Agrafil du 23 décembre 2022

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Vaccin influenza: le ministère de l'Agriculture fixera sa stratégie en mai

A l'occasion du déplacement de Marc Fesneau en Vendée, département particulièrement touché par l'influenza aviaire, son cabinet a fait un point avec la presse le 22 décembre, pour préciser le calendrier qui doit permettre d'aboutir à une stratégie vaccinale contre cette maladie. Les résultats définitifs de la plupart des expérimentations conduites en Europe seront connus en mars. D'ici là, à Bruxelles, un acte délégué autorisant le principe de la vaccination contre l'influenza aviaire «devrait entrer en vigueur fin février». Charge ensuite aux entreprises de déposer des dossiers d'autorisation de mise sur le marché (AMM), que le gouvernement promet d'accélérer. En mars, l'Anses devrait rendre ses recommandations sur la stratégie vaccinale. Celle du ministère de l'Agriculture devrait être prête pour le mois de mai. Si les commandes de vaccins étaient prises à ce moment, le calendrier ne permettrait pas de vacciner «avant l'automne», explique le cabinet. Pour accélérer, le ministère promet donc une «implication politique» pour que les commandes aient lieu avant le mois de mai. Au niveau international, la vaccination sera «à l'agenda» de la réunion annuelle de l'OMSA (ex-OIE, organisation internationale de la santé animale). «Il faudra ensuite convaincre chaque pays tiers», indique le ministère, qui promet des «moyens renforcés» et une collaboration avec les filières.

Retenues d'eau : du retard pour la méthodologie de calcul des volumes prélevables en hautes eaux

L’expertise nationale conduite par l’Office français de la biodiversité (OFB) et l'Inrae pour établir une méthodologie de détermination des volumes prélevables en hautes eaux «devrait être diffusée en fin d’année 2023», selon des sources proches du dossier contactées par Agra presse, soit avec un an de retard. Pour rappel, le gouvernement s’était engagé dans les conclusions du Varenne agricole de l’eau rendues en février 2022 à déterminer cette méthodologie «d’ici fin 2022». Or, «le rapport final de cette étude devrait être rendu à l’OFB dans le courant de l’été 2023. Il y aura une phase de validation interne avant que les résultats de ce travail puissent être diffusés publiquement», précisent les mêmes sources. Après neuf mois de travail, ayant réuni plus de 1400 participants et 520 organismes autour du Varenne de l'eau, le Premier ministre Jean Castex avait énoncé une série de mesures visant à aider les agriculteurs à faire face au changement climatique, parmi lesquelles un renforcement du rôle du préfet coordonnateur de bassin dans les déterminations du volume prélevable hors période d’étiage. Le principe du prélèvement en période de hautes eaux a fait l'objet d'une controverse entre les défenseurs et les opposants aux projets de réserves collectives dans les Deux-Sèvres, dont celle de Sainte-Soline qui a fait l'objet d'une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes cet automne.

Retenues d'eau : remplissage critiqué par Bassines non merci dans les Deux-Sèvres

Dans les Deux-Sèvres, le remplissage de la retenue d’eau destinée à l’irrigation agricole de Mauzé-sur-le-Mignon, la seule déjà construite, est «catastrophique pour la sauvegarde des rivières et des nappes phréatiques», ont affirmé des opposants le 21 décembre. La préfecture des Deux-Sèvres et la Coop' de l'eau ont indiqué à l’AFP que le projet avait démarré à la mi-décembre, après que le niveau réglementaire de la nappe phréatique avait été atteint. Or ce seuil –, fixé par arrêté préfectoral et prévu dans un protocole signé fin 2018 –, est jugé trop bas par des associations environnementales et les opposants au projet. Le remplissage intervient alors que «les nappes sont au plus bas», a ainsi dénoncé Julien Le Guet, porte-parole du collectif «Bassines non merci» à l’AFP, alors qu’il avait convié la presse à «constater que le Mignon, la rivière située en contrebas, ne coule pas». Quant à l’association Nature Environnement 17, elle réclame l’arrêt des prélèvements alors que «le niveau de la nappe baisse» depuis le redémarrage des pompages. Reste que pour la préfecture du département, «les seuils fixés pour le remplissage permettent de ne pas avoir d'effet sur l'environnement et les milieux aquatiques», selon une étude d’impact scientifique menée pour le projet. La visite sur place, le 14 décembre, d'un inspecteur de l'environnement assermenté «a permis de constater que le Mignon n'était pas à sec (...) avec des écoulements visibles», a ajouté la préfecture.

Huile d’olive : les producteurs se regroupent en AOP pour demander accès aux PO

L’association France Olive production a été reconnue en tant qu’association d’organisations de producteurs (AOP) dans le secteur de l’huile d’olive et des olives de table par un arrêté du 14 décembre, publié au Journal officiel du 22 décembre. Elle regroupe les deux organisations de producteurs (OP) d’huile d’olive — la société coopérative agricole (SCA) du Nyonsais et la SCA oléicole interdépartementale L’Oulibo (reconnues dans deux arrêtés du 26 octobre) — et les autres producteurs rassemblés au sein de la Confédération française des producteurs d’olives. Elle représente ainsi 100% des producteurs de la filière, indique le directeur de l’association interprofessionnelle France Olive, Yves Guillaumin. Grâce à cette reconnaissance en AOP, France Olive production peut prétendre à bénéficier de co-financements européens via le dispositif de programmes opérationnels (OP). Un dossier a été déposé pour une mise en œuvre au 1er janvier, apprend Agra Presse auprès de l’interprofession. Cette dernière bénéficiait d'aides sectorielles lors de la précédente programmation, ce qui n’est plus permis dans le cadre de la nouvelle Pac, explique son directeur. Un décret d’octobre précise que dans le secteur de l’huile olive et des olives de table, seule une AOP peut déposer un PO (voir Agrafil du 26 octobre).

En Corse, obligation de puçage des bovins pour lutter contre les fraudes

Les bovins corses vont désormais être équipés de "Bolus", une puce électronique inviolable qui permettra de les identifier. La Corse «est la seule région» de France «où le Bolus sera obligatoire pour obtenir, dès octobre 2023, l'aide animale» de la Pac, précise Pierre Bessin, directeur de la Draaf de Corse. Cette identification individuelle de chaque animal, dont le coût (1,7 euro hors taxe par bête) et la mise en place sont pour le moment intégralement pris en charge par l'Etat, «conditionnera également d'ici 2024 ou 2025 l'attribution de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN)», une autre aide agricole européenne. Et elle sera obligatoire pour amener ses bêtes à l'abattoir, a précisé à l'AFP Lia Bastianelli, cheffe du projet Bolus à la Draaf de Corse. Pour l'heure, seuls 8% des éleveurs concernés ont refusé. Fin octobre, la chambre d'agriculture de Haute-Corse et le syndicat agricole FDSEA 2B ont critiqué l'imposition du bolus, lors d'une conférence de presse, préférant un système alternatif, selon eux, plus fiable et «garant du bien-être animal». A elle seule, «la filière bovine capte 40% des aides publiques, et le nombre d'éleveurs a explosé, passant de 900 en 2015 à 1.200 aujourd'hui, avec une production qui pourtant ne cesse de décroître», avait souligné en mai 2021 Sabine Hofferer, la précédente Draaf de Corse, qui a travaillé à la mise en place de ces Bolus.

Frites: l’OMC confirme la condamnation des mesures antidumping colombiennes

Dans le cadre du différend sur les mesures antidumping colombiennes imposées à l’importation de frites congelées originaires d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas, les arbitres de l’Arrangement d’arbitrage intérimaire multipartite (AMPA) de l’OMC ont rejeté le 21 décembre, l’appel de Bogota en confirmant les conclusions du groupe spécial qui estimait que la Colombie avait agi d’une manière «incompatible avec les dispositions de l’Accord antidumping». «Cette décision est une victoire pour les producteurs européens dont les exportations vers la Colombie, qui représentent plus de 20 M€, ont été affectées par les droits de douane colombiens», s’est félicité le commissaire au Commerce Valdis Dombrovskis. Tout en indiquant qu’il s’agissait aussi d'une «importante victoire pour le multilatéralisme commercial car la Colombie et l'UE sont parvenus à régler ce litige commercial malgré les défaillances de l'organe d'appel de l’OMC». En raison du blocage des nominations des juges par les États-Unis depuis décembre 2019, l’AMPA avait ainsi été mis en place par certains membres de l’OMC afin de pouvoir continuer à régler leurs différends commerciaux.

Boues de Step : vers la fin de l'hygiénisation anti-Covid avant épandage

Un projet d’arrêté – soumis à consultation publique entre le 20 décembre 2022 et le 10 janvier 2023 par le ministère de la Transition écologique – vise à abroger l'arrêté du 30 avril 2020 modifié, qui conditionne l’épandage sur les sols agricoles des boues issues du traitement des eaux usées à une hygiénisation préalable afin d'éliminer toutes traces possibles d'ARN viral du Sars-Cov-2. Face aux contraintes techniques et financières pour les collectivités rurales relatives à la mise en œuvre de ces restrictions d’épandage, les ministères de la Transition écologique, de la Santé et de l’Agriculture s’étaient interrogés sur le maintien de mesures restrictives prises concernant l’épandage des boues. Saisi par ces derniers en juillet 2022, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) avait rendu un avis trois mois plus tard, préconisant de ne pas maintenir les mesures restrictives d’épandage des boues, actuellement en vigueur. Le HCSP atteste que «les données épidémiologiques, virologiques et techniques, fondées sur une actualisation des données scientifiques, ne vont pas dans le sens d'un maintien d'une éventuelle viabilité du virus Sars-Cov-2 dans […] les eaux usées urbaines (ou les effluents mixtes urbains et industriels) et les boues de stations d’épuration».

Moins de viande, plus de bio: Berlin révise sa stratégie nutritionnelle

Le ministère allemand de l’alimentation et de l’agriculture a dévoilé le 21 décembre les principales orientations de sa stratégie nutritionnelle, qui sera lancée en 2023. «Je veux m’assurer qu’il est possible pour tout le monde en Allemagne de bien manger et de manière saine, quel que soit ses revenus», indique le ministre Cem Özdemir. La nouvelle stratégie visera à réduire la consommation de produits d’origine animale «à un niveau durable et favorable à la santé». «En Allemagne, la consommation de viande est bien au-dessus du niveau nutritionnel recommandé», confirme le document gouvernemental. La stratégie prévoit également de «promouvoir l’alimentation biologique» et d’imposer 20% de bio dans les cantines fédérales afin d’atteindre 30% de SAU bio dans le pays d’ici 2030. Dans la ligne d’une politique adoptée dès 2019, le gouvernement espère aussi «réduire le gaspillage alimentaire de moitié d’ici 2030». Autant de cibles qui seront accompagnées par des études sur les habitudes actuelles des consommateurs, ainsi que des campagnes de communication auprès des consommateurs, ainsi que de la sensibilisation dans les écoles.

Etats-Unis: des revenus agricoles record en 2022, jamais vus depuis 1973

Le revenu agricole net aux Etats-Unis devrait atteindre en 2022 un niveau record, selon l’évaluation du Département américain de l'agriculture (USDA) de décembre. Celui-ci s’élèverait à 160,5 milliards de dollars soit une augmentation de 19,5 milliards (+13,8%) par rapport à 2021, après une hausse de 46,6 milliards en 2021 (+49,3%). Corrigé de l'inflation, ce revenu net devrait augmenter de 10,7 milliards de dollars (+7,2%). Il serait ainsi supérieur de 53,3% à sa moyenne sur 20 ans, et à son plus haut niveau depuis 1973. Ces chiffres moyens masquent toutefois des variations importantes entre productions et régions. Les entreprises spécialisées dans les produits laitiers devraient connaître la plus forte croissance de revenu, tandis que celles productrices de coton et de porcs devraient connaître les plus fortes baisses. Les recettes totales liées aux cultures devraient augmenter de 19% en raison de l'augmentation des prix du soja, du maïs et du blé notamment. Et pour les productions animales, l’augmentation des recettes devraient atteindre 30,8%. Conséquence de ces prix élevés et de la levée des mesures de soutien mises en place pour faire face au Covid-19: les paiements directs du gouvernement devraient diminuer de 9,4 milliards de dollars (-36,3%) par rapport à 2021 pour atteindre 16,5 milliards de dollars en 2022.

Néonicotinoïdes : la reconduction de la dérogation, «preuve de complaisance» (apiculteurs)

«Le comité de surveillance des néonicotinoïdes est un comité de complaisance, et la dérogation qui ne manquera pas d’être accordée en 2023 en sera la preuve», s’agace Franck Alétru, président du syndicat national d’apiculture (SNA), lors d’un échange avec Agra presse le 22 décembre. L’apiculteur rappelle que son organisation avait quitté le comité au printemps 2022, notamment en raison d’un désaccord sur les mesures de compensation de la dérogation. «On nous avait promis 400 hectares de jachères fleuries, qui non seulement auraient été inutiles face à 400 000 hectares de betterave, mais qui n’ont même sans doute jamais été semés». Plus largement, «nous savions que les trois années de dérogations seraient inutiles, alors même que les alternatives sont déjà disponibles», regrette Franck Alétru. Car si l’obtention d’une dérogation pour 2023 fait peu de doute, déplore l’apiculteur, «le jeu de force et de pression commence déjà à se préparer pour 2024». «Ce sera une décision politique», insiste Franck Alétru, soulignant les avancées récentes de la Cop15.

Chambre des Hauts-de-France: Dauger démissionne, Degenne président

Lors d’une session le 16 décembre, Laurent Degenne a été élu président de la chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France, annonce l’institution dans un communiqué le 19 décembre. «Âgé de 51 ans, marié et père de deux enfants, Laurent Degenne est avec son frère à la tête d’une exploitation orientée vers les productions industrielles et la prestation de services basée à Licourt», dans la Somme, précise la chambre. «Engagé de longue date dans les instances agricoles», M. Degenne a notamment été «président des Jeunes Agriculteurs de la Somme, puis de Picardie; président de la FRSEA de la Somme, puis de la FRSEA Picardie et des Hauts-de-France». Il succède à Olivier Dauger, élu national de la FNSEA en charge des dossiers climat et énergie et membre du bureau de Chambres d’agriculture France. «Il devenait difficile de porter les dossiers climat énergies carbone et un projet de mutualisation des chambres pour lequel j'avais été élu», explique Olivier Dauger à Agra presse. C'est notamment le département de la Somme qui restait jusqu'ici en dehors du processus de fusion, selon nos confrères de Terres et territoires.

Ministère de l'Agriculture: Fesneau nomme un nouveau secrétaire général par interim

Selon le compte-rendu du conseil des ministres du 22 décembre, Philippe Merillon a été nommé, par intérim, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, à compter du 30 décembre 2022. Il remplace Sophie Delaporte, qui occupait ce poste depuis décembre 2018, et a été nommée haute fonctionnaire de défense et de sécurité auprès du ministre de l'Agriculture. Toutefois, précise le ministère, Mme Delaporte devrait être amenée à quitter la Rue de Varenne cette année, puisqu'elle vient également d'être nommée conseillère d’Etat en service ordinaire (tour extérieur), à compter du 30 décembre 2022.

A nos abonnés: possible ralentissement des parutions durant les fêtes de fin d'année

En raison du ralentissement de l'actualité durant les fêtes de fin d'années, l'Agrafil et les Agra Lives pourront être diffusés à un rythme moins soutenu jusqu'au 1er janvier. En vous remerciant de votre compréhension.