Agrafil du 5 mai 2022

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Clauses miroirs: envisageables «au cas par cas», selon un projet de rapport de Bruxelles

L’application de mesures de réciprocité aux importations dans l’UE de produits agricoles «doivent être soumises à une évaluation au cas par cas de leur compatibilité avec l'OMC», conclut la Commission européenne dans un projet de rapport sur les clauses miroirs qui devrait être dévoilé au mois de juin. Mais Bruxelles confirme qu’il «existe effectivement une marge de manœuvre» pour appliquer des exigences sanitaires et environnementales (y compris sur le bien-être des animaux) «relatives aux processus et aux méthodes de production des produits importés d'une manière compatible avec l'OMC». La Commission indique d’ailleurs dans son rapport qu’elle envisagera dans le cadre de la révision de la législation sur le bien-être animal (attendue fin 2023) «l'introduction de règles exigeant que les produits importés aient été obtenus dans des conditions équivalentes aux règles de l'UE en matière de bien-être animal, ou à certaines d'entre elles, et/ou une obligation d'étiquetage». Mais au-delà des questions de compatibilité avec les règles de l’OMC, le rapport indique aussi qu’il faut tenir compte de la faisabilité technique et économique des mécanismes de contrôle dans les pays tiers.

Sécheresse : un déficit de pluies parmi les pires de l’après-guerre

Avec avril, c'est un «quatrième mois consécutif déficitaire» en termes de précipitations:la France est confrontée à un manque de pluie parmi les pires de l’après-guerre, a indiqué le 4 mai l'agence privée Meteonews. «Le cumul de ces quatre premiers mois de l'année 2022 est de 159 mm pour une normale de 237 mm, soit 33 % de déficit, selon un bulletin. Il faut remonter 25 ans en arrière» pour trouver pire, en 1997 (137 mm). « Depuis 1946, seuls trois années ont connu un temps plus sec que 2022 sur la période janvier-avril. » Cette situation intervient après «un automne 2021 assez sec (198 mm pour une normale de 233 mm)». Les données de Météo-France montrent un tableau tout aussi sombre, mais font remonter à 2011 pour trouver un plus grand déficit pluviométrique sur janvier-avril. Meteonews prévoit une aggravation lors de la prochaine quinzaine. Les tendances saisonnières montrent aussi une «poursuite de la sécheresse jusqu'à la fin de l'été, plus particulièrement au sud de la Loire», selon l’agence privée, parlant d’une tendance fiable à 63 %.

Législatives: accord à confirmer entre le PS et LFI, compromis lexical sur l'UE

La France insoumise et le Parti socialiste ont annoncé le mercredi 4 mai avoir conclu leur accord pour les législatives après être tombé d'accord sur la stratégie, le programme et les circonscriptions, un texte qui sera soumis à l'approbation interne des socialistes jeudi. Par cet accord, le PS rejoint la «Nouvelle union populaire écologique et sociale», dont EELV et le PCF sont déjà membres en vertu des accords passés ces trois derniers jours. Le texte reprend les principes stratégiques déjà agréés par ces deux formations, notamment des groupes parlementaires distincts, et la mise en place d'un intergroupe. Sur le programme, sont validées aussi avec le PS les grandes orientations: SMIC à 1.400 euros nets, le blocage des prix de première nécessite, l'abrogation de la loi El-Khomri (une socialiste), la planification écologique, la VIe République... Les deux formations actent «des histoires différentes avec la construction européenne». Mais l'objectif est commun: «mettre fin au cours libéral et productiviste de l'Union européenne et construire un nouveau projet au service de la bifurcation écologique et solidaire.» Vis-à-vis des traités européens qui bloqueraient l'application du programme sur certains points, LFI et le PS font un compromis lexical: «Nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres». «Il nous faudra dépasser ces blocages et être prêts à ne pas respecter certaines règles», ajoute le communiqué.

Distribution : Leclerc annonce un «bouclier anti-inflation» sur 120 produits

Dans un communiqué du 3 mai, les magasins E.Leclerc ont annoncé mettre en place un «bouclier anti-inflation» à partir du 4 mai et jusqu’au 31 juillet sur 120 produits de consommation courante (épicerie, produits frais et primeurs, boissons, détergents et produits d’hygiène). Les hausses éventuelles sur ce panier de produits seront compensées par le distributeur sous forme de bons d’achat. Michel Edouard Leclerc a indiqué, sur France Info, exclure de cette liste «tout ce qui est spéculatif» dont l’huile de tournesol. Selon lui, la hausse observée actuellement sur les prix à la consommation (4,8% sur un an en avril) n’est pas liée à la guerre en Ukraine, mais aux répercussions de la crise Covid. Le distributeur anticipe que l’inflation double «d’ici l’été ou durant l’été». Il dit vouloir lutter contre «l’effet d’aubaine pour les grands groupes de se servir de l'Ukraine», s’en prenant une nouvelle fois aux industriels. Au sujet des négociations commerciales, il assure que les distributeurs ont «accepté des hausses trop facilement». Dans un récent communiqué (voir Agrafil du 28 avril), l’Ania et la Coopération agricole pointaient, elles, le «comportement des distributeurs qui jouent la montre ou qui ignorent les demandes de renégociations des industriels».

Influenza: la feuille de route du ministère pour la vaccination

À l'occasion d'une réunion avec les professionnels le 2 mai, le ministère de l'Agriculture a présenté une «feuille de route» dédiée à la vaccination des canards contre l'influenza aviaire. Une convention a été signée le 15 avril pour conduire l'expérimentation, qui sera financée à parts égales par l'Etat et les conseils régionaux, avec une «participation» des deux laboratoires (Ceva et Boehringer-Ingelheim) et de l'interprofession du foie gras (Cifog). L'expérimentation commencera début mai, avec des résultats attendus sous neuf mois. Elle sera conduite à la fois en condition de «terrain» et en animalerie. «Cet essai, mené avec l’École nationale vétérinaire de Toulouse, ne vise pas à prévenir les symptômes, mais à ralentir la propagation de la maladie», avait récemment expliqué dans un entretien à Agra Presse le directeur général délégué à la recherche, Gilles Salvat. «Un des critères est de pouvoir différencier à coup sûr les animaux infectés et les animaux sains, par la méthode Diva, afin de rassurer nos clients à l’export». À ce jour, selon le ministère de l’Agriculture, aucun vaccin adapté aux oiseaux de la famille des anatidés (palmipèdes) n’est autorisé par la Commission européenne. Il en existe en revanche un pour les gallinacés (poulets, dindes). Selon Gilles Salvat, le vaccin pour les canards «ne sera pas disponible cet hiver.»

Faim dans le monde : nette hausse de l’insécurité alimentaire aigüe en 2021

En 2021, environ 193 Mio de personnes se trouvaient dans une situation de crise alimentaire aigüe ou « pire » en 2021 dans 53 pays/territoires (République démocratique du Congo, Soudan, nord du Nigeria, Éthiopie, Soudan du Sud, Zimbabwe, Syrie, Yémen, Haïti ou encore Afghanistan), soit 40 Mio de plus qu’en 2020 (+24%) souligne, dans un rapport publié le 4 mai, le Réseau mondial contre les crises alimentaires qui réunit notamment la FAO, l’UE et le Programme alimentaire mondial (Pam). Les conflits et l'insécurité, les phénomènes météorologiques extrêmes et les chocs économiques, y compris les effets économiques liés au Covid-19, ont de nouveau constitué les trois principaux facteurs de crise. Mais ceux-ci, explique le rapport, «sont souvent liés entre eux et se renforcent mutuellement, ce qui rend difficile l'identification d'un déclencheur unique de chaque crise alimentaire». Depuis 2016 (année de lancement du rapport), la population en situation de crise ou pire (IPC/CH phase 3 ou supérieure) a augmenté d'environ 80 %. Cette tendance haussière n’est apparemment pas prête de s’arrêter puisque pour 2022 (sans prise en compte des conséquences de la guerre en Ukraine sur les importations de céréales), l’étude prévoit déjà qu'«entre 179 et 181,1 Mio de personnes dans 41 des 53 pays/territoires seront en situation de crise ou pire».

Aide au développement en Afrique: le ministère de l'Agriculture «marginalisé» (rapport)

«Le rôle de la France dans les politiques agricoles en Afrique s’est affaibli ces vingt dernières années, marginalisant aujourd’hui le ministère de l’Agriculture au sein du dispositif français d’aide au développement», constatent trois inspecteurs généraux du CGAAER (ministère de l'Agriculture) dans un rapport publié le 4 mai. Concrètement, l’aide publique au développement à destination de l’agriculture en Afrique «diminue régulièrement sauf si on y intègre l’ensemble de l’économie alimentaire», calculent-ils, et elle est «de moins en moins identifiable en raison de sa contribution à beaucoup d’autres thématiques (climat, biodiversité) dont les financements sont en forte croissance». Les auteurs font plusieurs propositions pour que le ministère de l'Agriculture retrouve une «place utile et visible dans l’appui aux politiques agricoles en Afrique» et que «les autres acteurs ministériels» cessent de «diluer son action». En interne, il s'agirait de créer une «mission Afrique» qui coordonnerait les actions au sein du ministère. Cette mission pourrait porter, jusqu'au niveau interministériel, une «Initiative emploi-souveraineté alimentaire» pour la «contribution du secteur privé au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Afrique».

Argentine: le «roi du soja» va travailler avec un mouvement paysan sur le foncier

L'agriculteur argentin Gustavo Grobocopatel, surnommé le «roi du soja», et l’avocat militant de la cause paysanne Juan Grabois, un proche du pape François à la tête du Mouvement des travailleurs exclus (MTE), ont noué un partenariat de travail visant à favoriser le financement de projets agro-écologiques, notamment par l’accès au foncier. Ce partenariat a été annoncé par les deux hommes lors d’une conférence tenue conjointement à l’université nationale de Córdoba, le 26 avril dernier. Leur collaboration vise à faciliter l’accès à la propriété foncière des maraîchers en situation de pauvreté, selon Juan Grabois: «Environ 50 000 d’entre eux louent des terrains au prix fort, alors qu’ils vivent sous un toit de fortune et que les revenus sont misérables.» Gustavo Grobocopatel collabore avec l’organisation de Juan Grabois par le biais de sa propre association sociale, créée il y a trois ans, baptisée Argentine Harmonieuse. Celle-ci vise à intéresser des investisseurs privés au financement de projets agro-écologiques.

Tournesol : la disponibilité en huile s’est améliorée dans l’UE (industriels)

Une amélioration de la disponibilité en huile de tournesol, ces dernières semaines dans l’Union européenne, a été relevée le 4 mai par la Fediol (industrie européenne), soulignant l’adaptation du marché et des arrivages en provenance d’Ukraine. «La reformulation, la réorientation des volumes d'huiles végétales ont diminué la pression sur la demande d'huile de tournesol», selon un communiqué. Côté offre, la Fediol note de nouveaux flux de tournesol venant d’Ukraine «principalement par chemin de fer et par camion», sans retrouver les volumes par bateau d’avant-guerre. «La continuité des flux d'approvisionnement peut poser des problèmes localement, mais en fait, l'huile de tournesol en bouteille est facilement disponible dans l'UE et les pénuries dans certains rayons des supermarchés ne sont pas dues à un manque de disponibilité de l'huile de tournesol», d’après le communiqué.

Porc: les FRSEA de l'Ouest dénoncent un prix français «déconnecté» de l'UE

Dans un communiqué paru le 4 mai, les FRSEA de Bretagne et des Pays de la Loire réclament une augmentation du prix d'achat des porcs en raison du renchérissement des coûts de production, dû notamment à la guerre en Ukraine. «Si le prix du porc a augmenté significativement en mars 2022, il stagne depuis un mois», affirment les deux syndicats, qui mettent en cause «l'aval de la filière» (abattoirs et grande distribution, ndlr). Celle-ci, écrivent-ils, «joue dangereusement avec l'avenir de la production française!». Les syndicats «refusent», poursuit le communiqué, qu'une partie des aides versées par l'Etat pour soutenir la filière «soient captées par l'aval en restant déconnectées des autres places européennes».  Fin avril, le prix français, à 1,691 euro le kilo pour le prix de base en France, était «inférieur de 13 centimes à la référence allemande et 9 centimes à la référence espagnole», assurent-ils, estimant que «le coût de production des éleveurs va atteindre deux euros dans les prochaines semaines». En février dernier, le gouvernement avait octroyé une aide de 270 millions d'euros pour soutenir la filière. Fin mars, la Commission européenne avait débloqué de son côté un dispositif de soutien au stockage privé, qui a permis de stocker 47 000 tonnes de marchandise.

Biocarburants: le gouvernement argentin hausse les prix

Le gouvernement argentin a annoncé, le 25 avril, le relèvement de 42% du prix de vente sur le marché domestique du bio-éthanol de maïs et de 25% celui du biodiesel de soja. Les taux d’incorporation restent inchangés à 12% pour l’éthanol incorporé à l’essence, et à 5% pour le biodiesel dans le gazole. À partir de ce mois de mai, les raffineurs verseront aux fabricants de bio-éthanol de maïs 96 pesos (0,87 euro) par litre, contre 73 pesos (0,66 euro) en mars dernier. Ils paieront 104 pesos (0,94 euro) à partir d’août prochain. L’an passé, le taux d’incorporation dans le gazole avait été rabaissé, de 10 à 5%. Selon les professionnels, ces plafonds n'étaient pas atteints par la filière. L’offre actuelle de biodiesel de soja représente 20 000 tonnes par mois, soit 2% du volume de gazole écoulé sur le marché argentin. «C’est le plus bas niveau historique», selon l’expert national Claudio Molina. L’Argentine est le principal exportateur d’huile de soja dans le monde. On dénombre dans le pays 33 usines de biodiesel et 6 unités d’éthanol de maïs.

Administration: Paul Delduc (Elysée) rejoint le CGEDD (Transition écologique)

Par arrêté paru au Journal officiel le 4 mai, Paul Delduc est nommé vice-président du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), à compter du 16 mai 2022. Paul Delduc est actuellement conseiller à l'Elysée, en charge du pôle «écologie, agriculture, énergie, transports, logement». Son équipe est notamment constituée d'une conseillère technique dédié à l'agriculture, Maud Faipoux.