Agrafil du 12 octobre 2022

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Méthane : la Nouvelle-Zélande veut taxer les animaux d’élevage

Dans le cadre d’une proposition controversée visant à lutter contre le changement climatique, la Nouvelle-Zélande a dévoilé le 11 septembre son projet de taxer les émissions de gaz à effet de serre des animaux d’élevage, rapporte l’AFP. Une première au monde, selon la Première ministre Jacinda Ardern, estimant que les agriculteurs pourront couvrir le coût de la mesure en augmentant les prix de leurs produits respectueux du climat. Pour elle, cette «proposition réaliste» renforcerait même la «marque d’exportation» de la Nouvelle-Zélande. Le gouvernement espère aboutir à une signature de son projet d’ici à l’année prochaine et la taxe pourrait être introduite dans trois ans. Mais avec les élections prévues dans quinze mois en Nouvelle-Zélande, ce projet pourrait coûter à Mme Ardern des bulletins de vote ruraux. Pour Andrew Hoggard, président du lobby Federated Farmers, ce projet «pourrait arracher les tripes des petites villes de Nouvelle-Zélande». Car la taxe incitera, selon lui, les agriculteurs à faire pousser des arbres sur des champs actuellement utilisés pour l’élevage. L’organisation de promotion «Beef + Lamb New Zealand», qui représente les éleveurs d’ovins et de bovins du pays, estime de son côté que le projet ne tient pas compte des mesures rurales déjà en place pour lutter contre les gaz à effet de serre. «Les agriculteurs néo-zélandais possèdent plus de 1,4 million d’hectares de forêts primitives sur leurs terres qui absorbent le carbone», a souligné son président Andrew Morrison.

Algues vertes en Bretagne: les grandes lignes du projet de réforme régional

Rédigé par l’État, la région Bretagne, l’agence de l’eau Loire-Bretagne ainsi que les conseils départementaux du Finistère et des Côtes-d’Armor, le nouveau document-cadre établissant la politique régionale bretonne de lutte contre les algues vertes sera présenté le 14 octobre prochain aux élus du Conseil régional. L’introduction du projet de texte, qu’Agra presse a pu consulter, évoque un «changement de braquet», alors que «les concentrations en nitrates dans les eaux des fleuves côtiers qui alimentent les baies ne baissent plus que faiblement depuis 2015-2016», comme l’ont noté la Cour des comptes et le sénateur Delcros en 2021. Le nouveau cadre doit répondre à ces critiques en prévoyant notamment la mobilisation «des outils de gestion publique du foncier agricoles», grâce au programme pluriannuel de la Safer Bretagne ou à l’accompagnement des collectivités. Alors que la Cour des comptes proposait de conditionner les aides à l’agroalimentaire à la limitation des fuites d’azote, le document cadre évoque des aides «ciblées», et des chartes d’engagement. Les auteurs rappellent par ailleurs la création d’une Maec Algues vertes dans le cadre de la nouvelle programmation Pac qui s’ouvrira en 2023. Autre nouveauté du texte : la création d’un volet sanitaire, mis en œuvre par l’agence régionale de santé, comportant notamment la mise à disposition des données collectées par les douze capteurs d’hydrogène sulfuré mis en place en 2022.

Nitrates : Eaux et Rivières demande au tribunal de Rennes de forcer l’État à agir

L’association Eaux et Rivières de Bretagne a déposé le 1er octobre deux recours contre l’État auprès du tribunal administratif de Rennes concernant la politique sur les nitrates, annonce un communiqué du 11 octobre. Le premier recours concerne la non-réponse des services de l’État suite à un recours gracieux envoyé par l’ONG en juillet dernier. «Nous demandons à l’État de prendre toutes les mesures utiles pour atteindre les objectifs de la directive nitrates de 1991 et de la directive-cadre sur l’eau de 2000, notamment en limitant l’azote total dans les parcelles», détaille Estelle Le Guern, chargée de mission agriculture au sein de l’association. Citant les récents rapports de la Cours des comptes et du Sénat, l’association demande également de mobiliser le foncier, d’interdire le retournement de prairies, ou même de réviser le PSN (déclinaison française de la prochaine Pac) pour atteindre le bon état biologique des eaux. Sur le modèle de l’Affaire du siècle, le deuxième contentieux vise à obtenir une indemnisation pour préjudice environnemental et moral, comportant l’application de mesures rapides, mais également une enveloppe de 3,2 millions d’euros pour l’association et les habitants des zones touchées. Une estimation basse, selon Estelle Le Guern, rappelle que la demande vise aussi «à mettre en valeur la gravité des conséquences environnementales».

TO-DE: la commission des affaires sociales adopte une prolongation de trois ans

Au premier jour de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS 2023) en commission des affaires sociales à l’Assemblée, le 10 octobre, les députés ont adopté un amendement de repli visant à prolonger de trois ans le TO-DE (dispositif d’exonération des cotisations patronales pour les employeurs de saisonniers agricoles). Cet amendement (n°AS 237) était défendu par l’un des rapporteurs du texte Thibault Bazin (LR, Meurthe-et-Moselle). Quelques instants plus tôt, ce dernier avait tenté de faire adopter un autre amendement pour pérenniser le TO-DE, à l’image de ce que défend la MSA (voir Agrafil du 11 octobre), mais sans succès. «Ce serait intéressant qu’on puisse évaluer ce dispositif (…) pour le pérenniser par la suite, mais après une évaluation», a justifié la rapporteure générale Stéphanie Rist. Ce faisant, la commission des affaires sociales suggère de reporter la suppression du TO-DE au 1er janvier 2026, au lieu du 1er janvier 2024 comme proposé par le gouvernement.

Biodiversité: plus d'un tiers des espèces de syrphes menacées d'extinction en Europe

Plus d'un tiers des espèces de syrphes --des mouches expertes en pollinisation-- sont menacées d'extinction en Europe en raison notamment de l'agriculture intensive, selon une première étude de l'Union internationale pour la conservation de la nature publiée le 11 octobre. Ressemblant à des guêpes, les syrphes sont en fait des mouches hors du commun. La larve se nourrit majoritairement de pucerons et participe donc à la régulation des ravageurs de cultures. Comme les abeilles, les syrphes sont en danger, révèle la première évaluation sur cet insecte réalisée par l'UICN à l'échelle européenne à la demande de la Commission européenne. L'évaluation montre que 314 des 890 espèces de syrphes en Europe sont «vulnérables, en danger ou en danger critique d'extinction», indique l'organisation dans un communiqué. Selon l'UICN, entre 35,28 et 40,33% des espèces de syrphes sont menacées, 37% étant la valeur la plus probable, a expliqué à l'AFP un porte-parole de l'organisation, Matthias Fiechter. Les syrphes sont essentiels pour la sécurité alimentaire de la planète car ils constituent le deuxième groupe de pollinisateurs le plus important au niveau mondial après les abeilles, selon l'UICN. L'agriculture intensive, l'utilisation de pesticides dangereux, l'exploitation forestière non durable, le développement urbain et le changement climatique constituent les principales menaces à leur survie.

Grandes cultures: les rendements 2022 des cultures de printemps revus à la baisse (ministère)

Dans une note parue le 11 octobre, le ministère de l'Agriculture a mis à jour ses estimations des cultures de printemps, révisant notamment à la baisse les rendements attendus de maïs, pomme de terre et de betterave. Le rendement des betteraves industrielles est réévalué à la baisse, à 81,9 t/ha (contre 83,2 il y a un mois), un niveau «légèrement inférieur» à la moyenne 2017-2021 (82,4 t/ha) et «très en deçà» de 2021 (85,5 t/ha). La production française de betterave serait ainsi estimée à 32,9 Mt (-4,2 % sur un an). Le rendement des pommes de terre sont également revus en baisse. En féculerie, ils sont estimés à 39,35 t/ha (contre 43,85 t/ha il y a un mois), soit une baisse de 17,7% par rapport à la moyenne 2017-2021. En pomme de terre de conservation et demi-saison, ils descendent à 39,22 t/ha (contre 39,4 t/ha en septembre), en baisse de 6,2% par rapport à la moyenne. Enfin, le rendement du maïs (grain et semences) est révisé en légère baisse à 78,9 q/ha (contre 81,3 il y a un mois). Le maïs fourrage est révisé à 112 q/ha, contre 112,6 en septembre.

Engrais : l’approvisionnement menacé par des obstacles administratifs (coopératives)

Sanctions prises contre la Russie, projet de réforme du stockage: certaines décisions administratives font peser des risques sur l’approvisionnement en engrais, a dénoncé le 11 octobre La Coopération agricole – Métiers du grain. «Il y a un risque avéré de manque de disponibilité d’azote au printemps 2023 pour nos cultures», a déclaré en conférence de presse le président Antoine Hacard, mettant en cause une interdiction pour les distributeurs français d’acheter auprès d’EuroChem (voir Agrafil du 2 septembre). Contrôlé par l’oligarque russe Andrey Melnichenko, cet important fournisseur possède une usine à Anvers (Belgique). «Un grand nombre d’intervenants» européens y ont toujours accès contrairement aux Français, indique-t-il, voyant là une inégalité dans les sanctions prises contre la Russie. Autre motif d’inquiétude, une réforme annoncée de la réglementation sur les engrais. «Qu’on arrête les tracasseries administratives sur le stockage des ammonitrates haute densité », demande Antoine Hacard. Mis en consultation au début de l’année, un projet de décret prévoit d’abaisser le seuil de déclaration pour les installations concernées. Cela «risque de nous mettre en difficulté pour l’approvisionnement en azote» alors qu’il n’y a «pas d’urgence sur le sujet» du stockage, d’après lui.

Pénurie de carburant: la chaîne logistique du froid alerte sur de possibles ruptures

Les pénuries de carburant vont créer des ruptures d’approvisionnement sur les produits alimentaires frais et surgelés, avertit la Chaîne logistique du froid, l’association des entreprises responsables du transport et de la logistique sous température dirigée, dans un communiqué du 10 octobre. Les entreprises qui transportent des denrées périssables (viandes, fruits et légumes, produits traiteurs, frais ou surgelés) chez les industriels, la grande distribution et les restaurateurs ont de plus en plus de mal à s’approvisionner en carburants. Elles connaissent des difficultés sur tout le territoire et particulièrement dans les Hauts-de-France. Chez les transporteurs qui disposent de cuves, les réserves sont parfois inférieures à une semaine. Et les autres doivent s’approvisionner aux stations-service, alerte l’association. Les camions frigorifiques utilisent deux types de carburants : du gazole pour faire rouler les camions et du gazole non routier (GNR) pour alimenter les dispositifs thermiques de production de froid. Le secteur est également affecté par des tensions sur l’AdBlue, un additif permettant de réduire les émissions polluantes des gaz d’échappement, signale le communiqué.

Consommation: le rayon du traiteur frais se porte bien malgré l’inflation

Le traiteur frais connaît une croissance de 1,5% en volume depuis le début de l’année 2022, contrairement au reste des produits de grande consommation (PGC-FLS) en recul de 2,5% en septembre, relève une étude Iri pour l’association des Entreprises du traiteur frais (ETF) présentée le 11 octobre en conférence de presse. En valeur, les produits du traiteur frais progressent de 3,6%, contre 1,7% pour les autres PGC-FLS. «Une croissance saine, car elle s’appuie sur une croissance en volume», souligne Isabelle Vantard, directrice générale adjointe d’Iri. Contrairement à la croissance du chiffre d’affaires sur le reste des produits alimentaires qui s’explique par l’inflation des prix et non par une hausse de la demande. Les marques les mieux positionnées pourraient même atteindre 15% de hausse de chiffre d’affaires cette année, table l’experte. «Le traiteur frais est un levier important pour créer du trafic en magasin», analyse Frédéric Nicolas, directeur IRI Shopper Insights. Les distributeurs ont donc tout intérêt à mettre ces produits en avant. De plus, les prix des sandwichs, pizzas et autre plats préparés vendus en grande surface restent «accessibles» aux yeux des clients, en comparaison d’un repas au restaurant ou en sandwicherie, note le président des ETF, Pascal Bredeloux.

Glyphosate : Générations Futures pas opposée à une prolongation d’AMM d’un an

Concernant le glyphosate, «on ne peut pas être contre le fait que l’Efsa examine des données supplémentaires ou prenne en compte les éléments de l’enquête publique», estime François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, auprès d’Agra presse. L’autorisation de mise sur le marché européen (AMM) de l’une des molécules les plus controversées du monde, rappelle-t-il, expire officiellement fin décembre. Alors que l’Efsa a annoncé la prolongation de l’examen du dossier d’autorisation, un comité d’expert devrait donc se réunir à Bruxelles les 13 et 14 octobre prochain, afin de voter ou non une prolongation d’un an de l’autorisation. «Je ne vois pas la France voter contre cette dérogation», analyse François Veillerette. Et de prévenir qu’il n’est pas «certain» que le délai supplémentaire face pencher l’Efsa contre le glyphosate. «On voit souvent les AMM de certaines molécules prolongées en l’attente de données supplémentaires. Le danger, c’est que certaines se voient parfois offrir de cette façon plusieurs années de sursis», alerte François Veillerette. Interrogée par Agra presse, la plateforme Glyphosate France, réunissant les fabricants, n’a pas souhaité réagir sur ce vote à venir.

Accords commerciaux: 38% des barrières levées par l'UE en 2021 concernent des mesures sanitaires

En 2021, 39 barrières commerciales ont été entièrement ou partiellement levées (six de plus qu'en 2020), dont 15 (soit 38%) concernaient des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS), indique le 11 octobre la Commission européenne dans son rapport annuel sur la mise en œuvre et l’application des accords commerciaux de l’UE. En matière agroalimentaire, l’UE a notamment convaincu, après plusieurs cycles de négociations, le Canada d’accepter le certificat harmonisé de l'UE pour la viande de volaille. L’UE a également réussi à convaincre la Corée du Sud de lever, depuis le 5 septembre, ses restrictions sur les viandes européennes de porc et de volaille en reconnaissant les mesures de régionalisation prises par Bruxelles pour lutter contre la peste porcine africaine et l’influenza aviaire hautement pathogène. En 2021, les mesures SPS sont restées la catégorie comportant le plus grand nombre d'obstacles au commerce (102), représentant près d'un quart de tous les obstacles enregistrés.

Sucreries : Cristal Union mesure et communique sur son empreinte économique

Le groupe coopératif Cristal Union – qui figure parmi les premiers producteurs de sucre, d’alcool et de bioéthanol –, a souhaité mesurer les effets de son activité sur l’économie française, au travers d’une étude présentée le 11 octobre à Paris en présence de Xavier Astolfi (DG de Cristal Union). Pour ce faire, elle a fait appel au cabinet Utopies, spécialiste dans le conseil en RSE, qui s’est appuyé sur un outil baptisé Local Footprint. Ce dernier a permis d’analyser les achats, les ventes, les rémunérations des salariés et les contributions acquittées par Cristal Union en 2020. Selon l’Étude Utopies Local Footprint, pour un emploi créé au sein de Cristal Union, ce sont par exemple dix emplois par supplémentaires qui sont soutenus sur le territoire français – notamment dans les territoires ruraux de l’Ile-de-France, du Grand-Est, des Hauts-de-France et de la Normandie – avec une importante contribution dans des domaines tels que l’industrie, l’agriculture, le transport et le commerce. En tout, le cabinet Utopies estime que ce sont 23 000 emplois (équivalent temps plein) qui sont soutenus par Cristal Union en France.

Médias : des documentaires agricoles gratuits durant la Coupe du monde

La web-TV Au nom de la Terre, créée par le réalisateur Édouard Bergeon, diffusera gratuitement durant chaque match de la Coupe du monde un documentaire ou une série dédiée à l’agriculture et à l'environnement, annonce un communiqué du 10 octobre. Objectif : offrir «une réelle alternative à la Coupe du Monde en proposant de rejoindre le camp de ceux qui défendent la terre au lieu de la détruire», résume Édouard Bergeon. Pour les matchs de première phase, la plateforme proposera Les fils de la Terre, le documentaire du créateur de la web-Tv, mais aussi Nous Paysans qui avait été diffusé sur France 2 à l’occasion du Salon de l’agriculture, ou encore L’installation, film suivant les aventures de deux citadines reprenant une ferme laitière. Pour chaque connexion, Au nom de la terre reversera 1 € à l’association des Enfants et des arbres, qui invite les élèves de primaire et du collège à planter des haies chez les agriculteurs.