Glyphosate: la procédure prend du retard
L’Autotité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a annoncé le 10 mai le report au mois de juillet 2023 de la publication de son rapport final sur la classification du glyphosate. Ces conclusions étaient normalement attendues pour le second semestre 2022 en vue d’un vote des États membres sur sa réautorisation avant le mois de décembre. L’autorisation du glyphosate dans l’UE expire le 15 décembre 2022. Mais compte tenu du «nombre sans précédent de commentaires» reçus par l’Efsa et l'ECHA (Agence européenne des produits chimiques) dans le cadre de leurs consultations et de la quantité importante d'informations qui s’ajoute «à un dossier qui contenait déjà beaucoup plus de données scientifiques que celles qui sont habituellement disponibles pour de telles évaluations», les deux agences ont révisé leur calendrier de travail. La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, s’est dite «profondément préoccupée» par ce retard mais estime aussi «qu’en ce qui concerne le glyphosate, il est extrêmement important que toutes les nouvelles preuves soient examinées en profondeur et prises en compte». La Commission européenne pourrait donc, comme elle l’avait déjà fait lors de la précédente procédure d’évaluation du glyphosate, prolonger d’une année l’autorisation de l’herbicide afin que la procédure puisse être menée normalement à son terme.
Sécheresse : soutien public accéléré pour investir dans la sobriété en eau
À l'issue de réunions avec les agences de l'eau et les organisations professionnelles agricoles, les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture ont indiqué le 9 mai que le guichet « Troisième révolution agricole » ouvert en avril pour aider les agriculteurs à faire face au changement climatique, et initialement doté de 20 M€, allait être abondé « de 20 M supplémentaires ». Ce financement fait partie des 100 M€, annoncés le 1er février en clôture du Varenne de l’eau, pour des équipements et matériels innovants destinés à l’« agriculture économe en eau ». Le dispositif a connu « un franc succès », avec 17 M€ de demandes d’aides déposées « en quelques jours » sur notamment des projets d’investissements en vue d’optimiser la consommation d’eau, comme le pilotage de l’irrigation, l’utilisation de techniques d’irrigation plus performantes, selon le cabinet du ministre de l’Agriculture. Face à la sécheresse, le gouvernement a par ailleurs annoncé le 9 mai une autre mesure consistant à « mobiliser l’ensemble des surfaces en herbe détenues au sein des camps militaires, le long des réseaux ferrés » ou par les établissements publics fonciers. Quinze départements sont en situation de « vigilance » ou d'« alerte » sécheresse, une situation qui « aura un impact sur la production de céréales », a-t-il indiqué.
Lait: face au risque de sécheresse, les laiteries craignent de manquer de lait cet été
Les industriels redoutent une «pénurie de lait sur les mois de juillet et août» en raison de la sécheresse qui s’annonce, ont expliqué le président de Syndilait (fabricants de lait de consommation liquide) Éric Forin et le p-d.g. de la laiterie LSDH Emmanuel Vasseneix, en conférence de presse, le 10 mai. «Déjà l’herbe est moins verte. Heureusement qu’il y a eu suffisamment de pluie à l’automne dernier pour faire du fourrage, mais ça ne sera pas le cas cette année», anticipe Éric Forin. S’ajoute là-dessus la guerre en Ukraine qui réduit les disponibilités en céréales, avec, pour conséquence majeure, le «renchérissement de l’alimentation animale» et, pour finalité, une «accélération de la décollecte de lait». «Les producteurs vont faire des arbitrages, ils vont réduire les portions (distribuées aux animaux, ndlr)», complète Emmanuel Vasseneix. D’autres encore pourraient tout simplement «arrêter de produire», s’inquiète-t-il. En 2021, la collecte de lait conventionnel a baissé de 2,3%, d’après les données de l’institut de l’élevage (Idele). De l’avis des deux industriels, la sécheresse qui se dessine et ses conséquences rendent d’autant plus importante l’augmentation des tarifs des laits liquides auprès de la distribution. Eric Forin doute cependant que «les distributeurs saisissent la gravité de la situation».
Semis : plus de surfaces en tournesol et soja, au détriment du maïs (ministère)
Le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) a indiqué le 10 mai plus de surfaces en tournesol et soja, au détriment du maïs, soulignant des arbitrages liés à la hausse des prix des intrants. En maïs, les surfaces sont estimées à 1,5 Mha pour 2022 (-5,9 % sur un an). Cela reflète «les arbitrages réalisés par les agriculteurs pour les semis de printemps, dans un contexte d’envolée des prix des engrais et du gaz», selon une note. Le tournesol est prévu à 758 000 ha, «en nette progression par rapport à 2021 (+8,6%), et surtout par rapport à la moyenne 2017-2021 (+17,8%), sans toutefois atteindre le niveau de 2020». En cause, «une situation de marché fortement incitative, avec des prix records. C’est également une culture nécessitant moins d’engrais azotés que le maïs et plus résistante à la sécheresse», souligne Agreste. Le soja est annoncé à 160 000 ha (+3,9% sur un an), dans la moyenne 2017-2021. En pommes de terre de conservation et demi-saison, le ministère table sur des surfaces de 151 000 ha, quasi-stables par rapport à 2021 (-0,3%) et en légère hausse par rapport à 2017-2021 (+1,0%).
«Étiquette bien-être animal»: lancement pour le porc en septembre
La déclinaison de l’«Étiquette bien-être animal» pour le porc sera lancée le 13 septembre au Space de Rennes, a annoncé l’association AEBEA (professionnels et ONG) lors d’une conférence de presse le 10 mai. «Les premiers produits étiquetés sont attendus en fin d’année», précise un dossier de presse. Un aboutissement pour cette démarche de longue haleine démarrée il y a deux ans. À la manière du Nutri-score, l’Étiquette bien-être animal comporte cinq niveaux de A à E. Les produits porcins seront classés en fonction de plus de 300 critères – dont 150 pour la seule étape d’abattage. L’AEBEA compte parmi ses membres plusieurs poids lourds de la filière porcine: le leader Cooperl et les salaisonniers Herta et Fleury Michon. Lancée en 2017, l’Étiquette bien-être animal ne concerne actuellement que le poulet de chair, les œufs faisant l’objet d’une «réflexion». Par ailleurs, alors que la Commission européenne étudie la possibilité d’un étiquetage harmonisé du bien-être animal au niveau communautaire, l’AEBEA appelle la présidence française à «porter ce sujet», d’après Agathe Gignoux. Parmi les 24 systèmes étudiés par Bruxelles, l’Étiquette bien-être animal est «le seul à répondre en totalité aux critères», affirme celle qui est aussi responsable des affaires publiques de CIWF France.
Agriculture «régénératrice» : McCain, Crédit Agricole et Gappi proposent un financement
Le groupement Gappi (producteurs de pommes de terre pour l’industrie), l’industriel McCain et le Crédit Agricole ont signé le 10 mai un accord de financement pour les agriculteurs engagés dans l’agriculture «régénératrice». Cette offre, lancée pour la saison 2022-23, consiste en un prêt à hauteur de maximum 2 000 €/ha de pomme de terre pour des investissements nécessaires aux changements de pratiques culturales. Elle inclut un taux préférentiel (pris en charge par McCain), zéro frais de dossier, aucune garantie nécessaire. Les agriculteurs doivent pour cela souscrire à un «package transition» avec l’industriel, qui prévoit un engagement sur six ans dans l’agriculture «régénératrice», une prime de 5 €/t, un accompagnement technique et de la formation. Le Crédit Agricole (quatre caisses régionales: Nord de France, Brie Picardie, Nord Est, Champagne Bourgogne) vise une enveloppe de prêts de 40 M€. McCain inscrit cette offre dans l’objectif de mobiliser 100% des producteurs dans l’agriculture «régénératrice» d’ici à 2030. «C’est un sacré challenge», souligne le président du Gappi Bertrand Achte, appelant d’autres acteurs à rejoindre la démarche.
Négoce : la FNA ouvre sa gouvernance aux dirigeants de filiales
La Fédération du négoce agricole (FNA) ouvre sa gouvernance aux dirigeants de filiales, a-t-elle annoncé le 10 mai. «Désormais, les dirigeants de filiales pourront accéder aux instances de gouvernance de la FNA, composées du bureau et du conseil d’administration», selon un communiqué. Ce changement est lié à la diversité des transmissions d’entreprises: «Parfois, en l’absence de solutions internes à la famille, la transmission s’effectue au bénéfice de groupes capitalistiques ou coopératifs. Les entreprises deviennent alors des filiales conservant le statut de négoce», explique la FNA. L'exemple le plus marquant est le rachat l'an dernier de Soufflet par InVivo. Lors de l’AG de la FNA en mars, les négociants avaient déjà réaffirmé leur «volonté d’ouverture en intégrant à la fédération l’ensemble des entreprises travaillant au contact direct des agriculteurs : entreprises de collecte de grains, d’agrofourniture, de service et de conseil». Une étape supplémentaire est franchie avec cette gouvernance élargie.
Biogaz: pas de consensus sur le projet XXL de la coopérative Herbauges
Aucun consensus n’est ressorti jusqu’alors sur le projet d’unité de méthanisation de grande taille de la coopérative agricole Herbauges, basée à Corcoué-sur-Logne (Loire-Atlantique), qui rassemble 400 producteurs adhérents éleveurs bovins laitiers et viande, a annoncé récemment le quotidien Ouest France. Si elle est construite, cette usine sera cinq fois plus grande que le plus gros méthaniseur existant aujourd’hui en France, indique-t-il. L’opposition est avant tout motivée par le gigantisme du projet, qui prévoit en effet le passage de 200 camions par jour. Le rapport de la Commission nationale du débat public (CNDP), publié fin avril, note «l’effort fourni par le maître d’œuvre pour organiser un débat le plus serein possible et donner la parole à toutes les voix. Cependant, les rencontres et les ateliers ne semblent pas avoir permis de dégager un consensus sur l’opportunité du projet». Celui-ci est porté par la coopérative et la société danoise Nature Energy. Cette société d’ingénierie, qui monte des usines de biogaz dans le monde entier, a développé une technologie capable de les alimenter majoritairement avec des effluents d’élevage, matières premières pourtant peu méthanogènes, mais dont la valorisation est rentable dans des usines de grande taille.
Agtech: Sencrop lève 18 millions de dollars pour accélérer à l'international
Sencrop, spécialiste des données agro-météo connectées, réalise une levée de fonds en série B de 18 millions de dollars menée par le fonds de capital-risque JVP, a-t-il annoncé le 10 mai. L’opération vise à «renforcer le leadership de Sencrop sur ses principaux marchés, accélérer son expansion internationale, notamment vers l'Amérique du Nord, et consolider son développement pour devenir le leader mondial de l'Agtech», selon un communiqué. Participent également au tour de table l’organisation EIT Food, soutenue par l’UE, Stellar Impact, entreprise d’investissement à impact, IRD Gestion et les actionnaires historiques de la start-up. «Plus de 20 000 agriculteurs» utilisent les capteurs et la plateforme de Sencrop qui permettent de recevoir des informations en temps réel et prédictives pour leurs parcelles: informations microclimatiques, stress hydrique, stades de croissance des plantes, conditions de développement des maladies ou des ravageurs, d’après le communiqué.
Bayer : le bénéfice bondit, la hausse des prix profite à l'agrochimie
Le bénéfice net du géant allemand de la chimie Bayer a bondi au premier trimestre de 58 %, à 3,3 Mrd€, grâce aux hausses de prix et effets de change et à une baisse du coût juridique lié au glyphosate. L’Ebitda de la division agrochimie a bondi de 50 % à 3,7 Mrd€ «principalement tiré par la hausse des prix» et «de plus grands volumes», selon un communiqué. Les phytos ont vu leurs ventes progresser au même titre que les semences, aidés par des «hausses des prix dans toutes les régions». Le chiffre d'affaires de cette branche phare est en hausse de 22% à 8,5 Mrd€ sur un total de 14,6 Mrd au niveau du groupe. «Nous avons réalisé une hausse remarquable des ventes et des bénéfices, en particulier avec d'importants gains dans l'agriculture», s'est félicité le patron, Werner Baumann. Le bénéfice net a également profité d'une baisse des provisions mises de côté pour couvrir les procès liés au glyphosate de la filiale Monsanto, rachetée en 2018, entraînant 40 M€ d'effet positif. «Les ventes et bénéfices du groupe n'ont pas été négativement affectés par l'invasion russe de l'Ukraine», explique l'entreprise pour laquelle les deux pays représentent «autour de 3 % du chiffre d'affaires».
Nutri-score: plus de 60% des produits traditionnels bien notés (étude)
Selon une étude d’UFC-Que Choisir portant sur 588 références de produits alimentaires «du terroir», publiée le 10 mai, près des deux-tiers (62%) des produits testés «obtiennent de bonnes notes avec le Nutri-Score», soit une note A, B ou C. Plats traditionnels, viande et volaille fraîche, charcuterie, fruits et légumes, produits céréaliers, produits laitiers, matières grasses… «Les résultats montrent que loin d’être systématiquement mal notés, nos produits traditionnels se répartissent au contraire sur toutes les classes du Nutri-Score», souligne l’association de consommateurs. Sans surprise: les produits bruts sont généralement les mieux notés, tandis que les trois-quarts des charcuteries testées obtiennent un score de D ou E (C pour le reste). Tous les fromages testés sont classés en D ou E, à l’exception du Cancoillotte de Franche Comté qui obtient la note de C. À travers cette étude, UFC-Que Choisir souhaitait donner une réponse au «lobby des industriels» qui «agite le spectre de la stigmatisation des produits traditionnels par le Nutri-Score», écrit l’association. Les résultats ont été transmis à la Commission européenne qui doit statuer d’ici la fin de l’année sur un étiquetage nutritionnel obligatoire et harmonisé dans toute l’Europe.
Lait liquide: pour les industriels, il faut «crever le plafond de verre» des 1€ le litre
«C’est le moment de crever le plafond de verre des 1€/litre» sur le prix de vente du lait liquide, a martelé le président de Syndilait (fabricants de lait de consommation liquide) Éric Forin, également d.g. de Candia (Sodiaal), lors d’une conférence de presse, le 10 mai. Les laiteries s’attendent à des hausses de coût de production «de l’ordre de 15 à 20%» cette année. Une inflation qu’elles ne parviennent pas à répercuter sur leurs clients, déplore Syndilait. En 2021, alors que les coûts de production des industriels ont bondi «de 8 à 10%», le prix de vente des laits liquides en grande surface a augmenté de 2,1% en moyenne pour s’établir à 0,99€/l (prix donné par le panéliste IRI). C’est encore moins pour le lait UHT demi-écrémé —le plus vendu— qui a plafonné à 0,83€/l en moyenne (+1,5%). «On est face à des clients très agressifs sur les prix», commente Emmanuel Vasseneix, p-d.g. de la laiterie LSDH, au sujet des renégociations commerciales. Selon lui, les hausses demandées par l’industrie ne sont pas «à négocier», mais «nécessaires». En 2021, les Français ont acheté 2,76Mrd de litres de lait liquide: un niveau similaire à 2019 (2,82Mrd). Syndilait acte un «retour à la normale» après une année 2020 marquée par une «croissance exceptionnelle». Les ventes avaient alors atteint 3Mrd de litres.
Enseignement supérieur: à Rennes, l'Agro et Sciences Po veulent renforcer leurs liens
Alessia Lefébure, directrice de l’Institut Agro Rennes-Angers et Pablo Diaz, directeur de Sciences Po Rennes, ont signé une convention le 29 avril, dans le but de «structurer les coopérations et de renforcer les synergies» entre les deux grandes écoles, notamment dans le domaine de la formation (initiale et continue) et de la recherche. Ils veulent «croiser les savoirs et compétences en s’appuyant sur un enseignement pluridisciplinaire pour étudier et accompagner les évolutions de notre société». «À l’heure où le défi de l’alimentation concerne et intéresse chaque citoyen, nos deux établissements souhaitent créer des ponts novateurs entre les sciences humaines et sociales et agronomiques pour répondre à cet enjeu majeur du XXIe siècle» a commenté Pablo Diaz. Ils s’engagent à articuler leur offre de formation continue, développer des formations de haut niveau en alternance (masters spécialisés, MS) et des passerelles pour la formation tout au long de la vie. Depuis dix ans, ils donnent la possibilité à leurs étudiants de réaliser une année d’études dans l’établissement partenaire. Du côté de l’Institut Agro, cette opportunité a concerné jusqu’ici surtout les élèves issus de la spécialisation en économie agricole.