agroéquipements Farmitoo en cessation d’activité
La start-up française de e-commerce Farmitoo, spécialiste des agroéquipements, a indiqué le 21 octobre être en cessation d’activité. «Après sept belles années de développement et de croissance (…), nous annonçons que Farmitoo a cessé son activité», a déclaré la cofondatrice Mathilde Lefrançois sur LinkedIn. Sa mise en liquidation judiciaire avait été prononcée le 22 août par le tribunal de commerce de Paris. «Le contexte des start-up a beaucoup évolué ces dernières années, nous poussant à adapter notre stratégie pour atteindre rapidement la rentabilité tout en préservant autant que possible notre trésorerie, explique la codirigeante. Nous avons également fait face à une forte concurrence en ligne et à une dépendance accrue à la communication payante.» Farmitoo proposait la vente en ligne d’équipements agricoles à destination des agriculteurs (petites machines, pièces, matériels, équipements de sécurité...). L’entreprise avait réalisé quatre levées de fonds, dont une de 10 M€ à l’été 2021. Elle affichait un chiffre d’affaires de 13 M€, réalisé dans sept pays, avec une équipe de plus de 90 collaborateurs.
Transport: en Alsace, les élus locaux adoptent une taxe poids lourds contestée
Les élus de la Collectivité européenne d'Alsace (CEA) ont approuvé le 21 octobre à l'unanimité le principe d'une taxe poids lourds visant à diminuer le trafic de transit et la pollution, mais qui hérisse les acteurs économiques régionaux. La CEA – née en 2021 de la fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, et qui a récupéré à cette occasion la gestion des routes – souhaite imposer à partir de 2027 une taxe, baptisée «R-Pass». D'un montant de 0,15 €/km, elle s'appliquera aux camions de plus de 3,5 t circulant sur l'axe nord-sud (A35 et A36) et sur deux autres routes reliant cet axe à l'Allemagne. De l'autre côté du Rhin, les autorités allemandes ont mis en place dès 2005 une taxe, portée à 0,34 €/km en 2024, une hausse qui a provoqué une augmentation de trafic «de près de 20% les six premiers mois» et de «30%» en août et septembre sur le réseau autoroutier nord-sud alsacien, selon le président de la CEA, Frédéric Bierry. «Notre territoire devient un aspirateur à camions, un réceptacle de tout le transit international», a poursuivi l'élu divers droite en session plénière. Le matin du vote, de 100 à 150 personnes ont manifesté devant la CEA à Colmar, tandis qu'une centaine de manifestants – dont de nombreux agriculteurs – ont déversé des pneus devant les locaux de la CEA à Strasbourg.
Lait: la collecte progresse cet été, pas encore d’effet visible de la FCO
La collecte laitière a progressé de 0,8% en août 2024 par rapport à août 2023, selon la dernière publication Tendances de l’Institut de l’élevage (Idele), parue le 21 octobre. «Après une nette augmentation en juin et juillet», la collecte a été «légèrement freinée par les fortes chaleurs du début du mois», indique la publication. En septembre, elle aurait progressé de 3,3% sur un an, d’après les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer. Sur neuf mois, la hausse est de 1,2% par rapport à 2023. L’avancée de la fièvre catarrhale ovine (FCO) dans les élevages n’a, semble-t-il, pas eu d’effet perceptible sur la collecte estivale à l'échelle nationale, contrairement à ce que craignaient certains transformateurs. Néanmoins, dans la région nord-est, la première touchée par la maladie, «la collecte de septembre aurait été affectée», souligne l'Idele. La situation est «à suivre dans les prochains mois», note l’institut. Il estime cependant que la hausse de la collecte «devrait se poursuivre sur la fin de l’année» par rapport à 2023. En effet, le dernier trimestre de l'année dernière avait été «marqué par de sévères intempéries». Le rebond de la collecte en 2024 a été favorisé par «la très bonne qualité des maïs récoltés en 2023 conjuguée avec d’excellentes conditions de pâturage cet été», ainsi qu’une forte progression des achats d’aliments.
Bovins: «rebond conjoncturel» des abattages en septembre (Idele)
Sous l’effet notamment des «nombreuses réformes laitières de l’automne», les abattages de bovins ont connu un «rebond conjoncturel» au mois de septembre, constate l’Idele dans son bulletin Tendances publié le 21 octobre. Sur les semaines 36 à 41 (du 2 septembre au 13 octobre), les abattages de gros bovins ont augmenté de 5% par rapport à la même période en 2023. Première explication: un «report des réformes [de vaches laitières] de l’été sur l’automne», dû à la forte production herbagère et à un prix du lait «incitatif». Second facteur de hausse, des sorties de jeunes bovins (JB) «dynamiques» (+11% en type viande, +4% en type lait) pour répondre notamment au marché européen «en demande de viande de JB», selon l’Idele. Un phénomène qui s’ajoute à la «relocalisation de l’engraissement [des JB] en France», en cours depuis plusieurs mois. En revanche, les abattages de vaches allaitantes sont «quasiment stables» (+1% sur la période). Par ailleurs, depuis le début de l’année, les exportations totales de viande bovine (réfrigérée, congelée, transformée) progressent de 7% par rapport à 2023, «année d’exports faibles». Les importations, elles, sont en léger recul (-1% sur un an). Au sein des fournisseurs de l’Hexagone, la Pologne a fait une percée cet été «notamment pour servir la RHD durant cette période touristique» (+51% sur un an en août).
Pistaches: la filière française lance une marque nationale, première étape vers l'IGP
À l'occasion du salon Med'Agri mi-octobre, l'association France Pistache (producteurs) et le syndicat Pistache en Provence (promotion) ont annoncé le lancement d'une marque nationale intitulée Pistaches de France, en vue d'obtenir à plus long terme une indication géographique protégée (IGP). Pour être autorisé à utiliser la marque, un agriculteur doit être adhérent au syndicat France Pistache et produire des pistaches sur le sol français; un transformateur doit aussi être adhérent et utiliser 100% de pistaches de la marque pour le produit portant l'allégation. Tout jeune (voir notre enquête), le verger de pistachiers français couvre actuellement 450 ha, dont 280 ha dont la région Sud. Seule une petite partie est déjà productive, avec «quelques dizaines de kg récoltés en 2023», puis «800 kg brut» en 2024, rapportent les deux structures. Pistache en Provence compte 110 membres actifs et France Pistache 102, dont plus de deux tiers dans la région Sud (pour les deux organisations). La première filière s'est développée dans le Vaucluse. Plus récemment, une association s'est montée en Pyrénées-Orientales, qui a procédé à l'achat groupé de 1700 pistachiers.
Bio: un collectif menace d'attaquer l’État en justice sur Egalim dans les cantines
L’association Bio Consom’acteurs annonce son «intention d’attaquer l’État en justice» pour faire appliquer le seuil minimum de 20% de produits bio dans les cantines prévu par la loi Egalim, dans un manifeste le 20 octobre. Diffusé à l’issue des Journées d’automne de la bio, qui se sont tenues dans le Morbihan (Bretagne), cet «Appel de Lorient» a d’ores et déjà été signé par une cinquantaine d’organisations et de personnalités, dont la Fnab (producteurs bio), Commerce équitable France, France Nature environnement, l’Unaf (apiculteurs) et Biocoop France. Une dizaine d'élus de gauche ont aussi rejoint l’appel, comme la présidente de la Coméco à l’Assemblée Aurélie Trouvé (LFI), ainsi que plusieurs parlementaires écologistes (Benoît Biteau, Marie Pochon, etc.). Les signataires proposent un éventail de mesures d’ordre politique, réglementaire, social et éducatif pour donner une place prépondérante à la bio. Ils demandent notamment de «pérenniser et augmenter le crédit d’impôt» pour la bio et de «généraliser les paiements pour services environnementaux (PSE)». Ils réclament d’«obliger» à la transparence sur la répartition de la valeur et des marges dans la filière. De même, ils souhaitent «obliger» la contractualisation sur la base de «coûts de production réels, par filière et par zone géographique». Ils veulent enfin imposer aux distributeurs «un pourcentage minimum de linéaires ou de référencement des produits bio-locaux et équitables».
Précarité alimentaire: les Restos du coeur ont comblé leur déficit, mais durci les règles
L'appel à l'aide lancé il y a un an par des Restos du cœur submergés par la demande a porté ses fruits et permis à l'association de soutenir quelque 1,3 million de personnes, mais la prudence reste de mise pour la prochaine campagne. «D'un déficit prévisionnel que l'on avait estimé à 35 M€ pour l'association nationale, nous sommes sur un atterrissage réel d'un excédent de 22 M€» pour la campagne 2023-2024, a indiqué à l'AFP Patrice Douret, président de l'association fondée en 1985 par Coluche. Cette année, pour la première fois en presque 40 ans d'histoire, les Restos ont dû modifier le niveau de revenu qui donne droit à l'aide alimentaire, refusant ainsi 110 000 personnes. Ils ont néanmoins encore accueilli 1,3 million de bénéficiaires, soit autant que la campagne précédente, selon leur dirigeant. Cela représente 163 millions de repas distribués pour cette campagne 2023-2024, le deuxième plus gros chiffre réalisé après les 171 millions de la campagne précédente. Si les Restos ont finalement retrouvé un peu d'air financièrement, c'est d'abord «le fruit de la générosité» des Français, qui ont répondu présent à l'appel exceptionnel aux dons lancé en septembre 2023, en contribuant à hauteur de 32 M€, souligne le trésorier Jean-Michel Richard. L'État avait également abondé sa participation de 8 M€ et la famille de Bernard Arnault avait donné 10 M€.
Coopératives: en crise, le géant allemand Baywa débarque deux cadres dirigeants
En crise depuis plusieurs mois, à la suite d'une «situation financière tendue» mise en lumière par un audit, le géant coopératif Baywa a annoncé, le 17 octobre, que le directeur général, Marcus Pöllinger, et le directeur financier, Andreas Helber, quitteraient respectivement leurs fonctions à compter du 31 octobre et 31 mars. À l'annonce des résultats d'audit en juillet, le titre Baywa AG avait dévissé de 33%, ce qui portait la perte de valeur depuis l'automne 2022 à plus de deux tiers. En 2023, Baywa avait enregistré la première perte nette de son histoire – 93 millions d'euros (M€), pour un chiffre d'affaires de 24 milliards d'euros (Md€), après un bénéfice net de 240 M€ en 2022 – en raison de la hausse brutale des taux d'intérêt qui ont pesé face à un endettement dépassant les 5 Md€. C'est le revers d'une expansion internationale coûteuse menée par l'ancienne direction pour se développer dans de nouveaux domaines d'activité, tels que la conception de projets de parcs éoliens et solaires.