Agrafil du 30 janvier 2024

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Les agriculteurs campent autour de Paris, annonces du gouvernement attendues mardi

Des milliers d'agriculteurs mobilisés en France, dont un millier qui bloquent des autoroutes autour de Paris: le monde agricole ne relâchait pas, lundi 29 janvier au soir, la pression sur le gouvernement qui promet de «nouvelles mesures» dès mardi après un premier volet jugé insuffisant. Tout autour de Paris, la circulation est perturbée avec des portions d'autoroutes fermées à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, selon le site Sytadin. Paris elle-même n'est pas bloquée, ni le marché vital de Rungis (Val-de-Marne) et les aéroports parisiens. De «nouvelles mesures seront prises dès demain» en faveur des agriculteurs, a annoncé la porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot à l'issue du Conseil des ministres. Le chef du gouvernement, Gabriel Attal, recevait lundi soir les présidents du premier syndicat agricole français FNSEA et des Jeunes agriculteurs (JA), en présence des ministres de l'Agriculture Marc Fesneau et de la Transition écologique Christophe Béchu. Selon une source policière, «un peu moins de 10.000 agriculteurs étaient mobilisés sur le terrain dans toute la France» le 29 janvier en fin d'après-midi, «avec près de 5.000 engins». «Les blocages autour de Paris comptent un millier d'agriculteurs et un peu plus de 500 engins», selon cette même source qui relève que «l'objectif de tenir jusqu'à vendredi est manifeste».

Manifestations: des agriculteurs de la CR en route pour Rungis

«Brigitte, prépare la soupe, on arrive!»:  des agriculteurs ont pris la route le 29 janvier à Agen, à l'appel de la Coordination rurale (CR), pour aller «investir» le marché d'intérêt national (MIN) à Rungis, où les attendent des blindés de la gendarmerie. Une trentaine de tracteurs sont partis depuis le marché aux bestiaux, dans l'agglomération agenaise. «On ne crèvera pas en silence», lançait une banderole en tête du convoi qui s'est élancé à 30 km/h sur de petites routes avant d'emprunter l'autoroute plus loin sur le parcours. En fin d'après-midi après son passage en Dordogne, le cortège était composé désormais de 90 tracteurs et d'une quarantaine de voitures, selon la CR en Haute-Vienne qui doit l'accueillir en soirée dans l'agglomération de Limoges. D'autres agriculteurs venus de ce département et de Charente devraient encore gonfler l'effectif qui repartira mardi matin en direction de Rungis, au sud de Paris, où le syndicat prévoit d'arriver «mardi soir ou mercredi matin». «L'idée, c'est de rassembler autour de nous toute la France profonde», a dit à l'AFP Serge Bousquet-Cassagne, président de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne et figure historique de la CR47 qui a lancé le mouvement. Selon les autorités, les forces de l'ordre devront agir avec «modération» pour «sécuriser» les points de blocage annoncés par d'autres syndicats agricoles autour de Paris et faire en sorte que le marché de Rungis «puisse fonctionner».

Manifestations: Macron va s'entretenir avec Ursula von der Leyen jeudi à Bruxelles

Emmanuel Macron va s'entretenir avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen le 1er février à Bruxelles au sujet de la crise du monde agricole et des mesures de soutien que les agriculteurs demandent au niveau de l'UE, a annoncé l'Élysée. L'échange, qui aura lieu en marge d'un Sommet européen extraordinaire sur le budget de l'UE, portera notamment sur l'accord commercial en négociation entre l'UE et le Mercosur, les jachères imposées aux agriculteurs et l'arrivée de produits ukrainiens dans l'Union, a précisé la présidence française. «Le président s'est exprimé à plusieurs reprises pour manifester son opposition très claire à la conclusion de l'accord (Mercosur dans les conditions actuelles, NDLR) auprès de la présidente de la Commission européenne», a souligné l'Élysée. «La Commission a compris qu'il était impossible de parvenir à une conclusion dans ce contexte», a-t-on assuré de même source. «Notre compréhension, c'est qu'elle a bien instruit ses négociateurs de mettre fin aux sessions de négociation qui étaient en cours au Brésil et en particulier à la visite qui avait été envisagée du vice-président de la Commission dans l'hypothèse d'une conclusion», a relevé la présidence française.

Manifestations: l’Espagne demande la libre circulation de ses produits en France

Le ministre espagnol de l'Agriculture Luis Planas a qualifié d'«inadmissibles» les attaques et les obstacles au transit des produits agricoles espagnols par les agriculteurs français à la frontière (camions vidés de leur contenu, voire incendiés), rapporte l’agence de presse espagnole EFEAgro. Il demande au gouvernement français de garantir la libre circulation. Le ministre a précisé avoir échangé avec Marc Fesneau, et qu'il existe un contact permanent entre les ministères de l'Agriculture, de l'Intérieur et des Affaires étrangères des deux pays afin que «les problèmes de transit soient résolus». De son côté, le syndicat agricole COAG, majoritaire en Espagne, qualifie de «fausses» et de «scandaleuses» les déclarations des représentants politiques français sur la production en Espagne, relevant que les autorités françaises «ne mentionnent pas l'entrée de produits en provenance du Maroc». Il l’attribue au fait «qu'il doit y avoir certains intérêts dans ce pays de la part des entreprises françaises». Les jeunes agriculteurs espagnols demandent de la fermeté «face aux attaques, verbales et physiques, de la France contre le produit espagnols, incompréhensibles, car les agriculteurs des deux pays partagent les mêmes problèmes». Les organisations agricoles devraient se réunir le 30 janvier pour évaluer la situation.

Manifestations: Greenpeace se mobilise à Paris contre les accords de libre-échange

Une trentaine de militants de Greenpeace ont manifesté leur «soutien» aux agriculteurs et à la transition agroécologique aux abords de l’Assemblée nationale le 29 janvier, rapporte l’ONG dans un communiqué le même jour. Les activistes ont déployé une longue banderole sur le pont de la Concorde avec le message «Soutien aux agriculteurs – Stop accords de libre-échange», comme en témoigne une photo postée sur le réseau X. Des banderoles plus petites arboraient des messages tels que «Nourrir les gens, pas les profits» et «L’agro-business se gave», selon des photos destinées aux médias. Greenpeace demande au gouvernement de «s'engager immédiatement à mettre fin aux négociations de l'accord de libre-échange UE-Mercosur», d’instaurer «un moratoire sur tous les autres accords commerciaux en négociation» et de «réexaminer tous les accords en vigueur», rejoignant en cela les demandes de la Confédération paysanne et du Modef. De même, Greenpeace «soutient» les demandes d’interdire la vente de produits agricoles sous le prix de revient (prix plancher), d’instaurer un prix minimum d’entrée pour les produits importés, et d’encadrer plus strictement les marges des intermédiaires, «notamment de la grande distribution», aussi portées par les deux syndicats.

Manifestations/bio: la Fnab dénonce l’aide peau-de-chagrin promise par Gabriel Attal

«Monsieur le Premier ministre, la bio ne vous dit pas merci», tonne la Fnab (producteurs biologiques) dans un communiqué le 27 janvier, au lendemain de l’annonce par Gabriel Attal, depuis la Haute-Garonne, d’une rallonge de 50 millions d’euros (M€) d’aides à la bio. La Fnab estime cette enveloppe très insuffisante, alors que l’ensemble de la filière bio chiffre ses pertes à «550 M€ depuis deux ans». Une fois cette rallonge répartie entre les 60 000 exploitations bio, chaque ferme toucherait 833 euros d’aides, a calculé le syndicat: «833 euros, ça n’est même pas le prix d’un pneu [de tracteur], nous sommes des agriculteurs, nous ne faisons pas l’aumône», cingle la Fnab. Le réseau de producteurs biologiques rappelle que la précédente enveloppe de 94 M€ décidée en deux temps, deux fois plus importante que celle annoncée vendredi, n’a bénéficié qu’à une minorité d’exploitants. «Moins de 10% des fermes biologiques françaises ont été aidées en 2023», affirme la Fnab dans le communiqué. Elle «en appelle au soutien des parlementaires de la majorité présidentielle» qui ont voté pour un amendement octroyant 271 M€ à la bio dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2024. Un amendement qu'avait écarté l'ancienne Première ministre Élisabeth Borne via le 49.3.

Bio/méthanisation: l’UE assouplit la provenance des biodéchets méthanisés

Dans un règlement d’exécution paru le 25 octobre, l’Union européenne a assoupli la réglementation bio encadrant l’origine des intrants autorisés dans les méthaniseurs dont les agriculteurs bio peuvent utiliser les digestats. Auparavant, les unités de méthanisation conformes ne pouvaient utiliser que des biodéchets issus de ménages ou d’entreprises de petite taille (moins de dix salariés), explique-t-on à la Fnab (agriculteurs bio). Il s’agissait de l’interprétation que faisait l’administration française du terme «mélange composté ou fermenté de déchets ménagers» inscrit dans la réglementation européenne de 2021. Ce terme a été remplacé en octobre par celui de «biodéchets compostés ou fermentés», qui ouvre le recours à des biodéchets provenant d’entreprises de toutes tailles. Cette demande avait été portée par la Suède, rapporte-t-on à la Fnab, qui avait soutenu la mesure. Cet assouplissement s’inscrit dans un contexte de manque structurel d’azote dans la filière bio, laquelle interdit les engrais de synthèse. Le problème a pu être accentué ces derniers mois par l’interdiction des engrais perlés, ainsi que le durcissement de l’approvisionnement en lisier en provenance des élevages conventionnels. La nouvelle définition de 2018, excluant certains élevages de monograstriques, est contestée par l’Afaïa au Conseil d’État – qui s’en est remis à l’avis de la CJUE. Une audience est programmée fin février.

Chlordécone: après la Martinique, Phyto-Victimes s’installe en Guadeloupe

Phyto-Victimes, l'association d'aide aux victimes de pesticides, vient d'ouvrir une antenne en Guadeloupe pour aider ceux qui voudraient faire appel au fonds d'indemnisation des victimes des pesticides (FIVP) dans le cadre du plan Chlordécone IV, rapporte l’AFP le 28 janvier. Elle est présente en Martinique depuis 2022. Le nombre de dossiers déposés auprès du FIVP reste particulièrement bas sur l'«Île papillon»: seulement 81 auraient été enregistrés, selon Edwige Duclay, la coordinatrice du plan chlordécone de l'État. Pourtant, Santé publique France estime que le risque de développer une pathologie (cancer de la prostate) liée à une surexposition concerne 14% des Guadeloupéens. Cependant, le nombre de demandes «double chaque année», a-t-elle souligné, précisant qu'«une vingtaine de rentes sont en cours de versement» en Guadeloupe. Antoine Lambert, président de Phyto-Victimes, affirme que les sommes allouées par l'État pour cette pathologie s'élèvent à environ 300 euros par mois. Quelque 12 000 ouvriers de la banane sont potentiellement concernés. À cette occasion, le député socialiste guadeloupéen Élie Califer a déposé à la mi-janvier une proposition de loi pour reconnaitre la responsabilité de la France et ouvrir l’indemnisation à l’ensemble de la population.

Salariat agricole: les groupements d’employeurs, utiles mais fragiles (étude)

Les groupements d’employeurs (GE) agricoles peuvent «constituer une des nouvelles formes de travail à même de répondre aux enjeux du renouvellement de la population des actifs agricoles, exploitants comme salariés», mais leurs perspectives restent incertaines, considère un rapport du CGAAER (ministère de l'Agriculture) publié le 25 janvier. Dans les 3 724 GE en France (chiffre MSA de 2022), l’emploi salarié agricole s’est fortement développé ces dernières années, passant de plus de 16 000 ETP en 2010 à 30 000 ETP en 2021. Le rapport détaille les avantages de la formule: contrat de travail unique, avantages sociaux, accès à la formation, diversité de postes pour les salariés; accès à une main-d’œuvre salariée qualifiée, simplification administrative et accompagnement pour les employeurs. Pour autant, la question de leur développement, voire de leur pérennité, se pose. Le rapport du CGAAER propose des actions pour pallier trois écueils. D’abord, un effort de communication est préconisé, les GE étant encore mal connus des salariés et des employeurs. Le rapport recommande ensuite de fixer le taux des cotisations sur les emplois des GE au niveau de celui des entreprises de moins de 11 salariés (taille moyenne des GE). Enfin, pour les auteurs, il serait nécessaire que les GE agricoles soient reconnus comme créanciers privilégiés en cas de défaillance d’entreprises adhérentes.

Riz: des résidus de pesticides dans 15 références sur 40 testées (presse)

Dans son édition du mois de février, le magazine 60 Millions de consommateurs a passé au crible 40 références de riz des quatre variétés les plus consommées en France: basmati, thaï, long grain et de Camargue. Résultat: des résidus de pesticides ont été retrouvés dans 15 produits, soit plus du tiers du panel. En tout, neuf substances différentes ont été détectées. Les riz basmati, à l’exception du bio, «sont les plus contaminés», précise l’association de consommateurs. Autre famille épinglée, celle du riz long grain, dont quatre références sur neuf présentent des résidus. En fin de classement, quatre références «pêchent par le nombre de résidus retrouvés (deux ou trois), et par la nocivité potentielle de ces molécules», souligne l’association de consommateurs. C’est notamment le cas du tébuconazole (fongicide) et de la cyperméthrine (insecticide), classés «potentiellement cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction», selon l’Anses. Par ailleurs, l’association a détecté un autre pesticide, l’isoprothiolane, dans trois produits. L’usage de ce dernier est interdit dans l’Union européenne, mais ses résidus sont tolérés dans les produits alimentaires. À l’inverse, l’association de consommateurs se montre satisfaite que les riz de Camargue et les riz thaï soient «indemnes, ou presque, de contamination chimique».