Agrafil du 25 juin 2024

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NBT: dernière tentative de la présidence belge pour finaliser une position des États membres

La présidence belge du Conseil de l’UE va tenter une dernière fois, le 26 juin, à l’occasion de la réunion des ambassadeurs de l’UE, de finaliser une approche générale des Vingt-sept sur la proposition de règlement relative aux nouvelles techniques de sélection génomique (NBT). Pour convaincre les plus réticents (la Pologne notamment), la Belgique propose notamment d’interdire la brevetabilité des plantes NBT de catégorie 1 (c'est-à-dire celles qui peuvent être considérées comme équivalentes à des semences conventionnelles). L'eurodéputé socialiste Christophe Clergeau, négociateur de son parti sur ce dossier, salue dans un communiqué du 24 juin cette avancée qui constitue «un pas vers le Parlement», tout en déplorant qu'il soit proposé dans le même temps «d’autoriser des essais de plein champ sans vérification préalable de l’absence de brevet». Et il dénonce une tentative de «passage en force», alors qu'un avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a été réclamé par le Parlement européen.

Avenir de l'agriculture: pas de consensus entre les Vingt-sept

La présidence belge du Conseil de l’UE n’a pas obtenu de consensus, le 24 juin à l’occasion de la réunion des ministres de l’Agriculture des Vingt-sept à Luxembourg, sur son projet de conclusions concernant l’avenir de l’agriculture européenne. Résultat: elle doit se contenter de conclusions de la présidence, à la portée plus limitée. À la dernière minute, la Roumanie a en effet décidé de ne «pas soutenir le texte», n’a pu que regretter le ministre belge David Clarinval. Bucarest demandait un engagement sur la convergence externe des aides pour aller vers un niveau de soutien à l’hectare équivalent dans tous les États membres. Les conclusions ont toutefois été soutenues par 25 États membres. Elles fixent les grandes orientations qui devront être mises en haut de l’agenda de la Commission européenne lors de la prochaine mandature: souveraineté alimentaire, réduction de la charge administrative, renouvellement générationnel, compétitivité, place des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement… Via le dialogue stratégique qu'elle a lancé sur l’avenir de l’agriculture (réunissant les parties prenantes), la Commission européenne est aussi, de son côté, en train de mettre la dernière main à ses propres recommandations, attendues pour fin juillet.

Législatives: Bardella veut pousser l’alimentation locale et des «prix d’intervention»

À l’occasion de la présentation du programme de son parti pour les élections législatives, le 24 juin en conférence de presse, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a proposé «un grand plan "Manger français"» en restauration scolaire. L’objectif de ce plan serait «d’atteindre 80% de produits français dans les cantines scolaires à l’horizon 2027», a-t-il précisé. Concernant l’affichage, le RN défend une généralisation de «l’étiquetage sur l’origine et la qualité des produits alimentaires». De plus, l’eurodéputé s’engage à interdire «les importations de produits agricoles ne répondant pas aux standards appliqués en France». Enfin, sur la rémunération des agriculteurs, Jordan Bardella s’engage à «rétablir des prix d’intervention», sans donner plus de précisions. Interrogé une semaine plus tôt sur le sujet, l’ex-député RN Grégoire de Fournas expliquait, lui, vouloir «clarifier» le concept de prix abusivement bas. Puis, dans un second temps, instaurer «des prix garantis aux producteurs qui couvrent les coûts de production, fixés par l’interprofession, ou l’État à défaut» (voir notre décryptage des programmes agricoles pour les législatives). Considérant que «le gouvernement a échoué à faire appliquer les dispositifs d’Egalim», Jordan Bardella assure vouloir «mettre en place des règles que personne ne pourra contourner, ni dans l’industrie agroalimentaire ni dans la grande distribution».

Législatives: le Modef appelle à voter pour le Nouveau Front populaire dès le premier tour

Après en avoir débattu en bureau le 21 juin, le Modef appelle à voter pour le Nouveau Front populaire au premier tour et à battre le Rassemblement national lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet, a annoncé le syndicat agricole dans un communiqué le 24 juin. «Nous prenons cette décision dans un contexte inédit, notre République sociale, celle voulue par le Conseil national de la résistance (CNR) et notre agriculture paysanne et familiale sont en danger», explique-t-il. Pour lui, «le Nouveau Front populaire rejoint une position fondamentale du Modef sur les négociations commerciales en garantissant un prix plancher et rémunérateur aux agriculteurs en taxant les superprofits des agro-industriels et de la grande distribution». Concernant le foncier, le Modef souligne vouloir «une véritable politique des structures qui favorise réellement l’installation par rapport aux agrandissements afin d’enrayer la catastrophe démographique» et assurer la souveraineté alimentaire. Concernant la nouvelle Pac, le syndicat demande un plafonnement obligatoire des paiements directs à 50 000 €/actif comme l’Irlande et le Portugal, ainsi qu'une aide annuelle de 5000 € aux exploitations ayant une surface inférieure à 20 ha. «Nous serons vigilants à la mise en œuvre du projet agricole du Nouveau Front populaire», avertit cependant le Modef.

Législatives: L214 appelle à «faire barrage à l’extrême droite»

Dans un communiqué du 20 juin, L214 appelle à «faire barrage à l’extrême droite» lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet. L’association de défense des animaux rappelle qu’elle est «apartisane», mais justifie sa décision par les «circonstances exceptionnelles» (montée du vote RN, dissolution de l'Assemblée nationale). Selon l’ONG, le programme du Rassemblement national (RN) constitue «une menace imminente pour tous les animaux, humains compris» (sic). Et de détailler: «Le projet du RN promet en effet un recul de la condition animale, une répression accrue des lanceurs d’alerte et une dégradation des droits fondamentaux.» Dans son observatoire «Politique & animaux», L214 a attribué au président du RN Jordan Bardella «la note catastrophique de 5,7/20». Concernant les autres partis, l'association note que «la question animale semble être abordée uniquement dans le programme du Nouveau Front populaire». Tout en estimant que «les précédents gouvernements et majorités parlementaires n'ont pas brillé par leur engagement pour les animaux». L’ONG rappelle notamment que le gouvernement a «publié deux décrets qui rendent encore plus faciles la création ou l’extension d’élevages intensifs». Et «une arrivée de l'extrême droite au pouvoir pourrait aggraver la situation», craint L214.

Législatives: le Rac étrille le bilan agricole et alimentaire de la majorité présidentielle

Dans un document d'analyse diffusé le 21 juin, le Réseau action climat (Rac) décrypte les positionnements pris à l’Assemblée, depuis 2022, des trois forces principales en lice pour les législatives anticipées du 30 juin (à savoir le Rassemblement national, Renaissance et la Nupes). Sur le sujet de l’option végétarienne quotidienne dans les cantines scolaires, le Rac estime «très problématique» la position de la majorité présidentielle (Renaissance), qui a rejeté cette option dans la PPL Mieux manger d’avril 2023, alors que, durant le premier quinquennat, elle y semblait favorable. Le Rac déplore aussi que la majorité présidentielle ait voté contre l’approvisionnement à 100% de viande française dans les cantines de l’État lors des débats sur la loi d’orientation agricole en mai 2024. Une telle mesure «permettrait d’assurer des débouchés et de réduire la pression concurrentielle sur les éleveurs français» tout en étant «cohérente avec la nécessité, pour des raisons environnementales et de santé publique, de modérer la consommation de viande en privilégiant la viande de qualité produite en France», souligne l’organisation.

Irrigation: une réserve d’eau dégradée dans le Maine-et-Loire (presse)

«Une réserve d’eau de 40 000 m3 destinée à l’irrigation agricole a été dégradée volontairement à Trémentines», près de Cholet (Maine-et-Loire), a appris Le Courrier de l’Ouest auprès «du procureur de la République d’Angers et des propriétaires de l’équipement» (article payant). Les faits se seraient déroulés «probablement au cours de la nuit de lundi à mardi» (17 et 18 juin, NDLR). Selon le journal du groupe Sipa Ouest-France, les auteurs ont «arraché la clôture entourant la réserve en trois endroits, avant de taillader la bâche au niveau de l’eau sur la totalité de son périmètre», causant 150 000 € de dégâts. Comparée aux «méga-bassines» qui font actuellement polémique, la réserve attaquée apparaît de taille modeste: 40 000 m3, contre 628 000 m3 pour la réserve de Sainte-Soline par exemple. Dans un message transmis à la presse, une collectif se faisant appeler FNSEA (pour «Foule nombreuse solidaire des écosystèmes abîmés») a revendiqué l’action, dénonçant «un accaparement de l’eau» et appelant «à désarmer l’agro-industrie». Dans un communiqué du 19 juin, la FDSEA et les JA du Maine-et-Loire préviennent de leur côté que «cette destruction est la goutte d’eau de trop qui pourrait amener les agriculteurs à un comportement plus radical».

Biodiversité/bio: la LPO et la Fnab s’allient pour améliorer les pratiques agricoles

La Ligue de protection pour les oiseaux (LPO) et la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) ont signé, le 22 juin au congrès de la LPO à Lille, une convention de partenariat pour «promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et de la biodiversité», selon un communiqué commun. L’association de protection de la nature et le réseau de producteurs bio s’engagent à travailler sur quatre «axes stratégiques»: soutenir les agriculteurs dans «la transition» vers des pratiques favorables à la biodiversité; mettre en place des «actions concrètes» pour «préserver et restaurer» les habitats naturels dans les exploitations; sensibiliser aux «bienfaits» de l’agriculture biologique pour protéger la biodiversité; et «stimuler la recherche et l’innovation» sur l’agriculture durable et la conservation des espèces. «Nous défendons la même vision d’une agriculture qui travaille avec le vivant et non pas contre, plus nous serons nombreux à défendre les pratiques de l’agriculture bio et plus nous ferons grossir les rangs des agriculteurs pour qui la biodiversité compte», déclare le président de la Fnab Philippe Camburet, cité dans le communiqué.

Tomates: un logo «Bio et biodiversité cultivée» pousserait le consommateur à l’achat (étude)

Dans le cadre du projet de recherche européen BioValue, le cabinet Ecozept s’est penché sur l’avis des consommateurs européens sur le concept de «biodiversité cultivée» (plantes cultivées prenant en compte variété et génétique, transformées et commercialisées), prenant l’exemple de la tomate, à l'occasion d'une visioconférence le 20 juin. Il a travaillé sur deux possibilités d’indication sur les emballages: un logo «Biodiversité cultivée inclusive et participative», et un autre combinant le bio et la biodiversité. D’une manière générale, les répondants étaient intéressés par les deux labels. Cependant, la majorité d’entre eux (50%) s’est portée sur le logo «Bio et biodiversité», l’autre indication recueillant 37% de réponses. Dans le détail, 68% des répondants expriment de la confiance dans ce logo, qu’ils trouvent clair à 78% (contre 57% et 67% pour la première proposition). 66% reconnaissent qu’ils seraient intéressés par l’achat de tomates qui le porteraient. Les résultats laisseraient penser que la présence du mot «bio» serait un support de décision pour le consommateur. D’ailleurs, l’enquête souligne que 64% des interviewés justifient leur choix en indiquant que «tous les produits qui contribuent à la biodiversité cultivée [devraient] être biologiques».

Engrais azotés: les satellites Sentinel 2 ont boosté l'offre d'OAD, et «disqualifié» les drones

Dans une étude parue dans la dernière édition de la revue Économie rurale, deux chercheurs de l'Inrae soulignent le «tournant majeur» pour le pilotage de la fertilisation azotée qu'a constitué en 2017 le lancement des satellites Sentinel 2 par l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne. En permettant l'accès à des images satellites gratuites tous les cinq jours, cette flotte a permis, d'une part, le développement de nouveaux outils d'aide à la décision (OAD), venus concurrencer l'acteur majeur du secteur, Farmstar (Airbus/Arvalis). Ainsi, durant les cinq ans qui ont suivi, les chercheurs ont recensé huit lancements de services de pilotage de l'engrais azoté par satellite, en provenance de machinistes, d'entreprises du secteur des intrants ou de start-up. Et, entre 2016 et 2020, les surfaces couvertes par Farmstar ont reculé de près de 200 000 ha, à 600 000 ha. D'autre part, en quelques années, le satellite a complètement remplacé le drone, «disqualifié» par ses coûts d'acquisition d'images trop élevé. Acteur emblématique du pilotage par drone, Airinov avait ainsi cessé son activité deux ans après le démarrage de Sentinel 2. Il faut ajouter aux programmes publics Sentinel 2 le développement de flottes privées de nano-satellites, qui a considérablement diversifié l'offre d'images satellites (voir notre enquête).

Agrumes: l’Afrique du Sud attaque les normes phytosanitaires de l’UE à l’OMC

L’Afrique du Sud a officiellement demandé, le 24 juin à l’occasion de la réunion de l’organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC, la mise en place de deux groupes spéciaux dans le cadre de deux litiges commerciaux l’opposant à l’UE sur les importations d'agrumes. Concrètement, Pretoria reproche à Bruxelles le manque de fondements scientifiques de mesures mises en place pour contrôler la propagation de l'insecte Thaumatotibia leucotreta (ou faux carpocapse) et du champignon Phyllosticta citricarpa, connu sous le nom de «tache noire des agrumes». En outre, la délégations sud-africaine souligne que l’UE n'a pas considéré les «différences régionales en matière de risque phytosanitaire dans l'application des mesures». De son côté, l’UE a indiqué regretter le choix de l’Afrique du Sud, tout en maintenant que ses dispositifs de lutte étaient justifiés. Par conséquent et conformément aux règles de l’ORD, l’exécutif européen a rejeté les demandes d’établissement de groupes spéciaux de l'Afrique du Sud. Toutefois, si de nouvelles demandes sont introduites, l’UE ne pourra plus s’opposer.