Agrafil du 31 janvier 2024

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Jachères: Bruxelles prévoit d'adopter de nouvelles dérogations le 1er février

La Commission européenne a annoncé, le 30 janvier, qu’elle devrait adopter en procédure écrite le 1er février de nouvelles dérogations temporaires aux règles de la Pac qui impose de garder 4% de jachères ou surfaces non-productives. Des dérogations avaient déjà été mises en œuvre en 2022 et 2023 afin de maximiser la capacité de production de céréales, dans le contexte des craintes d’une pénurie de céréales après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette question est un sujet récurrent des réunions du conseil des ministres de l’Agriculture de l’UE depuis le mois de septembre où plusieurs Etats membres, la France en tête, réclament une nouvelle prorogation de la mesure. Toutefois, Bruxelles était inflexible jusqu’à présent, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, rappelant qu’accorder des dérogations sur l’utilisation des jachères en 2024 pour une troisième année consécutive n’est pas possible selon la réglementation, à moins d’amender le règlement de la Pac. La prolongation de cette mesure est une des principales demandes des organisations agricoles dans le cadre des manifestations qui touchent actuellement plusieurs pays de l'UE.

Agroéquipements : fin prématurée du guichet France 2030 de 400 M€

Le dispositif France 2030 « Équipements pour la troisième révolution agricole », doté de 400 M€, va s’arrêter prématurément, a déploré le 30 janvier Axema (constructeurs). Après une mise en œuvre sur «deux relèves pour un montant de 140 millions d’euros», aucun autre guichet ne sera ouvert, selon un communiqué. «Les 260 millions restants vont être recyclés dans d’autres projets.» Annoncé par Marc Fesneau au Sima 2022 (salon du machinisme), ce dispositif de soutien aux agroéquipements visait les investissements des agriculteurs dans «l’adaptation au changement climatique et la transition agroécologique». Cinq guichets de 100 M€, lancés en décembre, restent ouverts pour la filière des fruits et légumes. Il n’y en aura pas de nouveaux. «C’était trop complexe, difficile à mettre en œuvre», confie à Agra Presse Laurent de Buyer, directeur général d’Axema. Et de pointer aussi un AMI (appel à manifestation d’intérêt) mené «dans la précipitation». Selon ses informations, le ministère de l’Agriculture compte utiliser le reliquat budgétaire «en partie» pour financer le plan Ecophyto, le reste devant être recyclé dans France 2030.

Manifestations: Attal promet que «toutes les aides» de la Pac «seront versées d'ici le 15 mars»

Trois semaines après sa nomination à Matignon, Gabriel Attal a présenté devant l'Assemblée nationale les priorités de son gouvernement. Pour le secteur agricole, il a promis que «toutes les aides» européennes de la politique agricole commune «seront versées sur les comptes bancaires des exploitants d'ici le 15 mars». Le Premier ministre a annoncé par ailleurs «un fonds d'urgence avant la fin de la semaine pour soutenir nos viticulteurs, particulièrement en Occitanie», ainsi qu'un «grand plan de contrôle sur la traçabilité des produits» afin de «garantir une concurrence équitable». Le ministre français de l'Agriculture Marc Fesneau se rendra le 31 janvier après-midi à Bruxelles «pour une série d'entretiens visant à accélérer le traitement des urgences européennes», a indiqué son cabinet le 30 janvier dans un message à la presse. Ces réunions seront «en lien avec les annonces du Premier ministre» «et les attentes exprimées par les organisations professionnelles agricoles», a ajouté le cabinet. Le déplacement de Marc Fesneau à Bruxelles le 31 janvier, «a pour objectif de poursuivre le travail d'influence et de négociation que mène en continu le ministre auprès des institutions européennes (Parlement européen, Conseil et Commission) pour porter les demandes de la France», a souligné son cabinet dans un communiqué détaillant sa visite. Marc Fesneau doit notamment rencontrer le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, et le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.

Manifestations: la Confédération paysanne appelle à «bloquer les centrales d'achat»

La Confédération paysanne a appelé le 30 janvier «à bloquer les centrales d'achat» de la grande distribution et à «cibler les prédateurs du revenu paysan», après le discours de politique générale de Gabriel Attal, qui n'a offert selon elle «aucune perspective de long terme». «Il n'y a encore aucun engagement de la part du gouvernement pour ouvrir un chantier sur l'interdiction d'achat en-dessous du prix de revient de nos produits agricoles», a déploré le 3e syndicat agricole, classé à gauche. En conséquence, elle «appelle à orienter les mobilisations en bloquant les lieux où s'exerce cette pression sur nos prix : centrales d'achats (plateforme logistique de la grande distribution), marchés de gros, industries agroalimentaires et autres prédateurs de la valeur». Interdire «l'achat de nos produits agricoles en-dessous du prix de revient», «c'est la réponse première attendue pour répondre à la colère paysanne», a indiqué la Confédération paysanne, qui entend porter cette réclamation mercredi à 10H00, lors d'un «entretien» avec le Premier ministre. Mardi soir, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs doivent être reçus à nouveau à Matignon, alors que les agriculteurs prévoient de prolonger plusieurs jours leur mobilisation et leurs blocages routiers

UE/Mercosur : pour Bruxelles, les conditions d’un accord ne sont pas réunies

Le porte-parole de la Commission européenne, Éric Mamer, a annoncé le 30 janvier que «les conditions pour conclure des négociations avec le Mercosur ne sont pas réunies». Il affirme toutefois que les pourparlers se poursuivent pour atteindre un accord qui serait conforme aux objectifs de durabilité de l'UE mais aussi «qui respecte les sensibilités en matière agricole». Bruxelles ajoute également que «les intérêts agricoles sont une priorité» dans le cadre de chaque accord de libre-échange qu’elle négocie au nom de l'UE. Ainsi, les contacts au niveau technique avec le Mercosur se poursuivent et le vice-président exécutif de la Commission européenne en charge du Commerce «se tient prêt en cas d’opportunité». La Commission européenne précise d’ailleurs que des réunions se sont déroulées la semaine dernière au Brésil entre les négociateurs. Dans un contexte de tensions agricoles dans de nombreux États membres de l’UE, l’arrêt des négociations commerciales avec le Mercosur est au cœur des revendications des manifestants, notamment en France.

Accords de libre-échange : les députés LFI demandent à Paris de pousser un «moratoire»

Les députés de La France insoumise (LFI) ont déposé, le 30 janvier, une proposition de résolution européenne (PPRE) invitant le gouvernement français à soutenir au niveau européen «un moratoire sur tous les accords de libre-échange qui ne sont pas encore entrés en vigueur». Ils lui demandent, en sus, de défendre l'activation «autant que de besoin» de «toutes les clauses de sauvegarde» de l'accord du Gatt (commerce international) - aussi appelée clauses miroirs. Enfin ils plaident pour la mise en place d'un «prix plancher des matières premières agricoles au niveau européen par le biais de l'intervention publique» - ce mécanisme de gestion de crise consiste à déclencher des achats publics lorsque les cours d'un produit descendent au-dessous d'un prix dit «d'intervention» ; réservé à certains secteurs, il avait été utilisé pendant la crise laitière de 2016. Ces deux demandes font écho aux revendications soumises par la Confédération paysanne à l'occasion des mobilisations actuelles: interdire les ventes de produits agricoles sous leur prix de revient, et «stopper» les négociations ou «revenir» sur les accords passés de libre-échange. Le 23 janvier, la France insoumise avait déjà annoncé qu'elle allait déposer une nouvelle proposition de loi pour instaurer des prix planchers pour les agriculteurs, après l'échec de l'adoption à quelques voix d'un texte similaire à l'Assemblée il y a moins de deux mois.

Manifestations: Attal se dit favorable à une «exception agricole française», sans précision

Le Premier ministre Gabriel Attal a assuré le 30 janvier qu'il devait y «avoir une exception agricole française» et promis que le gouvernement serait «au rendez-vous, sans aucune ambiguïté» pour répondre à la crise agricole actuelle, lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale. «Notre agriculture est notre force, et notre fierté aussi», a affirmé le chef du gouvernement. «Alors je le dis ici solennellement: il doit y avoir une exception agricole française», a-t-il déclaré, sans précision sur sa portée. Et d'ajouter: «Je suis lucide face à l'empilement des normes et aux décisions qui tombent d'en haut et qui tombent parfois d'on ne sait où». La formule d'«exception agricole française» fait écho à l'«exception agriculturelle», formule utilisée de longue date par la Coordination rurale, qui demande, derrière ces mots, une sortie de l'agriculture des négociations internationales sur le commerce. En des termes différents, la Confédération paysanne défend la même position. Pour rappel, c'est l'accord de Marrakech, instituant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a mis fin en en 1994 à l’exception agricole en imposant une libéralisation progressive du secteur (baisse des droits de douane, découplage des aides, suppression des aides à l'exportation...), entraînant une modification des politiques agricoles, notamment de la Pac.

Manifestations: discrète visite du ministre de la Transition écologique à l'OFB

Le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu s'est rendu le 31 janvier au siège de l'Office français de la biodiversité (OFB), chargé de la police de l'environnement et devenu l'une des cibles de la colère des agriculteurs, a appris l'AFP auprès de son cabinet. Le ministre a rendu cette visite, imprévue et non publique, à des agents de l'OFB à Vincennes (Val-de-Marne) pour «rappeler l'attachement du gouvernement aux missions qu'ils exercent et pour condamner les dégradations subies», a expliqué le cabinet ministériel, sans plus de précisions. Des agents et des syndicats de l'OFB, qui veillent à l'application des normes sur les pesticides et l'usage de l'eau, réclamaient depuis plusieurs jours un signe de soutien: «Alerte disparition! Les agents de l'OFB sont à la recherche de leur ministre!», a écrit le 30 janvier le Syndicat national de l'Environnement (SNE-FSU) sur X. Depuis une semaine, de nombreuses protestations ont ciblé des antennes locales de l'administration, dont plusieurs bâtiments de l'OFB qui ont été dégradés ou bloqués par du lisier ou des feux de pneus. Une partie du monde agricole se plaint d'une trop forte «pression» des contrôles de l'OFB. A la demande des syndicats agricoles majoritaires FNSEA et Jeunes agriculteurs, le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé vendredi que l'OFB serait "sous la tutelle des préfets", afin de "faire baisser la pression" des contrôles.

Manifestations: FNE implore Attal de faire preuve de «courage» pour la «transition écologique»

«Nous attendons de vous une politique d’avenir plutôt que du passé», lance France Nature Environnement (FNE) au Premier ministre Gabriel Attal dans une lettre ouverte le 30 janvier. La fédération, qui regroupe au total «6 209 associations de protection de la nature et de l’environnement» (dont Eau et rivières de Bretagne, Greenpeace, Humanité et biodiversité, Welfarm) selon son site web, appelle le locataire de Matignon à «faire preuve d’un immense courage» pour élaborer «collectivement le récit de la transition écologique réussie». FNE estime que les colères exprimées actuellement par les secteurs de l’agriculture et de la pêche sont «le résultat logique d’un manque de cohérence et d’anticipation des politiques publiques depuis des décennies», fruits de la priorité donnée à «la productivité, la libéralisation des échanges» au lieu de faire cas de «l’effondrement du vivant en cours». «Vous êtes en capacité d’infléchir ces trajectoires funestes», implore FNE qui demande «une politique qui anticipe, limite et gère les crises que nous avons provoquées, plutôt qu’une politique arcboutée sur l’illusion d’une croissance infinie aux conséquences irréversibles».

Allemagne: feu vert de Bruxelles à une aide d’État de 1 Md€ pour le bien-être des porcs

La Commission européenne a annoncé, le 30 janvier, avoir autorisé deux régimes d’aides d’État allemands d'un budget total d’environ 1 milliard d'euros destinés à améliorer les normes en matière de bien-être animal dans l'élevage porcin en particulier. Une première aide de 675 millions d'euros, sous forme de subventions directes, couvrira jusqu'à 60% des coûts d'investissement éligibles pour la modernisation des élevages porcins afin d'améliorer les normes de bien-être (accès à l’extérieur, systèmes de refroidissement…), limiter la densité du bétail et les émissions de CO2. Ce premier régime d'aides s'appliquera jusqu'à la fin de 2030. Le second régime, de 325 millions d'euros, prendra aussi la forme de subventions directes couvrant jusqu'à 80% des coûts supplémentaires générés par l'alignement des pratiques d'élevage sur des méthodes offrant des normes de bien-être accrues (fourrage et litière supplémentaires, ventilation et refroidissement). Ce régime s'appliquera, lui, jusqu'à la fin de 2031.

Espagne: les trois principaux syndicats vont se mobiliser dans les «prochaines semaines»

Les trois principaux syndicats agricoles espagnols ont annoncé le 30 janvier rejoindre le mouvement de colère des agriculteurs européens, avec une série de «mobilisations» dans l'ensemble du pays au cours des «prochaines semaines». «Le secteur agricole en Europe et en Espagne est confronté à une frustration et un malaise croissants», en raison notamment «de la bureaucratie étouffante générées par les réglementations européennes», ont expliqué dans un communiqué commun l'Asaja, l'UPA et la Coag. Ces trois organisations, qui ne précisent pas à ce stade les dates exactes des manifestations, disent vouloir un «assouplissement» et une «simplification» de la Politique agricole commune, ainsi qu'un «plan d'action ambitieux» au niveau «de l'UE, de l'Espagne» et des «régions» espagnoles. Les agriculteurs européens «luttent contre un marché déréglementé qui importe des produits agricoles de pays tiers à faible prix, qui tirent à la baisse» les prix des denrées produites «dans l'UE» et «en Espagne», soulignent les trois organisations, majoritaires chez les agriculteurs espagnols. «Ces produits extracommunautaires ne respectent pas les règles européennes» en matière de respect de l'environnement et sont à l'origine d'une «concurrence déloyale», qui «menace la viabilité de milliers d'exploitations agricoles en Espagne et en Europe», ajoute le communiqué.

Italie: nouvelles mobilisations près de Milan, demande d'audience à Rome

Des dizaines d'agriculteurs italiens ont protesté le 30 janvier avec leurs tracteurs près de Milan, dernier épisode en date d'une série de manifestations à travers le pays, motivées par des craintes pour leurs revenus. Des manifestations improvisées se sont déroulées ces dernières semaines de la Sicile jusqu'au nord du pays, et des convois de tracteurs bloquant les routes sont désormais régulièrement signalés, même si l'ampleur du mouvement n'a pas atteint le niveau des manifestations d'agriculteurs en France, en Allemagne ou en Belgique. «Nous sommes prêts à tout bloquer, trahis par l'Europe», pouvait-on lire sur une pancarte lors de la manifestation organisée près de Melegnano, dans la banlieue de Milan. Les agriculteurs exigent une audience avec le gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni. Leurs revendications vont des plaintes sur les réglementations de l'Union européenne à l'impact de l'inflation et du coût du carburant. «L'Europe nous impose des règles qui n'ont aucun sens. Nous n'arrivons plus à joindre les deux bouts, nous voulons améliorer nos revenus et obtenir que nos produits soient valorisés pour ce qu'ils sont», a déclaré au téléphone à l'AFP Luisito Naldi, l'un des organisateurs de manifestations dans le nord de l'Italie.

Grèce: face aux manifestants, le gouvernement promet d'accélérer le versement des aides

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, confronté à la grogne grandissante du monde agricole comme dans d'autres pays européens, a promis le 30 janvier d'accélérer le versement des aides financières aux agriculteurs victimes des graves inondations l'an dernier. «J'ai demandé au ministère [chargé de l'Agriculture] de procéder immédiatement à l'augmentation de la première aide», a indiqué le chef du gouvernement conservateur sur la radio privée Skaï. En Thessalie, région agricole du centre du pays gravement affectée par des inondations dévastatrices, les agriculteurs ont déjà reçu une première aide d'urgence de 2000 euros et qui doit être portée, selon M. Mitsotakis, «à entre 5000 et 10 000 euros». «De sorte que nous puissions donner plus tôt le montant que les agriculteurs recevront de toute façon», a-t-il ajouté. Le ministre du Développement rural et de l'Alimentation Lefteris Avgenakis a également appelé les agriculteurs à une rencontre afin d'élaborer des solutions à leurs problèmes. Après avoir commencé à bloquer des axes routiers d'importance, les agriculteurs grecs en colère veulent intensifier leur mouvement et prévoient notamment une forte mobilisation en marge d'un salon de l'agriculture à Thessalonique du 1er au 4 février.

Négociations commerciales: Système U dément «formellement détourner la loi»

Le président-directeur général de Système U Dominique Schelcher a démenti «formellement toute volonté de Système U de détourner la loi française avec nos partenariats européens», dans une interview accordée à BFMTV/RMC, le 30 janvier. «Système U n'a pas monté une centrale d'achat en-dehors de la France basée à l'étranger, Système U a rejoint un partenariat existant monté par une coopérative allemande (...) et des Hollandais. C'est eux qui ont décidé de mettre le siège de cette organisation au Pays-Bas», défend Dominique Schelcher. «Dans le contrat qu'on signe avec les industriels, qui ne sont que les gros industriels, (...), on écrit qu'on s'engage à respecter les éléments essentiels de la loi Egalim c'est-à-dire la part de matière première agricole et les clauses d'indexation», poursuit-il.  Il assure que «l'essentiel de la négociation de Système U continue de se faire à Rungis à notre siège». Le ministère de l’Économie a annoncé un renforcement des contrôles sur l’application d’Egalim: «On est contrôlés presque tous les jours», confirme Dominique Schelcher qui «attend le résultat des contrôles, avec sérénité». Alors que le gouvernement cible les distributeurs qui seraient tentés de se fournir en produits agricoles étrangers à des prix plus bas, «Système U a décidé très fermement (…) de ne pas le faire», assure son p.-d.g.

Chlordécone/pesticides: Santé publique France lance une étude de suivi en Outre-mer

Santé publique France annonce le lancement d’une étude de suivi de l’imprégnation à la chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, dans un communiqué le 29 janvier. Baptisée Kannari 2, cette nouvelle étude mesurera l’évolution de la présence du pesticide dans la population antillaise, dix ans après les premiers travaux du même nom (Kannari 1). A l’époque, plus de 90% des Antillais avaient de la chlordécone détectable dans le sang selon les données collectées en 2013-2014. Kannari 2 étudiera de plus près les populations «plus sensibles et plus exposées» (enfants, femmes en âge de procréer, travailleurs agricoles…) et permettra d’affiner les recommandations pour réduire l’exposition à la chlordécone, en matière alimentaire notamment. De plus, elle mesurera l’imprégnation de la population à d’autres pesticides tels le glyphosate et les métabolites de pyréthrinoïdes (insecticides). La collecte de données sera déployée «de janvier à juillet» auprès de personnes tirées au sort, sous réserve de leur consentement à participer. «Il est important que la population participe massivement pour nous permettre de produire des résultats utiles robustes et fiables: l’objectif est de 3000 participants» a déclaré le responsable de l’agence aux Antilles Jacques Rosine, cité dans le communiqué.

Bovins/Pac: le montant de l’aide aux bovins de plus de 16 mois fixé à 106 €/UGB (JO)

Un arrêté paru au Journal officiel le 30 décembre fixe à 106 €/UGB (unité gros bovin) le montant de l’aide couplée aux bovins de plus de 16 mois pour la campagne Pac 2023, dans «les départements métropolitains hors Corse». Il s’agit du «montant supérieur» qui s’applique aux vaches (ainsi qu’un mâle par femelle présente); le «montant de base» pour les autres animaux (dans la limite de 120 UGB) est, lui, fixé à 58 €/UGB. Cet arrêté était nécessaire pour le versement du solde de cette aide. «On nous annonçait des projections à 104 € par UGB», avait indiqué le président de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) Patrick Bénézit le 23 janvier en conférence de presse. «Pour le moment, les éleveurs ont reçu un acompte correspondant à 70% de 98 €», précisait-il alors, en vertu d’un précédent arrêté sur les avances. «Nous n’avons encore ni le solde ni même le montant. C’est le flou le plus total», avait dénoncé cet éleveur du Cantal. Dans le cadre de la nouvelle Pac 2023, l’aide couplée pour les bovins a été réduite, en raison d’un rééquilibrage des enveloppes en faveur des protéines végétales. Une baisse qui «augmente le coût de production de 15 à 20 ct €/kg» et est «responsable de la quasi-intégralité du recul du revenu des éleveurs allaitants en 2023», selon la FNB.

Crise viticole : l’arrachage est «devenu indispensable» (syndicats)

Entre hausse des charges et baisse de la consommation, la viticulture est «au bord du gouffre», ont déclaré le 29 janvier les syndicats de la production, réclamant des aides conjoncturelles et structurelles. La Cnaoc (vins AOC), Vin IGP, Vigneron indépendant, Vignerons coopérateurs et la FNSEA «appellent à la mise en place d’un plan d’action fort» face à la crise du secteur, selon un communiqué commun. Cela comprend des mesures conjoncturelles «immédiates»: fonds d’urgence, année blanche bancaire, à la fois pour les exploitations, les Cuma, les caves coops et particulières. Sur le moyen terme, les organisations souhaitent des mesures structurelles pour «adapter notre potentiel de production». L’arrachage d’une partie du vignoble, qu’il soit temporaire ou définitif, est «devenu indispensable», selon le communiqué. Un accompagnement pour la campagne à venir est aussi réclamé, via l’aide au stockage privé ou un assouplissement des règles relatives à la distillation pour ouvrir de nouveaux débouchés. Enfin « dans la durée », les organisations demandent aux pouvoirs publics de soutenir davantage les entreprises (restructuration, investissements) et les marchés (communication, promotion). Elles s’associent par ailleurs aux manifestations agricoles, réclamant des mesures autour des contraintes environnementales, l’emploi, la transmission, l’assurance.

Tomates : les importations marocaines ont une nouvelle fois progressé en 2022-2023

Les producteurs de tomates français de l’AOPn Tomate et concombre de France constatent, dans un communiqué paru le 29 janvier, que les importations françaises de tomates marocaines ont une nouvelle fois progressé sur la campagne 2022-2023 : 424 690 tonnes ont été importées en France, soit une augmentation de 7,6 % sur un an. Et cela grâce à un accord de libre-échange jugé trop favorable par la filière française (contingent tarifaire à droit nul, réduction de tarif des droits de douane, prix d’entrée conventionnel). De plus, ces flux «sont très clairement tirés vers le haut par des enseignes de la grande distribution qui favorisent les offres petits prix  au détriment de l’offre française, et par des circuits de restauration hors foyer non soumis aux obligations d’affichage de l’origine», s’insurge l’AOPn Tomate et concombre de France. Du coup, elle demande un affichage plus visible: impression du drapeau du pays producteur, marquage d’origine du produit apposé sur la face supérieure de l’emballage du produit et mention du pays d’emballage en taille de caractère inférieure à celle du pays d’origine. En outre, l’AOPn note avec satisfaction «que le mouvement de contestation agricole permet de placer dans le débat les conditions aberrantes de certains accords de libre-échange et la question de l’indication de l’origine». 

Fraises/framboises: l’AOPn égrène ses demandes sur les pesticides

À l’occasion de la mobilisation nationale des agriculteurs depuis une dizaine de jours, les agriculteurs de l’AOPn Fraises Framboises ont dévoilé dans un communiqué le 30 janvier une liste de revendications portant essentiellement sur les pesticides. À l’instar d’autres filières, ils demandent la ré-autorisation du néonicotinoïde acétamipride (interdit depuis 2018 en France), et de deux molécules aux modes d’action similaires, le flupyradifurone et le sulfoxaflor, dont l’interdiction avait été annulée par le Conseil d’État en 2022. À défaut, l'AOPn souhaite la ré-autorisation «des néonicotinoïdes pour les cultures sous abris». Elle demande «l’application draconienne» du principe européen de «reconnaissance mutuelle» pour les autorisations de mise sur le marché (AMM) de pesticides, aujourd’hui conditionné à une évaluation complémentaire si les deux États ne sont pas situés dans la même zone géographique. L’AOPn demande d’ailleurs que la France soit classée dans une zone uniquement – elle appartient actuellement aux deux zones nord et sud – au titre des AMM pesticides. Enfin, les producteurs relancent le gouvernement sur plusieurs demandes d'AMM de type 120 jours. Et de citer le Kanemite contre les acariens pour les usages fraisier et framboise, ainsi que le Santhal Gold contre phytophtora, pour usage sur fraisier.

Haie : l’Afac approuve la simplification et rappelle l’enjeu de rémunérer les agriculteurs

L’Afac-agroforesterie appelle à changer «en profondeur» les politiques publiques sur la haie «pour aider les agriculteurs et non pas les décourager», dans un communiqué le 30 janvier. Réagissant à l’annonce du Premier ministre le 26 janvier qui a promis de «passer de 14 réglementations à une seule» sur la haie, l’Afac concorde sur le fait qu’il «faut aller plus loin dans la simplification». Pour rappel, cette annonce de Gabriel Attal n’est pas totalement nouvelle puisque le gouvernement avait déjà annoncé une «simplification normative» dès la présentation du Pacte de la haie le 29 septembre, dont les détails se font attendre. Le principal enjeu, selon l’Afac, est de «redonner de la valeur» aux haies en rémunérant les agriculteurs à hauteur des services rendus par la présence de végétation ligneuse (biodiversité, fixation de l’eau, stockage du carbone…). Pour cela, l’association demande une réévaluation du bonus haie de 7 à 25€/ha, le développement de paiements pour services environnementaux (PSE) et «un fléchage très significatif» des 110M€ annuels alloués au Pacte vers l’accompagnement à la gestion «durable» des haies et la mise en place de filières territoriales de valorisation du bois de haie. Elle demande aussi la mise en place d’un crédit d’impôt «pour les agriculteurs qui pratiquent une gestion durable de leurs haies». 

Génétique animale : les «contraintes» réglementaires limitent la hausse de l'export (Eliance)

Avec 4,4 millions de doses exportées en 2023, pour 21 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit une hausse de 13,5% par rapport à 2022, les activités d’exportation de génétique des sociétaires de la fédération Eliance (entreprises de conseil et service en élevage) sont en croissance, a indiqué l'organisation en conférence de presse, le 25 janvier. «Nous sommes prêts à exporter davantage, mais il y a de fortes contraintes réglementaires vers certains pays», explique son président Dominique Davy. C’est le cas de la Chine, un important acheteur, notamment sur le segment bovin lait. «Nous portons cette thématique auprès du ministère [de l'Agriculture]. C’est une priorité, compte tenu du poids de la génétique dans la balance des exportations agricoles de la France», ajoute Dominique Davy.  La présence de la maladie hémorragique épizootique (MHE) et de la fièvre catarrhale ovine (FCO) dans certaines régions françaises est également un frein, relève Eliance. D’après une note de FranceAgriMer, la génétique animale — toutes espèces confondues, y compris les poissons, coquillages et crustacés — est «le quatrième solde positif du commerce extérieur agricole français, s’élevant en 2022 à plus de 355 millions d’euros, avec un chiffre d’affaires export estimé à 400 millions d’euros».

Maïs : l’AGPM prévoit des surfaces en progression, et demande la fin des «surtranspositions»

À l’occasion de la conférence de presse de l’AGPM (producteurs de maïs, FNSEA) le 30 janvier, son président Franck Laborde a appelé à ce que «la production française redevienne ce qu’elle a été il y a dix ans». Sans pouvoir se prononcer sur les surfaces pour l’année à venir, M. Laborde prévoit qu’elles remontent, après que la surface de maïs grain avait baissé d’environ 10 % entre 2022 et 2023. Le président de l’AGPM précise par ailleurs qu’il n’y aura pas de problèmes de disponibilité en semences de maïs, puisque l’année dernière a été excellente avec une récolte à 107 % de l'objectif en moyenne en France. Pour ce faire, M. Laborde demande «que cesse la surenchère de normes, qui mettent un boulet au pied des maïsiculteurs», selon les mots de M. Laborde. Dans la continuité des manifestations débutées le 18 janvier, l’AGPM demande par ailleurs d’être protégé face à «la concurrence déloyale». En plus de demander à ce que «toutes les lois de surtransposition soient mises à la poubelle», M. Laborde demande la mise en place de clauses miroirs par l’Union européenne (UE). «77,5 % des substances actives autorisées pour les producteurs du Mercosur qui exportent leur maïs vers l’UE sont interdites en France», rappelle le syndicat.

Biogaz : le Ser souhaite une finalisation rapide du dispositif de certificats de production

Lors d’une conférence de presse le 30 janvier, le syndicat des énergies renouvelables (Ser) a appelé à ce que le projet de loi de souveraineté énergétique revienne à «une vision plus équilibrée entre volet nucléaire et volet énergie renouvelable (ENR)». Dans son avant-projet de loi sur la souveraineté énergétique en France, dévoilé le 8 janvier, le gouvernement a supprimé les objectifs chiffrés de développement des ENR. Une décision qualifiée de «surréaliste» par le Ser, qui souhaite que soit inscrit un objectif législatif dédié aux EnR de 45%. En matière de gaz renouvelable, le syndicat demande que le dispositif de certificats de production de biogaz (CPB) soit rapidement finalisé, «avec une trajectoire initiale d’incorporation réaliste et ambitieuse de 2026 à 2028». Pour rappel, le dispositif de CPB, créé par la loi Climat et résilience du 22 août 2021, impose aux fournisseurs de gaz naturel une obligation de restitution à l’État de certificats correspondant à une production de biogaz sans soutien public. En outre, le syndicat demande une meilleure visibilité concernant les nouvelles voies de valorisation, telles que la pyrogazéification. Une meilleure visibilité, qui doit passer par «une clarification des besoins et des gisements en biomasse, selon différentes temporalités».