Agrafil du 23 janvier 2024

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Le gouvernement promet des réponses «dans la semaine», FNSEA et JA poursuivent le mouvement

À la sortie d'un entretien le 22 janvier au soir avec le Premier ministre Gabriel Attal, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau – qui était accompagné par le président des Jeunes agriculteurs, Arnaud Gaillot –, a indiqué qu'il n'y aurait «pas de levée des actions» menées par les deux syndicats tant qu'il n'y aurait «pas de décisions concrètes» de l'exécutif. «On a besoin d'actions très concrètes et donc ce qu'on a dit au Premier ministre, c'est qu'aussi longtemps qu'il n'y aurait pas de décisions concrètes (...), il n'y aura pas de levée des actions menées sur le terrain», a déclaré Arnaud Rousseau devant les journalistes, assurant que le monde agricole «ne se contentera pas de mesurettes». Sur le sujet du GNR, la FNSEA a notamment demandé une «remise immédiate en pied de facture». Par la voix du ministre de l'Agriculture, le gouvernement a quant à lui promis des annonces rapides: «Le Premier ministre a affirmé clairement sa volonté (...) d'aller vite, dans la semaine pour un certain nombre de premières annonces», a déclaré Marc Fesneau à la sortie de cette réunion. Parmi les sujets les plus urgents figurent celui des «négociations commerciales» sur les prix de l'alimentation, celui des «crises que traversent un certain nombre de secteurs» et certains sujets en termes de «simplification», a-t-il ajouté. Plus tôt dans la journée, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau avait annoncé, sur France Inter, le lancement d'actions syndicales dans toute la France, appelant le gouvernement à entendre leur «ras-le-bol» et leur «colère». «Je peux vous dire que dès aujourd'hui et toute la semaine et aussi longtemps qu'il sera nécessaire, un certain nombre d'actions vont être menées», a déclaré M. Rousseau. Ces actions concerneront «chaque département», a-t-il dit.

La Coordination rurale appelle également à manifester, en France et à Bruxelles

La Coordination rurale appelle à manifester dans toute la France le 25 janvier, a indiqué sa présidente Véronique Le Floc'h à Agra Presse, confirmant les informations du quotidien L'Est Eclair. Dans les colonnes de nos confrères, l'éleveuse bretonne annonce un mouvement visant à dénoncer le «manque de considération» des politiques françaises et européennes envers le monde agricole. Elle évoque des opérations de «bâchage de radars» routiers pour dénoncer «la suradministration», ainsi que des actions «plus spectaculaires, parce que les agriculteurs n’en peuvent plus». Certains départements ont d'ores et déjà commencé à manifester, comme dans le Lot-et-Garonne, le Gers ou la Dordogne, précise Véronique Le Floc'h à Agra Presse. Le syndicat appelle également à manifester le 24 janvier à Bruxelles, «pour manifester leur mécontentement face aux excès de la politique agricole européenne». Elle sera aux côtés de l'European Milk Board (EMB), coalition syndicale dont elle fait partie, dédiée à la production laitière. Une manifestation sera organisée devant le Parlement européen, ainsi que des rencontres avec des eurodéputés.

Royaume-Uni: des producteurs de fruits et légumes manifestent devant le Parlement

Des producteurs britanniques de fruits et légumes devaient manifester le 22 janvier à Londres, pour protester contre les conditions commerciales jugées «injustes» avec la grande distribution anglaise, rapporte l’AFP. Symboliquement, ils ont érigé 49 épouvantails devant le Parlement, représentant les 49% de producteurs susceptibles d’arrêter leur activité dans les douze prochains mois. Cette manifestation se déroulait le jour où les députés anglais devaient débattre d'une pétition les appelant à revoir complètement le Code de bonnes pratiques entre distributeurs et fournisseurs agricoles. Lancée à l'initiative de l'entreprise Riverford Organic (paniers de fruits et légumes dans le Devon), elle a reçu plus de 112 000 signatures. Un porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’alimentation et des affaires rurales a déclaré qu’il «est normal que les agriculteurs et les producteurs britanniques reçoivent un prix équitable, et notre examen de l'équité de la chaîne d'approvisionnement contribuera à répondre à ces préoccupations». Les syndicats agricoles avaient déjà envoyé une lettre ouverte aux distributeurs en 2023, affirmant que leurs pratiques d’achat sont «trop souvent déséquilibrées, court-termistes et inutiles», poussant les agriculteurs à devoir «lutter pour survivre».

Allemagne: Scholz promet moins de bureaucratie aux agriculteurs en colère

Le chancelier allemand Olaf Scholz a promis le 22 janvier aux agriculteurs de réduire la bureaucratie pour la profession, qui se mobilise massivement depuis plusieurs semaines dans le pays. «Nous sommes fermement décidés à discuter concrètement avec les agriculteurs de ce que nous pouvons faire de manière concrète pour simplifier leur activité», a assuré M. Scholz lors d'une déclaration à la presse. «Il y a beaucoup trop de bureaucratie», a-t-il déploré. Le chancelier visitait la «Grüne Woche», le salon de l'agriculture allemand qui a lieu toute la semaine à Berlin. Après une déambulation dans plusieurs stands, il a mené des discussions avec des représentants de la profession. Lors de ces entretiens, le chancelier Scholz a promis d'étudier les «progrès pouvant être faits en Allemagne», et «ce que nous pouvons changer, grâce à notre influence, à Bruxelles» pour simplifier les obligations administratives des agriculteurs. Le chancelier a promis de «rendre la vie de ceux qui travaillent et vivent dans les fermes plus facile». «Nous avons certes déjà pris des mesures, dont nous sommes fiers. Mais nous sommes encore loin de ce que nous voulons pour l'avenir de l'agriculture», a-t-il ajouté. Les agriculteurs allemands se mobilisent massivement depuis plusieurs semaines contre la réforme de la fiscalité sur le diesel agricole qui prévoit à partir de 2026 la suppression d'une exonération dont ils bénéficiaient.

Viande bovine: première autorisation dans le monde d'un steak in vitro de bœuf, en Israël

Dans un communiqué paru le 17 janvier et repéré par nos collègues des Marchés, la start-up israélienne Aleph Farms annonce qu'elle a obtenu un feu vert du ministère de la Santé israélien pour la commercialisation de steak in vitro à base de cellules bovines. Il s'agirait d'une première mondiale pour ce type de produit, après que de premières autorisations ont été accordées pour des produits imitant la viande de poulet à Singapour et aux États-Unis. Le premier steak in vitro est issu des cellules souches d'une vache de race black angus, mais aussi de soja et de blé. Il devrait être commercialisé en restauration, à un prix non précisé. La start-up assure qu'aucun antibiotique n'a été utilisé dans la fabrication et ne se retrouve dans le produit final. En France, une proposition de loi (PPL) a été déposée, le 5 décembre, à l’Assemblée nationale, par le député des Ardennes Pierre Cordier (apparenté Les Républicains, LR) pour interdire «la production, la commercialisation et la vente de viande de synthèse en France», à l’instar de la loi adoptée en Italie mi-novembre. Pour l'heure, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau s'est dit «plus que mitigé» sur le sujet, plaidant pour «regarder le cadre, y compris environnemental».

Foie gras: le Cifog salue une «belle performance» lors des fêtes de fin d’année

Après «plusieurs années de morosité», le marché du foie gras a «renoué avec la croissance» en valeur lors des dernières fêtes de fin d’année, selon un premier bilan diffusé le 19 janvier par le Cifog (interprofession). Entre le 9 octobre et le 31 décembre 2023, le montant des ventes de foie gras a progressé de 8,1% par rapport à la même période de 2022, selon les chiffres de Circana cités dans un communiqué du Cifog. En volume, les ventes ont reculé de 4% en raison de la «pénurie d’offre» due à l’influenza aviaire, qui a frappé le Sud-Ouest à deux reprises l’année dernière. Lors des fêtes 2022, la filière avait déjà puisé dans ses stocks. Dans son communiqué, le Cifog souligne une «belle performance» pour 2023, sachant que, sur la même période, l’ensemble des produits festifs a reculé de 0,7% en valeur. En particulier, l’interprofession note un «écoulement historique au 31 décembre», qui a plongé les stocks des grandes surfaces «au plus bas». Par ailleurs, relève le Cifog, «les consommateurs se sont particulièrement orientés (...) vers des produits premium» (foie gras frais et mi-cuit), et les premières «tendances ressenties» montrent un «franc succès» pour les autres circuits de vente (à la ferme, marchés, RHD).

Lait: la matière première agricole est «un enjeu des négociations», confirment les laiteries

Les tarifs négociés avec la grande distribution par les PME et ETI laitières n’ont pas ou peu évolué par rapport à 2023, indique le président-directeur général de la Fnil, François-Xavier Huard, à Agra Presse. «Une partie du monde de la grande distribution a un problème avec l’option 3 d’Egalim», rapporte-t-il. Pour rappel, cette option de transparence prévoit que la part du tarif relevant de la matière première agricole (MPA) – et donc non négociable – soit certifiée par un commissaire aux comptes. «Les entreprises sont arrivées avec les attestations des commissaires aux comptes. Certaines ont même montré des factures et, malgré cela, la MPA a été un enjeu des négociations», affirme François-Xavier Huard. Les plus grands groupes ont encore jusqu’au 31 janvier pour signer. «Les quinze jours qui viennent sont importants», observe de son côté le président de la Coopération laitière, Pascal Le Brun. D’après un sondage réalisé par l’organisation, «le bilan n’est pas satisfaisant» pour les coopératives ayant négocié au 15 janvier. Alors qu’elles demandaient des hausses «entre 2 et 4%» et elles n’ont obtenu qu’une simple «reconduction» des tarifs de 2023, explique Pascal Le Brun à Agra Presse. «Après dix années de déflation qui ont tué l’amont, on avait l’impression d’avoir été compris, mais non.» Dans ce contexte, il craint que «le prix du lait ne soit pas au rendez-vous».

Irrigation: les pompes solaires essaiment dans les pays du Sud, de possibles dérives (étude)

L'irrigation solaire – qui utilise l'énergie du soleil pour alimenter une pompe –, connaît une croissance exponentielle dans les pays à faibles revenus et les pays à revenus intermédiaires, rapporte une étude parue le 18 janvier dans la revue Science. Au cours de la dernière décennie, plus de 500 000 pompes solaires ont ainsi été installées en Asie du Sud, et un nombre équivalent en Afrique subsaharienne. Malgré les engagements gouvernementaux en faveur de l’énergie propre, l’irrigation solaire pourrait cependant ne pas avoir les effets escomptés. Ainsi, l’étude estime que le remplacement des pompes utilisant des énergies fossiles par des pompes solaires ne garantit pas la réduction des émissions de gaz à effet de serre. «Les agriculteurs pourraient continuer à utiliser leur ancienne pompe, en particulier s’ils ont des besoins en irrigation non satisfaits», préviennent les auteurs de l’étude. En outre, la technologie pourrait «exacerber l’épuisement des eaux souterraines, affectant la viabilité de nombreux aquifères déjà menacés de tarissement», alertent-ils. C’est pourquoi les chercheurs recommandent une approche interdisciplinaire de l’irrigation solaire, tenant compte des interactions entre eau, énergie et changement de l'utilisation des terres.

Syndicats: Laetitia Bouvier remplace Thierry Coué à la présidence de la FRSEA Bretagne

Lors d’un conseil d’administration le 19 janvier, Laetitia Bouvier a été élue présidente de la FRSEA de Bretagne, annonce le syndicat dans un communiqué le 22 janvier. Productrice de lait en Ille-et-Vilaine, elle était déjà membre du bureau régional, ainsi que secrétaire générale de la fédération départementale. Laetitia Bouvier succède à Thierry Coué (Morbihan), «qui est renforcé dans son rôle de représentation des agriculteurs bretons à la FNSEA», précise le syndicat : M. Coué a été secrétaire général adjoint lors des élections nationales en avril 2023. Citée dans le communiqué, Laetitia Bouvier dénonce une «situation actuelle de déconsidération des agriculteurs», qui est selon elle «en totale déconnexion avec l’objectif stratégique de confortation de la souveraineté alimentaire française».

Viande/Siqo: le «bœuf traditionnel de race normande» décroche le label européen STG

La Commission européenne a enregistré le 22 janvier le «bœuf traditionnel de race normande» au registre des spécialités traditionnelles garanties (STG). Ce label européen de qualité a pour objectif de garantir la composition (ou mode de production) traditionnelle du produit. Il ne se réfère pas à une origine géographique spécifique, au contraire de l’AOP ou de l’IGP. Selon le cahier des charges, le «bœuf traditionnel de race normande» est une viande issue d'un mâle castré, de race normande âgé de 30 à 48 mois, dont l’élevage est basé sur une croissance lente des animaux, respectant une alternance d’élevage à l’extérieur en pâture sur prairies naturelles et à l’étable en période hivernale. Candidat depuis 2022, le bœuf de race normande vient s’ajouter aux deux produits français déjà enregistrés comme STG, les moules de bouchot (2013) et le berthoud (2020), spécialité savoyarde à base de fromage. Depuis trois ans, il existe également une organisation de défense et de gestion (ODG) française de la STG autrichienne Lait de foin.

Erratum sur l'agenda: congrès de France Grandes cultures et non de la Coordination rurale

Contrairement à ce que nous avions écrit dans l'Agrafil daté du 19 janvier, ce n'est pas la Coordination rurale qui tiendra son congrès à Saint-Ours (Puy-de-Dôme) mardi 23 janvier, mais sa branche céréalière France Grandes cultures.