Agrafil du 8 octobre 2024

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Séparation vente/conseil: les coops veulent une loi «compétitivité et transitions», après la LOA

À l'occasion de son entrevue avec la nouvelle ministre de l'Agriculture Annie Genevard, le 7 octobre, le président de la Coopération agricole (LCA), Dominique Chargé, lui a demandé de travailler, dans la foulée de l'examen de la loi d'orientation agricole (LOA) – qui devrait reprendre au Sénat en janvier – à une loi dédiée à «la compétitivité et aux transitions». Ce texte aborderait notamment les questions de la séparation de la vente et du conseil sur les pesticides, mais aussi «le renforcement économique de la production», notamment par une incitation à la contractualisation, explique Dominique Chargé. Une proposition qui fait écho à celle du sénateur Les Républicains, Laurent Duplomb, qui plaide pour une loi sur «les entraves», incluant la suppression de la séparation de la vente et du conseil, mais aussi la réautorisation de l'acétamipride – il souhaite toutefois qu'elle soit adoptée avant la LOA, et aura l'occasion d'en faire part à la ministre lors d'un débat ce 8 octobre au Sénat sur la «crise agricole». Charge au personnel politique de se mettre d'accord, indique le président de LCA, qui répète son objectif du moment: faire en sorte que la Ferme France produise ce que les Français mangent, notamment les produits bon marché. Il décrit une ministre souhaitant «engranger rapidement les avancées de la LOA, et passer à d'autres sujets». Le vice-président de Terrena a par ailleurs souligné les difficultés rencontrées par les coopératives à la suite des problèmes sanitaires en cours, à la mauvaise moisson et à la crise viticole.

Normes: une PPL ciottiste pour interdire les «surtranspositions» en agriculture

Dans une proposition de loi (PPL) déposée le 7 octobre, le député ciottiste de Saône-et-Loire Éric Michoux demande à l'Assemblée nationale d'adopter une seule mesure: «supprimer la surtransposition des normes européennes en droit français dans le domaine agricole». Il ne précise pas la marche à suivre, mais indique simplement, dans l'exposé des motifs, qu'il définit comme surtransposition «la création de dispositions françaises qui vont au‑delà de ce qui est expressément prévu au niveau des compétences des institutions européennes». Cette proposition n'est pas sans rappeler la promesse d'une proposition de loi pour interdire les «surtranspositions» faite en mai 2023 par la présidente du groupe Renaissance Aurore Bergé, lors de la manifestation de la FRSEA Île-de-France contre l'interdiction des néonicotinoïdes. Face aux critiques du ministre de l’Agriculture, cette promesse d'interdiction nationale s'était transformée en une résolution «visant à lutter contre les surtranspositions en matière agricole». En 2016, Manuel Valls avait créé, de manière informelle, un Comité de révision des normes en agriculture (Corena), dont le gouvernement avait refusé l'institutionnalisation lors de l'examen de la loi Egalim en 2018.

Volailles/influenza aviaire: passage imminent en risque «modéré» (professionnels)

Selon plusieurs organisations professionnelles, le niveau de risque IAHP en France passerait de façon imminente du niveau «négligeable» à «modéré». Le contexte épidémiologique incite les autorités à en décider ainsi, notamment la détection dans une basse-cour du Pas-de-Calais «d’une souche influenza dont le génotypage est identique à ce qui peut être retrouvé dans le nord-est de l’Europe», selon un message du GDS de Bretagne à ses adhérents. «Pour l'Anses-LNR, cela pourrait indiquer l'arrivée en France d'oiseaux migrateurs infectés par le virus IAHP», explique la DGAL (ministère) dans un autre courriel envoyé aux organisations professionnelles. L'administration y précise que l’arrêté devrait paraître cette semaine. Le niveau de risque «modéré» implique la mise en œuvre des mesures prévues aux articles 7 à 15 de l'arrêté du 25 septembre 2023, notamment la mise à l'abri des canards de moins de 42 jours en ZRD (zones à risque de diffusion, soit les bassins denses), la mise à l'abri des volailles en ZRP (zones à risque particulier, soit les zones humides) et des mesures cynégétiques (transports/emploi d'appelants, mise en nature de gibier à plumes). La zone littorale Manche-Atlantique fera exception, restant soumise aux mesures prévues en risque «élevé», les pouvoirs publics y ayant mis en place une «zone littorale à protection renforcée» à la mi-septembre.

Œufs: nouvelle progression de la consommation d’œufs d’élevages au sol et en plein air

Les ménages achètent en magasin toujours davantage d’œufs de poules élevées au sol et en plein air, a constaté l’interprofession CNPO en conférence de presse le 3 octobre. Selon Kantar Worldpanel pour FranceAgriMer, les Français ont acheté entre janvier et août 9,3% de plus d’œufs d’élevages au sol (code 2) et 7,7% de plus d’œufs d’élevage en plein air (code 1, hors Label rouge) qu’au cours de la même période en 2023. L'année dernière, les achats d'œufs de poule au sol étaient déjà supérieurs de 22,4% à ceux de 2022 – année affectée par l’influenza aviaire – et ceux issus de poules en plein air de 13,2%. Ces deux catégories ont propulsé de 4,4% les achats d’œufs coquilles des huit premiers mois de l’année 2024. Ce faisant, la part des œufs d’élevages au sol, dans les achats des huit premiers mois, frôle les 20%; celle des œufs d’élevage en plein air (hors Label rouge) atteint 43%. De leur côté, les achats d’œufs bio ne redécollent pas, malmenés par la baisse de pouvoir d’achat et la chute de la production, selon le CNPO. Ils ne représentent plus qu’un œuf sur dix (11,6%), contre 11,9% l’an passé. De même, la part du Label rouge stagne à 5,4% (contre 5,8% en 2023).

Transport: en Alsace, opération escargot contre un projet de taxe poids lourds

Plusieurs dizaines de routiers ont mené le 7 octobre une opération escargot pour protester contre le projet de taxe poids lourds R-Pass que l'Alsace souhaite instaurer à partir de 2027 afin de faire baisser le trafic sur la principale autoroute du secteur, rapporte l'AFP. Dans leur viseur, la taxe poids lourds sur laquelle la Collectivité européenne d'Alsace (fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin), doit se prononcer le 21 octobre: un péage que devront payer les camions (à partir de 3,5 t) en fonction de la distance parcourue sur certains axes, et qui devrait rapporter 64 M€ par an. Selon le Collectif pour la compétitivité de l'économie alsacienne, «ce ne sont pas seulement les transporteurs qui s'opposent fermement à cette mesure, mais bien l'ensemble des filières économiques». «Le monde de l’agroalimentaire pourra difficilement répercuter cette charge», abondent la FDSEA et les JA du Bas-Rhin, parties prenantes de la manifestation avec l’AVA (viticulteurs) et LCA (coopératives). «Dans ces conditions, les perdants tout désignés seront les agriculteurs», alertent les syndicats dans un communiqué le 4 octobre, ajoutant: «Les élus de la CEA (collectivité, NDLR) nous parlent régulièrement de compensation au monde agricole mais sans jamais préciser les processus».

Grève des dockers aux USA: fin du blocage, retour rapide à la normale escompté à New York

L'autorité portuaire de New York-New Jersey, le plus important port de la côte Est des États-Unis et le deuxième du pays en nombre de conteneurs réceptionnés chaque année, s'attend à un retour à la normale en quelques jours après la fin de la grève des dockers, a indiqué le 4 octobre sa directrice. Les trente-six ports gérés par l'USMX (Alliance maritime des États-Unis) étaient bloqués depuis le 1er octobre, tout juste passé minuit, à cause du débrayage de leurs 45 000 salariés adhérents à l'ILA (syndicat des dockers), faute d'accord sur leur nouveau contrat-cadre. Les deux parties ont annoncé le 3 octobre au soir que «dès maintenant, toutes les actions en cours cesseront et tous les postes couverts par le contrat-cadre reprendront». Il faudra simplement «quelques jours» pour un retour à la normale, a-t-elle assuré, en soulignant que les fermetures du port pendant plusieurs jours n'étaient pas inhabituelles (tempêtes hivernales, ouragan Sandy en 2012, attentats du 11-Septembre). Le port gère 400 000 conteneurs par mois, et environ un milliard de dollars en valeur de marchandises par jour. Mme Rooney a par ailleurs indiqué qu'un millier de conteneurs réfrigérés attendaient sur les quais au moment où la grève avait commencé, renfermant des produits alimentaires, des équipements médicaux et photographiques, ou encore des fleurs, du vin et des spiritueux. «Ils sont tous restés branchés. (...) Je ne m'attends pas à une détérioration de ces produits», a signalé Mme Rooney.

Légumes d’industrie: Bonduelle se donne trois ans pour se transformer

Le groupe Bonduelle a présenté, le 7 octobre lors d’une conférence de presse, son programme de transformation. Face à des performances financières sur 2023-2024 jugées améliorables et après la cession de ses activités de salades quatrième gamme en France et en Allemagne, le groupe nordiste se donne trois ans pour retrouver la voie du développement. «L’année à venir sera une période de transition importante», avec le déploiement de son plan «pour préparer un rebond pour une accélération de nos performances dans les années suivantes», a expliqué Xavier Unkovic, directeur général. Le plan s’articule autour de cinq piliers stratégiques: performance (adoption de l’approche de management stratégique OGSM: objectif, buts, stratégie et mesures); marques et innovation (rénovation de l’offre de conserves, développement de la gamme de solutions repas, arrivée de Cassegrain dans le frais en 2025); implantations géographiques (introduction de la marque Bonduelle aux États-Unis, développement du traiteur en France et Italie, autonomisation des activités russes, etc.); efficacité opérationnelle et organisationnelle (mutualisation digitalisation, etc.). Le dernier pilier est la certification B Corp: après les États-Unis et l'Italie l'année dernière, le groupe a annoncé l'avoir obtenue dans sept pays: France, Pays-Bas, Danemark, Belgique, Espagne, Portugal et Allemagne.

Kiwis: le landais Sikig annonce des rémunérations «records» pour les producteurs

La Société internationale de kiwis des Gaves (Sikig), installée à Saint-Étienne-d’Orthe (Landes), a annoncé des «résultats records» pour ses producteurs de kiwis dans un communiqué du 11 septembre. À l'issue de la saison 2023-2024, leur rémunération atteint ainsi 2,07 €/kg pour les kiwis verts, «permettant de compenser la baisse des rendements et l'augmentation des coûts de production». De leur côté, les producteurs de la variété «Zespri Sungold» bénéficieront d’une rémunération «exceptionnelle» de 2,40 €/kg cette saison. «Nous n’avons jamais rémunéré les producteurs de manière aussi forte au cours des vingt dernières années», souligne l’entreprise landaise au quotidien régional Sud-Ouest (article payant). Désormais, l’entreprise landaise prévoit l’implantation de nouvelles plantations sur plus de 50 ha de kiwis jaunes et verts. L’objectif étant de réduire les coûts, et d’attirer de nouveaux producteurs vers la filière. Dix mois auparavant, Sikig avait annoncé la signature d’un partenariat avec la coopérative Maïsadour pour le développement de la culture du fruit dans le bassin de l’Adour, première zone de production en France (20 000 t par an, 600 ha).

Fraises: récolte en baisse en Espagne, l’exportation en bonne forme

L'association des producteurs et exportateurs de fraises de Huelva (Freshuelva) a indiqué que la campagne 2023-2024 s’est terminée avec une production totale de 221 412 tonnes de fraises, ce qui représente une baisse de 9% par rapport à la dernière campagne, rapporte le site Mercados le 7 octobre. La campagne a été très complexe pour la première région espagnole productrice de fraises. Dans sa première partie, des restrictions d’irrigation, à la suite d'une sécheresse persistante, ont affecté le développement de la plante, entraînant la baisse des volumes. Les pluies du mois de mars ont permis de terminer la campagne, même si la chaleur qui a suivi en mai a réduit les possibilités d'exportation en raison de l'état des fruits. Freshuelva précise par ailleurs que «la baisse de la production s'est accompagnée d'une augmentation de la valeur des exportations». Jusqu’au mois de mai, la valeur de celles-ci a connu une augmentation de 8% pour atteindre 616 M€. En termes de destinations, l’Allemagne demeure le premier client de la fraise espagnole. À noter cette année: malgré les contrecoups du Brexit, les envois vers le Royaume-Uni sont restés très forts, et le pays s'octroie la deuxième position, dépassant même les importations françaises, qui occupent la troisième place.

Vin: dans le Bordelais, une serre expérimentale prépare les vignes du futur

La chambre d’agriculture de Gironde a inauguré, le 4 octobre à Blanquefort, une serre de production de plants hermétique aux insectes visant à «relever les défis actuels de la viticulture face au changement climatique, à la réduction des produits phytosanitaires et à la menace croissante des maladies émergentes». Cet investissement de 2 M€, cofinancé par la région et le Programme d’investissements d’avenir (PIA), poursuit un double objectif de sécurité sanitaire et d’adaptation, selon le communiqué. La serre de 1000 m2 est destinée à produire un matériel végétal indemne de tout parasite, jusqu'à 100 000 greffons et 100 000 porte-greffes annuellement. Elle permettra d’accélérer la mise au point de cépages adaptés aux nouvelles conditions climatiques, ainsi que des variétés résistantes aux maladies telles que le mildiou et l’oïdium. L'installation girondine, dont une petite partie est dévolue au vignoble de cognac, est vouée à être agrandie ou déplacée à l'horizon 2026. Un projet similaire, baptisé Qanopée, a vu le jour près d'Épernay (Marne) avec une serre dédiée aux cépages de Champagne, Bourgogne, Jura et Beaujolais. D'autres sont envisagés dans le Val de Loire et en Occitanie pour faire tourner une page à la viticulture du pays.

Biosourcé: l'industrie alerte sur le risque d'un décrochage face aux États-Unis et à la Chine

Les industriels de la chimie du végétal (ACDV) ont publié, le 7 octobre, un livre blanc, dans lequel ils alertent les pouvoirs publics sur le «risque de décrochage face à la concurrence internationale». Ils y indiquent que l'Europe n'aurait déposé, en 2020, que 18% des brevets biotechnologiques, «loin derrière les États-Unis qui en ont déposé 39%». Ils soulignent également les objectifs (p.ex. «90% des plastiques au biosourcé d’ici vingt ans») et les moyens («plan de 2 milliards de dollars pour stimuler la bioéconomie en 2023») mis en œuvre pour le secteur outre-Atlantique sous l'administration Biden, mais également en Chine, où les investissements y seraient encore supérieurs. Pour éviter que l'écart ne grandisse, les industriels proposent aux pouvoirs publics français de mettre en œuvre un plan de soutien centré autour des mesures suivantes: davantage de soutiens publics, par la fiscalité («pérenniser le crédit impôts recherche», «cadre équitable» avec les importations), les acheteurs publics (objectifs d'achat contraignants), les financeurs publics («aides et prêts à l'innovation pour la pré-industrialisation et l'industrialisation»); et la communication, en introduisant par exemple la mention du biosourcé dans les référentiels existants comme Ecolabel ou NF.

Grandes marques: deux tiers de MPA française dans les produits alimentaires (Ilec)

Les produits alimentaires des adhérents de l’Ilec (grandes marques) sont aux deux tiers constitués de MPA (matières premières agricoles) d'origine française; et, lorsque c'est le cas, elles ont été acquises majoritairement dans le cadre de contrats, selon les premiers résultats d’une étude de l'organisation, présentée le 25 septembre à la Direction générale des entreprises (ministère de l'Économie). Dans le détail, les approvisionnements sont majoritairement français en blé, maïs, légumes et volailles, et très majoritairement en lait et sucre. La contractualisation, souligne l'Ilec, porte sur les deux tiers des approvisionnements des marques en France, une proportion qui monte à 75% et au-delà pour les céréales et le sucre, à 95% pour la volaille et à 100% pour le lait. Elle est en revanche minoritaire pour le porc et le bœuf. Les contrats sont majoritairement pluriannuels dans le lait et la volaille, souligne l’Ilec. Concernant les engagements environnementaux des marques, 87% d’industriels ont mis en place des programmes de formation auprès de leurs fournisseurs «en vue de les accompagner dans l’amélioration de leurs pratiques environnementales».

Évènementiel: «plus de 120 000 visiteurs» au Sommet de l’élevage, nouveau record

Le Sommet de l’élevage a accueilli «plus de 120 000 visiteurs» à Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme) du 1er au 4 octobre, selon un communiqué publié le dernier jour de l’évènement. Une croissance qui a aussi concerné les visiteurs internationaux (6000, soit +20% par rapport à 2023) et, dans une moindre mesure, les exposants (1750, +4%). Le Sommet a atteint l’objectif de fréquentation qu’il s’était fixé l’année dernière. Outre la nouvelle ministre de l’Agriculture Annie Genevard, le salon auvergnat a accueilli le Premier ministre Michel Barnier. Le signe d’une «très belle reconnaissance pour notre évènement», s’est félicité Jacques Chazalet, président du Sommet. En pleine épizootie de FCO et de MHE, cette 33e édition a été marquée par des «conditions sanitaires difficiles», rappellent les organisateurs, qui soulignent avoir reçu l’aide de la préfecture et du GDS (groupement de défense sanitaire) du Puy-de-Dôme. La prochaine édition se tiendra du 7 au 10 octobre 2025, avec le concours national charolais.

Vin/Siqo: Bruxelles enregistre la dénomination «lorraine» comme IGP

La Commission européenne a approuvé, le 7 octobre, l'enregistrement des vins de Lorraine dans le registre des indications géographiques protégées (IGP). Bruxelles précise que cette dénomination est réservée aux vins mousseux de qualité blancs, rosés et rouges produits dans les départements de Meurthe-et-Moselle, de Meuse et de Moselle. La spécificité du produit est marquée par les cépages utilisés, issus majoritairement de la région, complétée par le savoir-faire de la seconde fermentation alcoolique en bouteille et d’une durée de conservation sur lies d’au minimum neuf mois. «Les vins développent ainsi leur fraîcheur et leur palette aromatique composée de notes florales ou fruitées», précise l’exécutif européen. La Commission européenne indique également que «les vins présentent de nombreuses bulles fines et se caractérisent par un profil vif et frais». Cette nouvelle dénomination vient s’ajouter à la liste des 3630 produits déjà protégés par l’UE.