UE/Etats-Unis: Trump déclare la guerre commerciale, l’UE promet une réponse ferme
Le président américain Donald Trump a annoncé, le 10 février, une nouvelle salve de droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium. «Aujourd'hui je simplifie nos droits de douane sur l'acier et l'aluminium afin que tout le monde comprenne ce que cela signifie. C'est 25%, sans exception ou exemption. Et c'est tous les pays», a déclaré le locataire de la Maison Blanche. De son côté, la Commission européenne a immédiatement réagi. Dans une déclaration publiée le 11 février, la présidente von der Leyen affirme regretter «profondément la décision des États-Unis d’imposer des droits de douane sur les exportations européennes d’acier et d’aluminium». Et d’ajouter que l’UE ne restera pas sans réponse. «[Ces droits] déclencheront des contre-mesures fermes et proportionnées», affirme-t-elle. Une situation qui n’est pas sans rappeler le premier mandat de Donald Trump et ses taxes sur l’acier et l’aluminium de 2018. A cette époque, l’UE avait alors rapidement réagi en dressant une liste de rétorsions, qui incluaient des produits agroalimentaires comme le bourbon, le maïs doux ou le jus d’orange, pour un montant de 2,8 milliards d’euros. Les ministres du Commerce doivent se réunir le 12 février pour aborder le sujet.
Vins et spiritueux : les exportations françaises à -4 % en 2024, plombées par la Chine
Les exportations de vins et spiritueux français se sont repliées de 4 % en valeur en 2024, plombées par un fort recul des ventes vers la Chine, même si les volumes se sont au global stabilisés sur un an. Elles ont totalisé 15,6 Md€, soit une baisse de 4% en valeur et de 0,1% en volume, a indiqué le 11 février la FEVS (exportateurs). «Ce chiffre marque un nouveau fléchissement par rapport à 2023 mais avec une stabilisation des volumes» – au prix d'une réduction de la valeur – «dans un contexte toujours marqué par des tensions économiques et géopolitiques.» Dans les détails, l'an dernier les ventes à l'export d'alcools français ont progressé de 5% vers les Etats-Unis - premier marché à l'international. Mais elles se sont effondrées de 20,2 % en direction de la Chine, leur troisième marché, passant sous la barre du milliard d'euros. La fédération évoque notamment «la crise immobilière et le chômage» en Chine. Par catégories, du côté des vins, les exportations (en valeur) se replient de 3% «dans un environnement sous tension et face aux changements de comportement de consommation», notamment une tendance générale à la baisse des achats de vin. Pour leur part, les spiritueux ont vu leurs exportations reculer de 6,5%, subissant «le recul du marché chinois, la baisse du revenu disponible des ménages et les ajustements de stocks des importateurs».
Bio: l'Espagne a doublé la France en surfaces, le Canada à reculons (rapport)
Les surfaces cultivées en agriculture biologique ont augmenté de 2,6% en 2023, pour atteindre 98,9 millions d’hectares (soit 2,1% de la surface agricole mondiale), selon le rapport annuel de l’Institut de recherche en agriculture biologique (FiBL) publié le 11 février à l’occasion du salon Biofach de Nuremberg (Allemagne). L’Afrique a enregistré une croissance importante de 24,4% (+0,7Mha). Les surfaces ont, par contre, diminué en Amérique du Nord (-7,7%) la faute principalement au Canada. Dans l’UE, la surface en bio a augmenté de 3,6% et représente désormais 10,9% de la SAU. L’Espagne, en particulier, a vu ses superficies biologiques augmenter de 11,8% (atteignant 3Mha) remplaçant la France (2,8 Mha) à la première place des pays européens. Les ventes mondiales d'aliments biologiques ont atteint 136 milliards d'euros en 2023, en légère hausse par rapport à 2022, principalement du fait de la hausse des prix plutôt que de l’augmentation des volumes de ventes. Après un recul en 2022, le marché de l’UE est reparti à la hausse avec une croissance de 2,9 % en 2023. En volume, les importations de l'UE ont, toutefois, diminué de 9,1% tandis que celles des États-Unis (premier marché mondial) ont augmenté de 27,4%.
Fruits et légumes bio: des députés proposent d'encadrer les marges trop élevées
À la suite des ex-députés Babault et Izard, quatre députés (LR, LFI, Modem et Liot) ont livré leurs propositions pour la prochaine loi Egalim 4, sous forme d'un rapport présenté en commission des Affaires économiques le 11 février. Nouveauté du rapport: ils proposent de «réprimer» un taux de marge «abusivement haut», par rapport au taux de marge moyen d'une distributeur, et qui pourrait notamment être constaté sur «certains produits durables et de qualité». Les outils de «réprimande» ne sont pas précisés. De longue date, l'association de consommateurs UFC-Que choisir dénonce des «sur-marges» réalisées par la grande distribution sur les fruits et légumes bio. Plus attendu, les députés proposent une réforme du prix «abusivement bas», en le redéfinissant ainsi: «prix d'un contrat dont les critères et les modalités de révision ou de détermination du prix ont pour effet d'empêcher la prise en compte, à un niveau suffisant pour atteindre le coût de revient, des indicateurs de coûts de production indiqués dans le socle de négociation». Introduit dans la loi Egalim, notamment à la demande de la fédération nationale bovine (FNB), le dispositif a été peu utilisé depuis. Début 2024, un tribunal a condamné, pour la première fois – en première instance seulement à présent – des opérateurs pour non-respect du «prix abusivement bas» auprès d'un agriculteur, en l'occurence un viticulteur bordelais.
Egalim 4: des députés rechignent à étendre la sanctuarisation de la MPA aux grossistes
À la suite des ex-députés Babault et Izard, quatre députés LR, LFI, Modem et Liot ont livré leurs propositions pour la prochaine loi Egalim 4, sous forme d'un rapport présenté en commission des Affaires économiques le 11 février. Contrairement aux demandes du syndicalisme majoritaire, ils rejettent l'idée d'étendre aux grossistes le champ d'application de la transparence sur le coût de la matière première agricole (MPA), ainsi que le principe de «sanctuarisation» qui y est associé, instauré par la loi Egalim 2. Les arguments des députés: «La structure du marché des grossistes n'est pas comparable à celle des distributeurs, avec plus de six mille entreprises de commerce de gros dans le secteur alimentaire»; et «la différenciation entre grossistes vis-à-vis de la clientèle ne se fait pas en premier lieux sur le prix, mais sur l'offre». En revanche, et sans surprise, ils proposent d'étendre à la matière première industrielle le principe de sanctuarisation des coûts de l'amont dans la négociation commerciale, ainsi que le principe de clause de révision du prix. Mesure également attendue, l'extension de l'encadrement aux centrales d'achat européennes: ils proposent de «tenir solidairement responsable des manquements commis par une centrale d'achat européenne l'enseigne de distribution installée en France, qui commercialise les produits et qui adhère à cette centrale».
Négociations commerciales: des députés de la Coméco proposent un calendrier resserré
À la suite des ex-députés Babault et Izard, quatre députés LR, LFI, Modem et Liot ont livré leurs propositions pour la prochaine loi Egalim 4, sous forme d'un rapport présenté en commission des Affaires économiques le 11 février. Parmi les mesures proposées, un raccourcissement de la durée des négociations commerciales, pour éviter «les comportements dilatoires». Ils proposent ainsi d'avancer la date butoir d'envoi des conditions générales de ventes, au 15 décembre, et la signature de la convention unique au plus tard deux mois après l'envoi des CGV, jusqu'au 5 février (1er mars actuellement). Dans certaines filières rompues à la contractualiastion, comme le lait, ils proposent que les CGV ne soient envoyées qu'après que l'industriel a conclu ses contrats avec les agriculteurs. Ils proposent aussi de simplifier l'obligation de proposition de contrat du producteur, «pour s'en tenir à l'objet et au prix». Ils rejettent l'idée d'une date butoir différenciée selon la taille du fournisseur, jugée trop compliquée à mettre en œuvre, au vu du précédent de 2024. Concernant la transparence sur la matière première, ils proposent de «simplifier» l'option 2, «pour qu'elle ne concerne que la part agrégée des trois principales matières premières agricoles du produit», avec pour objectif in fine de «supprimer l'option 3» (tiers indépendants).
Négociations commerciales/lait: la Fnil dénonce un «contournement manifeste» d’Egalim
«Certains directeurs commerciaux [de la grande distribution] demandent à mes adhérents de revenir sur la sanctuarisation de la matière première agricole», a dénoncé le p.-d.g. de la Fnil (laiteries privées) François-Xavier Huard le 11 février. Des pratiques «totalement illégales et à l’inverse des discours promus sur les plateaux télé» par les dirigeants des enseignes, a-t-il martelé en conférence de presse. Ce «contournement manifeste de la loi Egalim», selon ses mots, est rendu possible par le recours aux centrales d’achat européennes, un sujet «qui n’est toujours pas réglé». Dans le cadre des négociations commerciales annuelles, qui se terminent le 1er mars, les acheteurs de la grande distribution demandent à leurs fournisseurs de produits laitiers «des baisses significatives de l’ordre de 5%, voire plus». Et le patron de la Fnil de pointer «des ententes assez convergentes», assurant que des industriels «ont reçu des demandes à -5% un lundi, puis à -4,9% le mardi de la part d’un autre distributeur». «La DGCCRF a écrit à la FCD» sur ce sujet, affirme-t-il. Les industriels, eux, «arrivent avec des demandes plutôt en hausse», vu l’augmentation de leurs coûts de production: +6% en 2024 pour le prix du lait (plus de la moitié du coût de revient), +30% pour le gaz, +1,2% pour les emballages cartons.
LOA : les sénateurs étendent le diagnostic modulaire à l’utilisation des phytos
Lors de l’examen du projet de loi d’orientation agricole (LOA), les sénateurs ont étendu le 10 février les «diagnostics de viabilité économique et de vivabilité des projets agricoles» à l’utilisation des pesticides. L’amendement du gouvernement, voté avec l’avis favorable de la commission, prévoit que ces diagnostics modulaires fournissent des informations sur «l’utilisation efficace, économe et durable en ressources et l’utilisation des produits phytopharmaceutiques». Il s’agit d’un sixième module, complétant ceux relatifs aux débouchés et à la volatilité du marché, au «stress test aléas climatiques», aux agroéquipements et bâtiments, à l’organisation du travail, aux besoins de formation. Un amendement de la commission, adopté malgré l’avis défavorable du gouvernement, supprime dans le module «organisation du travail» la mention des conséquences sur la santé de l’exploitant. Les sénateurs ont aussi précisé que ces modules peuvent être mobilisés indépendamment les uns des autres, à condition qu’«au moins deux» d’entre eux le soient, dont nécessairement le «stress test aléas climatiques».
LOA : les sénateurs rattachent les ETA aux activités réputées agricoles
Lors de l’examen du projet de loi d’orientation agricole (LOA) le 11 février, les sénateurs ont rattaché les ETA (entreprises de travaux agricoles) aux activités réputées agricoles. Plusieurs amendements, issus des bancs républicains, macronistes et socialistes, ont été adoptés à cet effet, malgré les avis défavorables du gouvernement et de la commission. «Cette inclusion leur permettrait d’accéder plus facilement aux dispositifs d’aides, de financement et d’accompagnement actuellement réservés aux exploitants agricoles, tels que ceux proposés par la Draaf, la Dréal, le Casdar, le COREARM, le PNDAR, le Feader, l’Agence de l’eau et le programme Ecophyto, selon l’exposé. À ce jour, ces dispositifs sont soit totalement inaccessibles à ces entreprises, soit soumis à des conditions particulièrement contraignantes.» La FNEDT plaidait pour un tel rattachement, en particulier lors des dernières élections législatives. Les ETA sont une «composante essentielle» de la filière pourtant «méconnue, souvent négligée en raison de son rattachement au réseau des chambres de commerce (et non d’agriculture), la privant de fait des bénéfices accordés aux exploitants», affirmait le président Philippe Largeau dans un manifeste à destination des candidats.
«Sécurité sociale de l'alimentation»: une PPL examinée à l'Assemblée à la veille du Salon
Une proposition de loi visant à mettre en place à titre expérimental une nouvelle carte Vitale créditée de 150 euros par mois, afin de garantir «une sécurité sociale alimentaire pour tous», va être examinée le 20 février lors de la journée parlementaire réservée aux Écologistes, soit deux jours avant l'ouverture du Salon de l'agriculture. Cette proposition de loi donnera un «cadre pour tester les modèles dans tous les territoires» et permettra de «construire une sécurité sociale de l'alimentation» grâce à un «fonds national» pour subventionner le fonctionnement de caisses locales, selon Charles Fournier, le député à l'origine du texte. Cette sécurité sociale sera théoriquement financée à 50% par des fonds publics, à 25% par les collectivités territoriales, et à 25% par une cotisation citoyenne volontaire. Une quarantaine de caisses alimentaires d'initiative locale, qui permettent des circuits courts de distribution des agriculteurs aux citoyens grâce à des cotisations mensuelles, existent déjà en France. Le fonds permettra de les «consolider» et de «leur donner un cadre», selon les parlementaires.
Biodiesel : l’UE impose des droits antidumping définitifs sur les importations de Chine
Par un règlement d’exécution publié au Journal officiel de l’UE le 11 février, la Commission européenne institue un droit antidumping définitifs, compris entre 10% et 35,6%, sur les importations de biodiesel originaire de Chine. Ces dispositions entrent en vigueur le lendemain de leur publication. Sont concernés, le diesel renouvelable HVO (pour Hydrotreated Vegetable Oil), et FAME (pour Fatty Acid Methyl Ester). Les niveaux des droits antidumping définitifs sont, toutefois, inférieurs à ceux des mesures provisoires, en vigueur depuis le mois d’août. De son côté, l’European Biodiesel Board (EBB), à l’initiative de l’enquête ouverte en décembre 2023, se félicite de ses mesures. «Cela a été un long chemin depuis que l’EBB a commencé cette affaire, d’abord à travers l’affaire de contournement puis cette affaire antidumping», déclare Xavier Noyon, son secrétaire général. Toutefois, l’association européenne pointe encore le risque de contournement et regrette également le fait que le carburant d’aviation durable soit exclus des droits de douane.
Biocarburants: l'UE autorise un rachat d'actifs de Bunge en Espagne par Repsol
Dans un communiqué du 11 février, la Commission européenne indique avoir approuvé la cession par Bunge (négociant) d'une partie de ses activités espagnoles de trituration de graines oléagineuses au pétrolier espagnol Repsol, par l'instauration d'un contrôle conjoint de la filiale Bunge Iberica (Bisa). Le 26 mars 2024, les deux groupes avaient annoncé la prise de contrôle par Repsol de 40 % de trois usines de trituration de graines oléagineuses appartenant à Bisa, à des fins de production de biodiesel. Le montant de la transaction s'élève à 300 millions de dollars (M$), auxquels pourraient s'ajouter 40 M$, sous certaines conditions (non précisées). Après enquête, la Commission «a conclu que l'opération notifiée ne soulèverait pas de problèmes de concurrence, compte tenu des impacts limités des entreprises sur les marchés où elles sont actives», peut-on lire dans le communiqué. Les trois usines de Bisa sont basées à Barcelone, Bilbao et Carthagène, proches de sites de Repsol. Cette acquisition s'intègre dans la stratégie globale de Repsol de décarbonation de sa production d'énergie. Le pétrolier espagnol souhaite proposer du carburant 100 % renouvelable dans 1 900 de ses stations-services espagnoles à l'horizon 2027.
Blé dur d'hiver : le ministère abaisse encore son estimation de sole française
Dans leur rapport mensuel du 11 février, les services statistiques du ministère de l'agriculture (Agreste) ont revu à la baisse leurs estimations de surface française de blé dur d'hiver, tablant désormais sur 198 000 ha, contre 206 000 ha lors de l'édition de décembre dernier. En 2024, elles atteignaient encore 210 000 ha. Reste encore à connaître les assolements de printemps. Pour rappel, Arvalis table sur une sole hexagonale (variétés d'hiver et de printemps confondues) à 227 000 ha. L'an dernier, des parcelles avaient été semées très tardivement, jusqu'au mois d'avril. Les conditions climatiques encore très humides cette année compliquent grandement les travaux d'emblavement. Les sols ont en effet du mal à ressuyer dans de nombreux secteurs. Les régions Midi Pyrénées et Centre Val de Loire connaissent les replis annuels les plus importants, de respectivement 21 % et 9 %. Autre changement majeur : les assolements de colza tomberaient à 1,272 Mha, contre 1,335 Mha en décembre dernier, et 1,326 Mha l'an dernier. Les régions constatant les baisses les plus significatives d'un an sur l'autre sont les Hauts de France (-20 %) et la Bretagne (-18 %). En revanche, la Bourgogne connaît une hausse de 14 % et le Midi-Pyrénées de 10 %.
Semences/guerre en Ukraine: cinq scénarios pour les entreprises européennes
Le chercheur Sébastien Abis (Iris), l'analyste Arthur Portier (Argus Média) et l’économiste Thierry Pouch (Chambres d'agriculture France) ont publié, en janvier, une étude explorant cinq scénarios pour l'avenir des entreprises semencières européennes en Russie et en Ukraine. Si la guerre entre les deux pays se poursuit, cela impliquerait «un inconfort stratégique grandissant pour les semenciers, faute de clarté sur les horizons politiques et diplomatiques». Priver la Russie de semences, dans le cadre de sanctions, pourrait signifier «accentuer l’insécurité des marchés céréaliers mondiaux», la Russie n’étant pas autonome. Si l'Ukraine perdait la guerre, la Russie pourrait pousser les semenciers, via des «conditions incitatives» à mener leur recherche et toute leur production sur le sol russe, en leur interdisant d’être présents en Ukraine. Une intégration de l’Ukraine dans l’UE «plus tôt que prévu» pourrait entraîner un arrêt de la présence des semenciers en Russie, avec perte de ressources humaines, logistiques, génétiques et de recherche. Un rapprochement de l’Ukraine et de la Russie ménagerait un avenir compliqué pour les semenciers européens dans ces pays avec la nécessité pour l’Europe de «revoir son modèle agricole». Enfin, les auteurs imaginent une Russie devenue indépendante des semences européennes, ayant réussi à «développer à domicile ses propres forces vives», catalysées par les sanctions européennes. (Anne Gilet)
Pesticides: une trentaine d’ONG européennes demande des engagements sur la réciprocité
Une trentaine d’ONG de l’UE (Les amis de la Terre, Bureau européen de l’environnement, PAN Europe…) demandent, dans une lettre adressée le 11 février au commissaire européen à l’Agriculture Christophe Hansen, «à prendre des mesures dans le cadre de la Vision de l’UE pour l’agriculture et l’alimentation afin de garantir –dans toute la mesure du possible– que les aliments importés ne soient pas cultivés avec des pesticides interdits dans l’UE». Cette Vision sur l’agriculture doit être dévoilée le 19 février. Pour les ONG il est «essentiel de remédier à ces doubles standards pour garantir une concurrence équitable aux agriculteurs européens, mais aussi pour protéger la santé des consommateurs». Elles rappellent qu’actuellement environ 65 pesticides interdits dans l’UE ont des limites maximales autorisées supérieures à la limite de détection. «Cela signifie que leurs résidus sont toujours légalement autorisés dans les importations, même pour les substances classées comme extrêmement dangereuses pour la santé humaine», soulignent-elles. Fin janvier, à l’issue de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE, Christophe Hansen s’était disposé à envisager d’éventuels changements sur la manière de fixer les limites maximales de résidus pour les substances non approuvées mais avait prévenu qu’il faudrait rester en règle avec les obligations internationales de l’UE.
Fongicides: le cyprodinil identifié comme perturbateur endocrinien par l’Efsa
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) estime dans un avis du 6 février, que le fongicide cyprodinil agit comme perturbateur endocrinien ce qui doit être considéré comme un «domaine critique de préoccupation». Un risque élevé pour les vertébrés terrestres sauvages et les organismes aquatiques a aussi été identifié. Ce fongicide, notamment utilisé sur les pommes et les céréales, est déjà classé parmi les molécules candidates à la substitution. Son autorisation de mise sur le marché de l’UE expire, en théorie, le 31 octobre 2026. Mais la Commission européenne pourrait, sur la base de ces nouvelles conclusions l’interdire dans un plus bref délai.
Chlordécone/Guadeloupe: seulement 20 éleveurs sécurisent leurs bêtes en 2024
Seuls 20 éleveurs de Guadeloupe ont rejoint, en 2024, le programme de sécurisation des viandes mis en œuvre pour faire face à la pollution à la chlordécone, rapporte l’AFP le 11 février à la suite de la présentation du bilan à mi-parcours du plan Chlordécone IV, le même jour. Un chiffre conforme à ce que le groupement de défense sanitaire de Guadeloupe, Sanigwa, prévoyait dans nos colonnes cet été (voir notre dossier). «On sera probablement à une vingtaine d’éleveurs d’ici fin août» estimait l’ingénieur sanitaire Manuel Pezeron qui travaillait encore à faire connaître le programme des éleveurs de l’île, en majorité des petits détenteurs. En Guadeloupe, le programme de sécurisation des viandes a été lancé en juin 2023, mais «les premiers prélèvements ont eu lieu on octobre» de cette année-là, car «il a fallu du temps pour acquérir du matériel», précisait-il à Agra Presse. En Martinique en revanche, le programme a été lancé dès 2016 et, à l’été 2024, «plus de 250 éleveurs» avaient été suivis par le GDSM, selon notre enquête. Le programme de sécurisation des viandes vise à décontaminer les animaux avant leur passage à l’abattoir en proposant un diagnostic de l’élevage avec analyse de sol et d’eau si besoin, un plan de décontamination individualisé et un suivi.
Bien-être animal: L214 manifeste à Strasbourg pour une «révision majeure de la législation»
Une cinquantaine de militants européennes de défense des animaux, de L214 et de neuf autres organisations européennes, ont organisé le 11 février une manifestation devant le Parlement Européen à Strasbourg, en marge de la session plénière, pour demander «une révision majeure de la législation sur le bien-être animal». Vêtus de costumes sombres et arborant des masques de poulet, les manifestants ont symboliquement déposé un bulletin dans une urne pour «défendre leurs droits». La Commission européenne s’était initialement engagée à présenter en 2024 une vaste révision de la réglementation européenne mais elle n’a finalement présenté que deux textes l’un portant sur le transport des animaux l’autre sur le bien-être des chiens et chats. Le nouveau commissaire européen à la Santé et au Bien-être animal, Olivér Várhelyi, a déjà promis, à plusieurs reprises, une proposition législative en 2026 qui répondra, notamment, à l’Initiative citoyenne européenne demandant l’interdiction de l’élevage en cage (End the cage age). D’ici là, un dialogue avec l’ensemble des parties prenantes sera mené afin de trouver des solutions «calibrées avec des transitions suffisantes et un soutien financier», a-t-il indiqué lors d’une récente intervention au Parlement européen.
Bovins viande: Bovineo (Cavac) reverse 300 000 € à ses éleveurs de jeunes bovins
Le groupement Bovineo va reverser 300 000 euros, issus de sa caisse de sécurisation, à une partie de ses éleveurs de jeunes bovins (JB) afin de les aider dans la gestion de leurs ressources fourragères, indique la Cavac (maison-mère) dans un communiqué le 11 février. Les producteurs soutenus seront «les plus engagés avec le groupement (hors contrat de production à marge garantie)», soit «332 éleveurs» parmi les 2150 que revendique Bovineo (122 000 bovins); le montant moyen atteindra 903 € par éleveur. Cette enveloppe viendra «en soutien de la trésorerie des systèmes de production en polyculture-élevage, dans un contexte où la gestion des ressources fourragères devient plus complexe à la suite des aléas pédoclimatiques». Avec les incessantes pluies de 2024, la production des prairies a été abondante presque partout en France. Mais «l’herbe n’a pas été facile à exploiter», en pâturage comme en fauche, rappelle l’Institut de l’élevage dans son bilan agroclimatique de l’année dernière. Quant au maïs, toujours selon l’Idele, «des coups de vent localisés ont couché certaines parcelles, notamment en Vendée», berceau de la Cavac. Partout en France, 2024 «a permis de faire beaucoup de stocks mais comparé à une année normale, ceux-ci sont moins riches, plus encombrants et moins appétents».
Miel: le conditionneur Famille Michaud fait son retour dans l’interprofession apicole
Famille Michaud Apiculteurs, premier conditionneur de miel français, est revenu dans l’interprofession des produits de la ruche (Interapi), apprend-on le 11 février. «Cette réintégration est effective depuis le 1er janvier 2025», a confirmé Famille Michaud à Agra Presse. Le poids lourd du miel sur le marché français effectue son retour dans le collège aval de l’interprofession en rejoignant le Syndicat français du miel (SFM, conditionneurs). Une structure qu’il avait quitté en 2020 selon une archive de l’Unaf (syndicat d’apiculteurs), «suite à des divergences de positions sur le décret étiquetage des miels», précise un rapport du CGAAER consacré à la gouvernance d’Interapi et daté de novembre 2023. Par ce retour, Famille Michaud Apiculteurs «entend jouer un rôle collaboratif dans la structuration et la pérennisation de la filière», dans le contexte de «mise en place de la nouvelle Directive Européenne Miel à horizon de juin 2026». Le conditionneur souhaite aussi «une meilleure visibilité sur les volumes disponibles, des prix plus justes, des négociations équilibrées et des contrôles renforcés» pour «une commercialisation plus dynamique du miel français».
Tracteurs: Same Deutz-Fahr va fabriquer des tracteurs Massey pour Agco
Le géant du machinisme agricole Agco Corporation (marques Fendt, Massey Ferguson et Valtra) a conclu un accord avec Same Deutz-Fahr (SDF), qui produira des tracteurs de faible à moyenne puissance pour la marque Massey Ferguson. Il s'agira de tracteurs d'une puissance maximal de 85 chevaux, dont la production démarrera au milieu de l'année 2025. Selon nos confrères de Réussir Machinisme, ces tracteurs sont «construits dans les usines SDF de Turquie et d’Inde» et «seront destinés à la plupart des marchés mondiaux». Le monde des fabricants de machines agricoles est relativement stable depuis plusieurs années. Pour Agco, la dernière opération d'envergure remonte à 2004, avec le rachat de Valtra. La concentration s'est depuis reportée sur les concessionnaires (voir notre enquête).
Intelligence artificielle: une association anti-OGM s'oppose à son usage en agriculture
Alors que se tient le Sommet de l'intelligence artificielle à Paris, les 10 et 11 février, l'association OGM Dangers s'est positionnée en défaveur de son utilisation en agriculture, arguant qu'elle présente potentiellement plus d'inconvénients que d'avantages. Contacté par Agra Presse, Olivier Leduc, conseiller scientifique de l'association, ne veut pas «nier qu'il pourra exister des IA qui auront une utilité, notamment en termes de gains de productivité agricole», mais craint que la technologie «soit détenue par des firmes privées puissantes, qu’elles soient françaises, allemandes, chinoises ou américaines, dont les agriculteurs vont devenir très dépendants, ce qui enrichira quelques-uns et appauvrira le plus grand nombre». Il s'inquiète par ailleurs des effets potentiels sur l'emploi: «les capteurs installés sur les machines agricoles et guidées par l'IA pour récolter, traiter au mieux etc. feront le travail en théorie réservés aux humains. Et l'agriculteur deviendra en réalité un simple sous-traitant». Par ailleurs, l'IA consomme beaucoup de ressources, souligne-t-il: «une requête sur ChatGPT consomme dix fois plus d'énergie qu'une simple recherche sur Google».
Royaume-Uni : la mobilisation agricole se poursuit contre la taxe sur la succession
Les agriculteurs britanniques ont poursuivi, le 10 février, leur mobilisation contre le projet taxe sur la succession en manifestant avec leurs tracteurs devant le 10 Downing Street, à Londres, la résidence du premier ministre Keir Starmer. Il s’agit du troisième mouvement agricole dans la capitale britannique depuis l’annonce le 30 octobre par le gouvernement travailliste de la mise en place d’une la taxe sur la succession. À compter d’avril 2026, l’exonération des droits de succession dont bénéficient les exploitations ne s’appliquera plus à celles valant plus d’un million de livres (1,20 M€) qui seront désormais soumises à une imposition de 20 %, soit la moitié du taux habituel des droits de succession. Selon le principal syndicat agricole britannique la NFU (National Farmers Union), 75 % des entreprises agricoles commerciales seront concernées par cette mesure, faisant naitre des craintes quant au renouvellement générationnel. C’est aussi le sens de l’intervention de jeunes agriculteurs en amont d’un débat sur le sujet organisé le même jour au Parlement britannique.
Etats-Unis: certaines subventions agricoles bloquées par les décisions de Trump
Victimes indirectes du gel, depuis suspendu, de tous les financements fédéraux voulu par Donald Trump, les agriculteurs américains étaient le 11 février au Congrès alors que les subventions vers leur secteur, politiquement influent, sont toujours sur pause. Pour l'instant, ils n'ont en effet touché aucun remboursement prévu théoriquement dans le cadre de deux programmes du département de l'Agriculture (USDA) créés pour soutenir leurs investissements dans la conservation des sols et la production d'énergie propre. Ces deux programmes ont été créés dans le cadre de l'Inflation Reduction Act (IRA), le grand plan vert de l'ancien président Joe Biden, qui a permis plusieurs milliards de dollars d'investissements dans des projets d'énergie renouvelable dans tout le pays. «L'USDA et les agences fédérales doivent honorer leurs engagements auprès des agriculteurs et des communautés rurales», a ainsi déclaré dans un communiqué envoyé à l'AFP le président du NFU, Rob Larew. «Il est habituel qu'un nouveau gouvernement examine les programmes et financements engagés, mais l'agriculture est déjà confrontée à un niveau important d'incertitude économique», a-t-il souligné.
Erratum sur le versement des aides liées aux programmes opérationnels
Contrairement à ce qui est sous-entendu par erreur dans l'Agrafil daté du 11 février, les secteurs des fourrages séchés, de la floriculture et des veaux sous la mère n’ont pas encore bénéficié d’une aide au titre des programmes opérationnels (PO). Les demandes d’aides 2024 sont en cours de dépôt (jusqu’au 15 février) et seront payées en 2025.