Biocontrôle: rebond des ventes sur le marché français en 2024 (fabricants)
Après une mauvaise passe en 2022 et 2023, le marché français des produits de biocontrôle (agriculture, jardins, espaces verts) est reparti à la hausse en 2024, pour atteindre 308 millions d'euros, rapportent les fabricants d'Alliance Biocontrôle dans un communiqué paru le 28 avril. En valeur relative, le biocontrôle retrouve, avec 12% du marché de la protection des plantes, une importance similaire à ce qu'elle était en 2020 (12%) et 2021 (13%), après deux années en retrait (10% en 2022, 9% en 2023). Pour Alliance Biocontrôle, la baisse des ventes de 2023 était due «en partie aux déstockages importants des distributeurs». Plus généralement, le secteur est affecté par les déboires de la bio et la baisse des prix des produits phytosanitaires (voir notre enquête). L'année 2024 avait été marquée par des précipitations importantes, moins propices à l'usage de biocontrôle, dont la rémanence est plus courte que celle des pesticides conventionnels, mais très propices au développement des limaces et maladies. Or, le taux de pénétration du biocontrôle reste très variable selon les cibles: 35% pour les molluscicides, 31% pour les insecticides, 17% en fongicides, et seulement 3% en herbicides.
Pesticides : les autorisations du sulfoxaflor, du flutolanil et une vingtaine d’autres molécules prolongées
La Commission européenne a publié le 24 avril un règlement d’exécution prolongeant de plusieurs mois à titre dérogatoire l’autorisation de plus d’une vingtaine de substances actives, faute de finalisation de leur évaluation des risques ou du fait de l’absence de compromis entre les États membres sur leur interdiction. C’est notamment le cas du fongicide flutolanil, un pesticide PFAS émetteur de TFA, un polluant éternel sur lequel les experts nationaux n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord en mars alors que Bruxelles proposait de ne pas renouveler son autorisation. Sa période d’autorisation a été prolongée de 12 mois. Parmi les autres molécules qui voient leur autorisation prolongée figurent: la bentazone, le bixafen, le fluxapyroxad, 1,4-diméthylnaphthalène mais aussi le néonicotinoïde sulfoxaflor.
Elevage/biosécurité : le français Kersia acquiert les spécialités porc et volaille de l’américain Neogen
Kersia, acteur français de dimension internationale en hygiène et désinfection en élevage, a communiqué le 22 avril sur la signature d’un accord exclusif pour l’acquisition de l’activité biosécurité animale de l’américain Neogen, ce dernier se concentrant sur le diagnostic sécurité des aliments. Déjà présent sur le marché bovin aux Etats-Unis, Kersia devrait ainsi absorber un fournisseur majeur des élevages de porc et de volaille (chiffre d’affaires 55 millions d’euros) et étendre son implantation industrielle de la côte Ouest à la côte Est, en passant par la ceinture avicole américaine. Le fait que Neogen soit également présent au Royaume-Uni, en Europe et dans plus de cinquante pays, dont la Chine, le Mexique, le Brésil et l’Australie représente « une aubaine pour Kersia, qui hérite également de produits et d’enregistrements en Amérique centrale et dans la région Asie-Pacifique », dit le communiqué. Né de la réunion en 2018 de Hypred, Anti-Germ, Medentech, LCB Food Safety et G3, Kersia réalise 630 millions d’euros de chiffre d’affaires dans plus de 120 pays et se dit en position stratégique pour devenir un des trois principaux fournisseurs mondiaux de produits d’hygiène et de désinfection en agriculture.
Volaille : Maïsadour programme plus de 4 M de volailles supplémentaires d'ici 2029
La coopérative annonce dans un communiqué du 28 avril un « soutien financier inédit » à ses adhérents pour créer d’ici à 2029 les bâtiments permettant de produire pour sa branche volailles Fermiers du Sud-Ouest 3 millions de poulets standards supplémentaires ainsi que 450 000 poulets élevés en liberté et 700 000 volailles en plein air. Ce soutien consiste en particulier en une prime à l’installation fixe versée dès la construction des bâtiments, soit quinze bâtiments de 1 350m², 150 cabanes et 50 bâtiments de 400 m² d’élevage en plein air. « C’est une vraie opportunité pour des jeunes qui veulent s’installer ou diversifier leur exploitation », encourage dans le communiqué Alexandre Lafaille, responsable du développement productions avicoles. La coopérative du Sud-Ouest affiche en effet l’intention d’« offrir aux jeunes un parcours d’installation structuré et motivant » tout en facilitant la transmission d’exploitations en soutenant les cédants dans leur démarche de passage de relais. Elle convie ses parties prenantes sur un élevage le 19 juin prochain pour échanger sur les enjeux du secteur - demande soutenue de volailles, attentes sociétales, temps de réalisation - et présenter son plan de relance.
Oléoprotéagineux : Avril ouvre un laboratoire transversal «food, feed et data»
Le groupe Avril a annoncé le 28 avril l’ouverture de son premier Innolab, laboratoire intégré « conçu pour favoriser la transversalité et la synergie des expertises food, feed et data » et « concevoir l’alimentation de demain », selon un communiqué. Installé sur le campus du groupe à Bruz, près de Rennes, il regroupe 50 chercheurs travaillant au sein de trois pôles. « Le pôle Food de l’Innolab développe les applications et recettes d’aliments riches en ingrédients d’origine végétale, issus des oléo-protéagineux (tournesol, colza) et des légumineuses (pois, féveroles), pour l’alimentation humaine ». Le but est d’élaborer des ingrédients pour les desserts et tartinables, la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie (BVP), le cœur de repas et les sauces. Le pôle Feed (alimentation animale) héberge en particulier les essais in vitro, remplaçant les essais nutritionnels sur animaux grâce à la modélisation du système digestif des ruminants, des volailles ou du porc. Avril a notamment développé récemment la gamme Provea (concentrés de protéines végétales issus de pois, de féverole et tournesol) destinée à l’aquaculture, au petfood et à l’alimentation des jeunes animaux comme alternative durable au soja importé. Enfin, « un pôle Data soutient l’ensemble des activités de l’Innolab en apportant des capacités de modélisation, de prédiction, d’intelligence artificielle et d’analyses des données », indique Avril.
Boulangerie : la coopérative Noriap veut ouvrir dix enseignes Louise en cinq ans
La coopérative picarde Noriap a précisé, le 28 avril, son projet de diversification dans la boulangerie, dévoilé en début d'année en assemblée générale. Elle prévoit d'ouvrir en franchise dix enseignes Louise d’ici à cinq ans, selon un communiqué de presse. Une première, actuellement en chantier à Amiens (Somme), doit démarrer au mois de juin. Boulangerie Louise, qui compte « plus de 130 » points de vente, fait partie de Teract (Gamm Vert, Jardiland, Frais d’ici, Bio&Co, etc.), groupe de distribution majoritairement détenu par le géant agro-industriel InVivo. « Ce développement en franchise dans la boulangerie s’inscrit dans la volonté de Noriap de capter de la valeur en aval de la filière agricole et de renforcer les synergies entre production céréalière, transformation meunière et distribution », affirme la coopérative. Et de souligner le dynamisme du « marché de la boulangerie sous enseigne en croissance de 7 % par an ». Noriap vante la gamme élargie du réseau Louise, comprenant boulangerie, viennoiserie, pâtisserie et restauration rapide. Le point de vente à Amiens, sur un terrain appartenant déjà à la coopérative, s’étendra sur 350 m² avec 40 places assises à l’intérieur, plus une terrasse. Des places de parking sont prévues, ainsi qu’un service de commande en drive.
Carbone/épandage de basalte : la fondation Musk accorde 50M$ à une start-up ambitieuse
Lancé en 2021 et financé par la fondation d'Elon Musk, le concours XPrize Carbon removal, le plus important à ce jour concernant les solutions de stockage de carbone (CDR), a été remporté, il y a quelques jours, par Mati Carbon, une organisation non-lucrative américaine qui propose de l'altération forcée de roche (ERW) par épandage de basalte (voir notre enquête). Devançant le spécialiste français du biochar, NetZero, Mati a été choisie pour sa «robustesse» et sa «capacité à être déployée à grande échelle». Fondée en 2022 par un géochimiste de Yale, Mati Carbon est essentiellement active auprès de petites exploitations, en Afrique subsaharienne et en Inde, deux régions tropicales où la technologie est réputée très efficace. Très ambitieuse, Mati Carbon viserait «100 millions de tonnes de CO2 stockées d'ici 2040». Elle travaillerait déjà avec 30 000 exploitations cette année, et vise «100 millions de petits exploitants agricoles dans les économies en développement au cours des 20 prochaines années». En décembre, Google s’est engagée à acheter 200 000 tonnes de crédits carbone d’ici 2030 à l'américain Terradot, ce qui en faisait le contrat le plus important jamais signé par une entreprise œuvrant dans le domaine de l'ERW.
Muguet : les producteurs passent entre les gouttes, la récolte prête pour le 1er mai
Malgré des incertitudes sur la maturité du muguet début avril, les producteurs des Pays de la Loire ont pu entamer la récolte à la date prévue du 18 avril. Les dernières clochettes blanches ont été ramassées vendredi dernier afin d’être préparées et expédiées dans les points de vente pour le 1ᵉʳ mai. « Les précipitations ont été moins importantes que prévu et les producteurs ont pu jouer avec les périodes de pluies pour réaliser les récoltes en temps et en heure », témoigne Thomas Loirat, conseiller muguet au comité départemental de développement maraîcher (CDDM) de Loire-Atlantique. En débutant mi-avril, la production a pu s’appuyer sur la main d’œuvre étudiante encore en vacances. La maturité plus tardive qu’en 2024 a conduit à réaliser 2 à 3 passages dans les châssis pour terminer la récolte. « Cela a permis d’expédier des fleurs fraîches jusqu’aux dernières cueillettes », ajoute le conseiller. Dans un communiqué de presse du 9 avril, la fédération des maraîchers nantais annonce 150 ha de culture réalisés par une dizaine de producteurs pour 60 millions de brins et 20 à 30 millions d’euros de chiffre d'affaires. « Il faudra faire un bilan avec les producteurs en mai, mais nous serions plutôt autour de 50 millions de brins depuis deux ou trois ans », chiffre Thomas Loirat. (Tanghy Dhelin)
Horticulture: l’insecticide buprofézine est un perturbateur endocrinien, selon l'Efsa
«La buprofézine est un perturbateur endocrinien», conclut dans un avis publié le 24 avril l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Cet insecticide sur les plantes ornementales sous serre (permanentes ou non) est employé par pulvérisation pour lutter contre les aleurodes. L’Efsa recommande donc qu’au minimum, «cette substance active ne soit pas utilisée sur les plantes ornementales susceptibles d’être mises en rotation avec des cultures destinées à la production alimentaire ou fourragère», et que «le sol ou le substrat de serre exposé ne soit pas réutilisé pour la culture d’aliments destinés à la consommation humaine ou animale». L’autorisation de mise sur le marché européen de la buprofézine expire le 15 décembre 2025. La Commission européenne devra donc présenter aux Etats membres dans les prochains mois une proposition de réautorisation ou d’interdiction sur la base des conclusions de l’Efsa.
Ministère de l'Agriculture : le gouvernement annule 140 M€ de crédits, effets non précisés
Le gouvernement a acté le 28 avril dans le Journal officiel des annulations de crédits à hauteur de 3,1 milliards - dont 140 millions pour l'agriculture - dans le cadre de l’effort supplémentaire de 5 milliards d’euros pour 2025 déjà annoncé par Bercy début avril. La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin avait expliqué alors que ces 5 milliards d’euros devaient permettre de tenir les objectifs de déficit public pour cette année dans un contexte de croissance moindre. «Ces 5 milliards d’euros que nous allons soit annuler, soit repousser, soit réorienter, c’est notre réponse à un monde instable», avait-elle déclaré. Une partie de cette somme s’est concrétisée à travers le décret publié au Journal officiel. «Cet effort porte essentiellement sur les crédits hors masse salariale mis en réserve en début d’année», est-il précisé, «ces annulations ne devraient ainsi pas remettre en cause de façon significative la capacité d’exécution des politiques publiques, selon les termes convenus dans la loi de finances initiale pour 2025». Parmi les annulations de crédits, la mission "agriculture, alimentation et affaires rurales" (140 millions d’euros).
Consommation : jouer sur la TVA pour favoriser une alimentation saine et durable (étude)
Une réforme des TVA sur les denrées alimentaires pourrait avoir des effets bénéfiques sur la santé, l'environnement et l'économie en Europe : c’est la conclusion d’une étude publiée dans Nature Food en janvier, qui a pour périmètre l’UE et le Royaume-Uni. L'application d’un taux maximal (qui dépend des pays) aux « Viandes et lait » (bœuf, agneau, porc, volaille, lait) entraînerait une baisse de la demande en Europe de 9% en moyenne, dont la majeure partie proviendrait du lait (69% de la variation), suivi du porc (13%) et de la volaille (10%), tandis que la demande en « Fruits et légumes » (dont légumineuses et noix) diminuerait (-2%) pour compenser les réductions du pouvoir d'achat ; les tubercules, vus comme des substituts, augmenteraient (+6%). A l’inverse, la suppression de la TVA sur les « Fruits et légumes » augmenterait la demande pour ces produits de 8%, via les légumes (52% de l'augmentation) suivis des fruits (43%). Troisième scénario : combiner ces deux types de variations de TVA entraînerait des changements « similaires » mais moins marqués. Les chercheurs rappellent que le Parlement européen a adopté en 2022 une directive qui permet aux États de différencier les taux de TVA pour « poursuivre des objectifs sociaux et environnementaux ». En France, Interfel a déjà proposé une TVA à 0% sur les fruits et légumes frais, tandis que d’autres, comme Yannick Jadot en 2022 ou Michel-Edouard Leclerc, l’ont proposé pour les produits biologiques.