Agrafil du 23 décembre 2021

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Phytos: le cancer de la prostate reconnu maladie professionnelle

Le décret créant un nouveau tableau de maladie professionnelle pour le cancer de la prostate lié à l’exposition aux pesticides est paru au Journal officiel le 22 décembre. Il s’agit du tableau n°61. Ce tableau prévoit une reconnaissance de la maladie dès 10 ans d’exposition aux pesticides, et un délai de prise en charge de 40 ans. Le délai de prise en charge «est le délai maximal entre la cessation d’exposition au risque et la première constatation médicale de maladie», a précisé le cabinet du ministère de l’Agriculture dans un brief à la presse le 16 décembre. Ce tableau vise à faciliter les démarches des agriculteurs et salariés agricoles concernés, tant en France métropolitaine que dans les territoires ultramarins. Il se rapporte à tous les pesticides, y compris au chlordécone qui sévit en outre-mer. La création de ce tableau avait été annoncée par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie au Sénat, le 20 octobre, quelques jours après que la commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) ait rendu un avis favorable, le 12 octobre.

Fruits et légumes: lancement d'une interprofession régionale en Pays de la Loire

Les producteurs de fruits et légumes de l’ouest participeront, le 23 décembre, à la création d'une «organisation interprofessionnelle régionale» a confié le directeur de la Fédération des maraîchers nantais Antoine Thiberge à Agra Presse. Cette organisation prend la forme d’une association baptisée «Pays de la Loire Fruits et Légumes» (PLFL). Elle est fondée par la cellule Innovation et prospective maraîchère (IPM) de Loire-Atlantique, qui réunit notamment la Fédération des maraîchers nantais et le Comité départemental de développement maraîcher (CDDM), et par l’Initiative développement fruits et légumes (IDfel) Val de Loire basé près d’Angers (Maine-et-Loire). Cette initiative «vise à mieux structurer l’ensemble de la filière de l’amont à l’aval» en se positionnant comme «l’interlocuteur privilégié de la région notamment», a détaillé Antoine Thiberge le 22 décembre. «L’idée est de coconstruire de nombreuses actions qui vont de la communication, à la formation, à la défense des intérêts des producteurs et des distributeurs…», a-t-il ajouté. L’association est coprésidée par le président d’IDFel Jean-Louis Moulon, et par le président d’IPM Philippe Retière.

Houblon: nouveaux soutiens publics pour la filière, bientôt une CVO

Après la création de l'interprofession du houblon en février 2020, la filière va poursuivre sa structuration grâce à de nouveaux fonds publics issus du Plan de relance, estimés entre 400 000 et 450 000 euros, rapporte-t-on chez InterHoublon, confirmant une information de l'Est agricole après la visite de Julien Denormandie le 21 décembre en Alsace. Les fonds seront alloués à une petite dizaine de projets, dont les deux principaux consistent à élaborer un schéma de sélection national des variétés de houbon et étudier l'impact du terroir sur la bière. Dans le cadre du Grand plan d'investissement (GPI) en 2020, la filière houblon avait déjà fait l'objet d'un soutien de 200 000 euros pour la structuration de la filière, ce qui porte le total à environ 600 000 euros sur 2020-2021. L'interprofession a par ailleurs constitué un dossier de CVO (cotisation volontaire obligatoire), dont elle espère la validation début 2022, pour un budget prévu de 300 000 euros, porté en grande partie par les brasseurs. L'interprofession travaille également à la création d'un véritable institut technique du houblon. Les activités de recherche appliquée de la filière sont aujourd'hui assurées par les entreprises privées et par un syndicat, l'association des producteurs de houblon (AGPH). La filière française compte une grosse centaine de producteurs. Leur recensement précis fait d'ailleurs partie des objectifs de l'interprofession.

Porc: la Chine relève sa taxe sur les importations de viande

Dans un contexte de ralentissement de ses achats à l'étranger, Pékin a «relevé le tarif d’importation pour la viande de porc à 12%», informe l'Ifip (Institut du porc) le 17 décembre. Cette taxe avait été «fixé[e] à 8% l'an dernier», afin de «freiner l'inflation», note l'institut français. L'explication de ce relèvement, selon l'Ifip? «Le pays souhaite protéger sa production et réguler les prix au détail: après la baisse du prix du porc ces derniers mois, la rentabilité de l’élevage porcin est négative.» Et de prévenir que cette mesure «peut avoir des conséquences à la fois sur les volumes et la valeur des exportations». Alors que son cheptel a été dévasté par la peste porcine africaine (PPA) en 2018, la Chine doit maintenir un équilibre délicat entre relance de sa production et satisfaction de ses besoins par les importations. Ces derniers mois, le premier importateur et consommateur de viande porcine au monde avait fortement réduit ses achats: les expéditions en provenance d'Europe, son premier fournisseur, ont reculé de 10% en un an, à 2,17 Mt (janvier-septembre 2021 par rapport à la même période de 2020).

Enseignement supérieur: Dijon Supagro fusionne avec l'Institut Agro

Par un décret paru le 22 décembre, le Premier ministre a décidé d'intégrer Supagro Dijon à l'Institut Agro à partir du 1er janvier 2022. Il s'agit de la seconde étape du rapprochement de trois établissements supérieurs d'enseignement agricole: Montpellier Supagro, Agrocampus Ouest (Rennes/Angers) et Dijon Supagro. Les deux premiers avaient fusionné au 1er janvier 2020 pour donner naissance à l'Institut Agro. La fusion de Montpellier Supagro et Agrocampus Ouest rassemblait déjà 3500 étudiants et 210 enseignants-chercheurs. AgroSup Dijon compte actuellement près de 1300 étudiants et 100 chercheurs et enseignants chercheurs. En 2018, le projet initial du ministère de l'Agriculture était de fusionner Montpellier Supagro et Agrocampus Ouest avec AgroParistech, mais les discussions n'ont pas abouti. Et l'Institut Agro sera «complémentaire d'AgroParisTech, établissement-composante de l'Université Paris Saclay», précisait un communiqué du ministère en 2020. Aucun rapprochement entre l'Institut Agro et AgroParistech n'est à l'ordre du jour, confirme le cabinet du ministre.

Biosourcé: Cargill débourse 915 M€ pour l'activité biosourcée de Croda

Dans un communiqué paru le 22 décembre, le géant du négoce agricole Cargill annonce qu'un accord a été trouvé en vue de l'acquisition de «l'activité industrielle biosourcée» du chimiste britannique Croda. Il devrait débourser 915 millions d'euros (M€) dans cette opération, dont la finalisation est attendue d'ici l'été 2022. Elle comprend le transfert de 1000 employés à travers le monde et l'acquisition de sites de production en Europe et en Asie, ainsi qu'un «solide portefeuille technologique» dans les secteurs de «l'automobile, des polymères et de l'emballage alimentaire», détaille Cargill. Pour le géant du négoce, cette opération s'inscrit dans une série d'opérations offensives dans le secteur «bio-industriel»: récentes joint-ventures QORE (1,4-butanediol, bioplastiques) et NatureWorks (polylactide, bioplastiques), acquisitions de Floratech (cosmétiques) et des activités époxydes (biolubrifiants) d'Arkema. Selon un rapport d'Unigrains paru en 2019, les quatre géants du négoce (ABCD), dont fait partie Cargill, accélèrent ces dernières années leur stratégie de diversification vers l'aval. La dernière opération marquante était le rachat de Neovia (nutrition animale) à InVivo pour 1,5 milliard d'euros (Mrd€).

Néonicotinoïdes : pas de retour plus précoce des pommes de terre (Anses)

Dans un avis signé le 13 décembre sur l'utilisation des néonicotinoïdes en betterave, l’Anses estime que «les informations disponibles ne permettent pas de proposer un retour plus précoce dans la rotation pour les cultures de pomme de terre, de lin (fibreux et oléagineux), de pois (protéagineux et de conserve) et de cultures légumières mellifères». Pour l’agence sanitaire, les producteurs devront donc attendre au moins deux ans (pomme de terre) et trois ans (le reste) avant de les implanter dans des parcelles ayant été semées avec des graines enrobées de betteraves. Cet avis, précise l’Anses, est issu des données transmises par plusieurs instituts techniques dont celui de la betterave (ITB) et des oléoprotéagineux (Terres Inovia). Les éléments du fabricant Syngenta, tout comme ceux d’Arvalis «n’ont pas été pris en considération pour l’instruction de cette saisine», ayant été envoyés trop tard. De même, la société Bayer, qui fabrique l’imidaclopride, «n’a pas donné suite à la demande de l’Anses».

Machinisme: les distributeurs s'attendent à une année 2021 positive

Les distributeurs de machines agricoles du Sedima ont communiqué le 22 décembre les résultats de leur enquête annuelle réalisée auprès de leurs adhérents, qui montrait à la mi-octobre des anticipations de ventes majoritairement à la hausse pour l'année 2021. Presque un tiers des distributeurs interrogés anticipent une progression supérieure à 3% de leurs ventes de matériel neuf; à l'inverse, seuls 9% prévoient une baisse supérieure à 3%. Les chiffres sont similaires pour les ventes de matériel d'occasion. Par ailleurs, les distributeurs anticipent déjà un premier semestre 2022 en légère hausse, de +1 à +2% par rapport à l'an passé sur le neuf, et +3 à +5% sur l'occasion. Cela constituerait un léger ralentissement par rapport à la forte croissance observée durant le second semestre 2021 (+6% sur le neuf, +8% sur l'occasion). Autre donnée collectée: les distributeurs perçoivent que le «moral» des agriculteurs est actuellement très différent selon les productions: en majorité «bon-très bon» en grandes cultures, plutôt «moyen-mauvais» chez les viticulteurs et arboriculteurs. Face à cette embellie des prises de commande, le Sedima rappelle toutefois que les distributeurs font face à des tensions sur le marché des pièces et à des allongements de délai et des hausses de prix des constructeurs de matériels.

Bio : Agence bio et Fnab demandent de réorienter les budgets des interprofessions

À l’occasion d’une réunion avec le ministre de l’Agriculture le 20 décembre, l’Agence bio, la Fnab et le Synadis bio ont demandé plus de moyens pour la promotion du bio. Principale piste de travail : redistribuer les budgets interprofessionnels dégagés par les cotisations volontaires obligatoires (CVO) de manière proportionnelle à la taille du marché bio ou aux objectifs en matière d'agriculture biologique. «Ce serait la moindre des choses que les CVO des producteurs bio reviennent à la dynamisation du marché», estime Philippe Camburet, président de la Fnab. Un rendez-vous aurait été fixé pour le 7 janvier prochain autour du ministre avec les interprofessions pour lancer la discussion sur ces moyens complémentaires, qui pourraient également provenir de la grande distribution, en vue d'augmenter les financements de l’Agence bio. Qualité de l’eau et biodiversité: «Il faut avoir une communication globale pour mettre en avant les atouts des modes de production, et pas seulement des produits», défend Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio. Alors que les grandes interprofessions disposent de budgets de communication de plusieurs dizaines de millions d’euros, la taille du marché bio ainsi que le ralentissement de la demande sur certains segments, justifieraient aujourd’hui pour elle d’augmenter significativement le budget de l’agence.

Viande bovine: Elvéa se «désolidarise totalement» des manifestations anti-contrats

Alors qu'un collectif d'éleveurs et de négociants appelle à manifester, le 23 décembre à Clermont-Ferrand, contre l'obligation de contractualiser en viande bovine, le réseau Elvéa France «se désolidarise totalement» de cette mobilisation, indique un communiqué le 22 décembre. Comme prévu par la loi Egalim 2, au 1er janvier 2022, les éleveurs devront signer des contrats avec leur premier acheteur pour les jeunes bovins, génisses et vaches allaitantes de races à viande. Une mesure qui va à l'encontre de la liberté de commercialiser, estime le collectif réuni sous la bannière «Agriculteurs et négociants solidaires». La loi Egalim 2 «a pour objectif de mieux faire correspondre l'offre à la demande afin de limiter la volatilité des prix», rappelle Elvéa dans son communiqué. C’est un nouvel outil qu’il nous faut nous approprier, car c'est le rôle des OP (organisations de producteurs, NDLR) d'organiser le marché.» Le réseau Elvéa regroupe des OP non commerciales (OPNC), dont les adhérents éleveurs travaillent à 95% avec des négociants.

Négociations commerciales: un industriel et un distributeur se renvoient la balle (presse)

Dans deux entretiens publiés conjointement dans le journal Les Echos, le 22 décembre, le PDG de Système U, Dominique Schelcher, et le président de la coopérative laitière Sodiaal, Damien Lacombe, dénoncent le non-respect de la loi Egalim 2 par certains acteurs des négociations commerciales 2022. Le patron de Système U insiste sur les pratiques de certains industriels: «Beaucoup mettent en avant des prix de marché qui ne sont pas exactement les coûts de production des filières», affirme le PDG qui leur demande de «revoir leur copie». Du côté de Sodiaal, Damien Lacombe constate les réticences de certains distributeurs à accepter les hausses de prix induites par la loi et la flambée des coûts de production. «Un tiers des enseignes respectent la loi. Un tiers non. Et un autre tiers s'interroge, ne souhaitant pas prendre le risque d'appliquer des hausses de prix quand leurs concurrents ne le feraient pas.» Face à la hausse des coûts de production, «il n'y a pas d'autre solution que de répercuter la hausse au consommateur», estime-t-il. «Il y aura incontestablement de l’inflation, mais pas au niveau demandé par les industriels», tranche, quant à lui, Dominique Schelcher.

Pac 2023 : des étudiants Agro et Science-po dénoncent «l’immobilisme» du PSN

Dans une lettre ouverte envoyée à Emmanuel Macron le 20 décembre, et repérée par le quotidien Le Monde, une quarantaine d’étudiants issus des grandes écoles d’agronomie (Paris, Montpellier, Rennes) et de Science-po Paris dénoncent «l’immobilisme» de la déclinaison française de la future Pac (PSN) sur les sujets environnementaux et sociaux. Par rapport aux objectifs du Green deal notamment, les étudiants estiment que «le PSN français manque d’ambition». Principaux reproches: des critères de conditionnalités «très peu contraignants» et des écorégimes mettant sur pied d’égalité la HVE et la bio. Et de proposer de conditionner l’attribution de la dotation jeunes agriculteurs (DJA) à «des critères d’éco-conditionnalité ou de durabilité», ou plus largement les aides de la Pac «à une utilisation proportionnée et limitée des produits phytosanitaires et des intrants azotés minéraux». Sur le volet social, les étudiants partagent les positions portées par la plateforme Pour une autre Pac ou la Confédération paysanne, en défendant les aides à l’actif, la hausse du paiement redistributif, ou encore la dégressivité des aides à partir de 60 000 €. Les signataires se disent en conclusion «ouverts et ouvertes» à toute rencontre.

Céréales: en Ukraine, récolte record de 84 Mt, dont 60 Mt seront exportées

L'Ukraine a récolté cette année plus de 84 millions de tonnes de céréales (Mt), «un record depuis l'indépendance» de cette ex-république soviétique en 1991, a annoncé le ministère de la Politique agraire dans un communiqué le 21 décembre. Il s'agit notamment de 32,4 Mt de blé, 10 Mt d'orge et de 40 Mt de maïs, d'après l'AFP, qui cite le ministère. En 2020, l'Ukraine, un des pays les plus pauvres de l'Europe, a récolté environ 65 Mt de céréales, contre plus de 75 Mt en 2019, le précédent record. Kiev prévoit d'exporter «plus de 60 Mt de céréales» de sa récolte 2021, indiquait en novembre le ministère ukrainien de l'Économie. L'Ukraine – dont la péninsule de Crimée a été annexée par la Russie en 2014 et dont la partie Est est en proie à une guerre avec les séparatistes pro-russes – dispose de 32,5 millions d'hectares de terres arables parmi les plus fertiles au monde. Mais la productivité y demeure faible notamment en raison d'un manque d'investissements.

Erratum sur les zones de non-traitement (ZNT)

Le ministère de l'Agriculture a mis en consultation les textes réglementaires sur les ZNT le 21 décembre - et non le 21 novembre comme indiqué par erreur dans l'Agrafil daté du 22 décembre.