Agrafil du 21 octobre 2021

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De la ferme à la table: le Parlement européen soutient les objectifs ambitieux de Bruxelles

Le Parlement européen a validé (par 452 voix contre 170 et 76 abstentions), le 19 octobre dans la soirée, sa position sur la stratégie de la Ferme à la table confirmant les objectifs fixés par la Commission européenne. Même si ce vote n’a aucune portée légale il envoie un signal à la Commission européenne. Malgré les débats houleux qui ont précédé l’adoption du texte, autour de la question des études d’impact en particulier, celui-ci n’a pas été dénaturé sur le fond. Il maintient des objectifs contraignants pour l’utilisation de pesticides et appelle les États membres à définir ces objectifs dans le cadre de leurs plans stratégiques de la future Pac. «Les tentatives de vider le texte» de sa substances n’ont pas abouties, «un cap clair pour l'avenir de l'agriculture est fixé!», s’est félicité l’eurodéputé des Verts Benoit Biteau. Au contraire de la parlementaire démocrate-chrétienne Anne Sander qui a indiqué avoir «voté contre»  cette stratégie: «Nos tentatives de rééquilibrage du texte prenant en compte les incertitudes existant sur son impact ont été rejetées par une majorité. Je refuse de donner un blanc-seing à la Commission qui ne joue pas franc jeu», a-t-elle réagi.

PPL Sempastous: en commission, le Sénat encadre davantage l'action des Safer

A l'occasion de l'examen de la proposition de loi Sempastous en première lecture le 20 octobre, la commission des affaires économiques du Sénat a encadré davantage le futur rôle d'instruction des Safer dans le nouveau régime d'autorisation instauré pour les cessions de parts de sociétés agricoles. La commission propose de leur retirer «le pouvoir de commercialité» sur les dossiers qu'elles instruisent. Par ailleurs, là où la loi Sempastous ne prévoyait pas de financement, les sénateurs souhaitent faire payer l'instruction des dossiers aux cédants et cessionnaires, selon un montant national et forfaitaire fixé par décret. Avec certains observateurs, la Confédération paysanne craignait notamment que les Safer ne financent leur nouvelle activité de contrôle par une extension de leurs activités lucratives de médiation au titre de société de droit privé. Par ailleurs, le Sénat souhaite que les pouvoirs publics précisent davantage la composition des comités techniques départementaux de Safer, et que ceux-ci communiquent davantage les comptes-rendus de leurs échanges. Les sénateurs souhaitent enfin que ce soit au préfet - à qui revient d'accorder ou non l'autorisation de cession - et non à la Safer de communiquer la décision. Ladite décision serait prise par le préfet de département et non plus de région. Enfin les sénateurs ont modifié plusieurs des exemptions à ce contrôle.

Varenne agricole : des objectifs «très proches» de France 2030 (Denormandie)

«Ce que j’ai qualifié de troisième révolution agricole dans le cadre de France 2030, et les outils dans lesquels nous devons investir [pour répondre au changement climatique] sont très proches», a souligné Julien Denormandie à l’occasion d’un point d’étape sur le Varenne agricole de l'eau et du changement climatique, le 20 octobre. Entre le Varenne et le plan de 30 milliards d'euros dont 2 pour l'agriculture annoncé par le Président de la République, «les astres sont alignés », a poursuivi le ministre. Dans le cadre de la thématique 2 sur «la résilience de l’agriculture», les filières avaient été invitées à détailler pour la fin septembre les effets du réchauffement dans leurs secteurs, ainsi que leurs priorités en matière de recherche et d’innovation. Pour préciser ces besoins, trois ateliers seront organisés courant novembre concernant la «sélection génétique» toutes filières confondues, «l’irrigation efficiente», et «l’agriculture de résilience». Pour autant, à la fin du Varenne, «l’ensemble des territoires et filières n’auront pas tous finalisé leurs stratégies», a indiqué le cabinet de Julien Denormandie lors d’un échange avec la presse le même jour. Si toutes les filières n’atteindront donc pas d’ici janvier le stade de la filière viticole, qui a déjà publié sa feuille de route, le ministère espère néanmoins que le Varenne aura «un effet structurant». Objectif: «identifier les filières les plus avancées, et celles qui le sont moins», tout en permettant à tous «de jalonner leurs efforts dans le temps».

Climat: menace pour la survie de millions d'africains, selon l'ONU

Plus d'une centaine de millions de personnes extrêmement pauvres sont menacées par l'accélération du réchauffement climatique en Afrique, où les rares glaciers devraient avoir disparu d'ici les années 2040, a indiqué l'ONU le 19 octobre. Dans un rapport sur l'Etat du climat en Afrique publié à moins de deux semaines de l'ouverture de la COP 26 à Glasgow, l'ONU met en évidence la vulnérabilité disproportionnée de l'Afrique et souligne que le changement climatique a contribué à aggraver l'insécurité alimentaire, la pauvreté et les déplacements de population sur le continent l'an dernier. «D'ici 2030, on estime que jusqu'à 118 millions de personnes extrêmement pauvres (c'est-à-dire vivant avec moins de 1,90 dollar par jour) seront exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises», a déclaré la Commissaire à l'économie rurale et à l'agriculture de la Commission de l'Union africaine (UA), Josefa Leonel Correia Sacko, dans l'avant-propos du rapport. Ce rapport, coordonné par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) de l'ONU, est le fruit d'une collaboration avec la Commission de l'UA, la Commission économique pour l'Afrique et diverses organisations scientifiques internationales et régionales et des Nations unies.

Engrais : Yara bascule dans le rouge avec la flambée des prix du gaz

Le fabricant norvégien d'engrais minéraux Yara International, qui a publié le 20 octobre des comptes trimestriels dans le rouge, se montre préoccupé par l'impact du prix des engrais sur l'alimentation mondiale. Les cours du gaz naturel, très utilisé dans le secteur, ont flambé. Pour Yara, la facture a triplé en un an à l'échelle mondiale et presque quintuplé en Europe, le conduisant à réduire de 40% sa production d'ammoniac, composant essentiel des fertilisants azotés, sur le Vieux Continent. Cela a pesé sur ses comptes: au troisième trimestre, il essuie une perte nette de 143 M$ contre un bénéfice de 339 M à la même période de l'an dernier. «La production européenne d'azote est essentielle à la sécurité alimentaire mondiale, et nous sommes par conséquent préoccupés par l'impact qu'auront les prix actuels du gaz naturel européen, en particulier pour les régions les plus pauvres du monde», a dit le DG Svein Tore Holsether. «La situation actuelle démontre clairement la nécessité de chaînes d'approvisionnement alimentaire plus résilientes, et j'appelle les autorités, les organisations internationales et les acteurs de la chaîne alimentaire à travailler ensemble pour sécuriser l'approvisionnement alimentaire mondial», selon lui.

Foie gras: deux usines Labeyrie en grève pour réclamer une hausse de salaires

Deux sites de production dans les Landes et au Pays basque du groupe Labeyrie Fine Foods, fleuron du foie gras et du saumon fumé, sont en grève depuis le 15 octobre pour réclamer des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail, ont indiqué mercredi syndicat et direction. Le mouvement de grève surprise touche le site d'abattage de Came (Pyrénées-Atlantiques) et les ateliers de Saint-Geours-de-Maremne (Landes) où sont élaborés foie gras et saumons fumés. Les deux usines emploient environ 1.000 salariés. «Le mouvement est suivi par l'ensemble des collaborateurs», selon la direction qui indique «rechercher toutes les solutions pour sortir de la situation actuelle». Selon le syndicat FO, la direction refuse d'ouvrir des négociations, en tout cas pas avant les premières discussions salariales de branche prévues mi-décembre.  «Les cinq plus bas niveaux de la grille des salaires ont été lissés par l'augmentation du Smic au 1er octobre. Nous demandons la répercussion de la hausse du SMIC sur l'ensemble de la grille de salaires», a expliqué à l'AFP le représentant de Force Ouvrière, Jérôme Lecointre. Dans le contexte de la pandémie, les salariés estiment avoir connu «une surcharge d'activité sans contreparties malgré les bons résultats économiques de l'entreprise», souligne le syndicat FO-FGTA (alimentation) dans un communiqué national.

Phytos: Denormandie prendra un décret pour reconnaître le cancer de la prostate

Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a confirmé cet après-midi au Sénat, durant la séance de questions au gouvernement, que le cancer de la prostate lié aux pesticides sera bientôt reconnu maladie professionnelle. «Je vous l’annonce: oui je prendrai le décret, conformément à l’avis de [la Cosmap], permettant d’établir ce tableau de maladie professionnelle», a-t-il déclaré. Il a précisé que cette reconnaissance vaudra «pour ceux qui utilisent des pesticides à des fins professionnelles». Julien Denormandie suit ainsi l’avis de la commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) émis le 12 octobre. Ce jour-là, les associations de victimes, organisations patronales et salariales qui siègent à la Cosmap ont voté à l’unanimité en faveur de la création de ce tableau. Les conditions de la reconnaissance restent cependant à définir (voir Agrafil du 20 octobre). «Ce faisant, d’ailleurs, nous allons dans le sens des indications d’ores et déjà données par le président de la République sur des plus grandes reconnaissances des maladies professionnelles», a ajouté Julien Denormandie devant les sénateurs.

Semences: la hausse des coûts risque de décourager des producteurs (syndicat)

La Fnams (agriculteurs multiplicateurs de semences) a réclamé le 20 octobre une revalorisation du prix des contrats de semences, vu le «fort risque de désengagement» des producteurs à cause du renchérissement des intrants. Engrais azotés, phytos, mécanisation, main d’oeuvre : la hausse des charges «pourrait conduire des agriculteurs multiplicateurs à se désengager des cultures de semences au profit de productions souvent moins risquées» techniquement, selon un communiqué. Cette crainte est amplifiée par «des ruptures d’approvisionnement pour certains intrants agricoles (qui) sont constatées sur le terrain». Rien que sur le poste engrais, la betterave sucrière porte-graine voit ses charges augmenter de 8 % (+420 €/ha), selon la Fnams. En cultures fourragères, les hausses sont chiffrées pour les fétuques élevées à 12% (+130 €/ha), le dactyle à 16% (+170 €/ha), le ray-grass d’Italie à 12% (+100 €/ha). Elles atteignent en cultures potagères +150-300 €/ha pour des espèces phares comme les carottes, oignons, persil, betterave rouge.

De la Ferme à la table: la «sécurité» plutôt que la «souveraineté» alimentaire (Institut J. Delors)

Dans un rapport publié le 19 octobre, le centre de réflexion Europe Jacques Delors propose des pistes pour concilier la Pac avec les objectif De la stratégie De la ferme à la table. Mais préviennent les auteurs, (Pascal Lamy, Geneviève Pons, Isabelle Garzon et Sophia Hub) «ce qui importe, c'est la sécurité alimentaire, qui implique l'ouverture des échanges, plutôt que la souveraineté alimentaire, qui tend à impliquer le protectionnisme». Selon eux la relocalisation ne conduira pas nécessairement à une alimentation plus saine, à une plus grande résilience face aux chocs économiques et environnementaux, ni ne protégera la chaîne alimentaire du changement climatique. Ils propose donc d'intégrer la Pac dans la stratégie De la ferme à la table en mettant en place trois éléments : une stratégie commerciale adéquate pour répondre aux préoccupations de concurrence déloyale des importations, une voie de décarbonation claire pour l'ensemble de la chaîne de valeur et enfin un environnement favorable pour les consommateurs (avec des dispositifs d’étiquetage et de traçabilité).

Biogaz: la Conf' disculpée par la justice après une action contre un méthaniseur

La Confédération paysanne a obtenu gain de cause dans un contentieux avec deux sociétés propriétaires et exploitantes d'une unité de méthanisation, suite à une opération conduite sur le site, à Saint Paterne dans la Sarthe. Dans un jugement rendu le 19 octobre, le tribunal du Mans a débouté la SCEA de Cohon et Monsterleet, de la totalité de leurs demandes de dommages et intérêts, qui s’élevaient à plus de 170 000€, contre la Confédération paysanne, pour dégradations. «Le 20 décembre 2018, la Confédération paysanne avait mené une action pour dénoncer les dérives de la méthanisation, dont l'utilisation de surfaces agricoles - ici le maïs - et l'accaparement de terres sur le secteur d'Alençon», rappelle le syndicat qui organisait cette semaine une mobilisation nationale sur le sujet. Selon la Conf', «la contestation grandit comme le montrent les mobilisations en cours » dans l’Orne, la Haute-Vienne, le Lot, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Mayenne, les Deux-Sèvres, etc. L’organisation déplore que «chambres d’agriculture et pouvoirs publics renoncent à défendre l'élevage» et ne proposent plus «que des compléments de revenu basés sur des agroénergies» aux paysans «avec des millions d‘euros d’argent public à la clef pour les fournisseurs de matériel et des commerçants d’énergie».

Conserves: la croissance se poursuit, notamment sur le drive (Uppia)

Les ventes de conserves ont augmenté de 3,7% en volume et de 4,8% en valeur entre 2019 et mai 2021, a annoncé l’Uppia (industriels de la conserve) en conférence de presse le 20 octobre (données Kantar). Ainsi en 2021, les foyers acheteurs ont mis dans leur panier 42,4kg de conserves, soit 1kg de plus qu’en 2019. Ces mêmes ménages ont dépensé en moyenne 149,5€ en produits appertisés, soit 5€ de plus qu’en 2019. «Le confinement a vraiment redonné un souffle à la conserve, qui finalement a renoué avec la croissance -ce qui n’était pas le cas sur ces dernières années», a souligné la présidente du groupe de travail distribution de l’Uppia Céline Hoppenreys. Cette embellie pour la conserve en général est particulièrement marquée sur le circuit du drive, tandis qu’elle reste «stable» sur les autres circuits de distribution, a étayé le délégué général de l’Uppia Julien Couaillier: «Sur le circuit du drive, le taux de pénétration [de la conserve] a bondi de 8% pour atteindre 25% en 2021, par rapport 2019».