NGT: les États membres avancent vers un compromis
La présidence polonaise du Conseil de l’UE estime avoir obtenu un soutien suffisant de la part des États membres vis-à-vis de sa dernière proposition de compromis sur les nouvelles techniques de sélection génomiques (NGT) pour mettre fin aux discussions techniques et faire monter le dossier à un niveau politique. Un pas de plus vers l’obtention d’une position du Conseil. La nouvelle version du texte (la troisième depuis le début de l'année) discutée le 21 février, lors d'une réunion du groupe d’experts, apporte quelques modifications techniques par rapport à la précédente sans en modifier l’équilibre général. La Pologne y précise la teneur des lignes directrices que devrait publier la Commission européenne pour aider les acteurs du marché à s’orienter dans le paysage des brevets, en décrivant les opportunités des nouvelles méthodes de génie génétique et la manière dont ils peuvent en bénéficier. Par ailleurs, les informations sur le statut NGT-1 ne seraient plus seulement indiquées sur les semences, mais aussi dans les documents de commercialisation, sans pour autant aller jusqu’au consommateur. Le projet ne devrait pas être examiné par les ambassadeurs de l'UE (Coreper) avant la mi-mars, où il pourrait être soumis à un vote. Si les Vingt-sept lui accordent une majorité qualifiée, des négociations pourront alors débuter avec le Parlement européen qui a, de son côté, adopté sa position il y a un an.
Pac post-2027: Genevard annonce une «conférence des parties» dans les prochains mois
À l'occasion de l'inauguration du stand du ministère au Salon de l'agriculture le 23 février, Annie Genevard a annoncé qu'elle organisera une «conférence des parties» dans les «mois qui viennent», pour alimenter la réflexion en France sur la Pac post-2027. La ministre de l'Agriculture, qui doit rencontrer ce jeudi 27 février le commissaire européen à l'Agriculture Christophe Hansen a livré ses premières réactions à la Vision de l'agriculture et de l'alimentation présentée la semaine précédente par Bruxelles; parmi les points de désaccord, Annie Genevard cite le «ciblage des aides qui pourrait conduire des agriculteurs bénéficiant du soutien de la Pac aujourd’hui à en être exclus demain», mais aussi «la remise en cause d’un budget dédié pour la Pac, avec deux piliers bien identifiés» (lire ci-dessous). Elle se félicite à l'inverse de «l’importance attribuée à la souveraineté alimentaire, l’affirmation du caractère stratégique de l’agriculture et de l’alimentation, ainsi que la reconnaissance du rôle crucial de la politique agricole commune». Et la ministre de saluer «l’accent mis sur la cohérence de la Pac avec la politique commerciale, sur la réciprocité ainsi que sur l’étiquetage du pays d’origine».
Pac: les ministres de l'Agriculture de l’UE insistent pour le maintien d'un budget dédié
Les ministres de l’Agriculture de l’UE, réunis le 24 février à Bruxelles, ont quasiment tous exprimé leur opposition au regroupement des enveloppes de la Pac avec celles d’autres programmes sectoriels au sein de plans nationaux dans le cadre du prochain budget pluriannuel 2027-2034 (CFP). Cette idée est envisagée par la Commission européenne dans sa récente communication concernant le prochain Cadre financier pluriannuel. Lors d’un débat censé porter sur la Vision sur l’agriculture et l’alimentation que vient de présenter le commissaire européen Christophe Hansen, les ministres ont insisté pour le maintien d’un budget indépendant pour la Pac et reposant sur une structure à deux piliers (paiements directs et développement rural). Quelques-uns (pays baltes, Roumanie, Bulgarie…) ont aussi demandé des engagements sur la convergence externe (uniformisation des paiements à l’hectare entre États membres). Globalement les ministres ont salué le contenu de la Vision, chacun mettant en avant ses priorités: réciprocité (France, Espagne, République tchèque), simplification (Luxembourg, Pays-Bas), maintien d’objectif environnementaux ambitieux (Danemark, Allemagne) ou renforcement des outils de gestion des risques (Chypre). Mais, pour atteindre ces objectifs, tous plaident pour un budget suffisant.
Eau: au Salon, Bayrou promet «quelque chose de révolutionaire», sans détail (syndicat)
Durant sa visite du Salon de l'agriculture le 24 février, le Premier ministre a rencontré les syndicats agricoles, l'occasion d'évoquer notamment les «propositions de loi qui vont être examinées», en particulier celle votée fin janvier au Sénat afin notamment de lever l'interdiction de certains pesticides néonicotinoïdes, sur lequel «on a un équilibre à mon sens possible à trouver», a estimé le Premier ministre. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a lui aussi trouvé que «ça s'est bien passé» avec le chef du gouvernement, qui a «redit sa volonté de simplifier la vie des agriculteurs» et même promis «quelque chose de révolutionnaire», sans plus de détail. L'annonce concerne l'eau, précise-t-on à la FNSEA, sans savoir s'il s'agit de pollution ou d'irrigation. Lors de son discours de politique générale le 14 janvier, avait indiqué sa volonté d'organiser une «Conférence sur l'eau», là aussi sans en préciser les concours. Du côté de la Coordination rurale, la vice-présidente Amélie Rebière a considéré que «parler de souveraineté, c'est bien, mais reste à voir concrètement comment on la rétablit», et espéré que M. Bayrou et sa ministre de l'Agriculture Annie Genevard «ont pris la mesure de la situation». À l'inverse, la Confédération paysanne s'est dite «extrêmement choquée par «les propos du gouvernement sur la souveraineté alimentaire», sa porte-parole Laurence Marandola jugeant «irresponsable d'appeler à "produire plus" pour exporter plus en faisant fi de la capacité à produire, de la question des limites et du partage des ressources».
Eau: l’agence de l’eau Adour-Garonne augmente ses aides pour l’adaptation agricole
Dans un message envoyé à la presse le 24 février, l’Agence de l’eau Adour-Garonne (AEAG) annonce «une augmentation de ses aides» destinées aux agriculteurs afin de «favoriser une adaptation pérenne aux enjeux hydriques». Pour son 12e programme d’intervention (2025-2030), l’enveloppe agricole atteindra 77 millions d’euros (M€) par an, contre 45 M€ annuels dans le précédent budget. Des fonds qui financeront notamment des «nouveaux PSE» (paiements pour services environnementaux), des «pratiques agroécologiques» associées à une «prise de risques», ou encore des «retenues individuelles agricoles», d’après un document de présentation. L’AEAG y affiche plusieurs objectifs: «30 Mm³ supplémentaires à partir d’ouvrages hydrauliques existants d’ici 2050», 10% d’économies d’eau, 150 000 ha par an couvertes par un PSE et 70 000 ha/an convertis en bio. Le programme 2025-2030 prévoit une hausse des redevances sur les prélèvements, notamment pour l’irrigation. Mais l’agence s’est fixée un ratio de «4 € supplémentaires reversés au monde agricole pour 1 € de redevances agricoles supplémentaires émises». De quoi opérer un «doublement des aides envers le mode agricole pour financer la transition agroécologique», selon le document officiel d’«énoncé du programme».
Pesticides: l’Anses dénonce le projet de conseil d’orientation pour protéger les cultures
«Nous sommes inquiets par le conseil d’orientation [pour la protection des cultures] parce qu’il vient percuter les projets de décisions» sur les phytosanitaires, a déclaré le directeur général de l’Anses, Benoît Vallet, en conférence de presse le 24 février au Salon de l’agriculture. Annoncé le 30 novembre par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, les contours de ce conseil d’orientation sont précisés dans l’article 2 de la PPL sur les Entraves, adoptée au Sénat et qui doit bientôt être discutée à l’Assemblée, et dans un projet de décret dévoilé par le média Contexte (voir par ailleurs). Benoît Vallet estime que le dispositif envisagé «tend à passer au deuxième plan les priorités de danger sanitaire et environnemental», pour privilégier à la place les enjeux économiques. Le «souhait» de l'exécutif via ce conseil, c’est «que l’Anses présente ses projets de décision, et que le conseil d’orientation puisse, au regard des enjeux économiques des filières, prioriser les décisions que l’Anses pourrait prendre», dénonce-t-il. En plus de cette «fragilisation du système de sécurité sanitaire», l’Anses dénonce une «problématique déontologique» vu la présence de metteurs en marché de phytosanitaires dans la composition du conseil d’orientation.
Pesticides: un projet de décret détaille les contours du conseil d’orientation (presse)
Un projet de décret dévoilé par nos confrères de Contexte précise la composition et le fonctionnement du conseil d’orientation pour la protection des cultures, qui doit suivre les travaux sur les usages prioritaires, comme prévu dans la PPL sur les Entraves en cours d’adoption au Parlement. Le texte indique que le conseil est composé de trois membres désignés par le ministre de l’Agriculture; un membre pour l’Inrae; un membre pour «chaque institut technique agricole» dans le domaine des productions végétales; un membre pour l’Acta; un membre pour chaque syndicat d’exploitants agricoles «à vocation générale»; et deux membres «désignés par le ministre chargé de l’agriculture» pour représenter les metteurs en marchés de produits phytopharmaceutiques (conventionnels et biocontrôle). Le conseil d’orientation se réunira «au moins deux fois par an», en présence d’un représentant du directeur général de l’Anses qui «participe à ces réunions ». En outre, le directeur général de l’Anses doit informer «son autorité de tutelle» quand il reçoit une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM), quand il rend des conclusions d’évaluation sur une AMM, et quand le «projet de décision» est communiqué à la firme pétitionnaire «avant» publication de la décision.
Prosulfocarbe: l’Anses conditionne l’autorisation aux équipements de précision
«Nous avons décidé de maintenir les autorisations de mise en marché [pour le prosulfocarbe] sous réserve d’utilisation d’instruments de précision (buse anti-dérive…)», a annoncé le directeur général de l’Anses Benoît Vallet le 24 février au Salon de l’agriculture. L’agence sanitaire a indiqué avoir obtenu les données d’exposition manquantes qui ont permis de confirmer que «la limite d’exposition ne serait pas dépassée» grâce à ces équipements, en ce qui concerne les riverains et notamment les enfants. Les firmes Syngenta et Globachem, ainsi que les fabricants de génériques, seront notifiées «assez rapidement, après le Salon» de l’agriculture, a ajouté Charlotte Grastilleur, directrice générale déléguée du pôle Produits réglementés. Pour Benoît Vallet, cette décision montre deux choses: «La première, c’est que notre obsession est la sécurité sanitaire. La deuxième, c’est que nous écoutons les filières et les acteurs du domaine. Je le redis ici: en Belgique, [l'herbicide prosulfocarbe] a été interdit. C’est un mauvais procès fait à l’Anses de penser que nous interdirions sans réfléchir et que nous ne prenons pas en compte les problématiques des filières.»
Pledge/Rami: l’Anses estime la suspension en référé «pas fondée scientifiquement»
Interrogée sur la décision du tribunal administratif de Lyon de suspendre sa décision de non-renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Pledge/Rami, un herbicide composé de flumioxazine, l’Anses estime que l’appréciation du juge «n’est pas fondée scientifiquement, et conteste la lecture du règlement qui a été faite en référé». L’Anses a expliqué à Agra Presse, le 18 février, avoir rejeté la demande de renouvellement de l’AMM sur la base d’études fournies par le fabricant Philagro «dont les résultats questionnent fortement la sécurité même de la substance active». Une étude concerne «les valeurs d’absorption de la substance active sur le sol» et par conséquent dans les eaux souterraines; les autres concernent la «toxicité chronique sur poissons». «Il faut savoir que les études précitées n’ont pas été évaluées par la Grèce, qui était l’État membre rapporteur de l’évaluation du produit Pledge pour la zone Sud à laquelle appartient aussi la France. Les autorités grecques considèrent que ces données seront examinées uniquement en 2037, date de ré-examen de la substance active flumioxazine en vue de l’éventuel renouvellement de son approbation européenne. Ces études ont pourtant été fournies par la firme: en effet, les conclusions de l’Efsa sur la dernière évaluation de la substance active flumioxazine rendent de telles études nécessaires. En toute logique, elles ont donc été prises en compte par l’Anses», détaille l’agence (voir notre article dans Agra presse hebdo).
Crise viticole: la filière dévoile un plan d’actions sur l’offre et la demande
Après son appel à un «New deal du vin» fin 2023, la filière a présenté le 24 février une feuille de route pour relever le «triple défi» de la déconsommation, d’un recul à l’export et de l’adaptation au changement climatique. L’innovation en constitue un des piliers. À partir de cet été, des expérimentations seront lancées sur la mise en avant des produits en grande distribution. «Plusieurs dizaines de magasins» vont tester des contenants, des accords mets et vins, indique le Cniv (interprofession). L’idée est de dépoussiérer les rayons pour attirer de nouveaux consommateurs. Un autre axe vise à moderniser l’image du produit. La filière a défini une stratégie de communication pour l’ensemble du vignoble. Objectif: se rapprocher des jeunes en favorisant par exemple la consommation dans les festivals. L’œnotourisme a aussi été identifié comme un moyen de renforcer le lien avec les consommateurs. Concernant l’export, la filière se veut plus offensive. Des actions sont prévues pour renforcer les outils de suivi des échanges internationaux, mieux appréhender les évolutions de consommation, identifier de nouveaux marchés. Enfin, le plan de relance vise l'adaptation de l’offre à la demande. Il s’agit de s’appuyer sur des outils de gestion du potentiel de production et de régulation des volumes, à l’instar du vignoble champenois.
Agrivoltaïsme: 44% des agriculteurs pensent s’équiper, faisant craindre une «bulle»
Selon un sondage Ipsos, 44% des agriculteurs envisagent un projet agrivoltaïque dans les dix ans qui viennent. Environ la moitié des producteurs (52%) déclarent avoir l’intention de s’équiper de solutions de protection climatique, révèle cette enquête menée pour l’énergéticien Sun’Agri. Parmi les pistes envisagées à dix ans, l’agrivoltaïsme figure en troisième position (44% de réponses), derrière le changement de variétés et de cultures (71%) et l’irrigation (46%). Bon nombre ont déjà avancé dans leur démarche. Près d’un quart des agriculteurs se disent engagés dans un projet agrivoltaïque. Il s’agit majoritairement de céréaliers et d’éleveurs (25%), puis d’arboriculteurs et maraîchers (21%), un peu moins de viticulteurs (14%). Cet engouement fait craindre une « bulle » autour de l’agrivoltaïsme. Invité à une table ronde au Salon de l'agriculture le 24 février, le député Pascal Lecamp (Les Démocrates, Vienne) a comptabilisé 70 projets dans son département, soit 2000 ha de panneaux. Et d’extrapoler à l’échelle nationale: «On crée un bulle de 200 000 ha». Ce chiffre paraît effectivement en décalage avec les besoins. La filière agrivoltaïque table plutôt sur 50 000 à 60 000 ha à l’horizon 2050, selon le député.
Bovins viande: lancement d’une filière veau d’Aveyron / Bleu-Blanc-Cœur chez Carrefour
L’interprofession du veau d’Aveyron sous la mère (Irva), la SCIC Bleu-Blanc-Cœur et le distributeur Carrefour ont lancé le 24 février au Salon de l’agriculture une nouvelle filière autour d’un contrat tripartite conforme aux règles d’Egalim. Une première pour la coopérative Natera, partie prenante avec l’abatteur Puygrenier. Dans un premier temps, le contrat intègre l’indicateur interprofessionnel de coût de production à hauteur de 50%, le reste provenant d’un indicateur de marché. À terme, le but est de passer à 80% pour le coût de production, un niveau «considéré comme une juste rémunération pour l’éleveur», précise Pierre Cabrit, le président de l’Irva, à Agra Presse. En termes de volumes, les partenaires tablent sur une quarantaine de veaux labellisés Bleu-Blanc-Cœur par semaine, soit plus de 2000 animaux par an. Dans le détail, à partir du mois d’avril, Puygrenier fournira à Carrefour quatre nouveaux produits vendus sous la marque «Reflets de France» (escalope, côte, sauté, saucisse). La démarche vise aussi à valoriser davantage d’animaux en France. Sur 22 000 veaux labellisables par an, 13 000 sont vendus dans l’Hexagone sous Label rouge et IGP. Le reste part à l’export, en croissance grâce à sa réactivité sur les prix dans le contexte de hausse de la valeur des animaux.
Bovins viande/RHD: Interbev va accompagner Metro pour pousser l’origine France
L’interprofession des viandes rouges et le grossiste Metro France ont signé, lors du Salon de l’agriculture le 24 février, une charte visant à promouvoir l’origine France des viandes bovines (bœuf et veau). Interbev va accompagner les 600 commerciaux de Metro France pour «mieux faire connaître les filières de l’élevage», «sensibiliser les restaurateurs à l’origine France» et «lutter contre le gaspillage alimentaire» (valorisation de la totalité de l’animal), précise Pascal Peltier, d.g. de Metro France. Cet accompagnement – «une première» d’après lui – passera par des masterclass, par l’intégration de modules concoctés par Interbev dans les écoles de formation de Metro (une école de vente et deux CFA), ainsi que par la diffusion d’un guide à destination des restaurateurs. Plus largement, la démarche vise à «regagner des parts de marché et satisfaire le consommateur», relève Emmanuel Bernard, éleveur et président de la section bovine d’Interbev, qui appelle à «redonner des signaux à l’amont». Selon le patron de Metro France, environ 80% des viandes vendues en restauration (toutes espèces confondues) sont importées. Son enseigne, premier fournisseur des restaurateurs indépendants, revendique une part de 66% de viandes françaises et vise «à terme» 75%.
Porc: l’interprofession regrette l'absence de relèvement des seuils ICPE dans la LOA
Au lendemain de l’adoption de la loi d’orientation agricole (LOA) le 20 février, Anne Richard, directrice d’Inaporc, regrette que le texte ne comporte pas la principale demande de l’interprofession consistant à relever les seuils des installations classées (ICPE). Les seuils français de passage en enquête publique (transformation ou construction) sont de 2000 places de porcs et 750 places de truies. Inaporc souhaitait l’adoption des actuels seuils européens, respectivement de 3000 et 900 places. Quant aux modalités de consultation publique et de risque de contentieux après autorisation, la directrice informe que des juristes épluchent la LOA pour évaluer quelques dispositions susceptibles de simplifier et de sécuriser les procédures. À l'instar de l'UGPVB (groupements), la FNP (éleveurs, FNSEA) souhaite en particulier revenir à 30 jours de consultation publique, contre trois mois actuellement depuis l’entrée en vigueur de la loi Industrie verte en octobre 2024. «Nous ne voulons pas moins de normes, mais une simplification administrative», a répété François Valy, président de la FNP et vice-président d'Inaporc, lors de la conférence de presse de l'interprofession le 20 février. La filière s’est fixé l’objectif qu’au moins tous les élevages porcins transmissibles puissent être modernisés ou agrandis.
Bien-être animal: des leviers régionaux inexistants ou peu opérants, selon le CIWF
Dans une étude présentée au Salon de l'agriculture ce 24 février, CIWF France constate que les principales régions d’élevage ne favorisent pas le bien-être animal dans leurs politiques d’aides. Le rapport, qui sera diffusé en mars, met en évidence l’insuffisance des moyens financiers mis en œuvre ainsi que celle de critères contraignants. Sur le plan financier, aucune région ne propose de bonification d’aide à des investissements spécifiques pour le bien-être animal, alors que la Pac le permet, souligne l'ONG. Ainsi, les régions n’utilisent pas efficacement, selon CIWF, la fraction du second pilier de la Pac qui leur revient. La Nouvelle-Aquitaine se distingue cependant des autres régions étudiées (Bretagne, Pays de la Loire, Hauts-de-France, Grand Est), notamment en conditionnant l’obtention d’une aide à l’investissement à l’agroécologie et au bien-être animal et en imposant des critères précis à l’égard des animaux selon leur filière. «L’effet sur les filières d’élevage [de La Nouvelle-Aquitaine] reste encore à prouver», nuanace l’étude, qui conclut: «Les politiques régionales actuelles ne sont donc pas vraiment un levier de transition agroécologique», et encore moins des moyens d’adapter l’élevage au changement climatique et aux prochains changements réglementaires sur le bien-être animal.
Pommes de terre: possible hausse de la sole française de plus de 5% entre 2024 et 2025
Contactée par Agra Presse lors du Salon de l'agriculture, l’UNPT (producteurs de pommes de terre, FNSEA) travaille actuellement sur un scénario de hausse de la sole française de pommes de terre de plus de 5% entre 2024 et 2025. L’an dernier, elle s’élevait à 177 000 ha (pommes de terre de conservation et de demi-saison), selon Agreste. Bien entendu, il s’agit de prendre cette hypothèse avec des pincettes, les choses pouvant fortement évoluer, en fonction notamment des conditions climatiques. Les plantations de pommes de terre dites «primeur» ont débuté, alors que celles de conservation sont prévues pour mars-avril. Également contacté par Agra Presse lors du Salon, la FN3PT (producteurs de plants de pommes de terre) table aussi, et pour le moment, sur une hausse de la surface hexagonale de plants de pomme de terre de 5% environ entre 2024 et 2025. Si l’hypothèse se confirmait sur le terrain, il s’agirait d’une seconde progression consécutive de cette ampleur. En effet, entre 2023 et 2024, la sole nationale était passée de 21 000 ha à 22 000 ha environ. Également contacté par Agra Presse, Sylvain Halftermeyer, secrétaire générale des sections betteraves et plants de pomme de terre (entre autres) de Semae (interprofession des semences et plants), a de son côté expliqué que cette année, « le marché des plants est moins tendue », en référence à la récolte 2024.
Céréales/commerce équitable: Agri-Éthique labellise la vodka Fair
Le label de commerce équitable Agri-Éthique France a dévoilé le 24 février ses deux dernières labellisations concernant les produits à partir de canard gras de Labeyrie et la vodka à partir de blé et de quinoa de la marque Fair. Pour ce qui concerne la vodka, la labellisation intègre toute la filière, comprenant les producteurs de blé et de quinoa, la Coopérative agricole des Pays de la Loire (CAPL), la distillerie Merlet et la marque Fair, qui sont engagés pour une période de quatre ans à partir de 2025. La dimension équitable repose notamment sur les prix payés aux producteurs déconnectés des prix mondiaux et prenant en compte les coûts de production. «Le volume de production concerné par cette labellisation est d’environ 100 tonnes de blé et de quinoa par an», indique Ludwig Tanchot, responsable du pôle Développement partenariats d’Agri-Éthique. Pour Agri-Éthique, la labellisation d’un spiritueux est une première, ouvrant de nouvelles perspectives vers les whiskies et gins élaborés en France à partir de matières premières locales.
Grandes cultures: le partage de l’outil Systerre renouvelé pour trois ans
Lors du Salon de l'agriculture le 24 février, les instituts techniques Arvalis (grandes cultures), ITB (betteraves), Terres Inovia (oléoprotéagineux), ainsi que l’Acta (tête de réseau) ont annoncé le renouvellement de leur partenariat portant sur le développement et le déploiement de l’outil (gratuit) Systerre pour la période allant du début 2025 à la fin 2027. Pour rappel, l’outil permet l’évaluation de la performance des systèmes de production en grandes cultures: coûts de production, émission de GES, traitements phytosanitaires etc. Originellement conçu par Arvalis en 2008, il a bénéficié de l’apport des autres instituts techniques depuis 2017. Pour la période 2025-2027, deux nouveaux indicateurs devraient intégrer le projet: un sur le stockage de carbone dans les sols et l’autre sur la biodiversité. «Nous souhaitons améliorer les indicateurs déjà existants et pourquoi pas les étendre à d’autres types de productions, comme les légumes ou l’arboriculture», a précisé Marie Coquet, responsable du projet chez Arvalis, en marge de la conférence. Les utilisateurs de Systerre sont au nombre de 313, «en hausse de 51 par rapport à l’an dernier, et atteint un niveau record», ajoute-t-elle. Environ un tiers sont dans l’enseignement, un tiers dans les instituts techniques et un tiers sont des conseillers techniques.
Pommes/poires: l’ANPP pas prête à intégrer Egalim, comme proposé par JA
La proposition du secrétaire général de JA Quentin Le Guillous faite à Emmanuel Macron le 22 février d’intégrer l’arboriculture et notamment la filière pommes et poires aux dispositifs d'encadrement des relations commerciales d'Egalim a fait bondir Pierre Venteau, directeur de l’ANPP (association nationale pommes poires). «Cela démontre a minima une méconnaissance du dossier», réagit-il auprès d’Agra Presse, plus qu’étonné de cette sortie au niveau national sans consultation préalable des filières concernées. Pour lui, pas question d’appliquer la contractualisation obligatoire aux pommes et poires, «inadaptée» aux particularités de ces filières ainsi qu'à «la météo-sensibilité de la production et de la consommation». «La moitié du volume destiné à la transformation est déjà contractualisé. Mais une contractualisation obligatoire, cela n’a aucun intérêt.» Hors de question également d’être soumis au SRP+10 (relèvement du seuil de revente à perte de dix points). «On a été concerné, puis on en est sorti en 2023, à notre demande car nous étions perdants.» Même désaccord et étonnement du côté de Françoise Roch, présidente de la FNPF (producteurs de fruits, FNSEA). Pour elle, JA «laisse penser qu’Egalim, c’est bien pour tout le monde. Or à trop généraliser, on exclut, car nous n’avons pas ‘’une’’ mais ‘’des’’ agricultures en France».
Cidre: parution du décret définissant les qualités, l’interprofession rassurée
L'interprofession cidricole Unicid se félicite de la publication, au Journal officiel le 21 février, du décret n°2025-162 portant application de l'article L412-1 du Code de la consommation en ce qui concerne les cidres et poirés, dans un communiqué du 24 février. Attendu depuis plus d’une décennie par la profession, le texte précise plusieurs mentions d’étiquetage connues du grand public, qui mettent en avant des caractéristiques gustatives («doux», «demi-sec», «brut»), ou distinguent des qualités spécifiques de produits («bouché», «pur jus», «effervescence naturelle»). Par ailleurs, il apporte aussi une définition à des termes nouveaux ou qualitatifs non encore protégés, comme «extra-brut», «rosé», «artisanal» ou «fermier». La filière travaille à ce que d’autres mentions («cidres de glace» par exemple) puissent aussi bénéficier d’un tel cadre à l’avenir. «Cette publication est un aboutissement majeur pour notre filière», s’est félicité Thomas Pelletier, président de l'Unicid. «Il est essentiel de protéger l’identité agricole et la qualité unique de nos cidres face à des process de pays d’autres États membres moins-disants qui risqueraient de créer une concurrence déloyale», dans un contexte où de nouvelles normes de commercialisation européennes sont en discussion.
Fruits et légumes: hausse de la confiance des consommateurs envers les agriculteurs
À l’occasion du Salon de l’agriculture, le 24 février, Interfel et FranceAgriMer ont présenté les résultats du baromètre de confiance 2024 envers les fruits et légumes frais, issu d’une enquête réalisée par l’institut CSA. Il en ressort que les Français se reposent de plus en plus sur les agriculteurs comme acteur de confiance (+5 points par rapport à 2023, à 72%). Parallèlement, les associations de consommateurs , toujours à la première place avec 79%, reculent cependant de quatre points en un an. Une des pistes avancées pour expliquer la progression des agriculteurs se trouverait dans le vif intérêt porté par les Français à la mobilisation agricole de l’an dernier, jugée légitime par 87% d’entre eux. L’institut CSA note que 22% des Français citent les difficultés des producteurs – et plus largement la mobilisation des agriculteurs – comme un sujet d’actualité majeur. Cependant, cela semble aussi avoir fait ressurgir certaines préoccupations: la question de l’origine des fruits et légumes et le manque de traçabilité: 28% des Français citent ces motifs comme l'une des principales raisons de leur méfiance (+7 points par rapport à 2023). Pareillement, les inquiétudes liées aux résidus de pesticides augmentent: alors qu'elles étaient citées par 34% des Français en 2023, les consommateurs se déclarent à 41% très inquiets sur le sujet en 2024.
Légumes: Prince de Bretagne accélère sa stratégie de décarbonation
Le Cerafel (Prince de Bretagne) et EDF ont signé, le 24 février au Salon de l’agriculture, un partenariat pour structurer et accélérer la stratégie de décarbonation de l'association d'organisations de producteurs (OP) de légumes. L’objectif est de construire un plan d’action permettant par ailleurs de favoriser la compétitivité des trois OP Légumes adhérentes (Sica Saint-Pol-de-Léon, Les Maraîchers d’Armor, Terres de Saint-Malo), qui ont chacune des besoins différents en matière d’électricité: serres, hangars, station de conditionnement, réfrigération… Le plan passera par la valorisation de la chaleur fatale (groupes froids), le pilotage des bâtiments par l’intelligence artificielle, le renouvellement du parc d’éclairage des sites, le maillage du territoire de l’AOP en bornes pour les futurs véhicules électriques, ainsi que le développement du photovoltaïque. Sur ce dernier point, le Cerafel vise 70% des exploitations sous abri de tomates équipées d’ici 2030. «Cela devrait permettre de couvrir 30% des besoins des sites concernés», souligne Marc Kerangueven, président du Cerafel. L’AOP vise par ailleurs la certification Iso 50001 (amélioration des performances énergétiques).
Légumes: géothermie, retenues d’eau et volumes en hausse pour Savéol
À l’occasion de son point presse le 24 février au Salon de l’agriculture, la coopérative légumière finistérienne Savéol a évoqué les innovations en matière de décarbonation de l’énergie utilisée dans ses serres. «Nous bâtissons une boucle vertueuse en développant des solutions de pompes à chaleur», a évoqué son président Pierre-Yves Jestin. Surtout, la coopérative a développé la géothermie, une première dans l’Hexagone, selon elle, et sujet de réflexion depuis plusieurs années. «Sur l’année, la géothermie devrait assurer 15% de nos besoins en énergie et 50 à 60% en plein été», a évoqué Guillaume Kerjean, maraîcher à Guipavas. Par ailleurs, la coopérative développe ses réserves de rétention d’eau de pluie; 33 exploitations sont équipées, ce qui représente 32% des surfaces irriguées de la coopérative. Côté résultats 2024, la coopérative a commercialisé 74 000 t de tomates et 3000 t de fraises. «La météo a eu un impact aussi bien sur la production et la consommation, ce à quoi s'est ajoutée la concurrence externe», analyse le directeur Thierry Gallou, qui reste discret concernant les prévisions pour cette année. À noter cependant, l’introduction commerciale d’une nouvelle variété de fraise baptisée «Floriguette», qui vient remplir le créneau entre mai et la mi-juin, après la gariguette, toujours locomotive de l’offre fraise de Savéol.
Machinisme: venu de l'automobile, le groupe Emil Frey rachète un troisième concessionnaire
Issu du monde de l'automobile et de la moto (réseau Autosphère), le concessionnaire Emil Frey continue de s'implanter dans le monde de la distribution de machines agricoles dans l'ouest de la France, avec l'annonce, ce 24 février, de la reprise des concessions New Holland et Case IH du groupe Douillet – soit sa troisième acquisition depuis un an. Il s'agit d'un gros morceau, puisque le groupe réalise un chiffre d'affaires de 96,1 millions d'euros (M€), ce qui porte la branche agricole d'Emil Frey à 180 M€ et étend son territoire à la Normandie, précise l'entreprise dans un communiqué. L'activité agricole reste toutefois marginale chez Emil Frey, qui affichait 5,9 Md€ de chiffre d’affaires consolidé en 2023. Emil Frey était jusqu'ici présent en Bretagne et Pays de la Loire avec les rachats successifs de Bretagri en février 2024, puis de Gabagri en juin. Deux autres concessionnaires automobiles s'intéressent à l'agriculture depuis quelques mois. Le groupe BPM a repris en 2022, Agreom et Ouest agri, puis en 2025 les établissements Chesneau. Nos confrères de La France agricole ont également signalé qu'en octobre, dans le nord-est de la France, le concessionnaire automobile Gueudet avait repris les établissements Primault.
Coopératives: Noriap duplique le programme d'agriculture régénérative de Vivescia
À l’occasion du Salon de l'agriculture le 24 février, le groupe coopératif Noriap a signé avec Vivescia un partenariat permettant de dupliquer le programme «Transitions», lancé en septembre 2023 par ce dernier afin de développer l'agriculture régénérative. Noriap espère produire 100 000 t de matières premières (essentiellement des céréales) issues du programme d’ici à 2028, soit «un peu moins de 10% de notre collecte», à l'aide de «250 agriculteurs», a précisé Nathalie Ternois, directrice Agriculture de la coopérative. Elle souhaite par ailleurs que l'organisme stockeur devienne à terme «le premier fournisseur de matières premières décarbonées des Hauts-de-France». C’est pourquoi Noriap a également signé un autre partenariat allant dans le même sens avec ses clients: Tereos, Grands Moulins de Paris (filiale de Vivescia), Cocorette (filiale de Noriap) et Novial (filiale de Noriap). Les producteurs adhérents au programme se verront attribuer une prime de 100 €/ha ou de 150 €/ha selon leur niveau de performance. De son côté, Vivescia, via son président Christoph Büren, revendique déjà «420 agriculteurs engagés», et en vise 1000 en 2026. Il déclare également que toute autre structure est bienvenue, et que chacun peut «s'attribuer le projet».
Coopératives: l'allemand Baywa cède la majorité de sa filiale énergie pour sortir du rouge
Spécialisée dans les énergies renouvelables, la société d'investissement suisse EIP va prendre 65% des parts de la filiale de Baywa dédiée aux énergies renouvelables, annonce, dans un communiqué le 24 février, le conglomérat allemand Baywa AG, actif dans l'alimentaire, la construction et l'énergie. En 2023, l'année du centenaire de sa création, Baywa a enregistré la première perte nette de son histoire – 93 M€, pour un chiffre d'affaires de 24 Md€, et après un bénéfice net de 240 M€ en 2022 – en raison de la hausse brutale des taux d'intérêt qui ont pesé face à un endettement dépassant les 5 Md€. Durant l'été 2024, Baywa AG avait annoncé la commande d'un audit pour faire la lumière sur une «situation financière tendue». Le titre du groupe de Munich, coté au sein de l'indice des petites valeurs SDax, s'était effondré à la suite de cette communication. En novembre, il annonçait avoir fait l'objet d'un audit du gendarme financier allemand qui soupçonne le groupe d'avoir «enfreint les règles comptables».
Protéines d'insectes: la start-up Ynsect demande son placement en redressement judiciaire
La start-up Ynsect, spécialisée dans la production de protéines et d'engrais à base d'insectes, a demandé son placement en redressement judiciaire devant le tribunal de commerce d'Évry (Essonne), a fait savoir un porte-parole de l'entreprise à l'AFP le 24 février. L'entreprise française avait lancé en janvier un appel à des investisseurs ou repreneurs dans le cadre d'une procédure de sauvegarde, et les offres pouvaient être déposées auprès de l'administrateur judiciaire jusqu'au 17 février. Mais Ynsect, qui sera en cessation de paiements à la fin mars, «n'a pas été en mesure de trouver un accord sur le financement d'un plan de sauvegarde, en dépit des négociations et travaux poussés», a expliqué le porte-parole de la start-up. Pour faciliter une reprise potentielle rapide de tout ou partie de ses actifs par les «repreneurs potentiels qui ont manifesté des marques d'intérêt» ou par tout autre nouveau candidat, Ynsect a donc déposé «une demande de conversion de la procédure de sauvegarde en procédure de redressement judiciaire». Spécialisé dans l'élevage et la transformation d'insectes pour l'alimentation animale, humaine et les engrais, Ynsect a levé au total 600 M$ auprès d'investisseurs depuis sa création en 2011, mais est aujourd'hui confrontée à la difficile montée en puissance de son modèle.
Cercles de réflexion: Alessandra Kirsch quitte Agriculture Stratégies pour le CGAAER
Dans un arrêté paru le 17 novembre, la ministre de l'Agriculture a nommé l'actuelle directrice générale du cercle de réflexion Agriculture Stratégies (ex-Momagri), Alessandra Kirsch, au CGAAER (ministère de l'Agriculture), à compter du 1er mars. L'économiste arrivait à la fin de sa période de mise en disponibilité de la fonction publique, indique-t-elle à Agra Presse. Alessandra Kirsch avait pris la direction générale d'Agriculture Stratégies en février 2024, date à laquelle le cercle de réflexion avait annoncé faire peau neuve, avec un nouvel actionnariat, le départ du fondateur Jacques Carles et une nouvelle feuille de route. Son départ ne signe pas la fin d'Agriculture Stratégies, qui profitera du Salon de l'agriculture pour avancer sur le recrutement d'un nouveau directeur général, indique-t-elle. En revanche, le statut de fonctionnaire l'obligera à garder ses distances avec l'organisme.