Agrafil du 12 septembre 2024

hero

Carottes : le projet Altercarot atteint une baisse d’IFT jusqu’à 70% en rotation légumière

L'AOPn Carottes de France a présenté, le 10 septembre, les résultats de l'expérimentation Altercarot (2019-2024), qui avait pour objectif de réduire l’IFT (fréquence de traitement par pesticides) de 60% sur cinq rotations légumières, dont deux ont atteint cette barre. Trois rotations étaient testées en Nouvelle-Aquitaine, comprenant notamment carotte et haricot vert, et deux dans la Manche, incluant une carotte, un chou-fleur et un poireau. Dans le Sud-Ouest, seule une rotation a permis d’atteindre l’objectif fixé initialement, atteignant même une réduction d’IFT de 70% pour l’ensemble des cinq cultures; en parallèle, le rendement a reculé de 20% sur cette rotation et la marge semi-nette en baisse de 15,6%. Une seconde rotation en Nouvelle-Aquitaine a obtenu une réduction d’IFT moindre, bien que notable, à hauteur de 50,9%. Mais la baisse de rendement est également moins importante, soit 8,6%. Dans ce contexte la marge semi-nette ne recule que de 4%. En Normandie, les deux rotations ont atteint des réductions d’IFT de 64,7% et de 51%. Dans les deux cas, la baisse de rendement et l’augmentation des charges de main-d’œuvre pour le désherbage entraînent une baisse importante de la marge semi-nette, pouvant aller jusqu’au déficit en cas de prix défavorables.

Crise viticole : le Copa-Cogeca propose un fonds de mutualisation pour gérer les surplus

Lors de la première réunion du groupe à haut niveau sur la politique vitivinicole, le 11 septembre à Bruxelles, les organisations et coopératives de l’UE (Copa-Cogeca) ont notamment proposé la mise en place d’un fonds de mutualisation pour gérer les surplus. «Au lieu d’attendre l’aide de l’Etat quand survient une crise, on pourrait créer des fonds de mutualisation par bassin viticole afin de gérer l’offre, explique Ludovic Roux, vice-président du groupe vin. Le financement viendrait de la profession, avec en plus les abondements de l’UE, des Etats-membres, voire des régions. Ces fonds de mutualisation seraient couplés à des dispositifs de retrait des surplus pour en faire des sous-produits (alcool, sucre, biocarburant)». Au même chapitre pour «stabiliser le revenu des producteurs», le Copa-Cogeca propose un meilleur partage de la valeur au sein de la filière. «Il faut pouvoir déroger au droit de la concurrence, avance le syndicaliste. Par exemple, l’affichage d’un prix du vrac au-dessus duquel le producteur couvre son prix de revient.» Deux autres axes de mesures concernent des outils d’adaptation au changement climatique (renforcement des assurances, R&D, IA, etc.), d’adaptation à la demande des consommateurs (autorisation de pratiques œnologiques…). 

Champagne: déstockages et baisse de consommation font plonger les ventes de Lanson

Le groupe de champagne Lanson-BCC a vu ses ventes à nouveau baisser davantage que le reste du marché au premier semestre sous l'effet d'une moindre consommation et du déstockage chez ses distributeurs, selon un communiqué publié le 11 septembre. Les ventes annuelles de l'entreprise, qui rassemble huit maisons productrices de vins de Champagne (Lanson, Chanoine Frères, Boizel...), se sont établies à 87,8 millions d'euros, en baisse de 19,5%. Globalement, les producteurs de champagne ont écoulé moins de bouteilles sur les six premiers mois (106,7 millions de bouteilles, soit -15,2%). Lanson-BBC peut toutefois se targuer d'une marge brute de 57,5%, en hausse de plus de quatre points par rapport à l'an passé, traduisant selon le groupe le succès de sa montée en gamme. Des «résultats pas satisfaisants», a convenu le PDG Bruno Paillard lors d'une visioconférence. «Nous avons un semestre encore très marqué par les surstocks post-Covid», un effet de rattrapage qui a été surestimé par les distributeurs, a-t-il estimé. «Ce n'est pas parce qu'on célèbre un mariage en retard qu'on le célèbre deux fois», a-t-il ironisé.

Moissons: Terrena mobilise 11 M€ de mesures de trésorerie pour ses adhérents

Alors que la production française de céréales est annoncée en recul de 15%, et que des mesures dédiées à la trésorerie sont attendues de la part du ministère de l'Agriculture, la groupe coopératif de l'Ouest Terrena a annoncé, par un communiqué le 11 septembre, qu'il mobilisera 11 M€ «pour permettre à ses adhérents de reprendre un cycle de production normal dès cet automne, notamment pour l’implantation des céréales à paille après les maïs». Terrena va notamment permettre à ses adhérents de «décaler à l’année prochaine les paiements liés aux approvisionnements nécessaires pour implanter les cultures d’automne» et compenser «les frais de séchage [du maïs] grâce au versement d’une prime», afin de «permettre aux adhérents de récolter leur maïs huit à dix jours plus tôt que prévu». Pour que les agriculteurs ne réduisent pas les apports d'intrants à l'automne, les achats de fertilisants et amendements «pourront être payés en 2025 et 2026». En outre, la coopérative avance à mi-septembre le versement de sa prime Synergie collecte (apports réalisés à fin août), soit neuf mois avant «la date habituelle». Enfin, les pénalités concernant le poids spécifique du blé et de l'orge sont abaissées et plafonnées; et le versement d'un complément d'acompte de 20 €/t sur colza et blé est avancé à mi-septembre.

Peste porcine africaine : la FNP demande une «zone blanche» à la frontière allemande

Face à la progression de la peste porcine africaine (PPA) dans l’ouest de l’Allemagne, la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) a réclamé le 11 septembre une «zone blanche de part et d’autre de la frontière franco-allemande à l’ouest du Rhin, dans laquelle tous les sangliers devront être éliminés». Une stratégie déjà appliquée à la frontière franco-belge en 2019, ce qui avait empêché l’arrivée de la maladie dans l’Hexagone. Dans son communiqué – cosigné par les FDSEA de Moselle et du Haut-Rhin, en première ligne –, la FNP évoque un «continuum forestier avec une distance de 60 km entre le cas le plus proche en élevage et la France». Or, selon les syndicats, «un sanglier peut parcourir 20-30 km par jour notamment en période de chasse». La FNP demande aussi aux pouvoirs publics «d’activer et financer une surveillance accrue» (niveau Sagir 2B renforcé), ainsi que de réaliser «un audit biosécurité systématique de tous les détenteurs de la zone frontalière», avec «arrêt d’activité en cas de non-conformité». Début juillet, cinq premiers cas avaient été détectés sur des sangliers dans le Land frontalier de Rhénanie-Palatinat, à «environ 80 km de la frontière», suivis de 18 autres dans la même région et en Hesse, un Land proche. Deux cas en élevages ont également été confirmés, selon la plateforme française ESA.

Foncier: l'Ile-de-France appelle à l'abandon du projet de ligne ferroviaire Paris-Normandie

La région Ile-de-France a adopté mercredi une motion pour demander à l'Etat d'abandonner le projet de Ligne nouvelle Paris Normandie (LNPN), une nouvelle ligne ferroviaire censée réduire les temps de trajet entre la capitale et plusieurs villes normandes. La présidente de région Valérie Pécresse a dénigré un projet «dont l'impact écologique et économique serait désastreux pour les communes traversées, notamment dans les Yvelines». D'après la motion adoptée par les élus régionaux, «cette ligne nécessite l'artificialisation de centaines d'hectares de terres agricoles qui sont parmi les meilleures de France». Le projet, estimé à 11,5 milliards d'euros par la région, est en plus une «aberration économique» et «va détruire ou endommager les ressources en eau ainsi que des espaces naturels essentiels à la protection de la biodiversité». Valérie Pécresse avait émis trois conditions pour apporter son soutien, notamment financier, au projet: le maintien de l'arrêt des trains normands dans le Mantois, un prolongement de la section en souterrain dans les Yvelines et «que le service fret ne se fasse pas au détriment des voyageurs». Toutes ces conditions «ont été refusées par l'Etat et la région Normandie», est-il écrit dans la motion. La décision de l'Ile-de-France a suscité la colère de la région Normandie et de plusieurs agglomérations importantes qui dans un communiqué commun ont évoqué «un projet d'intérêt national».

Chambres: le développement, «parent pauvre» des politiques agricoles (Windsor)

«Le développement agricole est devenu le parent pauvre des politiques agricoles», a regretté le président de Chambres d'agriculture France, Sébastien Windsor, à l'occasion d'une conférence de presse le 11 septembre. Le réseau a «avancé» dans sa démarche de développer sa nouvelle offre de conseil intitulée Climaterra, mais «une fois que les tests seront finis, je n'ai rien» pour les financer, constate l'élu consulaire. Pourtant, plaide-t-il, le conseil agricole «est un volet majeur pour aider les agriculteurs à s'approprier les innovations». Et de constater que les aides à l'investissement ont atteint «plusieurs milliards» ces dernières années, et «qu'il n'y a pas de quoi mettre 60 millions d'euros par an pour l'accompagnement». Ainsi, face à la perspective proposée par Gabriel Attal d'une coupe des budgets alloués à la Planification écologique en 2025, Sébastien Windsor demande à en connaître le détail: «Ma ligne, c'est qu'il ne faut pas miser uniquement sur l'investissement matériel. Il faut sortir d'une situation où la seule solution pour défiscaliser en agriculture, c'est d'investir.» À ce titre, le président de Chambres d'agriculture France a répété ses demandes en faveur d'incitations fiscales pour l'installation, la dotation pour aléas, ou visant, comme l'an passé, à faire profiter le réseau consulaire de la hausse annoncée de la TFNB.

Élections chambres: encore temps de revenir sur l'exclusion des élus coopérateurs

À l'occasion d'une conférence de presse le 11 septembre, le président de Chambres d'agriculture France, Sébastien Windsor, a indiqué qu'il sera encore temps pour le nouveau ministre de l'Agriculture, d'ici le scrutin de janvier, de revenir sur les règles émanant de la séparation de la vente et du conseil des pesticides qui excluent du bureau les élus de chambre départementale ayant par ailleurs des responsabilités dans des coopératives. Une enquête auprès des élus en poste montre «un nombre important d'élus frappés par cette interdiction», qui ne s'était pas appliquée à l'issue du dernier scrutin de 2019, rapporte la directrice de Chambres d'agriculture France. «Ce serait dommage qu'ils restent exclus car la présence des coopératives, qui disposent d'un collège dédié, est importante pour accompagner les stratégies d'adaptation face au changement climatique, a plaidé Sébastien Windsor. C'est important que nous portions les mêmes messages avec les coopératives, par exemple sur les nouvelles cultures.» Une dérogation pourrait, selon les chambres, être décidée jusque début 2025, avant que ne soient proclamés les résultats et constitués les bureaux. Au passage, le président des chambres a rappelé que la réforme de la séparation de la vente et du conseil, promise par Agnès Pannier-Runacher, mais également par la droite parlementaire, ne devait pas tarder, avec des échéances réglementaires en mai 2025 (obligation de Certiphyto liée à un conseil stratégique), puis en janvier 2026 (obligation de deux conseils stratégiques).

Élections chambres: pas besoin de reporter le scrutin, pour la Conf’

Contrairement au Modef, qui a demandé de décaler les élections des chambres d’agriculture prévues le 31 janvier 2025, la Confédération paysanne n’est «pas favorable» à un report, a fait savoir sa porte-parole Laurence Marandola le 11 septembre. Et d’appuyer, lors d’une conférence de presse: «Nous nous sommes exprimés en juillet au milieu de la cacophonie pour rappeler combien ce moment devait absolument se tenir». Pour l’éleveuse ariégeoise, au-delà de l’aspect syndical, ce scrutin constitue «un moment précieux qui permet de se parler entre agriculteurs, d’avoir des débats». Selon le secrétaire national Thomas Gibert, la Confédération paysanne nourrit «une ambition particulière» pour ces élections, avec l’objectif de «gagner des chambres» et de «devenir un syndicat incontournable dans l’orientation de la politique agricole au niveau national». Arrivée troisième au scrutin de 2019 avec 20% des voix, la Conf’ compte «proposer des listes dans chaque département, sans alliance» et espère «progresser partout», rappelle ce maraîcher de Haute-Vienne. Le syndicat paysan a dévoilé son slogan: «Pour des campagnes vivantes, soyons fermes!» Un message qui porte «un imaginaire positif» et qui «marque notre détermination», détaille M. Gibert.

Syndicalisme : la Conf' prévoit des actions sur le foncier et l’élevage

La Confédération paysanne va mener une action jeudi 12 septembre en Loire-Atlantique sur la thématique du foncier agricole, a annoncé sa secrétaire générale Véronique Marchesseau lors d’une conférence de presse le 11 septembre. Les revendications du syndicat: «mieux répartir» les terres agricoles, «empêcher l’accaparement du foncier» et «travailler sur la gouvernance des Safer». Quelques jours plus tard, la Conf’ participera le 16 septembre à l’audience au Conseil d’État sur son recours contre le décret du 8 avril, qui encadre le développement de l’agrivoltaïsme et du photovoltaïque au sol. En cette période de rentrée syndicale, la Confédération paysanne mettra aussi l’accent sur l’élevage, fragilisé par des crises sanitaires (FCO, MHE) «d’une ampleur jamais vue», selon sa porte-parole nationale Laurence Marandola. Outre le Space et le Sommet de l’élevage, la Conf’ organisera «certainement» une action au salon agricole Les Pyrénéennes de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Laurence Marandola demande au gouvernement de «réviser en profondeur [son] approche» des crises sanitaires, tout en l’accusant de «mensonge d’État». L’éleveuse ariégeoise fait état de premiers cas de FCO (sérotype 8) dans son département «dès début juillet». Une alerte que les pouvoirs publics n’ont «pas prise au sérieux» et après laquelle les éleveurs n’ont reçu «aucune information».

Nutri-score: le nouvel algorithme pertinent pour prévenir les maladies cardiovasculaires (Inserm)

Une étude de l’Inserm (recherche médicale), publiée le 11 septembre dans la revue scientifique The Lancet Regional Health-Europe, conclut à la pertinence du nouvel algorithme du Nutri-score, qui doit entrer en vigueur en 2024, pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Cette étude a été conduite «dans une large population répartie dans sept pays d’Europe», dont la France, indique un communiqué de l’Inserm. Les résultats montrent que «les participants qui consomment en moyenne plus d’aliments moins bien notés sur l’échelle du Nutri-score, reflétant une moins bonne qualité nutritionnelle, présentaient un risque accru de maladies cardiovasculaires et en particulier d’infarctus du myocarde et d’AVC», explique l’Inserm, qui a développé le Nutri-score. Le logo d’affichage simplifié est désormais piloté par un comité scientifique international. «Ces résultats fournissent des éléments clés pour soutenir l’adoption du Nutri-score comme logo nutritionnel obligatoire en Europe», explique Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, dans le communiqué. L’affichage est aujourd’hui volontaire. Depuis l’annonce de la révision de l’algorithme, plusieurs industriels se sont retirés du Nutri-score, dont Bjorg dès novembre 2023 et récemment Danone pour ses yaourts à boire. 

Pesticides: aux Etats-Unis, les décès de nouveaux-nés corrélés au recul de chauves-souris (étude)

Une étude publiée le 6 septembre dans la revue Science, repérée par Le Monde (article payant), estime que la variation de la mortalité des nouveaux-nés aux Etats-Unis est corrélée à la surutilisation d’insecticides en agriculture dans certaines régions pour y compenser la raréfaction des chauves-souris. L’étude se base sur les données de 245 comtés touchés par un effondrement des populations de chauves-souris insectivores affectées par le «syndrome du nez blanc», provoqué par un champignon pathogène, sur la période 2006-2017. Dans ces territoires, l’économiste de l’environnement à l’université de Chicago, Eyal Franck, montre que l’utilisation d’insecticides par les agriculteurs est supérieure de 31% à la moyenne des comtés, pour lutter, selon ces travaux, contre les ravageurs auparavant mangés par les chauves-souris. En parallèle, le taux de mortalité infantile due à des causes internes (hors accidents et homicides, NDLR) y est supérieure de 8% à la moyenne, ce qui représente «1334 décès infantiles». Enfin, le chercheur évalue les pertes de production et de revenu des agriculteurs à 26,7 milliards de dollars sur 10 ans.