Agrafil du 24 janvier 2022

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Bio: le taux de déconversions pourrait atteindre 5% en 2021 (Agence bio)

En 2021, selon les chiffres provisoires de l’agence bio publiés en exclusivité ce 21 janvier dans Agra Presse hebdo, près de 4% des exploitations converties auraient quitté la bio. «C’est un signal faible que nous regardons attentivement», résume Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio. Le chiffre, représentant 2300 exploitations, correspond pour l’heure à la moyenne des dix dernières années, mais pourrait augmenter. «Les organismes certificateurs continuent d’enregistrer des arrêts, et le taux de 2021 pourrait au final atteindre 4,5 ou 5% , soit le niveau historique de 2015, prévoit Dorian Fléchet, en charge de l’Observatoire national de l’agriculture biologique au sein de l’Agence bio. Du côté des filières, si le porc se classe particulièrement haut en termes de pourcentage d’arrêt à 6%, ce sont les grandes cultures qui occupent le haut du classement en valeur absolue, avec 361 arrêts en 2021. Le maraîchage et la viticulture suivent, avec respectivement 325 et 280 arrêts. Les arrêts de certification s’expliqueraient principalement par les départs en retraite, mais la conjoncture dans plusieurs filières pourrait aussi pousser plus d’exploitants au départ. «Nous sommes dans une situation délicate avec des études qui pointent vers un plafond de verre chez les consommateurs», s’inquiète Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA en charge du bio.

Loup: le président de la CR de la Creuse appelle à tuer des loups, enquête ouverte

Une enquête a été ouverte après un appel à «tuer et faire disparaître les loups», une espèce protégée en France, lancé par un agriculteur président de la Coordination rurale de la Creuse, a indiqué le 23 janvier la secrétaire d'Etat chargée de la biodiversité, Bérangère Abba. Pour protéger ses troupeaux face aux dégâts de prédation causés par le loup, Florian Tournadre avait déclaré la veille lors d'un reportage diffusé sur France 3 Limousin, que son syndicat invitait «les agriculteurs à prendre leur fusil de chasse». «Il faut le tuer, le faire disparaître et ne rien dire, ce sera la meilleure solution. Un agriculteur travaille pour nourrir l'être humain, ne travaille pas pour nourrir un prédateur tel que le loup» a ajouté M. Tournadre, déclenchant notamment une prompte réaction du journaliste Hugo Clément, défenseur-activiste déclaré de l'environnement, sur les réseaux sociaux, qui a appelé le gouvernement à «réagir face à ce délinquant». Début décembre, le président de la Coordination rurale de Haute-Vienne Pierrick Gouteron, avait signé un communiqué affirmant qu'«un loup sur son territoire est un loup de trop».

Egalim 2: le médiateur «enquête» sur la légalité des baisses de prix chez Sodiaal

Le ministère de l’Agriculture confirme la saisie en début de semaine du médiateur des relations commerciales pour «enquêter» sur les baisses de prix appliquées par Sodiaal et leur conformité avec la loi Egalim 2. «Nous avons saisi le médiateur à la demande de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA, NDLR) pour savoir si cela est légal ou non», a déclaré le ministre Julien Denormandie devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée le 18 janvier. «Proposer une déflation des prix – sous réserve des analyses que nous sommes en train de porter – n’est pas conforme à la loi, car tout a augmenté», explique le ministre. Dans une lettre ouverte publiée le 14 janvier, la FNPL interpellait le ministère sur «l’illégalité» d’un «correctif lié à l’environnement concurrentiel de -3,80 euros par 1000 litres de lait», appliqué par la coopérative Sodiaal dans sa formule de prix pour le mois de janvier. Une pratique que le syndicat estime contraire à la loi Egalim 2, qui interdit «les clauses ayant pour effet une renégociation ou une modification automatique du prix liée à l'environnement concurrentiel» dans les contrats passés entre les producteurs et leur premier acheteur. Dans le cas des coopératives, la loi prévoit que leurs statuts comportent des «dispositions produisant des effets similaires».

Egalim 2: contrôles et coups de fil, le ministère durcit le ton envers la distribution

Alors que la forte inflation des matières premières agricoles et des charges met sous tension les négociations commerciales entre industriels et distributeurs, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a appelé «personnellement et à plusieurs reprises tous les dirigeants de la grande distribution pour leur mettre la pression sur le respect de la loi Egalim 2», informe son cabinet le 21 janvier. Le ministre est «très, très engagé» sur ce dossier, assure son entourage à Agra Presse. Depuis le mois de décembre, plus de 200 contrôles ont été effectués par la DGCCRF (répression des fraudes) pour veiller à la bonne application de la loi dans les conditions générales de vente établies entre les industries alimentaires et leurs clients. Le ministère avait annoncé vouloir réaliser «quatre fois plus de contrôles cette année» pour «éviter les stratégies de contournement» d’Egalim 2. Le cabinet du ministre affirme que le ministère est sur une ligne de «tolérance zéro» et que des sanctions seront appliquées «pour ceux qui ne respecteraient pas la loi».

Porc: 300 éleveurs manifestent à Saint-Brieuc pour demander des aides d'urgence

Alors qu'une cellule de crise sur l'élevage se tenait le 20 janvier, 300 éleveurs – principalement de porcs – ont manifesté devant la préfecture des Côtes-d'Armor, à Saint-Brieuc, pour demander des aides d'urgence. «Les montants de perte actuellement dépassent l’entendement», affirme Carole Joliff. Citée par Ouest-France, la présidente de la section porc de la FRSEA de Bretagne évoque des pertes «entre 400 et 600 € par truie». Les éleveurs subissent un effet de ciseaux entre la flambée des charges (alimentation animale en premier lieu) et des prix moroses. «Le prix du porc est aujourd’hui à 1,248 €/kg au marché au cadran de Plérin, alors qu’il faudrait qu’il soit à 1,55 €/kg pour qu’on puisse couvrir nos frais», estime Yoann Hervé, membre du bureau des Jeunes Agriculteurs des Côtes-d'Armor. Toujours selon Ouest-France, le préfet Thierry Mosimann est venu à la rencontre des éleveurs en fin de manifestation, leur assurant avoir contacté le cabinet du ministre de l'Agriculture. Quelques jours plus tôt, l'UGPVB (groupements de producteurs) et la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) avaient aussi demandé des aides d'urgence, notamment justifiées par la crise sanitaire. La FNP doit rencontrer le ministre pour un point de situation le 25 janvier.

Déforestation importée dans l'UE: Paris vise un accord des 27 d'ici juin

Le texte proposé par Bruxelles pour interdire dans l'UE l'importation de certains produits, comme le soja, lorsqu'ils contribuent à la déforestation pourrait être élargi par les Vingt-Sept à d'autres matières premières et à d'autres écosystèmes menacés, a indiqué le 21 janvier la France, visant un accord entre les Etats d'ici juin. La Commission européenne a dévoilé mi-novembre un projet de réglementation bannissant l'importation de soja, boeuf, huile de palme, bois, cacao et café, ainsi qu'à certains produits dérivés (cuir, ameublement...), si leur production est issue de terres déboisées après décembre 2020, en tenant pour responsables les entreprises importatrices. Réunis à Amiens jeudi et vendredi, les ministres européens de l'Environnement ont discuté pour la première fois de ce projet. «Plusieurs propositions seront débattues lors des prochaines semaines: l'extension du champ du règlement à d'autres produits de base, tels que l'hévéa (arbre à caoutchouc) et la prise en compte de l'impact de ces productions sur d'autres écosystèmes que les forêts, fragiles et riches en biodiversité, tels que les prairies et les zones humides», a déclaré Barbara Pompili. Les mesures de contrôle, basées sur les données de géolocalisation des cultures concernées, doivent être également négociées.

Œufs: les éleveurs de la CFA appliquent leur menace de «name and shame»

Estimant qu'une revalorisation du prix des œufs est «indispensable pour la survie des producteurs», la CFA (aviculteurs, FNSEA) a mis à exécution, le 20 janvier, sa menace de «name and shame»: «C’est avec Auchan, Carrefour, Casino et Aldi que cette situation inquiétante pour les éleveurs est la plus difficile», pointe l'association spécialisée dans un communiqué. En pleines négociations annuelles, les producteurs affirment qu'une hausse de 2 ct d'€ par œuf (4 ct d'€ en bio) est «nécessaire pour prendre en charge [la] hausse des coûts de production». L'alimentation animale – qui représente deux tiers du coût de revient d'un œuf – a «subi une augmentation conséquente de 32% sur les quinze derniers mois», rappelle la CFA. Une hausse répercutée automatiquement aux premiers acheteurs d'œufs (centres de conditionnement et fabricants d'ovoproduits). Ceux-ci «sont aujourd’hui en grande difficulté». Faute de revalorisation, «ils seront dans l’incapacité d’accompagner le prix des œufs payés aux éleveurs, prévient la CFA. Et certains risquent de ne plus pouvoir honorer et/ou reconduire les contrats auprès des producteurs.»

Espagne: des milliers d'agriculteurs défilent à Madrid

Tracteurs et cavaliers en tête, des milliers d'agriculteurs et d'éleveurs ont manifesté le 23 janvier à Madrid pour alerter sur les difficultés, notamment économiques, éprouvées par le monde rural, a constaté une journaliste de l'AFPTVT. Scandant «sans agriculteur ni éleveur, le monde entier s'effondre», les manifestants ont parcouru quatre kilomètres dans le centre de Madrid, du ministère de la Transition écologique jusqu'à celui de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation. «Face à la vente à perte, tolérance zéro», était-il inscrit sur une pancarte fixée sur l'un des tracteurs ouvrant le cortège. Cette mobilisation était à l'appel de quelque 500 associations rurales qui dénoncent la difficulté à vivre d'activités «menacées par des normes incohérentes» et par des coûts de production élevés et qui réclament plus d'attention de Madrid. Le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a marqué son engagement envers le monde rural en soulignant qu'il avançait un plan d'investissements pour faire de la campagne un «espace de droits et d'opportunités».

Fruits et légumes: Familles rurales relance l'idée de créer un chèque, vu l’inflation

Le prix des fruits et légumes a bondi de 9% entre septembre 2019 et septembre 2021, annonce l’Observatoire des prix de Familles rurales le 21 janvier en citant des chiffres de l’Insee. D’après sa propre enquête menée en 2021, l’Observatoire estime qu'une famille de quatre personnes devait dépenser 450 à 1148 € par mois (tous produits confondus, dont un tiers pour les fruits et légumes) pour manger «sain et varié», conformément aux recommandations du plan national nutrition santé (PNNS). «Le prix moyen mensuel de notre panier "varié" (…) s’élève à 696 € pour les premiers prix, 765 € pour les marques nationales et 1148 € pour le bio. Cette note tombe à 450 € quand on varie moins les produits tout en respectant le PNNS et le cycle des saisons», détaille Familles rurales dans un communiqué. Cela représente 36 à 93% d’un Smic net mensuel, pointe l’association de défense des consommateurs. Face à cela, Familles rurales demande aux pouvoirs publics de «développer une politique beaucoup plus ambitieuse» en matière d’alimentation. Elle appelle à «déployer un plan national autour du "manger mieux"» et à créer «un chèque mensuel d’un montant de 37,50 € par personne» pour que les familles les plus précaires achètent des fruits et légumes.

Protéines animales : Ÿnsect démarrera sa ferme verticale au second semestre

Entreprise de production de protéines et d'engrais naturels d'insectes fondée en 2011, Ÿnsect a annoncé le 21 janvier qu’elle démarrera ses activités à l’échelle industrielle dans la seconde moitié de l’année, dans sa ferme verticale en construction, située près d’Amiens. Jusque-là Ÿnsect produisait à l’échelle pilote (1 000 tonnes près de Dole dans le Jura et 2 000 tonnes aux Pays-Bas). L’usine d’Amiens «produira, à terme, plus de 200 000 tonnes d’ingrédients à base d’insectes». Il s’agira pour le tiers (environ 63 000 tonnes) de protéines d'insectes, pour près des deux-tiers d’engrais à base de déjections des insectes, et pour le reste d’huile d’insectes. Ce site, baptisé Ÿnfarm «sera la plus grande ferme verticale du monde: un complexe de 45 000 m² et de 36 mètres de haut, dédié à l’élevage de scarabées». L’approvisionnement reposera sur des circuits courts: 99% des matières premières proviendront de sources locales «situées à moins de 350 km». «Nos matières premières sont notamment le son de blé et le tourteau de colza», précise le porte-parole de l’entreprise. Ce 21 janvier, les dirigeants d’Ÿnsect ont accueilli sur le site Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, ses homologues européens chargés de l’environnement et le commissaire européen à l'Environnement.

Autorité de la concurrence: l'économiste Benoît Cœuré nommé à la présidence

L’économiste et ancien banquier central Benoît Cœuré est nommé président de l’Autorité de la concurrence par un décret publié le 21 janvier au Journal officiel. Sa candidature, proposée par la présidence de la République, a été approuvée par les commissions des Affaires économiques de l’Assemblée et du Sénat. Il succède à Isabelle de Silva, dont le mandat de cinq ans n’avait pas été renouvelé en octobre. Ancien du Trésor et membre du directoire de la Banque centrale de l’UE, Benoît Cœuré était depuis 2019 responsable du pôle Innovation de la Banque des règlements internationaux (BRI).