Bio : après des années de croissance, les surfaces mondiales ont stagné en 2024
Les surfaces cultivées en agriculture biologique ont stagné en 2024, s’établissant à 98,9 millions d’hectares (soit 2,1% de la surface agricole mondiale), selon le rapport annuel de l’Institut de recherche en agriculture biologique (FiBL) publié le 10 février à l’occasion du salon Biofach de Nuremberg (Allemagne). Même constat dans l’UE avec une surface en très légère augmentation (+0,1 Mha, +0,7%) à 18,1 Mha soit 11,1% de la surface agricole utile. L’Espagne reste le pays de l’UE avec les superficies les plus importantes (2,9 Mha) devant la France (2,7 Mha, en léger recul) et l’Italie (2,5 Mha). L'un des principaux facteurs expliquant ce tassement après des années de croissance est la mise en œuvre du nouveau règlement européen concernant la certification des producteurs dans les pays tiers qui a eu un «impact significatif sur les petits exploitants agricoles et les groupements de producteurs». Autre explication: la crise de marché qui a entraîné une diminution des conversions en 2022 et 2023. Mais le FiBL estime que «l'amélioration des conditions de marché observée en 2024 devrait se traduire par des taux de conversion plus élevés dans les années à venir». En effet, en 2024 le chiffre d'affaires mondial du commerce de détail d'aliments et de boissons biologiques a atteint 145 milliards d'euros (soit une augmentation de 6,9 Md €). Les États-Unis représentaient toujours le premier marché bio (60,4 Md €), devant l'Allemagne (17 Md €) et la Chine (15,5 Md €).
Agence bio : le Synadis bio se retire face au « démantèlement programmé »
Le Synadis bio (syndicat des distributeurs bio) annonce son retrait de l’Agence bio, le 10 février, dans un communiqué où la colère est palpable. Il dénonce « l’asphyxie budgétaire » et le « démantèlement programmé » de l’Agence bio. « Cette décision, prise après des mois de réflexion et de tentatives de dialogue infructueuses, marque un tournant dans les relations entre les distributeurs spécialisés en produits biologiques et les instances de gouvernance de la filière », indique le syndicat. Pourtant, rappelle l’instance présidée par Christelle Le Hir, par ailleurs présidente de La Vie claire, le Synadis bio avait défendu l’Agence bio il y a un an, quand son sort était menacé durant l’examen du PLF 2025. Mais les griefs se sont accumulés depuis. « L'Agence Bio a survécu budgétairement, mais plus de 60% de son budget a été supprimé », égrène le syndicat qui pointe des « votes d’opposition » au sein de l’Agence qui ne pèsent pas dans les décisions. Il affirme que les distributeurs spécialisés bio (3 Md€ de CA, 40% du marché bio) « ne trouvent plus leur place » dans « des instances transformées en chambres d’enregistrement », et que le lien de l’Agence avec les décideurs politiques « ne cesse de se distendre ». Enfin, le Synadis bio regrette amèrement « le projet de licenciement de la directrice générale (de l’Agence bio, NDLR), dont chacun salue le travail et l'intégrité ».
UE-Mercosur : Strasbourg valide la clause de sauvegarde agricole sans amendement
Quelques semaines après la saisine de la Cour de justice de l’UE et le blocage du processus de ratification, le Parlement européen a largement validé (par 483 voix contre 102 et 67 abstentions), le 10 février à Strasbourg, la clause de sauvegarde agricole de l’accord commercial UE-Mercosur destinée à répondre aux préoccupations exprimées par le secteur. Les eurodéputés ont ainsi confirmé la modification du compromis interinstitutionnel abaissant les seuils de déclenchement des enquêtes à 5% d’augmentation des importations sur une moyenne triennale et à une baisse de 5% du prix de vente par rapport à l’équivalent européen, conformément à la position initiale du Parlement européen. Conscient de la sensibilité du sujet dans l'hémicycle, le rapporteur du Parlement européen, l’Espagnol Gabriel Mato (PPE, droite) avait prévenu juste avant le vote: «Nous ne votons pas aujourd’hui sur l’accord commercial UE-Mercosur mais sur un ensemble de mesures destinées à protéger les agriculteurs face aux éventuels préjudices du traité». Contrairement à ce que nous avons indiqué précédemment, seuls quelques amendements ont été déposés par des groupes politiques plus à la marge (gauche radicale et extrême droite), principalement sur la question de la réciprocité des normes. Cependant, la demande visant à procéder au vote sur ceux-ci a été rejetée.
UE-Mercosur : au Paraguay, ratification parlementaire possible d'ici la fin mars
Alors que la mise en œuvre provisoire de l’accord UE-Mercosur pourrait intervenir en cas de ratification par un des pays du bloc sudaméricain, le vote du parlement paraguayen « pourrait se produire au minimum une quinzaine de jours après la rentrée parlementaire du 2 mars, si toutefois le président de la République confirme sa décision d’en faire sa priorité », a indiqué à Agra, la sénatrice du Paraguay, Lilian Samaniego (Parti Colorado, conservateur) membre de la Commission des affaires étrangères au Sénat depuis 20 ans. Lilian Samaniego siège aussi au Parlasur, l’organe parlementaire multilatéral consultatif du Mercosur, en tant que représentante du Paraguay aux côtés de 8 des 45 sénateurs de son pays. « Au Parlasur, à Montevideo, les débats reprendront entre le 10 et le 15 mars », renseigne-t-elle. « Nous voulons être le premier pays du Mercosur à ratifier l’accord, avait déclaré le ministre du Commerce paraguayen le 23 janvier. Le 29 janvier, le président du Paraguay, Santiago Peña, a reçu une centaine de représentants du privé pour leur présenter sa feuille de route vers la ratification du traité Mercosur-UE. Or, le parti Colorado qui l’a porté au pouvoir dispose de la majorité au Sénat et à la Chambre des députés. (Marc-Henry André)
Paquet vin : le Parlement européen donne son feu vert à l’accord institutionnel
La plénière du Parlement européen a très largement approuvé (par 625 voix contre 15 et 11 abstentions), le 10 février à Strasbourg, le paquet de mesures destiné à répondre aux difficultés du secteur viticole de l’UE, proposé par Bruxelles au printemps. Le texte doit maintenant être formellement entériné par le Conseil de l’UE, potentiellement lors de la réunion des ministres de l’agriculture du 23 février, avant d’être publié au Journal officiel de l’UE et d’entrer en vigueur. Dans le détail, ces mesures permettent d’utiliser des fonds de l’UE pour l’arrachage, de définir les plafonds nationaux de paiement pour la distillation du vin et la vendange en vert à 25 % des fonds disponibles par État membre. En outre, elles prévoient de remplacer la date limite de plantation par une période de révision décennale. Le compromis comprend deux nouvelles définitions pour les vins partiellement désalcoolisés. Il prévoit aussi d’exempter les vins destinés à l’exportation de l’obligation d’indiquer la liste des ingrédients et la déclaration nutritionnelle sur l’étiquette. Enfin, le taux de soutien aux mesures de promotion dans les pays tiers est augmenté.
Alcools : les exportations françaises en recul de 8% en 2025, net repli aux Etats-Unis
Les exportations de vins et spiritueux français ont reculé l'an dernier de 8% en valeur, plombées notamment par un repli de 21% aux Etats-Unis, sur fond de tensions géopolitiques et économiques, a annoncé le 10 février la fédération du secteur (FEVS). Les ventes à l'étranger des vins, champagnes, cognac et autres alcools ont atteint 14,3 Md€, soit un recul de 8% en valeur mais aussi cette année une baisse en volume (-3%), selon la FEVS. Aux Etats-Unis, leur premier marché à l'international, l’instauration de droits de douane (10% en avril puis 15% en août) et un taux de change euro/dollar défavorable ont « lourdement » affecté le résultat, en recul de 21% à 3 Md€, explique l'organisme. Dans le même temps, les exportations vers la Chine ont marqué le pas, à 767 M€, soit un recul de 20% dans un marché fragilisé. Par catégories de produits, le vin recule à 121 M de caisses (-3%), malgré une bonne tenue des vins effervescents (+3%, soit 20% des volumes exportés). En valeur, le chiffre d’affaires des vins redescend au niveau de 2021, soit 10,5 Md€ (-4%). La valeur des exportations françaises de spiritueux décroît de 17% à 3,7 Md€, avec des volumes en baisse à 44 M de caisses (-5%), du fait des tensions sur ses deux grands marchés, Etats-Unis et Chine.
Vin : les AOC de la vallée du Rhône poursuivent leur « déstockage » (interprofession)
Récolte en berne et commercialisation « stable » : les vins AOC de la vallée du Rhône ont poursuivi l’an dernier leur « déstockage », a souligné le 10 février leur interprofession. « Les sorties de chai sont en légère décroissance en 2025 », à 2,23 Mhl (-5 %), a indiqué le président d’Inter Rhône Philippe Pellaton. Cela laisse « une impression pas trop mauvaise » en termes de ventes, d’après lui. « Mais le vignoble souffre », avec une petite récolte d’environ 2 Mhl (-7 %). La situation commerciale apparaît contrastée. D’un côté, le bateau amiral côtes-du-rhône, qui était bien orienté fin 2024 et toujours en progression fin juillet (+4 %), parvient à limiter sa baisse sur douze mois (-3 %), tout comme les appellations village (-4 %). Les crus méridionaux, qui avaient été chahutés, confirment la reprise constatée fin juillet : leurs sorties de chais affichent +4 % à fin décembre. De l’autre côté, les crus du nord voient leur commercialisation reculer (-8 %). Le constat est le même pour les autres appellations de la vallée du Rhône, hors famille côtes-du-Rhône, qui restent globalement en baisse (-10 %). Enfin par couleur, toutes les sorties de chai sont mal orientées, en rouge (-5 %) et en rosé (-6 %). Même le blanc (-7 %) subit un coup d’arrêt, lié dans certains cas au manque de disponibilité ou à la perte de marchés.
Vin : le distributeur U lance sa première filière viticole avec la coopérative Plaimont
Le distributeur U a lancé, le 10 février au salon Wine Paris, sa première filière viticole avec la coopérative Plaimont, implantée en Gascogne et Piémont pyrénéen. Neuf vignerons sont concernés. Le partenariat entre leur cave coop et les magasins U est établi sur une durée de trois ans, pour un volume annuel de 7 000 hectolitres avec une rémunération supérieure au marché. « Le prix versé au producteur inclut une prime à l’hectare », explique Timothee Zimmerlin, chef de groupe MDD chez U. « Ce complément de rémunération s’inscrit dans une démarche de progrès en matière d’agroécologie. » Divers indicateurs sont retenus, comme l’indice de régénération des sols. U et Plaimont s’appuient sur le cahier des charges Pour une agriculture du vivant (PADV), mouvement qui promeut la transition agroécologique. Cette 126e filière U (la première dans le vin) « coche toutes les cases », a salué Dominique Schelcher, le p.-d.g. de U. « Elle soutient une filière en difficulté, donne de la visibilité en prix et volume, assure un partage de la valeur au juste prix, repose sur un cahier des charges vertueux. » Trois références de produits sont proposées : côtes-de-gascogne sec (75 cl et 5 l), moelleux (75 cl). L’étiquette valorise une démarche qui « améliore la rémunération des agriculteurs » et « accompagne les agriculteurs dans l’amélioration des pratiques agricoles ».
Vin : auditées par le CGAAER, les caves coops attendent un fonds pour la restructuration
Saluant le rapport du CGAAER (ministère de l’Agriculture) sur les caves coops, les Vignerons coopérateurs attendent « la mise en œuvre opérationnelle très rapide de ses conclusions », selon un communiqué. Cet audit, remis le 9 février à Annie Genevard, propose « une série de mesures fortes pour l’accompagnement de la restructuration des caves coopératives : audits, prêts structurels, fonds de soutien à la restructuration des caves coopératives, bonification des dispositifs d’aides existants », souligne l’organisation. Pour rappel, le travail confié au CGAAER visait l’attribution des 10 M€ d’aides à la restructuration inscrites dans la loi de finances pour 2025. L’enveloppe, inutilisée, n’a pas été reconduite dans le budget 2026. « Il y a urgence », considère le président Joël Boueilh, réclamant la mise en œuvre de « l’ensemble de la boite à outils » proposée dans le rapport. Restant sur leur faim, les Vignerons coopérateurs notent toutefois l’annonce, par la ministre le 9 février, de « la mise en œuvre immédiate du renforcement des dispositifs d’audits existants et l’ouverture très prochaine des dispositifs de prêts structurels avec des seuils adaptés aux spécificités des caves coopératives ». Ces prêts « garantis à 70 % par BPI France » avaient été annoncés le 24 septembre dans le « plan national de sortie de crise » pour la filière vitivinicole.
Pommes bio : le groupe coopératif Blue Whale intègre Juliet à son portefeuille
A l'occasion du salon Fruit Logistica à Berlin la semaine passée, Blue Whale a annoncé qu'elle est le deuxième metteur en marché à être autorisé à commercialiser, depuis novembre, des pommes bio Juliet, produites exclusivement en France. Depuis l’origine de la démarche en 2005, ces pommes étaient commercialisées en exclusivité par Cardell (groupe Innatis, en procédure de sauvegarde). Ces derniers mois, les producteurs avaient tiré la sonnette d’alarme, dans un contexte de marché bio en berne et de crise de croissance en production, avec une hausse de 10% attendue cette saison 2025-2026 (autour de 24.000 t). Les objectifs pour Blue Whale d' « arriver à valoriser 10.000 t de pommes Juliet », « organiser une relance sur le marché français, lui redonner un positionnement plus large », et « accompagner sa valorisation à l’international » explique Marc Peyres, directeur commercial de Blue Whale, qui devient par ailleurs administrateur de l’organisation Les amis de Juliet, qui gère le développement de la variété et de la marque. « A l’export, on va travailler sur l’Angleterre et en seconde partie de saison, on va développer l’Europe du Nord » précise encore Marc Peyres. Sur 650 ha de vergers de Juliet en France, les producteurs de Blue Whale sont les plus représentatifs, avec 240 ha de verger en production. (Florence Rabut)
Pomme : Pink Lady mise sur la « désirabilité » pour enrayer l’érosion du marché
Dans un contexte de déconsommation de la pomme, l’association Pink Lady Europe a présenté le 10 février sa nouvelle campagne de communication, qui sera diffusée dans douze pays européens. L’objectif affiché étant de renforcer la « désirabilité » du fruit, alors que les consommateurs se tournent de plus en plus vers des snacks ultra-transformés, selon Bruno Bertheloz, son président. Deuxième fruit le plus consommé en France après la banane, la pomme est confrontée à une fragilisation de son marché. Entre 2023 et 2025, le poids moyen de pommes par acte d’achat a légèrement reculé, passant de 1,30 kg à 1,28 kg. Une baisse limitée en apparence, mais qui, appliquée à des volumes importants, se traduit par une « érosion » du marché, souligne Imelda Pringuey, directrice d’unité produits frais pour le panéliste Worldpanel. Selon Pink Lady Europe, cette tendance s’explique en partie par la « banalisation » de la pomme en rayon, souvent proposée à très bas prix, ce qui affaiblit sa valeur perçue et accentue la pression sur les producteurs. L’enjeu dépasse le seul marché, alors que la filière est confrontée à une décroissance des vergers de pommiers depuis plusieurs années et à des difficultés de renouvellement des générations. D’où la volonté affichée de l’association de se placer en « leader », capable de « proposer des revenus qui donnent envie », selon Robert-Pierre Cecchetti, l’un des plus anciens producteurs de la variété Pink Lady.
Poireau : face à la crise, cinq distributeurs appellent à acheter français
Cinq groupes de la grande distribution, Auchan, Carrefour, Casino, Coopérative U et Intermarché, appellent les consommateurs à acheter des poireaux français, rapporte l’AFP le 10 février. « Si les volumes ne sont pas consommés très rapidement, ils risquent d’être perdus, entraînant une chute des prix pour les producteurs », argumentent les enseignes dans un communiqué de presse commun. Les distributeurs engagés indiquent avoir mis en place plusieurs mesures incitatives : mises en avant dans les rayons, théâtralisation en magasin. Elles affirment aussi renforcer les volumes de poireau français référencés. Pour les enseignes, « si la mobilisation des distributeurs est pleinement engagée, la sortie de crise repose également sur l’acte d’achat ». Le 4 février, la FDSEA Manche avait alerté sur la situation des producteurs de poireau, faisant face à de fortes quantités commercialisables à la suite de conditions météorologiques particulièrement douces. « Des données de l’organisation économique font déjà apparaître une chute de l’ordre d’une dizaine de millions d’euros pour la ferme légumière de la Manche », avait-elle avancé. Le syndicat agricole avait appelé à « cesser tout bradage du prix du poireau en dessous de 2 euros du kg » chez les distributeurs.
CBD : malgré des réserves, l’Efsa propose une «dose provisoire sans danger»
Malgré des «lacunes persistantes dans les données», l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a publié le 9 février son avis définitif sur la sécurité du cannabidiol (CBD) en vue de son autorisation de mise sur le marché comme nouvel aliment. L’Efsa émet un certain nombre de réserves sur l’innocuité du produit (effets indésirables potentiels sur le foie, le système gastro-intestinal, les systèmes endocrinien, nerveux et reproducteur) et propose donc une dose provisoirement sûre de 0,0275 mg/kg par jour (soit 2 mg/jour pour un adulte de 70 kg). Cette «dose provisoire sans danger» s'applique uniquement aux compléments alimentaires dont la pureté en CBD est supérieure à 98%. Les experts de l’Efsa préviennent que l'innocuité du CBD ne peut être établie pour les personnes de moins de 25 ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes prenant des médicaments simultanément. Cet avis avait été soumis à consultation publique en septembre. L’Efsa indique qu’elle procédera à l’évaluation des risques de chaque demande d’autorisation d’utilisation d’un nouvel aliment contenant du CBD sur la base des données fournies par chaque demandeur.
Céréales d'hiver : révision à la hausse des surfaces françaises pour la récolte 2026 (Agreste)
Dans son rapport mensuel du 10 février, Agreste (ministère de l’Agriculture) a relevé ses estimations d’assolements français de céréales d’hiver, semés en 2025 pour la récolte 2026, par rapport à son édition précédente. Dans le détail, elles atteignent 6,436 Mha ce mois-ci, contre 6,378 Mha en décembre (et 6,237 Mha l’année passée). Néanmoins, ces niveaux sont loin d’égaler celui observé lors de la récolte 2021, avec presque 7 Mha (6,888 Mha). La progression est notamment portée par le blé tendre. La sole hexagonale passe de 4,561 Mha à 4,589 Mha. L’an dernier, elle s’affichait à 4,464 Mha. Notons la légère révision à la baisse de celle de blé dur, passant de 199 000 ha à 196 000 ha (contre 197 000 ha en 2025). Pour rappel, Arvalis table sur une surface nationale 2026 à 218 000 ha, incluant les variétés d’hiver et de printemps, correspondant à un repli d’environ 2 % en un an. En colza, la sole hexagonale se rapproche de la barre des 1,4 Mha. Elle est évaluée à 1,372 Mha, contre 1,344 Mha en décembre dernier (et 1,263 Mha l’année passée).
Blé : jusqu’à six fois plus de canicules et de sécheresses d’ici 2100, selon l’Inrae
Dans un communiqué du 10 février, l'Inrae a présenté une méthode pour anticiper et mesurer la fréquence des années à haut risque pour les récoltes françaises de blé d'ici 2100. Elle explicite divers scénarios, variant selon l’intensité du changement climatique. Selon l’institut, dans le pire des cas, les épisodes de canicules et de sécheresses verraient leur probabilité d’apparaître multipliée par trois à six d’ici la fin du siècle, selon les secteurs. Par ailleurs, les hivers doux et les printemps excessivement humides pourraient devenir « douze fois plus fréquents dans le nord de la France ». À l’inverse, dans un scénario modéré « conforme aux objectifs de l’accord de Paris », les risques climatiques demeureraient similaires aux conditions actuelles. L’élaboration de ces projections par les scientifiques de l’Inrae est le résultat d’une combinaison « de modèles de développement de variétés de blé, de données climatiques historiques, de projections climatiques du GIEC », relate le communiqué. La méthode de l’institut a été publiée dans la revue Agricultural and Forest Meteorology.
Maïs : la réputation de l’USDA mise à mal après les dernières estimations de surfaces US (presse)
Selon un article de Reuters du 10 février, le département américain de l’Agriculture (USDA), considéré comme la référence mondiale en matière de prévisions et d’estimations de productions de grains dans le monde et aux USA, voit sa réputation mise à mal. D’après le média, le marché a été particulièrement surpris par la dernière révision de surfaces états-uniennes de maïs semées lors du printemps 2025 et récoltées, pour la campagne commerciale 2025-2026. Elles sont désormais évaluées à 91,3 millions d’acres (Ma), contre 90 Ma en décembre dernier, soit une hausse de 1,3 %, alors que les experts tablaient sur une stabilisation. Par rapport au mois de juin 2025, date de fin des semis et période propice à des estimations proches d’être définitives, il s’agit d’une progression encore plus radicale, de 5,2 %. Un changement aussi notable six mois plus tard s’avère extrêmement rare, selon les propres données de Reuters. D’après l'agence, les modifications de soles plantées et récoltées n’ont évolué que de 0,7 % en moyenne sur cette période lors des 15 dernières années. Les spécialistes interrogés par le média craignent que les réductions drastiques d’effectifs au sein de l’USDA ordonnées par Donald Trump l’an dernier ne soient à l’origine de ces corrections inhabituelles de chiffres, pesant sur leur fiabilité.
Lait : l’EMB exhorte Bruxelles à activer la réduction volontaire des livraisons
«L’UE doit activer immédiatement la réduction volontaire des livraisons dans le secteur laitier !», alerte l’European Milk Board (EMB) dans un communiqué du 9 février. L’association, qui représente des producteurs laitiers au niveau européen (dont la CR et l’APLI sont membres), fait état d’une situation de «crise aiguë» avec des «marchés saturés» et des «prix en chute libre» dans plusieurs pays de l’UE depuis plusieurs mois. L’EMB espère que l’exécutif européen ne reproduira par le même schéma qu'en 2016 et ne réagira pas qu'«une fois que les prix se seront effondrés». Des préoccupations semblables à celles exprimées par certains Etats membres au Conseil Agriculture, comme la Hongrie, depuis décembre. Lors de la réunion du 26 janvier, l’Italie a, elle, plaidé pour la mise en place d’un «plan laitier européen extraordinaire» alliant différentes mesures de marché dont le soutien à la réduction volontaire de production. Mais le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen s’est montré prudent, estimant qu’il est encore trop tôt pour affirmer qu’il y a une crise. Un «bilan de santé» des marchés agricoles de l’UE doit être mené par Bruxelles au cours des prochains mois.
Lait infantile/Suisse : les autorités sanitaires lancent des investigations
Les autorités suisses sont en train de mener des investigations sur de potentielles contaminations de laits infantiles par la toxine céréulide, après plusieurs cas de symptômes signalés chez des bébés, a indiqué l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (Osav) le 9 février. Des investigations sont donc « actuellement en cours afin de déterminer s'il existe un lien avec la consommation des produits rappelés », a-t-elle indiqué, en précisant que « les premiers résultats sont attendus d'ici la fin de la semaine. » Les travaux sont menés par les autorités cantonales en collaboration avec les entreprises agroalimentaires et l'Osav, qui assure le lien avec les autorités étrangères. Ces investigations font suite aux nombreux rappels organisés depuis mi-décembre de lots de lait infantiles de différents industriels potentiellement concernés par la présence de céréulide. En France, la justice est saisie par des associations et une plainte de 24 familles doit être déposée à Paris le 11 février.
Bovins viande : la FNB veut revenir à l’aide à la vache dans la Pac post-2027
Alors que, dans la programmation actuelle, l’aide couplée aux bovins est attribuée à toutes les catégories d’animaux, la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) souhaite revenir à l’aide à la vache allaitante dans la prochaine Pac (2028-2034). Une position formalisée lors de son congrès à Cournon (Puy-de-Dôme), les 4 et 5 février, a indiqué son président Patrick Bénézit à Agra Presse. À ses yeux, le critère actuel de distribution constitue « un signal politique désastreux ». « Les deux années où la décapitalisation a été la plus forte, c’est 2022 et 2023, les années où le choix français a été annoncé, puis appliqué », rappelle-t-il. Avec ces aides attribuées à l’UGB (unité gros bovin), le ministre de l’Agriculture de l’époque, Julien Denormandie, souhaitait développer l’engraissement sur le sol français. Pour le président de la FNB, « l’engraissement doit être soutenu par des contrats qui garantissent les marges », tandis que les aides de la Pac doivent inciter à garder « les vaches qui font des veaux » pour relancer les naissances. M. Bénézit souhaite aussi que le cadre national « encourage les régions à aider les investissements en élevage ». La FNB milite enfin pour des « soutiens aux surfaces herbagères et fourragères et une ICHN attachée à l’animal », selon Réussir Bovins viande. Autant d’orientations partagées par les autres syndicats de ruminants de la FNSEA.
Prairies/climat : le réchauffement pourrait diviser par deux les surfaces mondiales (étude)
D’ici 2100, le réchauffement climatique pourrait provoquer une « sévère contraction », jusqu’à 50 %, des surfaces adaptées au pâturage des ruminants (bovins, ovins, caprins) au niveau mondial, conclut une étude publiée le 9 février dans la revue PNAS (article payant). Selon l’intensité du dérèglement climatique, entre 36 et 50 % des surfaces aujourd’hui propices aux prairies deviendraient incultivables, « affectant plus de 100 millions d’éleveurs pastoraux et jusqu’à 1,6 milliard de ruminants », d’après un communiqué. Au cours de ces travaux, les chercheurs du PIK (Postdam Institute for Climate Impact Research) ont modélisé l’évolution de l’« espace climatique sûr », selon leurs mots : des zones propices à la pousse de l’herbe caractérisées par leur température (-3 à 29°C), leurs précipitations (entre 50 et 2 627 mm/an), leur humidité (de 39 à 67 %) et la vitesse du vent qui y souffle (entre 1 et 6 m/s). L’étude souligne aussi que « l’Afrique sera particulièrement vulnérable », avec une réduction des surfaces prairiales attendue entre 16 et 65 %. Un impact trop fort et trop rapide les moyens d’adaptation habituellement utilisés (changement d’espèce, migrations de cheptel).
Porc : 7 Md€ à investir pour atteindre l’autosuffisance en 2035 (interprofession)
L’interprofession Inaporc a déclaré en conférence de presse le 10 février que la filière aurait besoin d’investir 7 Md€ dans les dix ans (dont 5 Md€ à l’amont) pour assurer l’autosuffisance en viande de porc d’ici 2035. Ces besoins ont été estimés avec l’aide de l’Ifip (institut du porc) à l’occasion des trois réunions préparatoires des Conférences de la souveraineté alimentaire pour les viandes blanches en ce début d’année. Ce sont des besoins en rénovations ou agrandissements, installations et transmissions d’entreprises. Il s’agit notamment d’assurer la reprise de 1 000 élevages et de plus d’un tiers des entreprises de charcuterie, selon le dossier de presse. Philippe Bizien, président de l’interprofession, a posé deux conditions préalables, relatives aux installations classées. La première, relevant de la réglementation française, est un régime ICPE spécifique à l’élevage. La seconde, relevant de l’UE, est l’exclusion des viandes blanches de la directive européenne IED sur les émissions industrielles. « On ne demande que des allègements administratifs. Pas moins de contraintes environnementales ni d’argent public », a insisté auprès d’Agra Presse Philippe Bizien en marge de la conférence.
Pesticides : Corteva Agriscience enregistre des résultats et une activité 2025 en croissance
Corteva Agriscience a présenté, le 4 février, ses résultats 2025, marqués par une croissance de son chiffre d’affaires de 3 %, à 17,4 Md$, mais surtout une hausse de son Ebitda de 14 %, à 3,85 Md$, pour un résultat net de 1,2 Md$. Ces bons résultats ont été portés à la fois par le lancement de nouveaux produits, mais aussi par des aides de 12 Md$ allouées par le gouvernement américain aux agriculteurs en grandes cultures, afin d’investir dans des intrants. Le quatrième trimestre a cependant marqué le pas, en raison notamment du report de certaines livraisons en Amérique du Nord au premier trimestre 2026 pour optimiser le fret et pallier les retards liés aux conditions météorologiques, et pour des livraisons anticipées de fongicides au troisième trimestre, en Amérique du Sud. Corteva Agriscience a annoncé maintenir son objectif de scinder ses activités de protection des plantes et de semences en deux entreprises distinctes, au cours du second semestre 2026. Les sociétés s’appelleront « New Corteva » pour la protection des cultures, et « SpinCo » pour les semences. Pour 2026, la firme prévoit une production agricole soutenue mais une baisse des prix. Elle chiffre à 80 M$ l'impact supplémentaire des droits de douane mondiaux et table sur un Ebitda compris entre 4 et 4,2 Md$, soit une croissance de 7 %. (Elena Blum)
Biodiversité : les entreprises doivent mesurer leurs dépendances, selon l’IPBES (rapport)
L’IPBES (équivalent du Giec pour la biodiversité) a adopté son rapport Biodiversité et business, à Manchester le 9 février. Fruit de trois ans de travaux, ce rapport constate que « la croissance de l'économie mondiale s'est faite au prix d'une immense perte de biodiversité, qui représente aujourd'hui un risque systémique critique et généralisé pour l'économie, la stabilité financière et le bien-être humain », selon un communiqué. Parmi les mesures d’incitations au « maintien du statut quo » au détriment de la nature, l’IPBES pointe les subventions et les flux financiers en général. « En 2023, les flux financiers mondiaux publics et privés ayant des impacts directement négatifs sur la nature ont été estimés à 7 300 milliards de dollars (…) A l’opposé, 220 milliards de dollars de flux financiers publics et privés ont été orientés en 2023 vers des activités contribuant à la conservation et à la restauration de la biodiversité », indique l’institution. Le résumé pour les décideurs propose des méthodes et « plus de 100 actions spécifiques » pour mesurer les impacts et les dépendances à la biodiversité, et aussi prendre conscience des opportunités économiques découlant de celle-ci. Des propositions qui s’adressent aussi bien aux gouvernements, aux acteurs financiers, aux entreprises et à la société civile.
Salon de l'agriculture : davantage de place pour les ovins, porcins et équins
Pour cette édition doublement perturbée, par l'absence des bovins en raison de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et par les travaux en cours porte de Versailles qui privent les visiteurs du pavillon 3, les organisateurs du Salon de l'agriculture ont annoncé, à l'occasion d'une conférence de presse le 10 février, les aménagements prévus. Dans le pavillon 1, davantage de place sera faite aux porcins et aux ovins. Le grand ring des bovins accueillera toujours des animations de la filière bovine (sans animaux), mais aussi cette année des démonstrations équines (débardage, attelage, voltige, dressage...). En raison de l'influenza aviaire, les volailles continueront d'être absentes du salon, comme c'est le cas depuis 2019. Le pavillon 2 sera dédié à la culture, avec un cinéma d'une centaine de places, un cabinet de curiosités, un kiosque musical et une librairie. Le salon organisera pour la première fois un prix de « littérature agricole », dont le jury sera réuni pendant l'évènement. Les organisateurs ont rappelé leur souhait de ne pas voir s'organiser de manifestations agricoles à l'intérieur du salon, pour éviter aux visiteurs « d'être pris dans des mêlées », selon les termes d'Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca. Ils ont également rappelé leur souhait de limiter la taille des délégations d'élus à 25 personnes. En cinq ans, le nombre de visites institutionnelles est passé de 42 à 80, ont-ils expliqué.
Syndicalisme : la Conf’ porte plainte contre X pour atteinte aux libertés syndicales
La Confédération paysanne a annoncé, dans un communiqué du 10 février, porter plus de cinquante plaintes contre X pour « atteintes aux libertés syndicales », après le placement en garde à vue de militants à Paris le 14 janvier dernier. « Ces plaintes font suite à la répression syndicale menée lors de l’action symbolique au ministère de l’Agriculture, à la DGPE (performance économique et environnementale des entreprises), le 14 janvier, pour dénoncer les atteintes à l’agriculture paysanne et à la souveraineté alimentaire dans l’Hexagone et dans les Outre-Mer », précise le syndicat ; 52 agriculteurs avaient alors été interpellés et placés en garde à vue après avoir pénétré dans une annexe du ministère de l’Agriculture à Paris. Un représentant du ministère avait déposé plainte. La Conf’ dénonce des « gardes à vue abusives », et indique avoir également saisi la Défenseure des droits. Plus largement, la Conf’ indique constater, depuis plusieurs années, une multiplication des atteintes à la liberté syndicale avec une fréquence et une intensité « inédites ». « La liberté syndicale et le droit de manifester sont des droits fondamentaux de notre démocratie. Nous comptons bien les défendre, comme nous en avons informé la Ministre de l’agriculture hier soir lors d’un rendez-vous rue de Varenne », soutient le syndicat.
Parlement européen : le socialiste italien Pierfrancesco Maran nouveau président de la Comenvi
La commission de l'Environnement du Parlement européen a élu, dans la soirée du 9 février, le social-démocrate italien Pierfrancesco Maran en tant que nouveau président. Il remplace son compatriote Antonio Decaro qui a, lui, été élu président de la région des Pouilles fin 2025 et a donc démissionné de son mandat de député européen. Pierfrancesco Maran, qui avant son élection comme eurodéputé en 2024 a longtemps été conseiller municipal de Milan en charge notamment de l'urbanisme et de la mobilité, promet de « poursuivre la transition entreprise en mettant en œuvre le Green deal, véritable pacte de liberté qui nous aide à renforcer l’autonomie européenne grâce à l’indépendance énergétique et des ressources ».