Agrafil du 7 janvier 2026

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Pac : von der Leyen propose une rallonge pour apaiser la grogne agricole

A la veille d’une réunion exceptionnelle à Bruxelles entre les ministres de l’Agriculteurs et la Commission européenne, sa présidente Ursula von der Leyen propose dans une lettre du 6 janvier une rallonge de 45 milliards d’euros pour la future Pac. Elle suggère un amendement à sa proposition de cadre financier pluriannuel 2028-2034 pour que les États membres «aient accès, lors de la soumission de leur plan initial, à deux tiers maximum du montant normalement disponible pour l'examen à mi-parcours (en 2030). Cela représente environ 45 milliards d'euros mobilisables immédiatement pour soutenir les agriculteurs». Ces fonds ne seront pas soumis à l’inflation. Dans sa proposition actuelle, pour la prochaine Pac Bruxelles prévoit une enveloppe minimale de 300 Mrds€ soit une baisse d’environ 20% par rapport au budget actuel. De plus la présidente de la Commission ouvre la porte à une utilisation des fonds prévus pour l’«objectif rural» (10% du budget communautaire) pour des mesures agricoles, ce qui n’était pas le cas pour l’instant. Le développement rural pourrait donc bénéficier de 48,7 Mrds€ dans ce cadre. Ursula von der Leyen affirme que ces instruments apporteront «un soutien sans précédent, parfois même supérieur à celui du cycle budgétaire». Le think tank agricole Farm Europe prévient que cette proposition reste une simple «possibilité, pas une garantie pour les agriculteurs qui devront la sécuriser dans les décisions de chaque Etat membre de l’UE». Pour la France, « pas un seul centime ne doit manquer » par rapport au budget actuel. Elle pousse en ce sens, avec l’Italie notamment. Et le ministère de l’Agriculture «nourrit de bons espoirs» d’y parvenir. Paris espère aussi obtenir des garanties pour empêcher une renationalisation de la future Pac.

MACF/Mercosur : la France espère encore faire bouger les lignes au niveau européen

La France espère bien être encore en mesure d’obtenir la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et le renforcement de la mesure de sauvegarde dans le cadre de l’accord UE-Mercosur. Le MACF sera l’une des demandes principales que poussera la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, le 7 janvier à l’occasion de la réunion politique extraordinaire avec ses homologues européens. Selon le ministère, la France est à la manœuvre pour obtenir le ralliement d’autres Etats membres à sa coalition et ainsi forcer la décision de Bruxelles. Actuellement, la position française est soutenue par la Pologne, l’Italie, l’Autriche, le Portugal, la Hongrie, la Roumanie et l’Irlande. Parallèlement, bien que n’étant pas officiellement à l’ordre du jour, la question de l'accord commercial UE-Mercosur devrait sans doute être soulevée. Interrogé sur la question, le ministère de l’Agriculture estime qu’il n’est pas exclu que pour faciliter son adoption, l’accord sur la sauvegarde agricole puisse encore évoluer dans le sens demandé initialement par le Parlement européen. Mais Paris demande aussi la prise de mesures miroirs pour les denrées animales et végétales exportées vers l’UE ainsi qu’un renforcement et un accroissement des contrôles aux frontières.

Crise agricole: Lecornu promet de préciser sa feuille de route d'ici vendredi

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis d’annoncer d’ici ce vendredi 9 janvier «les mesures qu’il entend très concrètement mettre en place» pour répondre aux revendications des agriculteurs, a affirmé le 6 janvier la FNSEA. A l’issue d’une réunion à Matignon, le président de l’organisation, Arnaud Rousseau, a dit espérer voir «clarifier» les détails de ces «mesures d’urgence attendues qui sont rappelées depuis très longtemps par la FNSEA». Il a mentionné les dossiers de l'assurance prairies, de la viticulture, de la taxe carbone aux frontières (MACF), mais aussi les décrets d’application de la loi Entraves qui prévoit notamment des mesures de simplification administrative. Le Premier ministre aurait également confirmé son intérêt pour travailler sur la question du stockage de l'eau, qui fait partie des thèmes que la FNSEA voudrait voir figurer dans une «loi spéciale» d'ici cet été. Lors d'un point avec la presse quelques heures avant cet entretien, Arnaud Rousseau a indiqué que la FNSEA se mobilisera probablement la semaine prochaine si une majorité était trouvée à Bruxelles pour adopter l'accord UE-Mercosur le 9 janvier. Les manifestations viseraient probablement la grande distribution et la restauration dans toute la France. Dans un second temps, une manifestation se prépare à Strasbourg le 19 janvier, avec d'autres organisations agricoles européennes. 

Crise agricole : la FNSEA précise le contenu et le calendrier de sa « loi spéciale »

À l'occasion d'un point avec la presse le 6 janvier, avant son entrevue avec le Premier ministre, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a précisé le contenu de sa « loi d’exception agricole », qu'il a appelé le gouvernement à porter le 4 janvier. Tout en précisant que le contenu du texte restait « à rédiger », il propose trois thèmes : l'eau, la prédation et les installations classées pour l'environnement (ICPE). L'agriculteur n'a pas détaillé le contenu précis des mesures, souhaitant simplement qu'elles puissent faire avancer ces dossiers avant la présidentielle, « sans sortir du cadre légal ». Dans son courrier aux agriculteurs, publié le 4 janvier, Sébastien Lecornu a indiqué « ne pas être opposé à une loi exceptionnelle », à condition qu’elle soit construite « avec toutes les forces présentes au Parlement pour qu’elle puisse réellement vite aboutir ». Concernant le calendrier, « le plus tôt sera le mieux », estime Arnaud Rousseau, car « après l'été, nous serons déjà dans la présidentielle ». La loi votée pour la reconstruction de Notre-Dame, dont s'inspire la FNSEA, contenait plusieurs habilitations à agir par ordonnances, qui permettraient dans ce cas au gouvernement de travailler malgré le début de la campagne présidentielle. Interrogé sur l'opportunité d'y insérer la question de l'acétamipride, le président de la FNSEA a simplement indiqué qu'un débat doit avoir lieu prochainement sur la loi Entraves, qui sera certainement l'occasion d'en discuter pour les parlementaires.

Crise agricole: avec ou sans tracteurs, la Coordination rurale manifestera à Paris

«On montera» porter les «doléances» des agriculteurs à Paris, de façon «pacifique» et «même si la moitié doit finir en garde à vue», a déclaré à la sortie de Matignon le 6 janvier Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale (CR), après une réunion à laquelle Annie Genevard n'a pas assisté. La CR espère l’arrivée de ses cortèges pacifiques aux abords de Paris à compter de jeudi, a-t-elle précisé à l’AFP. Se disant «maltraité» par le gouvernement et n’avoir eu que des réponses «vagues» du Premier ministre, le président de la CR a ajouté que ses troupes «remontées» ne lâcheraient «rien», notamment pour obtenir la fin de l’abattage total des foyers contaminés par la dermatose bovine. «On apprend de ce qui s’est passé il y a deux ans, l’état d’esprit était différent, aujourd’hui l’objectif est d’arriver à notre point de chute», a complété, le 6 janvier, la présidente de la chambre d’agriculture départementale, Karine Duc. «Il y a urgence à rencontrer pacifiquement, je le redis, nos têtes pensantes pour aboutir à des solutions. La situation qu’on présageait très mauvaise il y a deux ans, on est en plein dedans, là (...) Si, pour y arriver, il faut de la discrétion, on s’y emploiera, il n’y a pas de problème», a-t-elle ajouté, précisant que cette stratégie était à l’œuvre «depuis quelques jours», sans en dire plus.

Crise agricole : dans le Sud-Ouest, un convoi CR se lance vers Paris pour être «écouté»

Un convoi d’une quarantaine d’agriculteurs de la Coordination rurale (CR) est parti le 6 janvier de Cancon (Lot-et-Garonne) en direction de Paris, parmi d’autres dans la région, pour faire entendre «leurs solutions» face à la crise de la profession. Une quarantaine de véhicules, dont une camionnette avec des drapeaux et une poignée de tracteurs, étaient escortés par une voiture de la gendarmerie selon des journalistes de l’AFP. «Dans nos départements, il n’y a rien qui se passe. On se rend bien compte que ce gouvernement n’a rien fait. Les préfets n’ont aucun pouvoir. Donc maintenant, il faut que les choses évoluent. On espère qu’à Paris, on sera écouté», a déclaré le président de la CR47 José Pérez. La circulation de convois de tracteurs et engins agricoles a été interdite jusqu’à jeudi dans plusieurs régions de France par arrêtés préfectoraux. Mais d’autres convois de la CR se sont mis en route dans plusieurs départements du Sud-Ouest, selon des responsables du syndicat. Une cinquantaine d’agriculteurs et une quinzaine de tracteurs sont notamment partis dès lundi soir de Dordogne. Bloqués un temps par les gendarmes en Haute-Vienne, ils ont poursuivi leur route et «ont passé la Loire» le 6 janvier au matin, a indiqué à l’AFP Rémi Dumaure, président de la CR24.

Stockage de l’eau : les JA demandent le déblocage d'une centaine de projets d’ici fin 2026

Reçus par le Premier ministre Sébastien Lecornu le 5 janvier, les représentants des Jeunes agriculteurs (JA) ont placé la question des réserves de substitution au cœur de leurs revendications. « Nous demandons le déblocage d’une centaine de projets dans les prochains mois », a déclaré le président des JA, Pierrick Horel, à l’issue d’un entretien d’environ deux heures avec le Premier ministre. Le syndicat appelle également à un renforcement de l’accompagnement des porteurs de projet par les services de l’État, tant au niveau local que national. Selon Maxime Buizard-Blondeau, vice-président des JA, la discussion a notamment porté sur la définition des volumes prélevables, mais également la méthodologie déployée par les Agences de l’eau, jugée « inacceptable » par le syndicat. « Nous sommes revenus sur la trop faible représentation du monde agricole au sein des instances, ce qui fait que systématiquement, les associations environnementales sont majoritaires dans les décisions d’octroi de volume », a précisé M. Buizard-Blondeau dans une vidéo publiée sur le réseau X. Cette rencontre s’inscrit dans une séquence de consultations entre M. Lecornu et l’ensemble des syndicats agricoles, dans un contexte de tensions agricoles persistantes pour le troisième hiver consécutif. La veille, le 4 janvier, Sébastien Lecornu a annoncé le triplement du fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles, dans une lettre ouverte aux agriculteurs publiée dans la presse quotidienne régionale et sur le réseau social X.

Statut du loup : en procédure devant la CJUE, des ONG accusent la France de « censure »

Dans un communiqué du 6 janvier, quatre associations de défense de l’environnement* accusent l’État français « d’intervenir » dans une procédure devant la Cour de justice de l’UE visant à contester l’abaissement du statut de protection du loup. Elles font partie des quinze ONG qui se sont associées, via un « acte d’intervention », à un recours lancé en août 2025 par cinq associations hongroises, italiennes et françaises. Selon les ONG, la France et la Finlande « viennent d’intervenir dans cette procédure pour contester le droit des associations à saisir la justice européenne ». Dénonçant une « censure » et un « passage en force », elles appellent « solennellement la France à retirer [son propre] acte d’intervention », au nom des « principes élémentaires de la démocratie ». Les associations à l’origine du recours déposé en août 2025 reprochent notamment à la Commission de ne pas les avoir consultées et de ne pas s’être basée sur les « meilleures données scientifiques disponibles ». Le changement de statut du loup (« espèce protégée » au lieu « strictement protégée ») a été entériné par une directive de juin 2025. S’appuyant sur cette base législative, l’exécutif français prévoit d’autoriser les tirs de défense contre le loup sur déclaration, au lieu des dérogations individuelles actuellement en vigueur.
* One Voice, Animal Cross, Ferus, et le Pôle Grands prédateurs

Porc/fraudes : 1,7 M€ d'amende pour le faux jambon pata negra et belotta

Les sociétés de charcuterie Casa Ramon, le Comptoir du Pata Negra et ABG Holding et leur propriétaire commun ont été condamnés le 5 janvier par le tribunal correctionnel de Créteil à payer 1,7 million d'euros. Comme l'avait demandé la procureure dans ses réquisitions, les trois sociétés ont été condamnées à payer respectivement 645 000, 490 000 et 465 000 euros, tandis que leur dirigeant doit payer en plus une amende de 120 000 euros. Il leur été reproché d’avoir vendu des jambons faussement étiquetés avec des nominations ibériques hauts de gamme, comme pata negra ou belotta. Les produits étaient importés d’Espagne et revendus, notamment dans des grandes surfaces.  Au cours de l’enquête, la DGCCRF (fraudes) a découvert du matériel pour refaire les emballages, et ont estimé à la fin de leurs investigations que « le bénéfice généré indûment est de l'ordre de 1,5 million d'euros », a rappelé la présidente du tribunal lors du procès.  Le conseil du propriétaire Me Anthony Lerebourg a indiqué que son client avait l'intention de faire appel. La DGCCRF avait annoncé en octobre que la justice avait décidé de poursuivre les trois sociétés.

Négoce/céréales : Sofiprotéol entre au capital de l'alsacien Armbruster

Dans un communiqué paru le 6 janvier, Sofiprotéol (groupe Avril) annonce son entrée minoritaire au capital du négoce alsacien Armbruster, qui se revendique comme le sixième négoce indépendant français. Les montants en jeu n'ont pas été précisés. Le bras financier de la filière oléoprotéagineuse « accompagnera le développement et la modernisation du groupe à travers un plan d'investissements ambitieux incluant la construction de nouveaux silos, d'une plateforme logistique et d'un nouveau siège social ». Fondé en 1960, le groupe Armbruster est spécialisé dans la collecte, le séchage et la commercialisation des céréales et oléoprotéagineux. Armbruster revendique 165 M€ de chiffre d'affaires (2025) et 140 collaborateurs, et une position de premier collecteur de maïs et le deuxième d’oléoprotéagineux dans la région. Il est également présent dans la distribution d'approvisionnements et d'équipements pour les viticulteurs en Alsace, Champagne et Bourgogne, à travers sa filiale AC Vignes.

Légumes d’hiver : la filière bretonne alerte sur les prix bas et les charges en hausse

Les différents maillons (producteurs, coopératives, transporteurs, distributeurs, etc.) de la filière légumière bretonne se sont réunis le 6 janvier pour tirer la sonnette d’alarme sur les prix insuffisants des légumes d’hiver. « Échalotes, potimarrons, mâche, etc. : toutes les productions de saison sont en crise », a souligné en conférence de presse Marc Kéranguéven, président de l’AOP Cerafel, avec des prix de vente ne couvrant pas la flambée des charges à tous les stades de la filière. Selon leurs estimations, celles-ci ont connu depuis cinq ans des hausses s’étalant entre 11-15 % (main-d’œuvre) et 50 % (énergie). L’augmentation atteint 25 % dans les exploitations agricoles, 20 % pour la logistique ou encore 15 à 20 % pour les emballages. La filière a pris l’exemple du chou-fleur, production météo-dépendante en crise de surabondance. La douceur de l’automne 2025 a provoqué une surproduction doublée d’une désaffection des consommateurs. Résultat : « Tout l’automne, nous avons (vendu) nos choux à 50 % de leur coût de production », rapporte M. Kéranguéven. De quoi brouiller les repères des consommateurs. D’après une étude réalisée par Prince de Bretagne auprès de 360 Français, le prix psychologique moyen se situerait à 2,41 € pièce. Un niveau insuffisant pour rémunérer les maillons de la filière, selon lui.

OFB : à Dijon, le procès d'un «malentendu» avec des agriculteurs

«Volonté d’acharnement» ou «ressenti infondé»: un responsable du syndicat agricole FDSEA a comparu le 6 janvier à Dijon pour avoir tagué sur la façade de l’Office français de la biodiversité (OFB) les prénoms d’agents à qui il reprochait de monter des «dossiers à charge». «C’est un gros malentendu. Le ressenti des agriculteurs, qui se sentent persécutés, est infondé», a résumé la procureure Marie-Pierre Bouhey, en requérant devant le tribunal correctionnel de Dijon une amende de 200 euros contre Clément Babouillard, 40 ans, président du puissant syndicat agricole FDSEA dans le canton de Baigneux-les-Juifs (Côte d’Or). Dans un procès symptomatique des tensions entre OFB et monde paysan, l’agriculteur était jugé pour avoir tagué les prénoms de deux agents de l’OFB de Montbard (Côte d’Or) sur la façade de l’Office, accolés au mot «mutation», lors d’une manifestation qui avait réuni 300 agriculteurs le 30 janvier 2024. «Ces agents stigmatisent les agriculteurs», s’est-il défendu, évoquant des «dossiers à charge et faux» contre des exploitants, et assurant que, «jamais», il ne s’en serait pris «personnellement» aux agents. «L’OFB est la police de l’environnement. On ne peut pas dire qu’ils montent des dossiers à charge. S’ils se trompent, il n’y pas de poursuites. C’est le parquet qui décide», a assuré la procureure.

Pâtisserie industrielle : Eric Lechat nommé DG de Jacquet Brossard

Le boulanger pâtissier industriel Jacquet Brossard a annoncé le 6 janvier la nomination d’Eric Lechat comme directeur général. « Fort d’une solide expérience dans la direction et le pilotage d’activités industrielles, Eric Lechat a exercé différentes fonctions de direction au sein d’entreprises reconnues du secteur de l’agroalimentaire telles que Marie Surgelés, Florette, Priméale ou de la métallurgie telle que Carl Zeiss Vision », indique la filiale du groupe semencier et agroalimentaire Limagrain. Avec l’arrivée d’Éric Lechat, « Jacquet Brossard ouvre une nouvelle étape de son développement, visant à consolider sa position de leader sur le marché de la boulangerie-pâtisserie industrielle. »

Erratum sur le report du débat sur la PPL Entraves

Contrairement à ce que nous avons indiqué par erreur dans un titre du dernier Agrafil, le débat sur la loi Entraves n'est pas reporté d'une semaine, mais probablement d'un mois.