Négoce : l’américain ADM suspend ses activités commerciales en Chine
L’américain ADM, géant du négoce agricole, a commencé à suspendre ses activités commerciales en Chine et à licencier du personnel, dans le cadre d'une campagne mondiale de réduction des coûts, a-t-il annoncé le 14 avril. Cette mesure vise à aider ADM, empêtrée dans un scandale comptable depuis l'année dernière, à « conserver sa flexibilité dans un environnement difficile », selon un communiqué. Le groupe n’a pas divulgué le nombre de licenciements, mais l’agence Reuters cite une source proche du dossier selon laquelle les suppressions d'emplois concerneraient 40 à 50 postes, ne laissant qu'une dizaine de personnes dans le centre financier de Shanghai. Les bénéfices d'ADM se sont érodés en raison de la chute des prix des récoltes, de la baisse de la demande des consommateurs due à l'inflation et de la faiblesse des marges de transformation, pointe Reuters. Le bénéfice d'exploitation de sa grande division Services agricoles et oléagineux a chuté de 40 % l'an dernier. La montée des tensions commerciales entre Washington et Pékin crée de nouveaux obstacles pour ADM, qui dépend des échanges entre les États-Unis, premier exportateur de produits agricoles, et la Chine, premier importateur.
Négoce/phytos : la FNA change le format de ses incubateurs CEPP
Créés en 2018 par les fédérations régionales de la FNA (négoce agricole) pour rédiger de nouvelles fiches actions CEPP (Certificats d’économies de produits phytosanitaires), les incubateurs vont évoluer. « Au fil des années, les réunions dédiées aux incubateurs se sont un peu vidées de leur substance et les idées étaient de moins en moins nombreuses », constate Nicolas Pugeaux, en charge de ce dossier au Naca (Négoce agricole Centre-Atlantique). Les pouvoirs publics ont même introduit, fin 2023, des pénalités financières pour les entreprises qui n’obtiendraient pas au moins 10 % de leurs obligations notifiées pour la période 2024-2025. « Désormais, le dossier sera piloté par un groupe de travail (en cours de constitution), à l’échelle nationale de la fédération, qui s’occupera de la rédaction des nouvelles fiches CEPP », indique-t-il. « Une première réunion est prévue dans les semaines à venir. Les équipes en région resteront des relais pour collecter et remonter des données. » Et de préciser que « nous allons toutefois préserver, localement, les temps d’échange », qui « ne seront plus focalisés uniquement sur les CEPP » (actualité réglementaire, démarches agroenvironnementales, etc.). « Si une idée de fiche action est identifiée, elle sera remontée à Maëlle Galliot, qui anime désormais le groupe de travail au sein de la FNA », indique M. Pugeaux. (Anne Gilet)
Huiles végétales : Avril affiche des résultats « solides », en ligne avec ses objectifs
Avril, le cinquième groupe agroalimentaire français, a annoncé le 16 avril un Ebitda en hausse de 8 %, performance jugée « solide » dans un contexte de forte volatilité des prix des matières premières. Le leader des huiles et protéines végétales a pourtant dégagé un chiffre d'affaires de 7,7 Md€, en repli de 2 %, pour un résultat net de 25 M€ (-36 %). Ce recul est à imputer à la baisse du prix des matières premières dans toutes les activités, à l'exception de l'huile d'olive, explique Avril, qui souligne en revanche la croissance des volumes vendus. L'Ebitda, à 370 M€ (+8 %), est d'ailleurs la deuxième meilleure performance du groupe, a relevé son directeur général Jean-Philippe Puig en conférence de presse. Le recul du bénéfice tient, lui, à des amortissements en hausse, du fait des investissements engagés depuis deux ans, ajoute-t-il. Pour la suite, le groupe affiche sa confiance et son intention de poursuivre ses investissements, notamment de croissance externe. « On est parfaitement en ligne » avec le plan stratégique à horizon 2030 « qui consiste à développer le groupe pour augmenter de 200 M€ l'Ebitda et le porter à 550 M€ », a-t-il dit.
Céréales : les marchés sous influence d'un dollar en baisse
La faiblesse du dollar a influé cette semaine sur les cours des céréales et oléagineux en Europe, où les prix du blé et du maïs ont reculé, tandis que les grains américains résistaient grâce notamment à une meilleure compétitivité à l'export. Dans un contexte de guerre commerciale, le billet vert s'échangeait mercredi à près de 1,14 dollar pour un euro, contre moins de 1,05 dollar début mars, rendant plus attractives les commandes de produits américains pour les acheteurs munis d'autres devises. « Cette envolée assez violente [de l'euro] pénalise la compétitivité à l'export des céréales européennes, surtout du blé européen et notamment français », qui avait déjà du mal à s'écouler en dépit des faibles volumes de la récolte 2024, souligne Sébastien Poncelet d'Argus Média. « La Chine n'achète plus à l'extérieur, l'Algérie ne prend plus jusqu'à présent... Ça bouchonne un peu sur le portuaire français, et c'est un élément supplémentaire de pression », ajoute-t-il. En une semaine, le blé sur Euronext est passé de 219 à 210 €/t, entraînant aussi le maïs, bien que moins fortement, le grain jaune profitant d'un manque de maïs ukrainien. Le 16 avril, le blé semblait se raffermir, des acheteurs comme le Maroc ayant répondu présents, souligne Damien Vercambre d'Inter Courtage, interrogé par l'AFP. Le colza en revanche n'a pas été affecté par la situation des changes, profitant d'une offre limitée en fin de campagne.
Fruits et légumes : Lidl accusé de « guerre des prix » après le départ de M. Biero
« Lidl oublie ses engagements sur l’origine France » et « mène à nouveau la guerre des prix avec le risque majeur que ses concurrents suivent », affirme « Sauvons les fruits et légumes de France » dans un communiqué le 16 avril. Le collectif de producteurs relie ce revirement au départ surprise du vice-président de Lidl France Michel Biero (révélé en janvier, effectif en mars), qui avait suscité « des craintes » à l'amont de la filière sur « une évolution délétère des pratiques d'achat ». Celles-ci étaient « fondées », estime le collectif. À l’appui de leurs critiques, les producteurs citent les cotations du RNM (Réseau des nouvelles des marchés), bien que celles-ci soient nationales et dépassent donc Lidl : « En pommes, écrit le collectif, alors que pas un kilo ne devrait sortir des stations à moins de 1 €, les cotations du RNM montrent que sur l'entrée de gamme (les sachets 2 kg) les prix dévissent depuis le début de la saison et se situent 10 % en dessous de la campagne précédente. » Autre reproche : « En fraises, alors qu'en cette semaine de Pâques la production ne satisfait pas la demande, Lidl impose à ses fournisseurs une baisse de prix conséquente de plus de 20 centimes au kilo en regard de ses concurrents ». Sur le concombre, le collectif pointe une « politique moins-disante » du distributeur, qui « se double de menaces d'importations ». Il en appelle à « la vigilance des consommateurs sur les prix bas ».
Tomates : « La grande distribution tarde à basculer sur l’offre française », selon Solarenn
Lors d’une conférence de presse le 16 avril, à la veille de son assemblée générale, la coopérative Solarenn a dressé le bilan de son activité 2024. Les volumes de tomates, principal légume produit, ont connu une baisse par rapport à 2023 : 23 000 t, contre 25 000 t un an plus tôt, soit un recul de 6 %. En cause, une météo capricieuse et un manque de luminosité entraînant une perte de volume en début de campagne. En revanche, le chiffre d’affaires est resté stable à 53 M€, soulignant une bonne valorisation, spécialement pendant les mois d’été. « Nous souffrons évidemment de la très forte concurrence marocaine, d’autant plus que la grande distribution tarde à basculer sur l’offre française et exerce une forte pression sur les producteurs à passer plus de volumes sous marque de distributeur, ce à quoi nous sommes fortement opposés », explique Ronan Collet, président de Solarenn, à Agra Presse. L’actualité de la coopérative porte aussi sur le domaine énergétique. La création d’un poste de responsable Énergie et environnement souligne la réflexion engagée : « Nous ferons cette année notre bilan énergétique pour dégager à terme un nouveau mix. Nous devons prévoir la fin des contrats de revente d’énergie issue de la cogénération d’ici deux ans », précise Ronan Collet.
Carbone/distribution : E.Leclerc compte diminuer de moitié ses émissions en 2035
Le distributeur E.Leclerc a annoncé, le 15 avril, vouloir diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici 2035, rapporte l’AFP le même jour. Cette diminution de moitié concerne les émissions directes et indirectes qui, en tout, ont atteint « 73,6 millions de tonnes de CO2 en 2023 ». Ce chiffre n’intègre toutefois pas les déplacements des clients dans les lieux de l’enseigne, mais le distributeur compte « mener des actions sur ce point ». Pour atteindre son objectif, E.Leclerc a notamment annoncé le lancement d’un indicateur sur « l’impact carbone » de « plus de 6 000 produits alimentaires » de sa marque de distributeur, baptisé Carbon'Info. En outre, « 42 % des camions transporteurs » de ses coopératives régionales « roulent désormais au HV100, un biocarburant bas carbone issu de la valorisation des déchets organiques ». Enfin, E.Leclerc prévoit de travailler la réduction d’émissions avec les marques nationales (p.ex. Coca-Cola, Nutella, Haribo, Danette…), qui pèsent 20 % de ses émissions. Sur 2 000 fournisseurs, 250 concentrent 73 % des émissions de l'ensemble.
Lait : Lactalis a dépassé les 30 Md€ de ventes pour la première fois en 2024
Le géant laitier Lactalis (marques Président, Lactel, Galbani) a dépassé pour la première fois en 2024 les 30 milliards d'euros (Md€) de ventes, d'après un communiqué. Celles-ci ont observé une croissance « solide » de 2,8 %, à 30,3 Md€, notamment grâce à un « rebond » des volumes écoulés, tandis que le bénéfice net a baissé de 16,1 %, à 359 M€, a indiqué le groupe lors d'une conférence de presse le 16 avril. Le bénéfice a été plombé par un accord avec le fisc français, rappelle l’AFP. Malgré des « incertitudes au niveau géopolitique », notamment avec la menace de droits douane américains, une enquête antidumping de la Chine sur certains produits laitiers européens, le blocage des importations en Algérie et la poursuite de la guerre en Ukraine, le p.-d.g. Emmanuel Besnier s'est dit « serein sur le modèle » de Lactalis et sur la croissance des produits laitiers dans le monde. Les ventes ont été tirées par la croissance de l'ultra-frais et par les États-Unis, deuxième marché pour le groupe, qui produit sur place plus de 90 % de ses produits consommés localement. Lactalis exporte et importe peu depuis les États-Unis, mais cela concerne des produits emblématiques, dont 330 t de Roquefort sur les plus de 7 200 produites sous la marque Société dans l'Aveyron, où le groupe a tenu sa conférence pour fêter les 100 ans de l'AOP.
Ovins/FCO : Arterris alerte sur un risque de manque d’agneaux pour Pâques
« Va-t-on manquer d’agneau à Pâques ? », interroge la coopérative Arterris dans un communiqué le 15 avril, alors que la production française chute lourdement en raison de la fièvre catarrhale ovine (FCO). La maladie « a provoqué une forte mortalité chez les reproducteurs, mâles et femelles » et donc une baisse des naissances d’agneaux, rappelle l’Institut de l’élevage (Idele) dans son bulletin Tendances. Au mois de janvier, la production française de viande ovine a reculé de 10 % sur un an, selon Agreste. Pour l’institut technique, « l’approvisionnement en agneaux Lacaune semble proche de son niveau de l’an passé », mais « celui en agneaux de pays sous Siqo serait plus compromis ». Arterris (600 éleveurs ovins pour 100 000 brebis) est justement spécialisé dans les signes de qualité. Sachant que « la demande en agneau est traditionnellement forte » à Pâques, le prix « pourrait dépasser » 10 €/kg de carcasse (+25 % en deux ans), prévient le groupe sudiste. Pour favoriser la reconstitution des troupeaux, Arterris a débloqué « un plan d’urgence exceptionnel de 150 000 euros pour l’acquisition d’agnelles et de brebis ». « Remboursable sur trois ans », cette aide a été versée à « une vingtaine d’éleveurs » (entre 5 000 et 13 000 euros chacun) ; elle devrait « s’étendre à d’autres producteurs sur le semestre à venir ».
Déforestation importée : Bruxelles apporte des simplifications au règlement
La Commission européenne a présenté le 16 avril une série de simplifications visant à alléger la charge administrative des entreprises dans la mise en œuvre du règlement de l’UE sur la déforestation importée. L’entrée en application de ce texte a été repoussée d’une année pour laisser aux opérateurs le temps de s’adapter et s’appliquera à partir du 30 décembre 2025. Le règlement sur la déforestation établit des règles pour garantir que les produits dérivés de certaines matières premières (café, cacao, huile de palme, soja, bétail, caoutchouc et bois), qui sont mis sur le marché ou exportés depuis l’UE, n’ont pas causé de déforestation ou de dégradation des forêts pendant leur production. Le document d’orientation que publie Bruxelles introduit un certain nombre d’assouplissements qui « entraîneront une réduction, estimée à 30 %, des coûts et charges administratifs pour les entreprises » : possibilité de déclaration de diligence raisonnable en groupe d’entreprise, possibilité de déclarations annuelles et non plus pour chaque expédition. Ces simplifications seront complétées par un acte délégué, ouvert à consultation publique, qui apporte quelques ajustement techniques. Enfin, la Commission européenne est en train de finaliser le système d’analyse comparative par pays qui les classe selon trois catégories (risque faible, standard ou élevé de déforestation).
Vin : la consommation mondiale a reculé en 2024, au plus bas depuis 1961
La consommation mondiale de vin a de nouveau reculé en 2024, de 3,3 %, à son plus bas niveau depuis 1961, selon une estimation de l'Organisation internationale du vin (OIV) publiée le 15 avril. Ce repli de la consommation, à 214,2 Mhl, est la conséquence de prix gonflés par de faibles volumes de production, par la hausse des coûts pour les viticulteurs et par l'inflation générale, mais il est aussi lié à un déclin plus structurel reflétant de nouvelles préférences de consommation, avance l'OIV dans son rapport annuel. En Europe (qui représente 48 % des ventes), la consommation a baissé de 2,8 % en 2024. Et en France, pays souvent associé au vin, la consommation diminue progressivement depuis des décennies et a encore reculé de 3,6 % l'an dernier. L'Espagne et le Portugal comptent parmi les rares marchés européens où la consommation a crû, modestement. Premier marché mondial, les États-Unis ont vu leur consommation régresser de 5,8 %, à 33,3 Mhl. La production a parallèlement reculé en 2024 à son plus bas niveau depuis plus de 60 ans, de 4,8 % à 225,8 Mhl. C'est encore moins que les estimations les plus pessimistes publiées fin 2024, Espagne et États-Unis ayant abaissé leurs chiffres. Les récoltes ont subi une surabondance de pluies dans certaines zones, de la sécheresse sur d'autres.
Miel : Famille Michaud en redressement douanier sur du faux miel chinois (presse)
Le premier conditionneur de miel en France, Famille Michaud apiculteurs, s’est résolu à accepter un redressement des douanes française pour des importations de miel chinois, rapporte le média L’informé le 15 avril (article payant). Le montant du redressement de droits de douane s’élève à « plus de 47 000 euros ». Le conflit judiciaire date de 2014, quand les services douaniers ont découvert par des analyses en laboratoire que 24 échantillons sur 26, importés de Chine, avaient subi une adultération (ajout de sucre). Un délit qui relève de la fraude, mais rejeté par Famille Michaud, qui contestait la fiabilité des tests. La PME des Pyrénées-Atlantiques avait d’abord perdu au tribunal judiciaire de Créteil en mai 2021, puis gagné devant la Cour d’appel de Paris en 2023, mais cette dernière décision a été cassée en Cour de cassation en septembre, retrace le média d’investigation économique. Famille Michaud s’est finalement désistée le 17 février, évoquant le souhait « de se concentrer sur l’avenir ». Elle dit être toujours convaincue de la conformité des échantillons au vu de ses propres analyses, menées selon « les deux seules méthodes reconnues par les autorités européennes », et estime que la méthode des douanes « était non-fiable à l’époque » et « non accréditée ».
Champignons : en Espagne, partenariat entre l’industriel Eurochamp et la banque Cajamar
La banque coopérative Cajamar, plus grande caisse d'épargne rurale d'Espagne, et la société Eurochamp, troisième opérateur mondial de champignons transformés, ont signé un accord de collaboration le 15 avril. L’objectif est de renforcer la position des 149 producteurs approvisionnant l’industriel, essentiellement situés dans la Rioja, la Navarre, et l’Aragon. La banque offrira aux coopérateurs des produits de financement et d'investissement pour la modernisation de leurs installations, des prêts pour couvrir leurs besoins en fonds de roulement, ainsi que pour l'acquisition de capital social coopératif. La collaboration s’étendra aussi au financement de projets d'autoconsommation photovoltaïque et à un appui pour le paiement des impôts et de la sécurité sociale. En 2024, la production de champignons en Espagne est estimée à environ 130 700 t, ce qui place le pays au troisième rang européen, derrière les Pays-Bas et la Pologne. La Rioja est la première région productrice (61 000 t, 60 % de la production nationale). Ces dernières années, la sécheresse et d'autres conditions météorologiques extrêmes ont réduit les rendements, tandis que la pression des réglementations a pesé sur la filière, surtout les petits producteurs comme ceux travaillant avec Eurochamp.