Agrafil du 16 juillet 2025

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Taxes Trump : le soja et le bourbon dans un nouveau projet de liste de contremesures de l'UE

En cas d’échec des pourparlers avec les Etats-Unis, la Commission européenne prévoit de taxer les importations agroalimentaires américaines à hauteur de 6,3 milliards d’euros. Selon un projet de liste des produits susceptibles de faire l'objet de mesures de rééquilibrage, mis sur la table des Etats membres le 14 juillet et obtenu par Agra, le soja, la viande, les fruits et légumes ou les fruits à coque pourraient notamment être affectés. Les boissons alcoolisées (spiritueux, vins, bourbon), dont la présence dans une première liste de sanctions au printemps avait pourtant suscité la controverse, sont également présentes dans cette nouvelle liste. Pour pouvoir être mise en œuvre, elle doit encore être examinée et validée par les Etats membres. Mais l’exécutif européen prévient qu’aucune contremesure ne sera appliquée d’ici le 1er août. Son objectif principal reste d’obtenir une solution négociée avec les Etats-Unis d’ici là. Pour ce faire, le commissaire au Commerce Maros Sefcovic s’entretient avec ses homologues transatlantiques, Howard Lutnick et Jamieson Greer, tandis que des équipes techniques de la Commission européenne se rendent à Washington. « Nous pensons qu'un accord de principe est à portée de main », a rappelé le 15 juillet, le porte-parole de la Commission européenne au Commerce.

Taxes américaines : Donald Trump s’attaque aux importations de tomates mexicaines

Les Etats-Unis ont annoncé le 14 juillet la mise en place d’un droit de douane de 17% sur les importations de tomates en provenance du Mexique. Cette décision a été prise à la suite du retrait américain sous 90 jours, annoncé le 14 avril, d’un accord avec le Mexique datant de 2019 et suspendant une enquête antidumping sur les tomates fraîches. Concrètement, le ministère américain du Commerce accuse les producteurs mexicains de pratiques anticoncurrentielles et assure que les droits de douane ont été calculés afin de compenser ces pratiques. Initialement fixée à 20,91 %, le tarif douanier a finalement été revu à la baisse. Une décision « injuste » réagissent les ministères mexicains de l’Agriculture et de l’Economie dans un communiqué conjoint. Et d’ajouter que cette mesure est « contraire aux intérêts des producteurs mexicains mais aussi de l’industrie américaine ». Selon la Banque mondiale, le Mexique a exporté en 2023 1,8 Mt de tomates aux États-Unis, pour une valeur de 2,4 Md€. Elles représentent entre 76 % et 98 % des différents types de tomates importés par les États-Unis. 

UE/Mercosur : Genevard poursuit son tour d’Europe pour obtenir une minorité de blocage

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, poursuit son tour d’Europe afin de convaincre ses homologues de s’opposer à la conclusion de l’accord de libre-échange UE/Mercosur et ainsi obtenir une minorité de blocage. Elle a donc rencontré le Roumain Florin-Ionuț Barbu, en marge du Conseil Agriculture du 14 juillet, afin de s’assurer de son opposition à la conclusion de l’accord. A cette occasion, les deux ministres ont « réitéré leurs préoccupations à l’égard de l’accord UE-Mercosur » et ont aussi souligné l’importance de « disposer de garanties suffisantes sur le respect des standards sanitaires, environnementaux et sociaux pour les produits importés ». « En l’absence de telles garanties, cet accord, dans sa version actuelle, risquerait d’être déséquilibré au détriment des intérêts agricoles européens », ont-ils insisté. Le texte devrait, désormais, être présenté « dans les prochaines semaines » au Conseil de l’UE pour autorisation de signature. C’est ce qu’a indiqué le 15 juillet aux eurodéputés de la commission du Commerce international, le ministre danois aux Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen. 

Pac post-2027 : les projets de la Commission européenne inquiètent

Les premières fuites sur le futur budget de la Pac et la prochaine réforme, qui seront officiellement dévoilés le 16 juillet, ont été reçues avec beaucoup de scepticisme par une partie des observateurs du secteur agricole. Entre la quasi suppression de l’éco-conditionnalité et l’absence de limite sur les aides couplées, Farm Europe, qui organisait le 15 juillet une manifestation avec le syndicat italien Coldiretti, dénonce une renationalisation de la Pac. Et le think tank craint également que la dégressivité proposée (-25 % à partir de 20 000 euros d’aides directes à l’hectare) ne frappe tout particulièrement les moyennes exploitations (à partir de 80 ha). Alors que les chiffres du prochain budget ne sont pas encore connus, Farm Europe rappelle que pour la période 2028-2034, 411 milliards d’euros seront nécessaires pour maintenir la valeur de la Pac à son niveau de de 2027. Même analyse du côté de l’eurodéputée PPE (droite) Céline Imart pour qui « Ursula von der Leyen s’apprête à acter, d’un coup de stylo, la disparition pure et simple de la politique agricole commune, telle que l’Europe l’a construite depuis plus de 60 ans, […], une politique certes perfectible, mais structurante ». Elle estime que le projet de Bruxelles va transformer la Pac en une « simple procédure » qui ne « porterait plus aucune ambition collective, ni cap centré sur la production agricole ». Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogace) manifesteront le 16 juillet devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles pour s’opposer à « la dissolution de la Pac dans un fonds unique » et à « une renationalisation supplémentaire ».

Pratiques commerciales déloyales: les eurodéputés proposent d’étendre les règles aux centrales d’achat hors UE

La commission de l’Agriculture (Comagri) a adopté, le 15 juillet, à la quasi-unanimité (un seul vote contre), le projet de rapport concernant l’application transfrontalière de la directive sur les pratiques commerciales déloyales, texte proposé en décembre par Bruxelles en réponse aux manifestations de 2024. Concrètement, les eurodéputés proposent d’étendre les règles afin de protéger les producteurs victimes d'acheteurs issus de pays tiers. « C'est une chose nécessaire pour permettre une protection contre les pratiques déloyales utilisées par les centrales d'achat qui ont souvent leur siège en dehors de l'UE », précise le rapporteur italien Stefano Bonaccini (S&D). Les acheteurs hors de l'UE devront désigner une « personne responsable dans l'UE ». Ils souhaitent aussi que les Etats membres interviennent, de leur propre initiative, pour mettre fin à ces pratiques, sans plainte formelle d'un producteur. Ils plaident, en outre, pour davantage de transparence avec la création d’un système d’alertes rapides et un réseau d'information permanent. Le texte doit être validé par les parlementaires européens en séance plénière en septembre. Des négociations interinstitutionnelles s’engageront ensuite avec le Conseil de l’UE qui a déjà adopté sa position.

Engrais : une solution en passe d'être trouvée pour autoriser RENURE dans l'UE

La ministre de l’Agriculture des Pays-Bas a appelé ses confrères, le 14 juillet à l’occasion de la réunion du Conseil Agriculture à Bruxelles, à soutenir la proposition de la Commission européenne autorisant l'utilisation, comme engrais, de l’azote récupéré à partir du fumier (RENURE). Un vote sera organisé lors du comité «Nitrates» le 19 septembre. Une majorité de ministres s’est prononcée en faveur du texte. Celui-ci avait été annoncé en avril 2024, mais les discussions entre experts étaient au ralenti ces derniers mois. Une solution a finalement été trouvée. Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a précisé que les nouvelles règles ne s’appliqueraient qu’aux États membres qui choisiront d’autoriser l’utilisation de ces engrais RENURE. Et, a-t-il assuré, la proposition contient des « sauvegardes » concernant les inquiétudes environnementales, pour éviter une « intensification » de la production animale. C’est en effet la crainte de certains Etats membres (dont l’Autriche et la Slovaquie). Sans s’opposer à la proposition, la ministre française, Annie Genevard préférerait attendre les conclusions de l’évaluation en cours de la directive Nitrates menée par la Commission, dans la perspective d’une simplification générale des règles.

Pesticides : une proposition de loi LFI pour faciliter l'indemnisation des victimes

Comme promis durant les débats autour de la loi Entraves, les députés LFI ont déposé, le 11 juillet, une proposition de loi visant à faciliter l'indemnisation des victimes des pesticides, qu'ils soient professionnels ou riverains. Constatant un manque d'information et d'accompagnement, ils proposent dans le premier article que le régime de sécurité sociale d’une «victime potentielle» de pesticides l’informe, via un formulaire, des démarches nécessaires à la reconnaissance de sa maladie comme maladie professionnelle liées aux pesticides. Un autre article de la proposition de loi instaure la possibilité de demander la reconnaissance d’une maladie professionnelle liée aux pesticides, indépendamment du régime de la victime – dans les cas où une personne est sortie du régime agricole depuis son exposition. Le texte prévoit aussi que l’indemnisation des victimes de pesticides débute «dès la première constatation médicale de la maladie». Enfin, selon la PPL, les fabricants verraient leur taxe sur les produits phytos assortie d'un plancher, et seraient exclus du conseil de gestion du fonds d'indemnisation des victimes des pesticides (FIVP).

Budget 2026 : Bayrou propose un gel des dépenses, nouvel exercice de simplification

Au titre du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, l’Etat français va geler ses dépenses au niveau de 2025, hors Défense et charge de la dette, a proposé le 15 juillet le Premier ministre. Ce faisant, François Bayrou a aussi annoncé une baisse de 3000 emplois publics dès 2026, et «une règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite» à partir de 2027. «Tous les ministères seront solidaires de cet effort collectif», a précisé le Premier ministre. Dans les agences et opérateurs de l'Etat, 1500 suppressions de postes sont prévues, et des fusions/internalisations. Le Premier ministre est également revenu sur la question de la simplification de la vie des entreprises, pour lequel un projet de loi a été adopté à l'Assemblée et doit faire l'objet d'une commission mixte paritaire (CMP) en septembre. François Bayrou annoncé un nouvel exercice de simplification, qui doit débuter «dès l'été» et pour lequel le gouvernement souhaite agir par ordonnance. Pour ce faire, «de nouveaux textes seront proposés afin de lever les obstacles identifiés dans chaque secteur», a-t-il annoncé. Ce nouvel exercice de simplification suivra un nouveau principe de «moins de subvention contre plus de simplification», proposé François Bayrou.

Enseignement agricole : les socialistes veulent encadrer les conseils d'administration du privé

Dans une proposition de loi déposée le 11 juillet, des députés du groupe socialiste proposent d'encadrer la composition du conseil d'administration des établissements de l'enseignement agricole privé sous contrat, qui ne le sont pas actuellement contrairement à leurs équivalents du public. «Cette différence avec le public n’est pas justifiable», estiment les députés, qui dénoncent, ce faisant, une «opacité» des établissements sur la composition de leurs conseils d'administration, qui «nourrit des inquiétudes légitimes quant à l’influence indirecte de certains lobbys agro‑industriels ouvertement hostiles à la protection de l’environnement». Le texte propose de contraindre le privé à intégrer au moins deux représentants élus du personnel éducatif, un représentant des autres personnels, un représentant des élèves, étudiants ou apprentis et un représentants des parents d'élèves. Cette disposition s'inspire de ce qui existe dans le public où les établissements sont dans l'obligation d'inclure dix représentants élus du personnel parmi les trente membres prévus et cinq représentants des élèves et parents d'élèves.

Crise viticole : les filières demandent des fonds pour décliner le paquet vin

Lors d'une rencontre avec la ministre de l'Agriculture le 15 juillet, les principales organisations du secteur viticole, dont le Cniv, la Cnaoc, la FNSEA et les JA, ont demandé des moyens financiers supplémentaires, notamment pour décliner les dispositions du futur paquet vin européen. Dans le détail, elles demandent une nouvelle aide à l'arrachage, définitif et temporaire, l'ouverture de la distillation des vins vers des biocarburants, la «bonification de la biocarburation si couplage avec un arrachage», l'évolution des aides de trésorerie «pour éviter les faillites à court terme», une «aide à la restructuration économique» des caves coopératives, et enfin des «évolutions d'Egalim pour garantir une juste rémunération aux producteurs». Pour les financer, la filière demande notamment à la ministre qu'elle sollicite les fonds de réserve de crise de l'Union européenne. Les organisations présentes estiment que la ministre a été «à l'écoute». En matière de trésorerie, la ministre aurait proposé d'établir un état des lieux après les vendanges, afin «d'adapter le produit bancaire adéquat». Le guichet de la première campagne nationale d'arrachage est sur le point de s'achever ; les viticulteurs ont jusqu’au 21 juillet pour déclarer leurs arrachages de vignes, jusqu’au 22 juillet pour déposer leur demande de paiement.

Vin : feu vert de Bruxelles à des «prix d’orientation» pour le bio et le HVE

La Commission européenne estime, dans un avis publié le 15 juillet, que l'accord conclu entre les producteurs de vins et leurs acheteurs sur la fixation de prix d’orientation » pour les vins bio et HVE en Occitanie « respecte toutes les conditions de l'article 210 bis du règlement OCM ». Bruxelles donne donc, pour la première fois depuis l'entrée en vigueur du règlement en 2023, son feu vert à un tel accord, pour une durée de 2 ans. Celui-ci vise à inciter les producteurs à poursuivre leur production durable (HVE ou bio). Les prix d'orientation seront fixés à un niveau couvrant les coûts de production assortis d'une marge bénéficiaire pouvant atteindre 20 % de ces coûts. Ils seront fixés annuellement pour chaque référentiel et pour six cépages. Une demande d'avis concernant cet accord avait été adressée à la Commission européenne au mois de mars par l’interprofession InterOc pour les vins Pays d’Oc IGP. Dans le contexte actuel d’offre excédentaire importante, « de nombreux producteurs de vins biologiques et HVE sont moins rentables que les producteurs de vins conventionnels et pourraient soit se tourner vers la production conventionnelle, soit abandonner complètement la production viticole », justifie notamment la Commission européenne. D’autres bassins de production, comme la Nouvelle-Aquitaine et la Vallée du Rhône-Provence, seraient intéressés par ce dispositif.

Bovins/DNC: 21 foyers déclarés, extension de 30 kilomètres vers l'Est

Selon les dernières informations transmises par la DGAL (ministère de l'Agriculture) qu'Agra presse a pu consulter, quatre foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ont été confirmés ce weekend, notamment à Faverges, à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau de la commune d'Entrelacs, où se concentraient jusqu'ici la majorité des foyers. Ces nouveaux cas ont entrainé une extension de la zone réglementée vers l'Est. 68 communes passent de zone de surveillance (ZS) en zone de protection (ZP), 67 nouvelles communes basculent en zone de surveillance. En date du 14 juillet, 21 foyers ont été détectés en France, répartis dans deux départements : Savoie, Haute-Savoie. La stratégie vaccinale de la France est toujours attendue. Selon la Coordination rurale (CR), qui s'est entretenue avec la ministre de l'Agriculture le 3 juillet, la France aurait réservé 500 000 doses de vaccins, sur un stock européen d'un million. Le laboratoire fabricant de ces doses serait situé en Afrique du Sud. Selon la CR, Annie Genevard étudiait début juillet les possibilités de commande, avec une disponibilité «sous quinzaine». En attendant, des marchés se ferment, notamment la Chine et la Corée du Sud pour la viande, le Japon pour les abats, le Canada et le Royaume-Uni pour les produits laitiers non pasteurisés, rapportait récemment la DGAL.

Bovins/DNC: nouvel élevage réfractaire à l'abattage total, soutenu par la Conf'

La Confédération paysanne organisera, le 16 juillet, une manifestation de «blocage d'un abattage total» en Haute-Savoie (DNC), en soutien à des éleveurs prévenus le 15 juillet au matin d'un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans leur troupeau. La Conf' s'oppose, depuis le début de l'épizootie à l'abattage total. Elle propose de tester tous les animaux, et d'«abattre seulement les animaux aux symptômes marqués, ou seulement ceux positifs - ce n'est pas encore arbitré», explique Raphaël Baltassat, porte-parole de la Confédération paysanne de Haute-Savoie Il s'agit du deuxième cas d'élevage réfractaire à l'abattage de son troupeau, après celui soutenu par la Coordination rurale à Entrelacs. Selon la presse régionale, 200 personnes y étaient d'ailleurs réunies, le 14 juillet notamment à l'appel de la CR. Dans un communiqué le 10 juillet, la CR des deux Savoie demande de «stopper tout abattage préventif sans résultat virologique», d'«appliquer le principe de précaution avec rigueur scientifique», d'«associer systématiquement les éleveurs aux décisions». Une semaine plus tôt, cette première demande n'était pas signalée par la même CR des deux Savoie suite à son entretien avec la ministre de l'Agriculture ; dans un communiqué, le syndicat demandait à la ministre de venir sur place en cas d'intensification des abattages, et que ceux-ci ne se déroulent pas sur les exploitations elles-mêmes.

Blé tendre : la récolte française 2025 attendue en net rebond par rapport à 2024 (ministère)

Les services statistiques du ministère de l’Agriculture (Agreste) ont publié leur première prévision de récolte française 2025 de blé tendre, dans leur rapport mensuel du 15 juillet. Elle est attendue à 32,6 Mt, en hausse de 7 Mt par rapport à l’année catastrophique de 2024. Certains analystes, notamment le cabinet de courtage Plantureux et Associés, tablent sur un chiffre un peu plus élevé. En orge, elle atteindrait 11,77 Mt, contre 9,9 Mt l’an dernier. Notons que les volumes d’hiver ont été nettement relevés par rapport au précédent rapport de juin, passant de 7,8 Mt à 8,3 Mt. Du côté du blé dur, les volumes sont espérés à 1,26 Mt, un niveau proche de 2024 (1,23 Mt). Notons la forte progression de la moisson de féveroles, de 80 000 t environ annuellement, à 295 000 t. En pois, elle est évaluée à 514 000 t, contre 487 000 t l’an passé. En colza, Agreste maintient sa première prévision survenue le mois précédent, à 4,2 Mt (3,87 Mt l’an dernier). Les coupes n’étant pas encore finalisées, les chiffres sont amenés à évoluer lors des prochaines publications.

Céréales : en Bourgogne, une moisson satisfaisante qui touche à sa fin

A l’issue du week-end du 14 juillet, la récolte touche à sa fin en Bourgogne. « Nous avions commencé tôt, pointe Benjamin Boyet, directeur du pôle agriculture de Dijon Céréales. Fin juin, nous avions rentré 100 000 tonnes de céréales, un record en quantité sur ces 20 dernières années ». La qualité était également au rendez-vous, pour toutes les céréales : «  Les orges sont satisfaisantes en termes de protéines, à 10,5 et les calibrages sont en moyenne à 90, du jamais vu ! » s’enthousiasme Damien Racle, directeur général du négoce Bresson. Les rendements moyens, qui semblaient exceptionnels de prime abord, ont été contrebalancés par des résultats plus décevants selon les localisations. « Nous faisons environ 1 tonne de plus à l’ha que notre moyenne historique » détaille Benjamin Boyet. Côté blé, les rendements sont dans la moyenne haute, aux alentours de 75 quintaux, contre 52 en 2024 pour la Bourgogne-Franche-Comté. La protéine atteint tout juste 11,5 %, soit un demi-point de plus que le minimum nécessaire à la meunerie, mais les poids spécifiques sont particulièrement élevés, à plus de 80, bien au-dessus des 76 kg/hl nécessaires à la meunerie. « Le seul point noir de cette récolte, ce sont les prix, regrette Damien Racle. Nous allons vendre du blé meunier au même prix que le blé fourrager l’année passée. » (Elena Blum)

Moissons : « Il ne restera plus beaucoup de blé sur pied au 20 juillet » (interprofession)

Contacté par Agra Presse, Benoît Piètrement, agriculteur dans la Marne et président d’Intercéréales, a indiqué « qu’il ne devrait pas rester beaucoup de blé sur pied en France d’ici le 20 juillet ». Ainsi, il confirme les échos collectés ces derniers jours : la récolte hexagonale 2025 de céréales dispose d’une quinzaine de jours d’avance par rapport à d’habitude. Le président d’Intercéréales corrobore également les échos positifs de rendements et de qualité : « Il y a ponctuellement de l’échaudage, mais globalement, nous observons de bons rendements et une très belle qualité. (…) Les agriculteurs que je croise ont plutôt le sourire à ce sujet ». En maïs, même s’il est encore trop tôt pour se prononcer sur le potentiel des cultures, « des précipitations sont tombées au bon moment la semaine passée ». Néanmoins, un gros bémol vient ternir les bonnes récoltes : les prix restent actuellement très bas. Par ailleurs, Benoît Piètrement a salué la décision de l’Anses de suivre les recommandations de l’UE en mai dernier d’accorder un délai de grâce à l’usage du flufénacet (herbicide), permettant d’assurer les semis 2025 et 2026 de céréales. 

Biocarburants : la filière craint la suppression des droits sur l’origine états-unienne

Dans un communiqué commun du 11 juillet, l’AGPM (producteurs de maïs), la CGB (producteurs de betteraves), l’AGPB (producteurs de blé) et l’association Bioéthanol France (ex-SNPAA, syndicat des producteurs d’alcools agricoles) ont fait part de leur crainte d'une potentielle suppression des droits de douane de l’UE sur le bioéthanol états-unien, dans le cadre des négociations commerciales entre les deux protagonistes. « La filière française du bioéthanol exhorte la Commission et la France à veiller à ce que l'éthanol (…) ne soit pas inclus dans un accord "zéro pour zéro" avec les Etats-Unis », peut-on lire dans le communiqué. Les associations françaises rappellent que le pays de l’Oncle Sam constitue le premier producteur mondial d’éthanol, avec une production dix fois supérieure à la production européenne. Elle indique par ailleurs que l’industrie au Royaume-Uni est mise en péril par un accord de ce type. Si un tel « deal » se mettait en place « la fermeture ou la réduction sensible de l’activité de nombreux sites industriels » pourrait survenir en Europe et en France, prévient la profession.

Etiquetage nutritionnel : une PPL socialiste pour rendre obligatoire le Nutri-score

Le député Paul Christophle (Drôme), avec 18 autres députés socialistes, a déposé le 11 juillet une proposition de loi visant à « rendre obligatoire l’affichage du Nutri-score et à interdire la publicité à destination des enfants et adolescents en faveur des produits alimentaires de faible qualité nutritionnelle ». Le texte a été renvoyé à la commission des affaires sociales, à défaut de constitution d’une commission spéciale dans les délais prévus. Dans l’exposé des motifs, il est rappelé que « l’obésité et le surpoids sont devenus des enjeux de santé publique majeurs ». Et que le Nutri-score a permis de mieux orienter les consommateurs et de prévenir le développement de maladies comme le diabète, l’obésité, un certain nombre de cancers et de maladies cardiovasculaires. Le premier article de la PPL impose l’affichage du Nutri-score à tous les produits alimentaires mis en vente. L’article 2 rend l’affichage du Nutri-score obligatoire pour les publicités de produits alimentaires en général, et interdit les messages publicitaires et les activités promotionnelles destinés aux enfants et aux adolescents pour les produits alimentaires dont le Nutri‑score indique une qualité nutritionnelle néfaste pour la santé.

Marchés mondiaux : la demande alimentaire mondiale va continuer de grossir (OCDE/FAO)

Au vu des projections démographiques, de croissance des revenus et d’urbanisation notamment dans les pays émergents, la consommation alimentaire mondiale devrait croître de 13 % dans les dix prochaines années, est-il estimé dans le rapport annuel de l'OCDE et de la FAO paru le 15 juillet. L’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est, qui assurent l’essentiel de la croissance observée parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, devraient compter pour 39 % de la consommation supplémentaire à l’horizon 2034, contre 32 % au cours des dix dernières années. À l’inverse, la Chine, qui a été l’un des principaux moteurs de la demande mondiale au cours de la décennie écoulée ne devrait contribuer qu’à hauteur de 13 % à la croissance de la consommation d’ici 2034, contre 32 % auparavant. Pour y répondre, la production de l’agriculture et de la pêche devraient augmenter de 14 %. Or les gains de productivité n’y suffiront pas, tandis que les surfaces cultivées et la taille des troupeaux devraient augmenter, en particulier en Afrique et dans le sud de l’Asie, note le rapport, qui anticipe ainsi une hausse de 6 % des émissions de GES de l’agriculture sur ces dix années.

Climat : un scénario FAO/OCDE pour réduire les émissions tout en produisant plus

Il est possible d'accroître la production agricole pour éradiquer la malnutrition dans le monde en 10 ans, tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre, soulignent la FAO et l'OCDE, dans un scénario publié le 15 juillet, et émanant de leur rapport annuel intitulé « Perspectives agricoles 2025-34 ». Il serait ainsi envisageable de les abaisser de 7 % par rapport à leurs niveaux actuels, tout en relevant la production alimentaire de 10 %, avec une productivité agricole accrue de « seulement » 15 %, à l’aide de solutions déjà disponibles. Pour cela, outre les efforts globaux de réduction du gaspillage alimentaire, le secteur agricole devra, en particulier, adopter largement la gestion de l'alimentation du bétail, source de méthane : optimisation du pâturage, additifs à la ration..., de même que celle du lisier (modes d'application, récupération du méthane pour produire du biogaz...). Concernant les cultures, il s'agira d'améliorer l'efficacité des nutriments, minimiser les perturbations du sol (rotations des cultures...) et accroître la séquestration de carbone, notamment grâce aux « opportunités significatives offertes par l'agriculture de précision » (applications ciblées via GPS, capteurs...). Le levier politique des changements de régimes alimentaires n'est pas évoqué. En 2024, la FAO a été critiquée par avoir omis la baisse de la consommation de viande dans ses recommandations sur le climat.

Framboise : en Serbie, sécheresse et manque d'irrigation affectent la récolte

La sécheresse qui sévit en Serbie, un des principaux exportateurs mondiaux, met en péril la récolte de framboises cette année, rapporte l’AFP le 15 juillet. Le manque d'eau est arrivé six semaines plus tôt que d'habitude, dès la mi-juin, quelques semaines à peine après un gel tardif qui avait déjà porté un coup sévère aux framboisiers. Les producteurs serbes se retrouvent sans solution et espèrent que l'état de catastrophe naturel sera déclaré. En 2024, la Serbie a exporté 79 582 tonnes de framboises (33,1% des exportations de fruits), pour un chiffre d’affaires de 247,3 millions d'euros et près de 99% ont été exportées congelées, principalement vers la France et l'Allemagne, a indiqué à l’AFP la Chambre de commerce serbe. Celle-ci est plus que pessimiste : « Les remontées du terrain laissent penser que cela sera l'une des pires saisons que le pays a connues, tant en termes de rendement que de qualité des fruits ». Les producteurs de framboises ne disposent pas de système d’irrigation, faute d’investissements. « Bien que la Serbie ait environ 1,3 million d'hectares qui pourraient être irrigués, en pratique, seulement 30.000 à 40 000 hectares le sont actuellement », reconnaît Serbia waters, l'entreprise publique responsable des projets d'irrigation.

Tomate : Rougeline développe le modèle de serre à double paroi gonflable

Un exploitant adhérent aux Paysans de Rougeline, a inauguré, à Mauguio dans l’Hérault, le 11 juillet, une serre semi-fermée de 15 500 mètres carrés avec double paroi gonflable. Cette technologie utilise l’effet isolant de l’air entre deux parois pour créer un environnement tempéré. L’intérieur est en légère surpression avec un système de ventilation en circuit fermé. Ce système permet de limiter la hausse des températures en période de fortes chaleurs, tandis que la légère surpression dans la serre évite l’intrusion de bioagresseurs. « Cela permet une régulation thermique naturelle, favorable aussi bien aux cultures qu’aux travailleurs, une protection optimale contre les aléas climatiques et une réduction de l’empreinte carbone », est-il expliqué. La coopérative n’en est pas à son coup d’essai. En mai, deux autres adhérents, Bruno Toppan et Rui Vilas Boas, avaient inauguré 5,5 hectares de serres multi-chapelles, elles aussi dotées de doubles parois gonflables, à Saint-Bazeille (Lot-et-Garonne). Union de six coopératives regroupant 197 producteurs, Les Paysans de Rougeline commercialisent plus de 88 500 tonnes de fruits et légumes.

Fleurs : premier semestre positif pour les fleuristes du groupe Emova (Monceau Fleurs)

Emova Group, premier réseau en France de vente de plantes et fleurs au détail (Monceau Fleurs, Au Nom de la Rose, Happy et Coeur de Fleurs) a annoncé une progression de 3% de son chiffre d’affaires (15,3 M€) pour le 1er semestre 2024/2025, début juillet. L’Ebitda s’établit à 3,6 M€, en hausse de 590 000 euros par rapport au 1er semestre 2024, portant la marge à 23,7% (+3,2 points). Les bons résultats du semestre permettent de relancer les investissements. «Plusieurs franchisés historiques ont poursuivi leur développement notamment l’ouverture du huitième magasin de nos franchisés historiques à Strasbourg », souligne le groupe. Il va intensifier au second semestre sa dynamique de recrutement de nouveaux franchisés. Emova investit par ailleurs dans le déploiement de l’intelligence artificielle avec pour objectif de renforcer l’efficacité opérationnelle tant au siège qu’en magasin : « Nous poursuivons le recentrage de nos actions autour de nos marques fortes et distinctives afin de fidéliser nos clients et nos partenaires», souligne Saloua Maslaga, président. Le groupe reste positif pour la suite de l’année, mais conscient des risques : hausse des coûts des matières premières et du transport, canicule susceptible de peser sur les ventes estivales, contexte de consommation atone.