Egalim 4: les trois thèmes explorés par la mission parlementaire
Les députés Anne-Laure Babault et Alexis Izard rendront leur rapport au gouvernement sur les relations commerciales dans les filières agricoles «entre le 17 et le 19 juin», indique-t-on dans leur entourage. La rédaction d'un texte – dont on ne sait pas encore s'il s'agira d'un projet ou d'une proposition de loi – n'interviendrait qu'à l'issue de la remise de ce rapport, pour aboutir dans l'idéal autour de la «mi-juillet», en vue d'un probable examen à la rentrée. «Aucune mesure n'est écartée» à ce jour, assure-t-on dans l'équipe des parlementaires, mais trois thèmes se distinguent dans les propositions qui seront mises sur la table par les députés dans leur rapport. Tout d'abord les dates butoirs des négociations commerciales; les députés étudient l'opportunité de créer une date butoir «en amont» (entre producteurs et transformateurs) et de modifier la date butoir en aval (entre transformateurs et distributeurs). Deuxième thème: «la structuration des filières»; les députés étudient l'intégration de nouvelles filières aux dispositifs Egalim, et des manières de soutenir davantage la contractualisation et les organisations de producteurs. Enfin le thème de l'origine des produits est sur la table, pour améliorer l'affichage ou la «valorisation» de l'origine France – mais ce thème doit encore être expertisé, notamment grâce à l'audition de la Commission européenne, qui n'a pas encore été conduite.
Affichage environnemental: abandon de la marque «Eco-score», nouveau nom «d’ici l’été»
La fédération européenne de l’agriculture biologique (Ifoam organics Europe) a obtenu le «retrait» de la marque «Eco-score», déposée par l’Ademe, pour le secteur alimentaire, annonce-t-elle dans un communiqué le 4 juin. Ce retrait résulte d’une «médiation» à la suite d’une action en justice introduite par l’Ifoam devant le tribunal judiciaire de Paris, en janvier 2023, contre l’indicateur environnemental de l’agence rattachée au ministère de la Transition écologique. L’Ifoam contestait l’utilisation du terme «Eco» qui, selon elle, doit être réservé aux produits de l’agriculture biologique. Selon la fédération, ce terme pouvait donc créer de la confusion chez les consommateurs, vu que la marque utilisée par les applications Yuka, Etiquettable (Eco2 Initiative) et OpenFoodFacts concerne aussi les produits issus de l’agriculture conventionnelle. Les opérateurs de ces applications devront cesser d’utiliser le terme et les visuels Eco-score «au plus tard le 31 décembre». L’Ademe a confirmé s’orienter vers «un autre nom» pour le dispositif d’affichage environnemental dont les derniers arbitrages tardent à être rendus publics, alors qu’ils étaient annoncés pour le printemps. «Ce nom devrait être annoncé d’ici l’été par le ministère [de la Transition écologique]», a précisé l’Ademe.
Manifestations: des organisations agricoles marquées à l'extrême droite manifestent à Bruxelles
À quelques jours des élections européennes, environ 1200 agriculteurs et 500 tracteurs, venus de plusieurs pays européens (principalement des Pays-Bas), ont manifesté à l'appel de l'organisation Farmers Defence Force le 4 juin, au pied du monument de l'Atomium à Bruxelles, contre la politique de l'UE – notamment environnementale. Les organisateurs et participants de cette manifestation, considérés comme proches de l’extrême droite, n’ont pas pu défiler devant les institutions européennes comme ils le voulaient. Parmi eux: Farmers Defence Force, fondée aux Pays-Bas en 2019, a été à la pointe des protestations depuis 2022 contre la politique de réduction des émissions d'azote; le LSV, 2e syndicat agricole allemand, critiqué pour sa proximité avec le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD); ou encore la plateforme espagnole 6F liée au parti ultra-conservateur Vox. Côté français, la Coordination rurale a annoncé sa participation, estimant nécessaire de mettre fin «aux dérives libérales de l’UE, à la folie du Green Deal et de ses objectifs déconnectés des réalités économiques et agricoles, ainsi qu’aux réglementations toujours plus nombreuses et coûteuses». Au contraire, les organisations agricoles belges francophone FWA, FJA et Fugea ont refusé d’être associées aux idées diffusées lors de ces protestations. Le Copa-Cogeca avait aussi demandé à ses membres de ne pas participer à la rencontre.
Manifestations: les agriculteurs se retirent de la frontière franco-espagnole
Les agriculteurs espagnols et français qui bloquaient, depuis le 3 juin, huit points de passage transfrontaliers le long des Pyrénées, entre le Pays basque et la Catalogne (notamment l'A9 Montpellier-Barcelone et l’A63 Bordeaux-Bilbao), ont peu à peu levé leurs barrages le 4 juin dans la matinée. Du côté des manifestants, on se félicite de la mobilisation à laquelle n’ont pas participé les principaux syndicats agricoles. «La manifestation a été un succès parce que nous nous sommes joints aux Français et [à des agriculteurs du] reste de l'Espagne, et cela a été un succès en termes d'organisation», a estimé Martí Planas, agriculteur espagnol du collectif Revolta Pagesa (Révolte paysanne), dans une déclaration faite à l’AFP. De son côté, Jérôme Bayle, figure de la contestation agricole du début d’année 2024, a assuré avoir eu une conversation téléphonique avec Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture. «C'était une action coup de poing, on a été entendus, le gouvernement nous a appelés», a-t-il indiqué.
Foie gras/Royaume-Uni: les travaillistes promettent de l’interdire s’ils sont élus (presse)
Le Parti travailliste s'est engagé, s'il remporte les élections générales en juillet, comme l'annoncent les sondages, à interdire les importations de foie gras au Royaume-Uni, rapporte le quotidien The Times le 3 juin (article payant). Le travailliste Steve Reed, pressenti pour devenir ministre de l'Environnement, a assuré au journal qu'un gouvernement travailliste «interdirait l'importation commerciale de foie gras», dont la production est interdite au Royaume-Uni depuis plus de dix ans. Après une première tentative abandonnée par le pouvoir conservateur en 2023, «le prochain gouvernement travailliste (...) mettra fin à la cruauté envers les animaux. Nous interdirons l'importation commerciale de foie gras», a déclaré M. Reed. Les défenseurs des animaux au Royaume-Uni font depuis longtemps campagne en faveur de l'interdiction du foie gras, obtenu par le gavage des oies et des canards. Environ 200 tonnes de foie gras sont importées au Royaume-Uni depuis des pays d'Europe chaque année, selon le Times. En 2023, la France a expédié outre-Manche 28 t de foie gras cru et 15 t de foie gras transformé (soit 1,5 M€ de ventes), selon le Cifog (interprofession française). Des volumes plus faibles qu’habituellement en raison de l’impact de l’influenza aviaire.
Machinisme: la feuille de route d'Agco pour sortir du GNR à horizon 2050
Lors des 7es édition des Rencontres de l’agroéquipement, organisée par Vegepolys Valley à Ancenis (Loire-Atlantique), Stéphane Lampérière, directeur adjoint recherche et développement du site Agco de Beauvais, a présenté la feuille de route du tractoriste pour sortir du diesel à horizon 2050. Selon les prévisions du constructeur international, le parc matériel devrait voir un développement progressif, d’abord des technologies hybrides puis électriques. Les carburants alternatifs, type HVO, éthanol et biogaz feront également partie du panel énergétique, tout comme la pile à combustion, qui devrait être la dernière technologie à arriver sur le marché. «Certains prérequis seront nécessaires au développement de ces technologies, notamment le développement de composants électriques robustes et d’infrastructures électriques adaptées», détaille Stéphane Lampérière. Selon lui, ces différentes sources d’énergie seront fléchées vers des puissances spécifiques. Au-dessous de 130 ch, c’est l’électrique qui s’imposera. Au-dessus de 250 ch, ce sont le méthanol, l’éthanol et le HVO qui resteront inévitables. Pour les moyennes puissances situées entre ces deux bornes, l’hydrogène et le biogaz représenteraient une alternative intéressante, selon le directeur R&D. (Tanguy Dhelin)
Agrivoltaïsme: chez Terrena, des projets à l'étude en ovins, bovins et viticulture
Dans le cadre du plan «Terrena Transition» d’adaptation au changement climatique, la coopérative de l’Ouest a annoncé, lors de son assemblée générale le 30 mai, qu'elle travaille activement sur l’agrivoltaïsme, en association avec le spécialiste Altarea. Dans un communiqué, Terrena précise qu'«à ce jour, une dizaine d'éleveurs ovins ont déjà commencé à étudier cette opportunité [...]. Ces projets, qui s'étaleront sur trois ans, pourraient voir leurs premières réalisations opérationnelles dès 2026». L’agrivoltaïsme doit offrir des abris pour les ovins tout en favorisant la croissance de l’herbe. «Il doit rendre service à l’activité agricole et valoriser des terres à faibles potentiels», détaille Adèle Doukas, cheffe de projet énergie agricole chez Terrena. Des projets en production bovine sont également à l’étude, ainsi qu’en viticulture. Les contrats proposés par le partenariat entre Terrena et Altaréa prévoient des loyers annuels entre 2000 et 3000€/ha. La particularité de ces contrats consiste à flécher une majorité de ce loyer, soit 60%, vers l’exploitant-fermier et les 40% restant vers le propriétaire des terres. (Tanguy Dhelin)
Installation: Terrena précise les modalités de son fonds coopératif d’investissement
À l’occasion de son assemblée générale qui se tenait le 30 mai à Angers, Terrena a précisé les modalités via lesquelles la coopérative entrerait au capital d’exploitation agricole. Des modalités qui ont été validées le mois dernier par le conseil d’administration. Olivier Chaillou, le président de la coopérative, a présenté les conditions de ces investissements, qui, selon ses propres mots, «ont fait couler beaucoup de salive». La prise de participation dans des exploitations agricoles est destinée à l’accompagnement de projets bien définis de plus de 1,5 million d’euros. La coopérative se fixe comme limite de ne pas dépasser 20% du capital des exploitations agricole afin que cette dernière puisse avancer 20 à 30% de fonds propre, le reste devant être apporté par les banques. La limite dans le temps de cette prise de participation est fixée à dix ans. Selon Olivier Chaillou, l’objectif est de «prendre momentanément et de façon minoritaire du capital sur des projets bien définis qui ne pourraient pas être accompagnés par les dispositifs d’aides classiques de la coopérative». Deux exploitations agricoles, l’une en lait et l’autre en lapin, ont permis de travailler sur la mise en place de ce fonds. Elles doivent préciser d’ici fin 2024 si elles souhaitent y recourir. (Tanguy Dhelin)
Influenza/bovins: le Covars recommande de surveiller les élevages bovins près des foyers
Dans un avis publié le 24 mai, le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars) propose d’«anticiper la mise en place d’une surveillance active des élevages bovins et caprins à proximité des élevages d’oiseaux contaminés» par l’influenza aviaire. Le rapport de cette instance, placée auprès du gouvernement, porte sur l’épizootie en cours aux États-Unis, marquée pour la première fois par des contaminations de vaches laitières, ainsi que trois cas humains. La «surveillance active» (prélèvements de routine) prônée par le Covars consisterait en un «suivi sérologique» des animaux, complété si possible par une «surveillance des lisiers/fumiers des élevages en plein air». Car, rappelle le Comité, «l’hypothèse la plus probable» expliquant les contaminations aux États-Unis est celle d’une «consommation par les vaches laitières de litière souillée par des déjections d’oiseaux infectés». Le Covars préconise aussi «une vigilance particulière» sur «la consommation de produits laitiers, en particulier de fromages crus», étant donné que, chez les bovins infectés, «le virus est excrété dans le lait à des niveaux élevés». Après avoir connu dix foyers durant l’hiver 2023-2024, la France est aujourd’hui indemne d’influenza aviaire.
Betterave: résultat record pour Cristal Union, porté par le prix élevé du sucre
Le groupe sucrier coopératif Cristal Union (marque Daddy) a «le sourire»: il a annoncé le 4 juin un bénéfice net annuel record, à 307 M€ (+72%), porté comme l'an dernier par le niveau élevé des prix du sucre. «Ce sont nos meilleurs résultats depuis dix ans, ce qui nous permet de poursuivre nos efforts de décarbonation, d'économie en eau et de mieux rémunérer nos agriculteurs», a déclaré à l'AFP son directeur général, Xavier Astolfi. Le chiffre d'affaires du groupe, qui transforme ses betteraves en sucre, éthanol et alcool, grimpe de 20%, à 2,8 Md€. «Les volumes sont restés relativement stables», la baisse des surfaces de betteraves sucrières de 2% ayant été compensée par de meilleurs rendements, a-t-il précisé. Ces résultats ont conduit le groupe à porter la rémunération de ses 9000 coopérateurs à «un plus haut historique, à 51,42 €/t de betteraves en moyenne pour la campagne 2023, contre 43,4 €/t pour la campagne précédente», selon le d.g. Observant une tendance à la baisse des cours du sucre, et en prévision d'éventuelles mauvaises années dans les champs, Cristal Union «a créé une caisse de péréquation pour sécuriser le prix de la betterave (...) dotée de 50 M€», pour une durée maximale de six ans, a précisé son président Olivier de Bohan.
Climat: vers des températures plus fraîches avec le retour de La Niña (ONU)
Le phénomène météorologique La Niña devrait arriver plus tard cette année et apporter des températures plus fraîches, après les records de chaleurs attisés par El Niño et battus mois après mois depuis un an, rapporte l’AFP le 3 juin. D’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il y a 60% de chances que La Niña apparaisse sur la période juillet-septembre, et elles augmentent à 70% en août-novembre. Pour autant, «la fin d'El Niño ne signifie pas une pause dans le changement climatique à long terme, car notre planète continuera à se réchauffer en raison des gaz à effet de serre qui emprisonnent la chaleur. Les températures exceptionnellement élevées à la surface de la mer continueront de jouer un rôle important au cours des prochains mois», a déclaré la secrétaire générale adjointe, Ko Barrett, dans un communiqué. Dans l’Atlantique, la saison des ouragans s’ouvre début juin. L'agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) prévoit une saison «extraordinaire», avec quatre à sept ouragans de catégorie 3 ou plus.
Cause animale: 287 chercheurs appellent à «prendre en compte» la conscience animale
Quelque 287 scientifiques ont signé la «Déclaration de New York sur la conscience animale», dans laquelle ils appellent à «prendre en compte les risques pour le bien-être» des animaux potentiellement doués de conscience, vertébrés comme invertébrés. Ce court texte souligne que «les preuves empiriques indiquent au moins une possibilité réaliste d'expérience consciente» chez de nombreux animaux: «tous les vertébrés», mais aussi «de nombreux invertébrés (y compris, au minimum, les mollusques céphalopodes, les crustacés décapodes et les insectes)». Or, les signataires estiment que, «lorsqu'il existe une possibilité réaliste d'expérience consciente chez un animal, il est irresponsable d'ignorer cette possibilité dans les décisions qui concernent cet animal». D'après une note de contexte, l’objectif de la démarche se borne à «encourager plus de recherche sur ce sujet» et à «encourager la réflexion sur le bien-être animal», ses auteurs ayant choisi de ne formuler aucune «recommandation politique spécifique». Présentée le 19 avril, la déclaration a tout d’abord été paraphée par 40 scientifiques, dont des «experts de renommée mondiale» sur la conscience humaine et animale (chauves-souris, oiseaux, reptiles, poissons, pieuvres, crabes, insectes).
Vanille: à La Réunion, la production durement touchée «faute d'hiver» (Cirad)
Sur son compte LinkedIn, le Cirad tire la sonnette d’alarme pour la production de vanille, menacée par le dérèglement climatique, le 4 juin. «Très vulnérable, la floraison n’a pas eu lieu sur l’île, faute d’hiver, et a permis à certaines maladies fongiques comme la fusariose de se développer. Certains producteurs estiment avoir perdu jusqu’à 30% de leur production cette année», explique l'institut, qui travaille sur des croisements pour proposer de nouvelles variétés plus résistantes et durables: «Le genre comprend 110, 120 espèces et on ne les connaît même pas toutes, c'est en allant piocher dans toutes ces diversités qu'on pourra proposer quelque chose pour la filière, quelque chose de résilient à tous ces changements climatiques», explique Carine Charron, généticienne. La Réunion ne produit qu’une petite partie de la production mondiale (une vingtaine de tonnes par an), Madagascar étant le premier producteur (625 t, le quart de la production mondiale). Le cinquième Congrès international de la vanille a démarré le 4 juin sur l’île de La Réunion et se tiendra jusqu’au 7 juin, rappelle le Cirad, organisateur de l’évènement avec l’université de la Réunion, dans un communiqué.
Presse agricole: Juliette Guérit (Agra) lauréate du Grand prix 2023 de l’Afja
L’Association française des journalistes agricoles (Afja) a décerné son Grand prix du journalisme 2023 (catégorie «Presse écrite») à Juliette Guérit, d’Agra Presse, pour son enquête intitulée «Les vétérinaires dans le viseur des investisseurs». D’après un communiqué, cet article «révèle l’ampleur de la mainmise grandissante des groupes d’investissement spécialisés dans le rachat de cabinets vétérinaires», un sujet «ultrasensible» touchant à l’indépendance de la profession. Diplômée du Celsa (université de la Sorbonne), Juliette Guérit suit notamment la filière laitière et les relations commerciales chez Agra depuis trois ans, après des expériences à Ouest-France et La Croix. Dans la catégorie «Audiovisuel», c’est Laura Taouchanov, de RFI, qui a remporté le prix pour son reportage «En France, les éleveurs laitiers sont inquiets», portant sur le renouvellement des générations. Enfin, le prix de la catégorie «Graine d’innovation» a été décerné à Jordan Pouille, pour son dossier intitulé «La succession de la banane Cavendish est ouverte», publié par Mediapart.