Agrafil du 14 avril 2026

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Conflit au Moyen-Orient : Trump décrète un blocus du détroit d’Ormuz

Après l’échec des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran au Pakistan et malgré un fragile cessez-le-feu, un blocus naval des ports iraniens a été décrété le 12 avril par le président américain, créant une nouvelle montée des tensions. Celui-ci devait entrer en vigueur dès le 13 avril. En réponse, l'armée iranienne a dénoncé un blocus « illégal », qui relève de la « piraterie », et a menacé ses voisins du Golfe. De leur côté, la Chine et la Turquie réclament la réouverture du détroit d’Ormuz. La France et le Royaume-Uni souhaitent, eux, organiser « dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer » à « une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation » dans la région. De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé, le 13 avril à l’issue d’une réunion du Collège des commissaires où le sujet était à l’ordre du jour, que le rétablissement de la liberté de navigation est d’une importance « primordiale » pour l'UE. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë si le conflit au Moyen-Orient se poursuit jusqu'en juin.

Engrais : Bruxelles consulte les parties prenantes à quelques semaines de son plan d'action

La Commission européenne a réuni, le 13 avril à Bruxelles sous l’égide des directions générales Agriculture, Grow (marché intérieur, industrie) et TAXUD (douanes), des représentants des agriculteurs et de l’industrie des engrais pour les sonder en amont d’un plan d’action de l’UE sur les engrais qu’elle prévoit de présenter début mai. Le français Cédric Benoist, qui représentait les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), a indiqué à sa sortie de la réunion avoir alerté la Commission européenne sur le risque de faillite de l’agriculture européenne face à l’inflation des coûts de production. Il estime que l’UE dispose de tout un arsenal d’outils pour agir (suspension du MACF, droits douanes…). « La transition vers des engrais bas carbone est au point mort au sein de l’UE, la plupart des projets bas carbone ayant été annulés ou nécessitant d’importantes subventions pour survivre », souligne le think-tank Farm Europe, qui propose de recourir au cadre de certification des émissions de carbone pour financer les efforts de réduction des émissions des engrais. Lors d’un déplacement le 9 avril à l’usine d’engrais azotés de Piesteritz en Allemagne, le commissaire européen à l’Agriculture Christophe Hansen avait répété que le futur plan visait « à renforcer la production de l’UE, réduire les dépendances, soutenir les agriculteurs et accélérer l’innovation bas-carbone », sans apporter plus de détails.

Fiscalité : Lecamp et Potier lancent une mission parlementaire sur la fiscalité agricole

Dans des décrets parus au Journal officiel le 10 avril, le député socialiste Dominique Potier et son homologue du Modem Pascal Lecamp sont nommés en charge d'une mission parlementaire sur la fiscalité agricole. Ce binôme a déjà collaboré étroitement durant l'examen du projet de loi de finances (PLF) pour pousser le crédit d'impôt dédié à la mécanisation collective, fléché vers les Cuma. Les deux parlementaires devraient, notamment, continuer à creuser ce dossier de la fiscalité du machinisme agricole, indique-t-on dans l'entourage de Pascal Lecamp. Son équipe rappelle aussi que les derniers travaux de ce type remontent à 2015, avec le rapport du socialiste breton François André, et méritent d'être mis à jour au vu des nombreuses modifications apportées chaque année en la matière, notamment après les mobilisations de l'hiver 2024-2025. Pour rappel, le crédit d'impôt mécanisation collective a été vivement critiqué par les entreprises de travaux agricoles (ETA), selon qui le dispositif menace de « déstabiliser un système agricole fondé sur la complémentarité et la diversité ».

Foncier : face au « manque » de régulation, le député Potier réclame une Autorité publique

Lors d’un colloque le 13 avril à l’Assemblée nationale sur les 80 ans du statut du fermage, le député socialiste Dominique Potier a émis l’idée de mettre en place une Autorité du foncier. « Une Autorité publique s’impose sur la question du foncier » – comme il en existe pour le sanitaire, la concurrence – « au vu des enjeux énergétiques, alimentaires, etc. », d’après lui. La règle étant qu’« elle fonctionne avec transparence et clarté sur l’ensemble des flux et des stocks… ». « Nous manquons de cette connaissance et de cette capacité de régulation de l’État. » À l’honneur pour ses 80 ans d’existence, le statut du fermage est « peu remis en cause », estime Dominique Potier. Mais le député note « une fragilisation des deux autres piliers » de la régulation foncière. D’une part, « le contrôle des structures est d’une faiblesse insigne », résultat selon lui, d’« une double responsabilité de l’État et de la profession agricole ». D’autre part, « l’impuissance des Safer, dans certaines situations, à réguler l’ensemble des marchés fonciers ». Sont en cause le phénomène sociétaire, la délégation de travaux agricoles, la financiarisation.

Foncier/simplification : des élus alertent sur une « remise en cause » du Zan (tribune)

Des élus de tous bords ont appelé le 13 avril à ne pas voter un article du texte sur la simplification de la vie économique qui multiplie, selon eux, les dérogations autorisant l'artificialisation des sols. « Mardi 14 avril, les parlementaires s'apprêtent à voter une disposition (...) qui, sous couvert de simplification et de réindustrialisation, remet en cause l'objectif de zéro artificialisation nette », d'après leur tribune dans Le Monde (article payant), signée notamment des deux ex-ministres de la Transition écologique Christophe Béchu et Agnès Pannier-Runacher. Ils dénoncent en particulier l'article 15 du texte, qui modifie le Code de l'urbanisme mais « ne réindustrialise pas la France ». « En multipliant les dérogations autorisant l'artificialisation pour tout type de projet, il promet la France moche, celle du hangar et de la friche, au détriment des agriculteurs », écrivent-ils, soulignant que la simplification « ne peut devenir synonyme d'instabilité normative ». « À l'heure où nous voulons produire davantage sur notre sol, sacrifier [les terres agricoles] à des projets d'entrepôts ou de zones commerciales alors qu'on dispose de friches disponibles pour les accueillir est une faute économique et géopolitique », souligne le texte, co-signé par les présidents de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard (DVG), et Occitanie, Carole Delga (PS).

Lait : Savencia conteste l’amende de 3,9 M€ prononcée par la DGCCRF

Savencia Ressources laitières a indiqué le 13 avril qu’il contestait « les retards qui lui sont reprochés ainsi que la lecture de la loi retenue par la préfecture ». L’entreprise « déplore en particulier avoir été sanctionnée sur la base d'une interprétation nouvelle ne découlant pas du texte de la loi, et qu'elle ne pouvait donc pas anticiper », selon un communiqué. L’industriel laitier fait référence à l’amende de 3,9 millions d’euros (M€) annoncée le même jour par la DGCCRF (Fraudes), « pour non-respect de ses obligations envers ses fournisseurs », prononcée par le préfet de la région Normandie. Les retards se rapportent à « la transmission d'informations à l'AOP Sunlait et à l'OP Ouest Lait ». La DGCCRF reproche « deux manquements aux dispositions issues des lois Egalim » : non-respect de son « obligation de motiver le refus de la proposition d’accord-cadre émise par une association d’organisations de producteurs dans un délai raisonnable » ; et non-respect par Savencia de son « obligation de transmettre les éléments de facturation à une organisation de producteurs ». Après des années de relations conflictuelles, Savencia Ressources laitières et ses anciens partenaires de l’amont, Sunlait et Ouest Lait, n’ont plus de relations commerciales.

Bovins/DNC : avertissement pour le vétérinaire qui avait critiqué l'abattage total

Le conseil régional de l'Ordre des vétérinaires de Bretagne a prononcé un avertissement à l'encontre d'un vétérinaire pour avoir publiquement critiqué la stratégie officielle d'abattage total des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), rapporte l’AFP le 13 avril. Le président national de l'Ordre, Jacques Guérin, avait déposé plainte contre le Dr Gaël Gounot pour des propos tenus lors d'une visioconférence organisée par la Coordination rurale le 23 juillet 2025, moins d'un mois après l'identification d'un premier cas de DNC en Savoie. Le Dr Gounot, qui officie à Fougères (Ille-et-Vilaine), y répétait à plusieurs reprises être « contre l'abattage total », une position qu'il avait maintenue début février à Rennes devant la chambre de discipline régionale de l'Ordre, chargée de sanctionner d'éventuels manquements au code de déontologie des vétérinaires. Pour l'Ordre des vétérinaires, cette prise de position publique allait non seulement à l'encontre d'une mesure légale mais portait aussi atteinte à l'image et à la dignité de la profession de vétérinaire. La chambre de discipline régionale, composée de quatre vétérinaires et présidée par une magistrate professionnelle, a rendu sa décision le 9 avril et a communiqué sa décision lundi 13 avril à l'AFP.

Poulets de chair : l'accouveur belge Lafaut Poultry reprend le Couvoir de L’Ausier

Le groupe d’accouvage belge Lafaut a annoncé le 13 avril sur LinkedIn l’acquisition du Couvoir de l’Ausier (Ille-et-Vilaine), qui vient ainsi rejoindre le Couvoir de l’Étoile (Nord). Sur son site internet, le groupe Lafaut se présente comme familial et spécialiste de l’exportation dans le monde d’œufs à couver et de poussins d’un jour de poulets de chair. Il possède trois autres couvoirs, en Belgique, aux Pays-Bas, ainsi qu’en Côte-d’Ivoire depuis octobre 2025. Le Couvoir de l’Ausier, entreprise de la famille Semeril, produit des poussins d’un jour à croissance rapide ou lente en partenariat avec des éleveurs, mais n’exporte pas jusqu'à présent. « En unissant nos forces, nous souhaitons créer une véritable synergie et continuer à développer une offre encore plus qualitative et durable pour le marché », déclare le groupe. Cette reprise dans le grand Ouest succède de peu à la montée de l’accouveur danois DanHatch au capital de BD France, en mars, qui en fait l’actionnaire unique de ce groupe français. DanHatch France possède des couvoirs de poulets de chair dans le Finistère, le Morbihan ainsi qu’en Loire-Atlantique, Vendée et Isère.

Noisette : une aide de 3 M€ aux exploitations touchées par la faible récolte de 2024

Ce ne seront pas les 30 millions d'euros (M€) qui avaient été adoptés par le Sénat dans les projets de loi de finances pour 2025 et 2026, mais 3 M€ qui seront accordés aux producteurs de noisettes touchés par la faible récolte de 2024, a annoncé la ministre de l'Agriculture Annie Genevard dans un communiqué paru le 13 avril. La production avait chuté drastiquement en 2024 à la suite de l’augmentation de la pression des ravageurs (en particulier la punaise diabolique et le balanin) et de l'interdiction de l'acétamipride, notamment. L'aide vise les producteurs présentant un taux de spécialisation en noisettes d'au moins 25 % et ayant subi une perte d'excédent brut d'exploitation (EBE) d'au moins 20 % par rapport à un EBE de référence. Le ministère précise que des « bonifications » sont prévues pour les producteurs assurés contre les risques climatiques, ainsi que pour les adhérents à une organisation de producteurs (voir le détail sur le site de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne). Le ministère indique aussi qu'une franchise est appliquée et permet d'articuler l'aide avec le dispositif d'indemnisation de solidarité nationale et l'assurance multirisques climatiques. Selon la chambre, les dossiers doivent être déposés par voie dématérialisée avant le 5 juin.

Vin : faillite du loueur de barriques H&A, inquiétude de la filière (presse)

La société bordelaise H&A, qui finance une bonne partie des fûts utilisés par la viticulture, a été placée en liquidation judiciaire avec poursuite de l'activité jusqu'au 31 mai. Une déroute qui fragilise à la fois les tonneliers et les propriétés viticoles, estime Les Echos le 10 avril (article payant). H&A affiche 2 000 clients, un parc d’un million de barriques et un chiffre d'affaires qui a pu atteindre les 400 millions d’euros (M€). Il y a une vingtaine d'années, cette société a inventé l'externalisation de la gestion des barriques : elle finance leur acquisition pour le compte des propriétés viticoles contre le paiement d'un loyer, et surtout l'assurance de leur reprise au bout de quelques années. Le loueur s'est rendu incontournable, notamment auprès de grands crus mais aussi de certaines coopératives. La crise viticole l’a fragilisé. Dans cette affaire, les tonneliers sont évidemment en première ligne, puisque H&A générait de 20 % à 30 % des achats de barriques et que l'entreprise n'a pas honoré un certain nombre de paiements depuis la vendange de 2025. Les impayés sont estimés à environ 10 M€, selon la Fédération des tonneliers de France.

Oléoprotéagineux : bonne qualité 2025 des récoltes françaises de tournesol et de féveroles

Dans un communiqué du 13 avril, l’observatoire de la qualité des graines, piloté par Terres Univia (interprofession des oléoprotéagineux) et mis en œuvre par Terres Inovia (institut technique), a publié les fiches qualité de la récolte 2025 de graines issues de plantes riches en protéines. Il en ressort une bonne qualité des graines de tournesol, avec un taux d’huile moyen aux normes en hausse par rapport à 2024. Il s’affiche à 45,3 % en 2025, en progression de 0,6 % par rapport à l’an passé et la moyenne quinquennale. « Le rayonnement, proche des normales sur l’ensemble du territoire, a favorisé une bonne synthèse de l’huile », explique la profession. Le taux de protéines moyen s’affiche à 16,5 % de la matière sèche, contre 16 % l’an dernier (et 16,4 % en moyenne quinquennale). En féveroles, les taux de protéines ont été particulièrement élevés, à 28,4 % de matière sèche en moyenne, au-dessus de la moyenne établie sur les dix dernières années. La qualité visuelle est également bonne, avec moins de 1 % de graines bruchées. En soja, les taux de protéines sont assez faibles, à 39,8 % de la matière sèche, en baisse de 2,3 % par rapport à la moyenne quinquennale. Les conditions sèches ont pu affecter la richesse en protéines.

Alimentation locale : les tiers-lieux nourriciers en quête de statut opérationnel

Le groupement d’intérêt public France Tiers-Lieux* a publié le 13 avril son Livre blanc consacré aux coopérations entre tiers-lieux nourriciers et Projets alimentaires territoriaux (PAT). On y trouve une recommandation-clé visant à faire de la présence de ces lieux de partage d’expériences agricoles et alimentaires un critère de labellisation des PAT en niveau 2C (opérationnel). En faire un critère « renforcerait la dimension participative et démocratique de ces politiques alimentaires » et « permettrait également d’inciter les collectivités porteuses de PAT à instaurer un soutien stable et structurant pour ces lieux », est-il suggéré. France Tiers-Lieux veut aussi les faire reconnaître comme opérateurs éligibles aux dispositifs du programme PNDAR (développement agricole et rural) et du Plan stratégique national pour la Pac, en tant qu’outils de la transition alimentaire et agricole. Ce qui « permettrait de financer ces infrastructures mutualisées, de consolider l’ingénierie territoriale qu’ils portent déjà aux côtés des PAT, et d’amplifier leur contribution à la transition agroécologique et à la souveraineté alimentaire locale ».
* Réunissant cinq ministères, l’Agence nationale de la Cohésion des territoires et l’Association nationale des tiers-lieux