Agrafil du 4 juillet 2024

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Biocarburants avancés: Shell suspend la construction d'une vaste usine aux Pays-Bas

Le géant pétrolier britannique Shell a annoncé le 2 juillet suspendre la construction d'une immense usine de biocarburants au Pays-Bas, qui doit produire du «carburant durable d'aviation» (CDA) et du «diesel renouvelable» à partir de déchets. Shell «va suspendre temporairement les travaux de construction» sur ce site situé à Rotterdam qui doit produire à terme 820.000 tonnes de biocarburants par an, et se trouve présenté comme l'un des plus importants projets de ce type en Europe. Le groupe dit vouloir «assurer la compétitivité future» du site «compte tenu des conditions actuelles du marché». Shell, qui n'a pas précisé combien de temps durerait cette pause, a rétro-pédalé ces derniers mois, comme son compatriote BP, sur certains objectifs climatiques, au grand dam des militants écologistes, mettant davantage l'accent sur le pétrole et le gaz pour doper ses bénéfices. BP avait, lui aussi, suspendu le mois dernier deux nouveaux projets de production de «CDA et diesel renouvelable». Produits à partir d'huiles usagées, résidus de bois ou algues, les carburants durables d'aviation (CDA) sont utilisables en complément du kérosène (jusqu'à 50%) dans les avions actuels.

Biocarburants avancés: Olga fait rouler sa flotte logistique à l’huile alimentaire recyclée

Depuis le 1er juillet, la flotte logistique du groupe Olga (ex-Triballat Noyal) utilise de l’huile alimentaire recyclée (HVO) comme carburant, informe un communiqué du 2 juillet. Le groupe estime que le passage de 33 poids lourds et 70 véhicules légers au HVO lui permettra de réduire de près de 80% les émissions de CO2 de sa flotte «grande distance». «C'est une réduction majeure qui contribue significativement aux objectifs de durabilité de l’entreprise», affirme Olga dans son communiqué. «À la différence des carburants à base d’huiles végétales telles que le B100 (huile de colza), le HVO n’utilise pas de terre agricole supplémentaire pour sa production», poursuit l’entreprise. En effet, le HVO présente l’avantage d’être «obtenu par hydrogénation d’huiles alimentaires usagées» (huiles végétales et graisses animales). Jusqu’alors l’entreprise utilisait du carburant B30, un mélange de 30% d’huile végétale et de 70% de gazole. Légèrement plus cher, le HVO a toutefois une «fiscalité avantageuse similaire à celle du B30» et «contrairement à ce dernier, sa disponibilité est assurée en France et en Europe». De plus, ce carburant «ne nécessite pas de modification des moteurs ou des infrastructures», ce qui évite «des coûts de renouvellement de flotte», explique le communiqué. JG (Olga, 1350 salariés, 340 millions d'euros de chiffre d'affaires)

Décarbonation: 144 coopératives directement concernées par la nouvelle réglementation (LCA)

Selon les calculs de la Coopération agricole (LCA), 144 coopératives et groupes coopératifs seront directement concernés en 2025 par la réglementation européenne renforçant les attentes vis à vis des entreprises ayant l’obligation de réaliser un bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES). L’entrée en vigueur de la directive CSRD (Corporate sustainability reporting directive) concernera également «un nombre plus important de coopératives faisant partie de la chaîne de valeur de plus grands groupes», précise un guide pratique pour réaliser un bilan de gaz à effet de serre à destination des adhérents de LCA. Selon une étude réalisée par LCA avec Céréopa et l’IDDRI, l’ensemble des coopératives agricoles émettent en moyenne 69 millions de tonnes équivalent CO² par an. Plus de trois quart (77%) de l’empreinte carbone des coopératives agricoles est liée à l’amont agricole. Le reste se répartit entre les émissions issues du fret et des transports (12%), celles issues de l’activité de transformation industrielle (6%) et celles issues de la fabrication des emballages et de leur fin de vie (5%). La répartition varie fortement selon les filières. Par exemple, pour la filière vin, la première source d’émission de GES est «le conditionnement et l’emballage»: la moitié de l’empreinte carbone est liée à la fabrication de la bouteille et du bouchon. JG

Maïs: des variétés courtes, plus tolérantes aux vents violents, arrivent en France en 2027

À partir de 2027, le groupe Bayer prévoit de commercialiser des variétés de maïs grain jusqu'à 30% plus courtes que la moyenne (et semées à haute densité), ce qui les rendrait plus résistantes à la verse provoquée par les orages. Dénommées Preceon, ces variétés sont déjà commercialisées aux États-Unis sur plus de 10 000 ha. Elles vont arriver en Espagne et en Italie dès 2025, d'abord pour des variétés fourragères, indique à Agra Presse Guillaume Chancrin, responsable marketing de Bayer en France pour la culture de maïs. Dans l'Hexagone, Bayer prévoit d'abord de commercialiser des variétés de maïs grain tardives, plutôt orientées vers des itinéraires à haut potentiel. Deux premières variétés ont été enregistrées au catalogue en début d'année, qui n'ont pas vocation à être commercialisées, mais qui ont permis d'aménager le cadre réglementaire, avec la création d'une mention «Variétés cultivées en haute densité». Une troisième variété a été inscrite, dont nous ne connaissons pas l'obtenteur. Selon la presse américaine, Corteva travaille également sur les variétés courtes. «Ce sont des maïs jusqu'à 30% plus courts, avec une tige plus costaude et un enracinement plus profond, résume Guillaume Chancrin. Aux États-Unis, cette plante est plus résistante à la verse provoquée par les orages de fin de cycle – une problématique très importante en Italie».

Grandes cultures/coopératives: Le Gouessant veut développer la sole de sarrazin

En Bretagne, la coopérative Le Gouessant a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 806,6 millions d’euros, en hausse de 4,5 %. En nutrition animale et productions animales (90 % du chiffre), la coopérative a moins reculé que l’ensemble du marché. Le Gouessant n’a perdu que 0,7 % de volumes d’aliments entre 2022 et 2023 alors que le marché a reculé de 4,8 %. En porcs, le groupement maison Syproporcs a abandonné 2,6 % sur un marché en baisse de 4,8 %. La volaille reste à peu près stable, la ponte est en légère décroissance. La coopérative a présenté son plan stratégique appelé «Génération (s) Le Gouessant». Après avoir investi il y a quatre ans dans un silo de stockage à Châteaubourg (avoine, blé meunier, pois, féverole…), la coopérative développe la culture de sarrazin (6-7 000 tonnes actuellement). Avec un objectif autour de 15 000 tonnes d’ici quatre-cinq ans. Si la coopérative a nettement ralenti ses investissements l’an passé (8,9 millions d’euros contre 14,3 l’exercice précédent) pour réduire ses coûts dans un contexte inflationniste, elle multiplie les projets cette année. 18 millions d’euros sont budgétés dans l’accroissement de ses capacités de transformation de pommes de terre (alimentation humaine) et de son site de production d’aliments nutritionnels pour animaux (Newborn Animal Care), notamment. (Franck Jourdain) (4 500 adhérents, 863 salariés (Lamballe, Côtes d’Armor)

Alimentation animale : Sanders lance un nouveau plan d'aide aux éleveurs de 4M€

Dans un communiqué paru le 2 juillet, Sanders annonce le lancement d'un nouveau plan d’accompagnement de projets des élevages d’une enveloppe de 4 millions d’euros, après deux plans précédents en 2022 et 2023, chacun crédité de 6 millions d’euros. Sanders veut ainsi aider les jeunes éleveurs en favorisant leur accès au foncier, aux équipements et aux formations nécessaires, soutenir la création d’ateliers (dont des activités de transformation ou de vente directe) et encore participer financièrement à la création ou à la rénovation de bâtiments pour conserver les droits à produire. Pour espérer en bénéficier, les éleveurs, clients ou non, doivent contacter le technicien de zone pour construire avec lui le dossier. La logique d’attribution est celle du premier arrivé premier servi, apprend-on. Donc les dossiers doivent être déposés avant le 31 décembre 2024, mais un dépôt tardif est tributaire d’un épuisement de l’enveloppe. La contrepartie d’achats demandée aux éleveurs s’inscrit dans la durée d’un programme accompagné par les techniciens, mais Sanders n’exige pas d’exclusivité, souligne Anne Béliard. Les deux précédents plans d’aide ont soutenu, informe Sanders dans un communiqué, 334 projets d’installations et 1 474 projets de modernisation et décarbonation. Jusqu’à 79 000 euros d’aides ont été versés pour un projet.

Comptes de l’agriculture : reflux du «PIB agricole» français confirmé en 2023

À l’occasion de la réunion de la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) le 3 juillet, l’Insee a publié ses chiffres prévisionnels définitifs pour l’année 2023 marquée par une décrue des marchés céréaliers et l’érosion continue du cheptel. L’Insee enregistre une baisse de 4,8% en euros courants de l’équivalent agricole du PIB (valeur ajoutée brute au coût des facteurs), contre 4,5 % attendu en décembre lors de la parution des chiffres provisoires. Ce reflux intervient après une hausse de 12,3 % en 2022. Cette correction s’explique par une diminution des prix un peu plus forte qu'attendu (-4,4 %), notamment en céréales (-30%), oléo-protéagineux (-24,9 %). Les volumes restent globalement en hausse (+3%), tirés par un rebond en céréales (+7,2 %) et fourrages (+24,7%). Le rebond des volumes de légumes s'est finalement terminé en baisse (-0,9%). Les consommations intermédiaires continuent de grimper en valeur de 1,3 %. Les prix des engrais et amendements s'accroissent à nouveau (+19 %) tandis que l’énergie reflue (-5 %), après la flambée de l’an dernier (respectivement +56,4 % et +35 %) liée à la guerre en Ukraine. Mais dans le même temps, les prix des phytos augmentent (+9,9 %).

Législatives: Pascal Lavergne, porteur de la PPL sur l'épandage par drone, se désiste

Dans la journée du 2 juillet, le député sortant Pascal Lavergne a annoncé qu'il se désistera au second tour des législatives dans la 12e circonscription de Gironde. Eleveur et candidat Ensemble (majorité présidentielle), il était arrivé en troisième position au premier tour, derrière un candidat du Rassemblement national et un autre du Nouveau front populaire (NFP). Il avait déposé le 5 juin une proposition de loi visant à autoriser, sous condition, le recours au drone pour l’épandage de pesticides. À l’occasion d’une audition parlementaire le 4 juin, Agnès Pannier-Runacher avait indiqué que ce texte aurait le soutien du gouvernement. La loi Egalim avait instauré une expérimentation de trois ans sur des surfaces agricoles à forte pente ou en bio qui s’est achevée en 2022. Même sort en Charente-Maritime pour l'agriculteur et député sortant Renaissance, Jean-Philippe Ardouin. Déchu en 2022, l'ancien député Renaissance, Jean-Bernard Sempastous a aussi retiré sa candidature au second tour, rapporte la presse locale. L'auteur de la loi éponyme sur le contrôle des parts de sociétés agricoles était aussi arrivé en troisième position derrière des candidats du Rassemblement national et du NFP. Egalement sorti en 2022 et arrivé 3e dimanche, Michel Delpon s'est désisté en Dordogne. 

Camembert : la cour d’appel de Nantes suspend l’exécution du jugement en faveur d’Isigny

Dans une décision rendue le 28 juin, la cour administrative d’appel de Nantes suspend l’exécution du jugement rendu en février par le tribunal administratif de Caen en faveur de la coopérative Isigny Sainte-Mère, qui avait été visée en 2021 par une injonction de l'administration de mise en conformité de l’étiquetage de ses camemberts non AOP. Ce sursis est accordé «jusqu’à ce qu’il ait été statué sur la requête du ministère de l’Economie» contre le jugement rendu à Caen. Le tribunal de Caen avait annulé, le 12 février, la décision de la DDPP (Fraudes, DGCCRF) du Calvados enjoignant la coopérative de mettre en conformité ses emballages avec la réglementation protégeant l’appellation «Camembert de Normandie». Le ministère de l’Économie a fait appel de cette décision. Dans son jugement du 28 juin, la cour d’appel considère que les arguments avancés par l’administration paraissent «en l’état de l’instruction» suffisamment sérieux pour justifier un sursis. La DGCCRF défend qu’elle a procédé à un examen «au cas par cas» des étiquetages des marques de camembert pour évaluer si les mentions faisant référence à la Normandie étaient de nature à porter atteinte à l’appellation. Sa décision ne prononce pas d’interdiction «générale et absolue», assure la DGCCRF, conformément aux règles entérinées par le Conseil d’Etat en 2022. 

Fruits et légumes: Nestlé cède ses petits pots pour bébés à un fonds spécialisé

Le géant de l'agroalimentaire Nestlé a cédé des marques d'aliments pour bébé (hors laits infantiles) en France à FnB, selon un communiqué le 3 juillet de ce fonds d'investissement spécialisé dans la transformation d'entreprises agro-industrielles et notamment propriétaire des purées Mousline ou de Café Legal. FnB rachète à Nestlé, pour un montant non communiqué, les marques NaturNes, Babicao, Babivanille et les franchises P'tit, «regroupées au sein d'Azuré holding et produites sur le site d'Arches» où travaillent 235 personnes, dans les Vosges, selon le communiqué de ce fonds d'investissement publié dans la nuit du 2 au 3 juillet. FnB précise devenir «majoritaire au capital d'Azuré holding». L'entreprise rachetée réalise environ 100 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel en France, selon FnB. Les négociations sur ce dossier avaient débuté début février. Nestlé avait indiqué vouloir se concentrer sur les laits infantiles, un des produits phares du groupe. De son côté, FnB signe ainsi sa "13e transaction", dont les plus emblématiques sont la purée Mousline, déjà rachetée à Nestlé, et Café Legal, grand nom du café brièvement détenu par l'homme d'affaires bordelais Michel Ohayon.

PPAM : un manque de dynamisme des marchés en début d’année

Sur le début d'année, les ventes de plantes à parfum et médicinales (PPAM) restent globalement stables par rapport à 2023, souligne une récente note de FranceAgriMer: «Cependant les situations peuvent être très variables en fonction des opérateurs économiques, des plantes considérées et de leurs destinations (tisane, cosmétiques, etc.).» Plusieurs acteurs enquêtés auraient également évoqué un manque de visibilité pour le restant de l’année du fait d’une baisse des engagements sur les volumes de la part des acheteurs. «La demande pour les plantes bio, qui s’est tassée en 2023, ne semble pas redémarrer», précise FranceAgriMer. Les marchés des huiles essentielles brutes françaises restent également peu dynamiques. Des stocks importants sont toujours répertoriés. «Les professionnels du secteur estiment que le report de stock d’huile essentielle de lavandin s’élève à au moins une année et demie de consommation. Les prix restent dans une tendance baissière», souligne FranceAgriMer. Seul point positif: le marché des compléments alimentaires continue de progresser notamment en pharmacie, le premier circuit de distribution, avec un chiffre d’affaires 2023 (2,7 Md€) en augmentation de 3% par rapport à 2022.

Pays-Bas : Femke Wiersma (BBB) prend ses fonctions de ministre de l’Agriculture

Femke Wiersma, issue des rangs du Mouvement agriculteur-citoyen (BBB – BoerBurgerBeweging, droite), a été officiellement nommée, le 2 juillet, ministre de l'Agriculture, de la Pêche, de la Sécurité alimentaire et de la Nature dans le cabinet du nouveau Premier ministre néerlandais, Dick Shoof. Originaire de la province agricole de la Frise dans le nord du pays, elle était, depuis les élections provinciales de 2023, membre de l’exécutif provincial de sa région en charge du portefeuille de l’Agriculture. Au niveau professionnel, elle a exercé la fonction de conseillère politique du groupe BBB à la Chambre des représentants entre 2021 et 2023 après avoir travaillé pour le syndicat des producteurs laitiers néerlandais et l’association pour la préservation des agriculteurs et de l'environnement. Fait insolite : elle a participé, en 2010, à la version néerlandaise de l’émission de télévision «L’amour est dans le pré».