Pac: Bruxelles adopte ses propositions de simplification de la conditionnalité
Comme attendu, la Commission européenne a officiellement adopté le 15 mars sa proposition de rouvrir le règlement des plans stratégiques de la Pac de manière ciblées afin d’alléger les exigences environnementales de la conditionnalité. L’obligation d’implanter des jachères est remplacée par un dispositif volontaire soutenu par un éco-régime dédié. Les éléments non productifs en place doivent tout de même être maintenus et l’interdiction de tailler les haies en période de nidification reste d’application. Même chose pour l’obligation de rotation des cultures remplacée par la diversification. Et plus globalement des flexibilités sont introduites pour adapter au niveau national les obligations environnementales (couverture des sols en hiver, travail du sol, prairies permanentes…). Les exploitations de moins de 10 ha ne seront plus contrôlées ni soumises aux sanctions concernant la conditionnalité. Bruxelles espère que ce texte pourra très rapidement être validé par les États membres et les eurodéputés en vue d’un vote en plénière lors de la dernière session plénière du Parlement européen fin avril. Par ailleurs la Commission a présenté le même jour un document de travail qui doit servir de base à de futures actions pour renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement : lancement d’un observatoire européen des prix et des marges et soutien supplémentaire aux organisations de producteurs dès avril, mesures pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales fin 2024 ou début 2025.
Guerre en Ukraine : Bruxelles envisage de limiter les importations agricoles russes
A l’occasion d’un entretien téléphonique le 15 mars avec le Premier ministre polonais Donald Tusk, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a abordé la situation des marchés agricoles et notamment les importations de céréales en provenance de Russie. A l’issue de celui-ci, Bruxelles a déclaré être en train de mener une évaluation afin d'introduire des restrictions à l'importation de produits agricoles de Russie vers l'UE et qu’une proposition sera prochainement présentée. Jusqu’à présent, la Commission européenne s’est montrée réticente à un embargo pour des raisons de sécurité alimentaire pour les pays tiers mais aussi afin de ne pas offrir un prétexte à Moscou pour imposer des contremesures. Mais il faut dire qu’elle subit une pression de la part des Etats membres et d’eurodéputés sur cette question. Le Parlement letton a ainsi le 22 février adopté une interdiction alors que la Pologne pousse pour des sanctions européennes afin de débloquer les capacités d’exportation ukrainiennes, dans un contexte difficile. Enfin, de nombreux eurodéputés se sont prononcés en faveur d’un embargo lors d’un débat séance plénière le 12 mars.
Environnement: port d’arme «discret» pour l’OFB, Ecophyto à «la fin du mois»
Les agents de police de l’Office français de la biodiversité (OFB) ne seront finalement pas désarmés mais arboreront «un port d’arme discret, un peu comme ça se fait dans la gendarmerie par ailleurs», a indiqué Matignon lors d’un brief à la presse le 15 mars. Cette mesure fait l’objet d’une convention «qui vient d’être votée à la fois au conseil d’administration de l’OFB mais aussi au conseil d’administration des chambres d’agriculture» et qui «fait évoluer (…) les modalités de contrôle» de la police de l'environnement, a précisé l'entourage du Premier ministre. Cette convention avait été annoncée par le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu le 1er février, afin de «recréer de la confiance» entre les agriculteurs et la police environnementale. Matignon a fait cette annonce le 15 mars au lendemain d’une réunion avec huit associations environnementales*, a indiqué l'exécutif, auxquelles il a signifié son «engagement de les rencontrer régulièrement». Le cabinet de Gabriel Attal a, de plus, annoncé la version finale d’Ecophyto pour «la fin du mois».
*Les amis de la Terre, LPO, FNH, WWF, H&B, RAC, FNE, UICN (et Surfrider qui n’a pu y assister)
Environnement: Chambres d’agriculture France dément la convention avec l’OFB
Le président de Chambres d’agriculture France Sébastien Windsor dément «avoir voté les dispositions d’une convention» entre son organisation et l’OFB (Office français de la biodiversité), d'après un communiqué du 15 mars. «Aucune convention n’a été votée, ni même présentée au conseil d’administration ou en session de Chambres d’agriculture France», selon le communiqué. Quelques heures plus tôt, lors d’un brief à la presse, Matignon avait pourtant affirmé que «il y a une convention qui lie l’OFB et les chambres d’agriculture qui vient d’être votée, à la fois au conseil d’administration de l’OFB, mais aussi au conseil d’administration des chambres d’agriculture, là au cours des tous derniers jours» qui «fait évoluer (…) les modalités de contrôle» de la police de l'environnement (lire ci-dessus). Ce nouveau cadre «ne prévoit pas le désarmement de l’OFB», mais «un port d’arme discret, un peu comme ça se fait dans la gendarmerie par ailleurs», assurait Matignon aux journalistes. «L'attitude de ceux qui veulent nous faire adopter une convention de force est (…) exaspérante», a réagi M. Windsor, cité dans le communiqué. «Il n’est pas question d'examiner, encore moins de signer, une convention sans avoir avancé sur des conditions de contrôle moins oppressantes et stressantes, et surtout, ne plaçant pas l’agriculteur dans un traitement similaire à [celui] d’un délinquant», lâche t-il.
«Contrôle unique»: des propositions «dans les semaines qui viennent» (Fesneau)
Dans un entretien accordé à Agra presse, paru le 17 mars, Marc Fesneau annonce qu'il fera des propositions aux syndicats agricoles «dans les semaines qui viennent» sur le passage à un «contrôle administratif unique» annoncé par le Premier ministre lors de sa première série de réponses aux manifestations de fin janvier-début février. Dans la lignée de ce qu'avait annoncé Dominique Bussereau en 2005 un an après l'assassinat de deux contrôleurs, Gabriel Attal avait promis que les préfets devront élaborer des «plans de contrôle» dans les exploitations avec un objectif de «pas plus d’un passage dans l’année». «Nous voulons trouver le moyen d’éviter de multiplier les contrôles, par exemple sur la Pac entre l’animal et le végétal», confirme Marc Fesneau. Le périmètre sera «principalement (celui) du ministère de l’Agriculture et de la Transition écologique, hors contrôles sur procédure judiciaire»: «on ne parle pas de quelqu’un qui aurait enfreint sciemment la loi», explique le ministre. Dans une lettre ouverte adressée le 8 février au ministre de l'Agriculture suite aux annonces de Gabriel Attal le 1er février, une intersyndicale regroupant l'ensemble des syndicats de fonctionnaires du ministère avait demandé des précisions publiques sur le périmètre de cette annonce, craignant un incompréhension chez les agriculteurs et un «risque évident de violence, en cas de contrôle inopiné».
«Simplification»: «3000 contributions» recueillies par les préfectures, rapporte Fesneau
Dans un entretien accordé à Agra presse, paru le 17 mars, Marc Fesneau fait le point sur l'avancée du «mois de la simplification» qu'avait annoncé Gabriel Attal dans une première série de réponses faite aux manifestations agricoles de fin janvier-début février, invitant les représentants agricoles à travailler avec les préfets sur des simplifications de procédures au niveau départemental. Les services préfectoraux ont recueilli «3000 contributions, émanant à la fois des services et des syndicats». En effet, le mot avait également été passé aux services de faire eux-même des propositions de simplification: «J’ai dit à mes services : sentez-vous libres de dire ce qui ne marche pas. Dites-le ! Sans frein !» retrace Marc Fesneau. Ces contributions ont été rassemblées en «300 thèmes que nous sommes en train de passer au crible», parmi lesquelles «des choses qui sont extrêmement pratiques et concrètes», comme des absences de réponses par la DDT à «un problème sur votre dossier Pac». D'après un document transmis à Agra presse, la thématique la plus courante recensée parmi les contributions a justement été la Pac (21%), devant le «droit et l'économie de l'exploitation et de l'exploitant» (12%), puis «l'environnement/biodiversité/énergies renouvelables» (10%) et ensuite le «foncier/installation» (9%)
Loi d'orientation agricole: Fesneau ouvert à «étoffer» la loi Sempastous
Dans un entretien accordé à Agra presse, paru le 17 mars, Marc Fesneau a indiqué que le gouvernement pourrait ajouter en séance plusieurs mesures liées à la simplification et à la question foncière. Dans le cas du foncier, «il y a une envie dans tous les groupes parlementaires, on va regarder avec eux», promet le ministre. Marc Fesneau identifie «un besoin, dans le cadre réglementaire actuel, de regarder s’il faut étoffer certaines choses, autour de la loi Sempastous, pour faire en sorte que l’intention du législateur, qui était d’éviter la délégation et que se constituent des structures qui échappent au contrôle des structures, s’applique». Le ministre de l'Agriculture privilégie cette piste à celle de lancer, après la LOA, une «loi foncière ad hoc», rappelant notamment ses réticences à rouvrir le dossier du statut du fermage. En revanche, Marc Fesneau évoque l'hypothèse d'initiative parlementaires dédiées à la «question des phytosanitaires», évoquant l'épandage par drone et «peut-être la séparation capitalistique» de la vente et du conseil - dossier sur lequel il n'a pas encore finalisé de position. Mi-février, le député socialiste Dominique Potier avait indiqué qu'il était favorable à une proposition de loi transpartisane dédiée à la réforme de la séparation de la vente et du conseil, dans laquelle il souhaitait intégrer un volant de mesures destinées à créer «un conseil agronomique global annuel et universel sous l’autorité des chambres d’agriculture».
Interprofessions: Fesneau souhaite limiter le rôle du ministère dans les extensions d'accords
Dans un entretien accordé à Agra presse, paru le 17 mars, Marc Fesneau confirme sa volonté de vouloir limiter le rôle du ministère de l'Agriculture dans les demandes d'extension d'accord interprofessionnel. «C’est une simplification, explique le ministre de l'Agriculture à Agra presse. Tout le monde connait l’importance des interprofessions, et l’intérêt qu’il y a à les laisser prospérer sans qu’elles ne soient placées sous la vigilance trop lourde de l’Etat. C’est une philosophie de la confiance faite aux interprofessions et une incitation aux filières à se constituer comme telles.» Le projet de loi d'orientation agricole (LOA) tel qu'envoyé au Conseil d'Etat prévoit, dans ces procédures, de limiter le contrôle de l’administration au «contrôle et à la régularité et de la conformité à la loi», alors que la Cour européenne de justice (CJUE) a récemment confirmé aux Etats-membres leur droit de porter un regard sur le fond - une décision que le Conseil d'Etat a récemment appliqué dans une affaire impliquant l'interprofession fruits et légumes. En 2020, le ministère avait par exemple retoqué une demande d’extension à toute la saison d’un calibre minimum appliqué jusqu’ici seulement en pleine saison pour des pêches et nectarines ; selon l'administration, l'accord ne se justifiait pas, compte tenu de l’existence, par ailleurs, d’une réglementation sur la teneur en sucre. Même raisonnement pour la demande d’imposer une date à partir de laquelle des kiwis pourraient être commercialisés : le taux de sucre suffisait, selon le ministère.
Ministère de l'Agriculture: Fesneau précise le périmètre de Pannier-Runacher
Dans un entretien accordé à Agra presse, paru le 17 mars, Marc Fesneau a précisé le périmètre des compétences qui seront déléguées à Agnès Pannier-Runnacher. La ministre déléguée sera chargée de «l’industrie agroalimentaire et de la restauration collective privé». A ce titre, elle suivra les textes issus des «propositions de loi sur les prix planchers et les relations commerciales» - notamment celle soumise par le socialiste Dominique Potier ou par le groupe écologiste -, «mais aussi les suites à donner aux travaux émanant des députés Babault et Izard missionnés sur ces questions». Toutefois dans ces périmètres liés aux lois Egalim, Marc Fesneau pourra «intervenir autant que de besoin, tout comme le ministre de l’Economie, avec qui nous partageons des compétences dans ce domaine», et il continuera «de suivre la globalité des filières, ainsi que les objectifs assignés à la restauration collective publique.» Dans les périmètres liés à la Planification écologique, Agnès Pannier-Runacher suivra par ailleurs «le dossier des produits phytosanitaires, des engrais et de la qualité de l’eau, les énergies renouvelables, incluant le bouclage de la biomasse et l’agrivoltaïsme, ainsi que le financement de la capture de carbone». Enfin elle suivra les «sujets de recherche et d’innovation, lorsqu’ils sont liés à ces activités.»
Pesticides/impasses: Pannier-Runacher va identifier les «distorsions de concurrence» et solutions
Le cycle de réunions de travail sur les impasses liées aux molécules déjà interdites en France, lancé par la ministre déléguée Agnès Pannier-Runacher vendredi 15 mars, vise à «objectiver» l’existence ou non de «distorsions de concurrence» sur l’usage de produits phytosanitaires en France par rapport au reste des États membres de l’UE, a indiqué le ministère de l’Agriculture lors d'un brief à la presse. Si les «surtranspositions» qui sont «ressenties» par les agriculteurs français sont avérées, l’objectif sera de «les lever» dans «le cadre réglementaire et de sécurité pour la santé publique et l’environnement qui est le nôtre», a indiqué l’entourage de Marc Fesneau. Concrètement, a précisé l’équipe d’Agnès Pannier-Runacher, il s’agira de «comprendre» pourquoi des autorisations de mise sur le marché (AMM) délivrées ailleurs dans l’UE ne sont pas autorisées en France (zonages ou usages différents, taille du marché…). Une fois ce constat établi «par molécule et par usage », plusieurs solutions de «court terme» seront envisagées: la demande de «reconnaissance mutuelle» d’AMM obtenue dans d’autres États membres; la demande «d’extension d’usage» pour des usages majeurs déjà autorisés en France; la «possibilité d’avoir des AMM de portée limitée»; et la demande de dérogations.
Pesticides/impasses: vers des réunions techniques fléchées par cultures
Organisée le 15 mars par la ministre déléguée Agnès Pannier-Runacher, la réunion «au format comité de pilotage» du cycle de réunions de travail sur les impasses liées aux molécules déjà interdites en France visait à «présenter la méthode» des travaux à venir, a indiqué le ministère de l’Agriculture lors d’un brief à la presse. L’équipe de Pannier-Runacher veut notamment «se mettre d’accord sur un calendrier d’étude des cultures» selon «les impasses et périodes de traitement» qui «semblent le plus prioritaires». Ce premier rendez-vous sera suivi, «a priori sous deux semaines», de «réunions techniques» à une fréquence «a priori hebdomadaire». Elles porteront sur des molécules et usages précis, par cultures. Elles rassembleront producteurs et instituts techniques concernés, en lien avec la commission des usages orphelins. «Ce qu’on veut faire, c’est rentrer culture par culture, dans le détail. A chaque fois, on sortira, pour chaque culture, le constat final et les solutions», a indiqué le ministère. Au-delà des solutions liées aux AMM (voir par ailleurs), des réponses «qui sont de l’ordre d’alternatives agronomiques» ou renvoyant au Parsada (plan d’action stratégique pour l’anticipation de substances actives) en cours de développement, seront envisagées.
Retraites/25 meilleures années: la FNSEA claque la porte d'une réunion avec Matignon
Les représentants de la FNSEA sont partis prématurément de la réunion organisée ce 15 mars à Matignon sur l'application de loi Dive du 13 février 2023, qui instaure le calcul des retraites agricoles à partir des 25 meilleures années de revenus, annonce le vice-président du syndicat majoritaire Luc Smessaert, à Agra Presse. «Nous avons claqué la porte, car on nous avait promis des avancées juste avant le Salon, et aujourd'hui les conseillers proposent l'entrée en application non plus en 2026, mais éventuellement en 2028, et d'appliquer le principe des meilleures années sur une période qui ne remonterait que jusqu'en 2016, autrement dit un quart de la carrière», s'impatiente l'agriculteur de l'Oise, qui appelle «le politique à s'intéresser à ce sujet», alors qu'Emmanuel Macron doit rencontrer les syndicats agricoles dans quelques jours. Pour appliquer la loi Dive, le gouvernement privilégie jusqu'ici le scénario 4c dit «de double liquidation» (nouveau calcul appliqué uniquement après 2016), pour lequel il peine à ne pas faire de perdants. Le Sénat doit examiner mardi 19 mars une proposition de loi des sénateurs LR qui vise un scénario «sans perdant». Lors d'une audition le 7 mars, la directrice de la réglementation de la CCMSA Christine Dechesne-Céard avait indiqué que cette PPL LR permet effectivement de ne pas faire de perdant, mais entraine une redéfinition de la valeur du point, qui «risque de reporter la date de mise en œuvre de la réforme», attendue pour 2026.
Manifestations: la réunion de la FNSEA à l'Elysée ce mardi 19 mars est «reportée»
Une réunion prévue le 19 mars à l'Elysée avec la FNSEA a été «reportée», a annoncé le 16 ars soir le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, selon qui «les conditions pour sortir de la crise agricole ne sont pas réunies». «Faire porter aux syndicats cette responsabilité témoigne du fossé entre les déclarations et les actes», ajoute le dirigeant syndical dans un post sur X (ex-Twitter) à propos du report de la réunion. Il vise en particulier des propos rapportés par la presse, selon lesquels les pouvoirs publics auraient fustigé des «syndicats incapables de se mettre d'accord sur 4 ou 5 mesures fortes». La FNSEA insiste sur l'ensemble de ses 62 demandes et souhaite qu'elles soient toutes prises en compte. Elles ont été formulées après les manifestations qui ont eu lieu de fin janvier à début février, avant et pendant le salon de l'agriculture à Paris. «Nous attendons la déclinaison des mesures de Gabriel Attal sur retraites, eau, phytos, élevage, trésorerie, simplification... Le rythme n'y est pas du tout», détaille M. Rousseau dans son post sur X. Il a néanmoins salué les «avancées» obtenues à Bruxelles, où des révisions législatives ont été proposées vendredi pour alléger drastiquement les règles environnementales de la Politique agricole commune (PAC) autour des jachères, des haies et des rotations de cultures notamment.
Start-up: les investissements dans l'agtech ont de nouveau chuté en 2023
Les investissements de capital-risque à destination des start-up de l'agtech et de la foodtech (nouvelles technologies appliquées à l'agriculture et l'alimentation) ont reculé de 50% à travers le monde en 2023 pour atteindre 16 milliards de dollars (Md$), annoncent les analystes américains d'AgFunder, le 15 mars, dans leur rapport annuel. Il s'agit de la deuxième année de baisse consécutive, après huit années de hausse, qui avaient porté ce marché à un record de 53 Md$ en 2021. L'année 2023 avait été marquée par d'importants revers dans le secteur de l'agriculture verticale (voir notre enquête), avec notamment l'annonce du leader européen Infarm de réduire de moitié ses effectifs et de quitter plusieurs pays, dont la France. D'après les analystes, 2023 a vu le départ de nombreux fonds d'investissement généralistes, attirés dans le secteur agtech/foodtech il y a quelques années par les promesses des protéines alternatives et de l'agriculture verticale, résume AgFunder. Le secteur ne représente plus que 5,5% du marché mondial du capital-risque, contre 7,6% en 2021. Au milieu de ces déboires, les analystes notent le retour en force des bioénergies et des biomatériaux, avec notamment le levée de fonds record de l'américain Footprint, qui propose des emballages alternatifs au plastique, à base de fibres de bagasse, de bambou et de bois.
Influenza aviaire: le niveau de risque abaissé à «modéré» en France
Le niveau de risque en matière de grippe aviaire, jugé «élevé» depuis décembre, a été abaissé le 16 mars à «modéré» au vu d'«éléments sanitaires favorables», a annoncé le ministère de l'Agriculture dans un communiqué. La France «n'a détecté aucun nouveau foyer d'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) en élevage depuis le 16 janvier», et aucun en faune sauvage depuis le 12 février, précise le ministère. A date, la France «recense un total de dix foyers» en élevage depuis la première détection dans une exploitation fin novembre. «A titre de comparaison, 315 foyers étaient recensés à la même date l'an passé», précise le ministère. En outre le virus a «une faible incidence sanitaire dans les couloirs de migration ascendants traversant la France», précise le ministère, évoquant des «éléments sanitaires favorables, résultant de la moindre circulation du virus en Europe et surtout de la campagne de vaccination inédite conduite avec succès par la France». Cette amélioration de la situation sanitaire «ne doit toutefois pas conduire à un relâchement de la prévention», souligne le ministère, qui demande «à tous les acteurs de la filière de maintenir leur vigilance et de respecter une application stricte des mesures de biosécurité en vigueur».
Viandes/RHD: les interprofessions veulent «compléter» l’obligation d’affichage
«L’obligation d’indication d’origine des viandes [doit être] complétée», exhortent les interprofessions des viandes rouges (Interbev), du porc (Inaporc) et des volailles de chair (Anvol) dans un courrier envoyé au ministre de l’Agriculture le 13 mars. Les filières des viandes souhaitent que cette obligation «s’applique quelle que soit leur utilisation et leur circuit de commercialisation». Un décret a été publié le 6 mars qui établit cette mesure pour les produits transformés en restauration. «Cette obligation ne pourra pas être correctement appliquée», estiment les interprofessions, car «il n’existe aucune obligation pour les fournisseurs de transmettre l’information sur l’indication d’origine à leurs acheteurs» de la RHD. Par ailleurs, elles demandent à renouveler le décret du 21 juin 2023 sur l’affichage de l'origine des viandes crues pour les produits à emporter ou livrés, qui a expiré fin février. Un texte similaire est attendu pour les viandes crues en restauration assise, indiquait récemment Anvol. Par ailleurs, les filières viandes «attendent toujours le renouvellement» du décret du 27 mars 2020, qui instaurait l’obligation d’afficher l’origine de la viande et du lait utilisés en tant qu’ingrédients. Ce texte a expiré le 31 décembre 2021, et les dispositions concernant le lait ont été annulées par le Conseil d'État.
Transport de céréales: un mois après l’incident du pont de Sully, la profession «très inquiète»
Contacté par Agra Presse le 15 mars, le secrétaire général d’Intercéréales Jean-François Lépy s’est dit «très inquiet» des restrictions entourant la circulation sur la Seine, depuis que le pont de Sully a été endommagé par un bateau-mouche le 31 janvier. À la suite de l’incident, des mesures «conservatoires» ont été prises par la mairie de Paris, qui précise sur son site que le retour à la normale de la navigation est «à l’étude». Pour l’heure, des créneaux de passage pour les céréaliers sont prévus par arrêté préfectoral «d’une semaine à l’autre», souligne M. Lépy. Organisés par Voies navigables de France, sous l’autorité de la Préfecture de Paris, les passages doivent être approuvés par des experts de la ville de Paris. «L’ingénieur des ponts et chaussées de la mairie de Paris ne peut se déplacer que le matin. C’est ubuesque», s’agace M. Lépy. Pour rappel, des milliers de tonnes de céréales transitent par Paris, en provenance de l’amont, vers le port de Rouen.» Alors que la filière céréalière a un programme «assez costaud» depuis janvier, «elle a besoin de faire passer ses péniches», précise le secrétaire général d’Intercéréales. «Agacé» par le manque d’informations en provenance de la ville de Paris, M. Lépy redoute l’arrivée des JO, à une période «critique» pour la profession. Sur les 3 Mt de céréales qui empruntent la Seine, 1 Mt circule à cette période de l’année.
Pommes de terre: l’UNPT (producteurs) suspend sa participation à l’interprofession
Dans un communiqué de presse du 15 mars, l’UNPT (producteurs de pommes de terre, FNSEA) a annoncé la suspension « à effet immédiat » de sa participation aux instances interprofessionnelles du CNIPT, et ce en raison de « divergences fondamentales et profondes » avec ce dernier. Le syndicat des producteurs de pommes de terre appelle à « renouveler le cadre de gouvernance interprofessionnel ». Parmi les griefs de l’UNPT figure, entre autres choses, la participation de Francisco Moya, président du CNIPT, au déjeuner avec le président de la République lors du Salon de l’agriculture en février dernier. « Pourquoi privilégier un dialogue dans des conditions aussi précaires, loin des attentes [du] secteur agricole ? », avait alors demandé l’UNPT sur le réseau social X. Contacté par Agra presse, M. Moya estime « en son âme et conscience » ne pas avoir commis de faute, précisant avoir fait part des revendications de « l’ensemble des familles » lors de ce déjeuner. « Objectivement, cela me dépasse un peu. Il y avait des solutions internes pour que je parte, mais je ne voulais pas démissionner en disant que j’avais commis une faute ». Et d’ajouter avoir remis son mandat « entre les mains du conseil d’administration », lui précisant qu’il partirait « si une seule des familles de l’interprofession le demandait ».
Irrigation: dans les Pyrénées-Orientales, manifestation contre un golf «insensé»
A Villeneuve-de-la-Raho, plusieurs milliers de personnes ont marché le 16 mars contre un chantier de construction d'un golf dans un département des Pyrénées-orientales qui affronte une sécheresse chronique. «C'est un projet insensé», résume Astrid Osland, une opposante venue comme de nombreux autres (4.500 selon les organisateurs, 1.500 selon la gendarmerie) protester contre ce projet dont les travaux ont débuté, dans un périmètre désormais tenu à l'écart du public par une clôture de plastique orange. Ici doit sortir de terre un golf de 18 trous et 600 logements, pour une trentaine d'hectares de bâti, un projet qui dérange dans ce département où la pluie se laisse désirer depuis près de trois ans. L'arrosage se fera principalement grâce aux eaux usées de Villeneuve-de-la-Raho, a assuré sa maire Jacqueline Irles (LR), qui continue de défendre bec et ongles le projet. Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau avait dit craindre que le golf privé d'eau ne ressemble à un «paillasson». Une tribune de 92 enseignants et employés de l'université de Perpignan dénonçait début février un projet «emblématique d'une vision dépassée». De l'autre côté de la départementale D39, qui longe le tracé du golf, se trouve le lac de Villeneuve-de-la-Raho, une retenue principalement destinée à l'irrigation, à moitié vide pour cause de sécheresse.
Espagne: nouvelle manifestation d'agriculteurs dans le centre de Madrid
Plusieurs centaines d'agriculteurs espagnols ont de nouveau manifesté le 17 mars dans le centre de Madrid, certains en tracteur, pour dénoncer les difficultés du secteur et les contraintes administratives et environnementales auxquelles est, selon eux, confrontée la profession. Rassemblés à l'appel du syndicat Union de uniones, les agriculteurs ont défilé au son des klaxons et des sifflets depuis le ministère de la Transition écologique jusqu'à celui de l'Agriculture, derrière une banderole proclamant: «Nous ne sommes pas des délinquants». Selon la préfecture de Madrid, 450 personnes et quelque 80 tracteurs ont participé à la manifestation. Cette mobilisation est très éloignée de celle initialement prévue par les organisateurs, qui tablaient sur 1.500 tracteurs et 10.000 manifestants. Ce rassemblement, le quatrième dans la capitale espagnole depuis le début du mouvement de colère agricole européen mi-janvier, survient alors que Bruxelles a proposé vendredi des révisions législatives pour alléger drastiquement les règles environnementales de la Politique agricole commune (Pac). «Nous sommes confrontés à un empilement de règles bureaucratique qui font que nous sommes plus au bureau qu'à la ferme», a dénoncé dimanche Union de uniones, évoquant dans un communiqué des exigences «auxquelles de nombreuses petites et moyennes exploitations» ne peuvent «faire face».
Addendum à l'agenda de la semaine agricole du 18 mars 2024
Lundi 18 mars
Table ronde de la commission d'enquête parlementaire sur la souveraineté alimentaire