Agrafil du 19 décembre 2025

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UE/Mercosur : la signature de l’accord commercial reportée à janvier

Initialement attendue le 20 décembre au Brésil, la signature de l’accord commercial controversé entre l’UE et le Mercosur n’aura pas lieu d’ici la fin de l’année 2025, faute de soutien suffisant parmi les Etats membres. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a informé les chefs d’Etat et de gouvernement, le 18 décembre lors du sommet européen de Bruxelles, du report du dossier à janvier. Cette décision de dernière minute a été facilitée par un échange téléphonique entre la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et le président brésilien luis Inacio Lula da Silva. Selon son récit, rapporté par l’AFP, la cheffe du gouvernement italien lui a demandé de la « patience, une semaine, dix jours, un mois », en lui assurant que son pays soutiendrait l’accord in fine. Ce report offre un court répit à la France et à Emmanuel Macron qui n’a de cesse de marteler que l’accord ne peut pas être signé en l’état. En revanche, il représente un revers important pour l’Allemagne et l’Espagne qui poussaient ardemment pour une signature dans les prochains jours. Il est surtout une défaite pour la Commission européenne et sa présidente Ursula von der Leyen, cible principale de la manifestation agricole qui se s’est tenue le 18 décembre à Bruxelles.

UE-Mercosur : les colégislateurs de l’UE s’accordent sur la clause de sauvegarde agricole

À l’issue de leur seule réunion en trilogue, le 17 décembre, les colégislateurs de l’UE sont parvenus à un compromis concernant la clause de sauvegarde agricole de l’accord UE-Mercosur, élément devant faciliter le processus de d'adoption du traité. Concrètement, l’accord provisoire introduit quelques ajouts ciblés au texte initial, mais ne reprend pas en totalité les amendements du Parlement européen. C’est notamment le cas de l’obligation en matière de réciprocité, qui devient une déclaration de la Commission européenne visant à renforcer l'harmonisation des normes de production appliquées aux produits importés. Le texte prévoit des seuils de déclenchement d’enquête abaissés : augmentation des importations de 8 % sur une moyenne triennale et d’une baisse de 8 % du prix de vente (au lieu des 10 % d’une année sur l’autre prévus par Bruxelles). Le Parlement européen avait pourtant insisté pour que ce seuil soit fixé à 5 %. En outre, le délai de mise en place de mesures de sauvegarde provisoires reste à 21 jours maximum à compter de l’ouverture de l’enquête et non à 14 jours comme voulu par Strasbourg. Par ailleurs, l’accord provisoire contient bien des dispositions afin de lutter contre le contournement des mesures de sauvegarde et ajoute les agrumes à la liste des produits sensibles. Un compromis qui est, toutefois, « loin de répondre à l'objectif de protéger réellement nos agriculteurs et de garantir un commerce équitable ! », estiment les organisations et coopératives agricoles de l’UE, qui manifestent à Bruxelles ce 18 décembre.

UE-Mercosur : les exportateurs de vins et spiritueux français soutiennent l'accord

La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) a affiché le 18 décembre son soutien à l'accord de libre-échange entre l'UE et des pays du Mercosur, qui pourrait bénéficier à la filière viticole en difficulté, rare voix dissonante en plein mouvement de contestation agricole. Dans un communiqué, elle exprime « son intérêt et son soutien à la signature d'un accord commercial équilibré entre l'Union européenne et le Mercosur ». Elle juge « indispensable d'ouvrir de nouveaux marchés », voyant dans le Mercosur « une opportunité stratégique majeure » pour un secteur en crise. Le traité prévoit la suppression des droits de douane sur les vins et spiritueux, actuellement compris entre 20 et 27 %. Un allègement jugé crucial pour stimuler les exportations. La FEVS salue « le mécanisme de sauvegarde » adopté la veille par compromis à Bruxelles, qui « constitue une avancée substantielle ». Ce mécanisme vise à rassurer les filières agricoles qui se sentent menacées par cet accord (viande, sucre...). Mais d'autres secteurs, comme les vins et spiritueux ou les produits laitiers, pourraient bénéficier de cet accord. La FEVS voit dans le Mercosur un levier pour compenser la baisse des ventes en France et à l'étranger. Après -12 % en 2023, puis -6,5 % en 2024, les exportations françaises ont encore reculé de 7,5 % sur les quatre premiers mois de 2025.

Mercosur/Pac/MACF : 10 000 agriculteurs européens dans les rues de Bruxelles

Quelque 10.000 agriculteurs venus de toute l’Europe (dont environ 4.000 Français) accompagnés de près de 1.000 tracteurs, selon les chiffres relayés par les organisateurs – le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE) et ses adhérents (FNSEA, Coldiretti, Boeren bond…) –, se sont rassemblés le 18 décembre dans les rues de Bruxelles en marge de la réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Si l’opposition à la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur n’était pas le seul mot d’ordre de la contestation (Pac, MACF, contraintes environnementales...), le sujet a largement dominé les revendications des manifestants. Espérant éviter l’embrasement de l’hiver 2023-2024, la présidente Ursula von der Leyen, accompagnée du président du Conseil européen Antonio Costa et du commissaire européen à l’Agriculture Christophe Hansen, a rencontré dans la matinée des représentants du Copa-Cogeca faisant valoir les mesures prises depuis le début de la mandature pour répondre aux inquiétudes agricoles. Et dans l’après-midi ce ne sont pas moins de quatre commissaires européens (Budget, Commerce, Agriculture et Environnement) qui ont reçu des représentants d’agriculteurs.

Simplification de la Pac : les colégislateurs de l'UE entérinent le texte

Le Conseil de l'UE a définitivement validé le 18 décembre l'accord sur les mesures de simplification de la Pac conclu le 10 novembre avec le Parlement européen. Celui-ci en avait fait de même lors d'un vote en plénière le 16 décembre à Strasbourg. Ce texte allège notamment les règles de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) pour les prairies permanentes, établit le principe d’un contrôle unique pour les agriculteurs, ou encore exempte les agriculteurs bio de certaines obligations. Le socialiste portugais André Rodrigues, rapporteur du Parlement européen sur ce dossier, s’est félicité de ce vote, indiquant que « les agriculteurs ont besoin de règles claires, de moins de formalités administratives et de paiements sur lesquels ils peuvent compter ». Ce texte va donc rapidement pouvoir être publié au Journal officiel de l‘UE et entrer en vigueur dès le début de l’année 2026.

Pac post-2027 : les eurodéputés se partagent le dossier

Les coordinateurs des groupes politiques de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ont convenu, le 15 décembre, de l’attribution des dossiers liés à la Pac post-2027. C’est le groupe PPE (droite) qui a, comme attendu, obtenu la responsabilité du rapport sur le projet réforme de la Pac. L’Allemand Norbert Lins, deuxième vice-président de cette commission (et qui l’a présidée sous la précédente mandature), devrait en être le rapporteur. Les centristes de Renew ont déjà annoncé que ce serait l’Irlandais Barry Cowen qui tiendrait le rôle de rapporteur fictif pour leur groupe. Concernant le projet de règlement sur les Plans de partenariats nationaux et régionaux (NRPP), sur lesquels la commission de l’Agriculture partagera les compétences avec les commissions du Développement régional et des Budgets, le groupe Renew Europe a obtenu le rapport et devra désigner en son sein un eurodéputé chargé de mener ce travail. À la commission des Budget, c’est le groupe PPE qui a hérité du rôle de rapporteur. Enfin, pour ce qui est de la révision du règlement sur l’organisation commune des marchés (OCM), un membre du groupe S & D sera responsable. Le Français Éric Sargiacomo pourrait être choisi pour cette mission.

Pac post-2027 : un risque de « crise de financement » des actions environnementales (rapport)

Dans un rapport sur l'avenir des MAEC (mesures agro-environnementale) et des PSE (paiements pour services environnementaux) paru le 18 décembre, le CGAAER (ministère de l'Agriculture) estime que la proposition de cadre financier pluriannuel 2028-2034 de la Commission européenne amènerait à une « crise de financement national des actions environnementales et climatiques ». En effet, calculent les hauts-fonctionnaires, si la France souhaitait maintenir un budget équivalent pour les actions environnementales et l’ICHN (indemnité compensatoire de handicaps naturels) dans la future programmation, elle devrait « cofinancer a minima 30 % de ce budget total, soit 943,8 M€, ce qui représente une hausse de 362,8 M€ par an par rapport à la programmation actuelle ». Dans le cadre des négociations européennes, le CGAAER suggère donc à la France de peser pour « maintenir le financement de ces actions à un taux le plus proche possible de 100 % sur des crédits européens ». L'enjeu budgétaire plane aussi sur les PSE (hors Pac) : le CGAAER souligne un besoin de recherche de « sources de financement complémentaires ». Trois pistes sont évoquées : des cofinancements issus des projets alimentaires territoriaux (PAT) ou des budgets des cantines scolaires ; des démarches de filières ; les crédits compensatoires (label bas carbone, crédits carbone, crédits nature).

Acétamipride : Strasbourg échoue à bloquer la nouvelle augmentation des LMR dans le miel

La plénière du Parlement européen a échoué, le 18 décembre, à bloquer la proposition de règlement délégué de la Commission européenne visant à augmenter une nouvelle fois les niveaux maximaux de résidus d’acétamipride autorisés dans le miel. La majorité absolue du Parlement européen nécessaire (361 voix) n’a pas été obtenue, l’objection ayant recueilli 328 voix (contre 177 et 39 abstentions). Dans le détail, Bruxelles propose de porter les limites maximales applicables aux résidus d’acétamipride dans le miel à 1 mg/kg, après un précédent relèvement, en juillet 2025, de 0,05 mg/kg à 0,3 mg/kg. « C’est une occasion manquée de défendre nos apiculteurs et, au-delà, l’ensemble de nos agriculteurs, face à une concurrence déloyale », estime l’eurodéputé socialiste français Christophe Clergeau. Et d’ajouter : « On ne peut pas prétendre protéger l’agriculture européenne tout en prenant des mesures qui ouvriront notre marché à des miels de moindre qualité que nos miels européens, que nos apiculteurs sont capables de produire avec pas ou peu de résidus de ce pesticide ».

Pesticides: plus de 1,7 million d'élèves soumis à une «pression forte», selon un baromètre

Plus de 1,7 million d’élèves sont scolarisés dans un établissement «soumis à une pression forte» aux pesticides «dans un rayon de 1.000 mètres», selon un baromètre publié le 18 décembre, coordonné par Le Monde et une dizaine d’experts, qui «n’est pas un indicateur de risque». Ce «baromètre de la pression pesticides autour des établissements scolaires», présenté comme une «cartographie inédite», a été «conçu pour éclairer le débat public» et «non comme un diagnostic toxicologique ou sanitaire», prévient le quotidien. Selon les chiffres, «au moins 1,76 million d’élèves (environ 15 % des effectifs, hors outre-mer) sont scolarisés dans des établissements soumis à une pression forte dans un rayon de 1.000 mètres - comme si chacun des 314 hectares entourant l’école avait reçu au moins un traitement de pesticides à pleine dose par an». D’après le journal, «un site scolaire sur quatre est concerné par une telle exposition potentielle.» Ce baromètre est construit à partir du registre parcellaire graphique et de l’indice de fréquence de traitement (IFT) associé aux cultures présentes dans un rayon de 1.000 mètres autour de chaque école, collège ou lycée, géolocalisés grâce à la base de données de l’Institut national de l’IGN. Les cartes révèlent une «pression pesticides» hétérogène, avec des établissements moins exposés en zone urbaine et particulièrement exposées dans les bassins viticoles, les plaines céréalières ou les secteurs d’arboriculture fruitière.

Agroécologie : une articulation satisfaisante entre les PSE et les MAEC (rapport)

Dans un rapport sur l'articulation des MAEC (mesures agro-environnementale) et des PSE (paiements pour services environnementaux) paru le 18 décembre, le CGAAER (ministère de l'Agriculture) lance quelques propositions pour repositionner les MAEC, mais fait le constat d'une bonne « complémentarité des outils » de politique agricole environnementale (y compris l'éco-régime). Les hauts fonctionnaires recommandent de ne pas chercher à intégrer les PSE à la Pac, louant leur « adaptation au territoire » et leur « souplesse » (pas d'effet « cliquet » entre résultats et montant des aides), peu compatible avec les rigidités bruxelloises. Du côté des MAEC, quelques changements sont proposés, sans être très clairs. Sans les écarter, les auteurs font une critique des « MAEC système », qui n'ont pas assez bénéficié aux exploitations de cultures végétales à leur yeux. « Les deux programmations précédentes ont démontré la difficulté pour les systèmes de production de grandes cultures, cultures spécialisées et industrielles, à s’engager dans des mesures systèmes ». Pour ces cultures, ils recommandent de « proposer des mesures plus simples, reposant sur peu d’item ». Fin 2024, un premier bilan des demandes de souscription aux MAEC pour la programmation Pac actuelle a montré que les mesures visant les herbivores, les milieux humides et les herbages ont encore eu la préférence des agriculteurs.

MAEC : les agences de l'eau les financent davantage que le ministère de l'Agriculture

Dans un rapport sur l'articulation entre les MAEC (mesures agro-environnementale) et les PSE (paiements pour services environnementaux) paru le 18 décembre, le CGAAER (ministère de l'Agriculture) indique que les MAEC sont davantage financées par les agences de l'eau que le ministère de l'Agriculture. Sur la campagne 2023-2024, l'Europe est le premier financeur des MAEC françaises via le Feader (667,8 M€, soit 58 %), devant les Agences de l'eau (254,7 M€, 22 %), le ministère de l'Agriculture (222 M€, 19 %) et les régions (4M €, 0,4 %). « Le concours des agences de l’eau est donc essentiel pour boucler l’équation budgétaire des MAEC », notent les auteurs du rapport. « D’ailleurs, la satisfaction des demandes d’engagement en MAEC de la campagne 2023 a nécessité un accord interministériel entre le ministère de l'Agriculture et le ministère de la Transition écologique, et un concours supplémentaire à celui initialement envisagé par les agences de l’eau. » Du côté des PSE, 150 M€ avaient été prévus en 2018 pour les expérimenter entre 2019 et 2021. Fin 2022, 131 M€ avaient été engagés sur cinq ans. En novembre 2024, 125 projets de PSE étaient répertoriés, répartis sur l’ensemble du territoire national. En 2024, un nouveau régime a été notifié pour le PSE auprès de Bruxelles, avec une « augmentation sensible du montant notifié à 400 M€ ».

Machinisme : l’antitrust invite les constructeurs à clarifier des clauses avec les concess'

Saisie par la commission des Affaires économiques du Sénat, l’Autorité de la concurrence a publié le 18 décembre un avis sur le fonctionnement du secteur de l’agroéquipement. L’étude, concentrée sur les tracteurs, montre des systèmes de distribution « relativement fermés ». « Si la concurrence inter-marques apparaît globalement satisfaisante », il y a « dans certaines zones locales, un nombre d’opérateurs limité, voire réduit à un seul ». À cela s’ajoute une faible concurrence intra-marque. Côté réparation de tracteurs, le marché est encore plus verrouillé. L’Autorité émet plusieurs recommandations. Au regard du droit des ententes, elle « invite les constructeurs à clarifier certaines clauses et à informer leurs distributeurs de l’étendue de leurs droits et obligations, notamment en matière de vente passive » (hors territoire contractuel). Au regard de l’interdiction des abus de dépendance économique, elle a dans le collimateur des obligations de référencement et des clauses de non-participation dans des entreprises vendant des marques concurrentes. L’Autorité propose de « supprimer les clauses de non-participation ou, à tout le moins, en réduire la portée, en les subordonnant à des justifications explicites et objectives ». Et selon elle, l'obligation de référencement au-delà des tracteurs ne doit pas pousser le distributeur à référencer une gamme de produits complémentaires.

PPA/Espagne : l’enquête judiciaire sur la provenance du virus vise un labo

Une perquisition était en cours le 18 décembre dans les installations d’un laboratoire proche de la zone où 26 sangliers morts de la peste porcine africaine (PPA) ont été découverts près de Barcelone, dans le cadre de l’enquête judiciaire visant à découvrir l’origine du virus. Le ministère espagnol de l’Agriculture avait annoncé le 5 décembre « ne pas exclure » qu’une fuite accidentelle d’un laboratoire soit à l’origine de ce foyer circonscrit à la fin novembre, après avoir reçu le rapport du laboratoire de référence de l’UE contenant le séquençage du génome du virus du foyer actuel. La Guarde civile (équivalent de la gendarmerie, NDLR) et les Mossos d’Esquadra (police catalane, NDLR) ont annoncé avoir procédé à une perquisition dans les locaux du laboratoire IRTA-CRESA (Centre de recherche en santé animale de l’institut de recherche et technologies agroalimentaires). Ce centre de recherche, qui relève d’une entreprise publique rattachée à l’administration régionale catalane, dispose de laboratoires de biosécurité de niveaux 2 et 3 (sur une échelle de 4). Selon le gouvernement catalan, tous les sangliers positifs ont été trouvés dans le même périmètre, une zone boisée de 6 km de rayon autour du foyer.

Aviculture : l’Anses précise les conditions du dépistage rapide de salmonelles

Dans une note d’Appui scientifique et technique (AST) publiée le 20 novembre, l’Anses éclaire les laboratoires sur les possibilités d’utiliser des méthodes rapides de dépistage de salmonelles dans les produits avicoles. Ces méthodes alternatives, qui permettent de s’affranchir de la culture des bactéries, doivent être validées (conformément à la norme NF EN ISO 16140-2), souligne l’agence sanitaire. Elles procurent un gain de temps en cas de résultat négatif (résultat en 24-48 h contre trois à cinq jours avec la méthode normative par mise en culture). En cas de résultats positifs en revanche, elles « doivent permettre l’isolement de la souche et l’identification complète de son sérotype, deux exigences de la réglementation française en vigueur », est-il dit en conclusion. « Les méthodes alternatives de recherche des salmonelles en aviculture intéressent un large spectre d’acteurs, depuis la production primaire (éleveurs, interprofessions, etc.) jusqu’aux autorités sanitaires (DGAL, LNR, LRUE, etc.) en passant par les laboratoires (officiels et agréés, de recherche, fabricants de kits, etc.) et les organismes de normalisation (Afnor, ISO, etc.) », explique l’Anses à Agra Presse.

Bovins/DNC : éradiquer la maladie sans l’abattage total, « on ne sait pas faire » (DGAL)

Peut-on éradiquer la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), comme prévu par la réglementation européenne, sans recourir à l’abattage total des lots de bovins infectés ? « Aujourd’hui, on ne sait pas faire autrement », a affirmé Maud Faipoux, directrice de la DGAL (ministère de l’Agriculture), lors d’une audition le 17 décembre par les députés de la commission des Affaires économiques. Une méthode de lutte justifiée par les caractéristiques de la maladie : gravité, contagiosité, transmission vectorielle. En raison de la longue durée d’incubation de la DNC (sans symptôme), au moment de la détection d’un bovin malade, « on sait qu’on a déjà 28 jours de retard », rappelle Mme Faipoux. S’y ajoutent deux autres caractéristiques qui rendent la maladie particulièrement « insidieuse » : « 50 % des animaux en moyenne sont asymptomatiques » et « les prises de sang ne sont pas indicatives de l’état sanitaire ». Pour autant, « nous avons pleinement conscience de la souffrance, de la douleur que représente ce dépeuplement pour les éleveurs ». « Est-ce que, demain, on saura faire autrement ? C’est tout l’objet de la cellule de dialogue scientifique » mise en place cette semaine par la ministre de l’Agriculture pour étudier la proposition de protocole alternatif en Occitanie. [Lire notre enquête sur les maladies animales]

Bovins/DNC : dans le Sud-Ouest, la piste de mouvements illicites privilégiée (ministère)

Dans le cadre de l’enquête épidémiologique sur les récents foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), « on a l’intuition que les règles (interdiction des mouvements d’animaux, NDLR) n’ont pas été respectées en zone sud-ouest », a indiqué la directrice de la DGAL (ministère), Maud Faipoux, le 17 décembre. Lors d’une audition à l’Assemblée, elle a rappelé que « quatre foyers sont apparus en quatre jours à 100 km les uns des autres ». Des déplacements incompatibles avec la dispersion naturelle des insectes vecteurs de la maladie (taons et stomoxes), 5 km au maximum. « Ce n’est pas une certitude, sinon on aurait arrêté le contrevenant », a concédé Mme Faipoux. Mais, « par élimination, on n’a pas trouvé d’autre raison qui explique ces sauts de 100 km. » Et d’ajouter : « On n’a pas trouvé de trace de déplacement dans nos bases de données, il s’agit donc de déplacements illégaux ». En théorie, l’hypothèse d’un insecte transporté par inadvertance dans une voiture est possible. Mais étant donné que le virus survit 24 h sur les mandibules des mouches vectrices, la piste d’une bétaillère est « statistiquement plus probable », selon la DGAL. Plus largement, Maud Faipoux a estimé que « la plus grande faille » de la stratégie de lutte, « ce sont les personnes qui ne respecteraient pas les interdictions de mouvements ».

Lait bio : la consommation de crème et d’ultra-frais bio repart à la hausse

Les ventes en volume de produits laitiers biologiques évoluent de façon contrastée en grandes surfaces, selon les dernières données disponibles de Circana, présentées par le Cniel (interprofession) le 18 décembre. « La consommation de produits laitiers bio semble avoir enfin atteint son plancher, et les signaux positifs se multiplient », explique Corentin Puvilland, économiste Cniel. « La stabilisation définitive se fait encore attendre dans trois catégories ». Lait liquide (-3,3 % en 2025 vs 2024), beurre (-5,1 %) et fromage (-3 %) sont toujours orientés à la baisse depuis le recul entamé début 2021, mais le rythme ralentit depuis 2024. La crème (+0,8 %) et l’ultra-frais (+2,5 %) sont en progression depuis 2025, après plusieurs années de baisse. Les hausses sont particulière fortes pour le mois de novembre, comparé à novembre 2024 : +2,5 % pour la crème et +5,3 % pour le beurre. Autre signe positif : la reprise des fabrications de produits laitiers qui sont en hausse de 6 % sur les six derniers mois de 2025 par rapport à 2024. Pour l’avenir, « les fabrications devraient continuer d’augmenter » pour faire face à une demande qui redémarre. Mais il y a un risque de manquer de lait bio à cause des cessations d’activité d’éleveurs qui atteignent un niveau record.

Boulangerie : Bruxelles conditionne le rachat de Délifrance à la vente de deux sites

Dans un communiqué paru le 18 décembre, la Commission européenne annonce que le rachat de Délifrance, filiale du groupe coopératif céréalier français Vivescia spécialisée dans la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie (BVP), par le groupe agroalimentaire belge Vandemoortele est conditionné à la vente de deux sites de production. Ces deux usines de produits surgelés à base de pâte feuilletée sont situés à Avignon et à Béthune. L'opération a été proposée par les deux entreprises. À la suite de son enquête, Bruxelles a constaté que Vandemoortele serait « confrontée à des contraintes concurrentielles limitées ». En l'état, le groupe serait devenu « soit le premier, soit le deuxième fournisseur de produits surgelés à base de pâte feuilletée auprès des clients du commerce de détail et de la restauration en France, et du commerce de détail en Italie ». Délifrance constitue un poids lourd de la BVP européenne. Il dégageait au 30 juin 2024 un chiffre d’affaires de 930 M€, via 14 sites industriels et 3 200 collaborateurs, écoulant ses produits sur le marché européen, mais aussi asiatique. De son côté, Vandemoortele représente également un leader du secteur, détenant 28 sites de production, pour 3 500 salariés. Le groupe belge vend ses produits aux clients européens et états-uniens.

Vols de cognac : victimes et taxés, les viticulteurs crient à la « double peine »

L’Union générale des viticulteurs pour l’AOC cognac (UGVC) et la Confédération nationale des AOC viticoles (Cnaoc) ont alerté le 18 décembre sur la « double peine » des viticulteurs ayant subi un vol d’eau-de-vie et contraints de payer des taxes sur les produits dérobés. Les organisations dénoncent « l’interprétation de la réglementation faite par l’administration douanière, qui assimile les volumes volés à des volumes manquants, donc réputés mis à la consommation et soumis aux droits d’accises », d'après un communiqué commun. Cela représente « des taxes comprises entre 50 000 et 141 000 euros » selon les cas, indique l’UGVC. En y ajoutant la perte des volumes volés et les éventuelles dégradations, « le préjudice total s’élève jusqu’à 247 000 euros ». « Dans n’importe quel autre contexte, un citoyen victime d’un cambriolage n’est évidemment pas tenu de rembourser à l’État la valeur des biens qui lui ont été volés. Pourquoi en irait-il autrement pour les viticulteurs ? », déclare Anthony Brun, président de l’UGVC. Jérôme Bauer, président de la Cnaoc – Maison des vignerons réclame « une solution juste et équilibrée (…) alors que ces situations fleurissent un peu partout dans le vignoble ».

Fruits rouges : en Espagne, stabilité attendue des surfaces de fraises en 2026

Les surfaces dédiées aux fruits rouges pour la saison 2026 à Huelva (95 % de la production et des exportations espagnoles) connaitraient une hausse modeste de 1 % par rapport à l'année précédente, à 12 388 ha, indique Freshuelva (producteurs et exportateurs de fraises de Huelva) le 15 décembre. Selon les variétés, les profils sont néanmoins différents. Ainsi, avec 6 490 ha, la fraise, premier fruit rouge cultivé, ne progresse que de 0,9 %. Pareillement, la culture de la framboise est restée pratiquement inchangée, à 1 924 ha. En revanche, la myrtille a consolidé sa position de deuxième fruit rouge le plus important de la province, avec une augmentation de 1,5 %, à 3 802 ha. Cependant, le secteur s’inquiète de la concurrence accrue de pays tiers (Maroc, Égypte) et de l’augmentation significative des surfaces au Portugal. Enfin en Espagne, la culture de la mûre a progressé de 2,4 %, atteignant 172 ha. Cette hausse serait liée à l'introduction de nouvelles variétés adaptées à différents cycles de production, permettant une disponibilité des fruits tout au long de l'année et une présence accrue sur les marchés.

PPAM : des producteurs espagnols se lancent dans la culture d'espèces sauvages

Dans le cadre du projet de coopération territoriale européenne GESTES (Gestion durable transfrontalière des espèces sauvages dans les espaces naturels), cinq producteurs de plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes vont mettre en culture plusieurs espèces habituellement cueillies : l’arnica des montagnes, la valériane officinale, l’ail des ours et l’orpin rose (Rhodiola rosea). D'après le site internet du projet GESTES, cela permettra de tester différentes périodes de plantation (printemps ou automne) et plusieurs itinéraires de culture, en comparant divers modes de recouvrement comme le paillage, la laine, la toile tissée ou le broyat, et de les comparer à d’autres essais menés ailleurs dans les Pyrénées par les partenaires de GESTES. Le suivi de la croissance et la récolte sont définis par un protocole expérimental de l’Iteipmai (institut technique) : la productivité et les modes de culture les plus adaptés aux mise en culture en montagne (entre 700 m et 1 400 m d’altitude) seront étudiés. Cela devrait permettre d’identifier un nouveau potentiel de transformation et vente pour ces producteurs (Solana, Salva Natura, Les Fleurs du Galbe, Kerètania et Marie Sarotte).

Aide alimentaire : le collectif agricole Amalté prône un programme alimentaire de 6 Md€

Le collectif Amalté de lutte contre la précarité alimentaire (fondé en 2024 par des organisations coopératives, des interprofessions, ainsi que la FNSEA, Solaal et les grossistes) propose dans un communiqué du 11 décembre de financer un Programme de soutien alimentaire et nutritionnel (Psan) de 6 Md€ par le produit de la Taxe sur les transactions financières (TTF). Il propose d’élargir l’assiette de celle-ci aux transactions intra-journalières, au trading à haute fréquence, et d’augmenter son taux à 0,5 %, contre 0,4 % actuellement. Sur les 7,2 Md€ de recettes supplémentaires engendrées chaque année par cette hausse, il resterait 1,2 Md€ pour les finances publiques, argumente-t-il. Amalté espère ainsi offrir de manière pérenne un minimum de 100 € supplémentaires par mois et par personne, renforcer de 100 M€ les budgets des associations d’aide alimentaire, et aussi « sécuriser le rôle stratégique de l’alimentation dans notre société et dans notre Économie » tout en contribuant à « rendre plus vertueux et responsables les comportements d’investissement purement spéculatifs sur les marchés-actions ».

Erratum sur la DNC et l’export vers l’Italie

Contrairement à ce qui était indiqué dans l’Agrafil daté du 18 décembre, l’accord avec l'Italie sur l’exportation des bovins vaccinés contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) prévoit une vaccination de 95 % des élevages dans une zone de 50 km (et non 95 % des bovins).