Matignon: Attal reste «pour le moment», Faure promet un candidat dans la semaine
Arrivée en tête des législatives, mais loin de la majorité absolue, la gauche assure le 8 juillet qu'elle proposera «dans la semaine» un nom pour Matignon, où Gabriel Attal, qui a présenté sa démission, a été maintenu pour «assurer la stabilité du pays». Aucun camp ne semble en mesure de gouverner seul: ni le Nouveau Front populaire (autour de 190 sièges), ni le camp présidentiel (autour de 160 sièges), ni le RN et ses alliés (plus de 140 sièges) n'ont obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale (289 députés). Prenant acte de ce résultat, le Premier ministre sortant Gabriel Attal a présenté sa démission à Emmanuel Macron, qui lui a demandé de rester en poste «pour le moment» afin d'«assurer la stabilité du pays». La gauche met déjà la pression sur Matignon. La cheffe des écologistes Marine Tondelier a estimé qu'Emmanuel Macron «devrait appeler aujourd'hui» la gauche «à lui transmettre un nom de Premier ministre». Le socialiste Olivier Faure a pour sa part souhaité que le NFP «puisse être en mesure de présenter une candidature» pour Matignon «dans la semaine». Les dernières déclarations de l'insoumise Mathilde Panot risquent en tout cas de cristalliser les tensions au sein de la fragile union : l'insoumise a jugé que le leader controversé de LFI Jean-Luc Mélenchon «n'est absolument pas disqualifié» pour ce poste.
Ministère de l'Agriculture: Trouvé, Potier et Biteau, trois profils pour un gouvernement NFP
Alors que le Nouveau front populaire (NFP) s'est donné quelques jours pour proposer un nom de Premier ministre, plusieurs profils s'imposent comme candidats naturels au poste de ministre de l'Agriculture dans l'hypothèse d'un gouvernement NFP: Aurélie Trouvé, Dominique Potier, ou Benoit Biteau. Elue en 2022, la maître de conférence en économie à AgroParisTech Aurélie Trouvé s'est rapidement imposée comme la référente agricole du groupe LFI à l'Assemblée, rôle occupé par Loïc Prudhomme durant la précédente mandature. Interrogée par Agra Presse, elle répond: «je ne m'exclue pas, je ne m'impose pas», tout en précisant que «c'est une discussion et une décision collective du NFP». Le deuxième en lice serait le député socialiste Dominique Potier, spécialiste des questions agricoles - il n'a ni infirmé, ni confirmé d'intérêt pour le poste. Cet ancien agriculteur a participé à plusieurs projets de textes d'encadrement du foncier, et plus récemment à des travaux sur Ecophyto et la séparation de la vente et du conseil sur les pesticides. Enfin, le troisième nom est celui de l'agriculteur EELV Benoit Biteau ; il avait pâti du faible score des écologistes aux élections européennes, ne parvenant pas à se reconduire à son poste d'eurodéputé qu'il occupait depuis 2019. On peut encore citer le député communiste André Chassaigne, connu pour ses lois sur les retraites agricoles - mais il n'est pas intéressé, indique-t-il à Agra. De même, le député socialiste Guillaume Garot, ancien ministre délégué l'agroalimentaire, très actif sur la question du gaspillage, «n'est pas candidat».
LOA: un parcours semé d'embûche, le Sénat n'a pas encore arrêté son sort
En l'absence de majorité absolue pour aucun des grands blocs politiques à l'Assemblée à l'issue des législatives, et dans l'hypothèse à court terme d'un gouvernement penchant vers la gauche, le futur de la loi d'orientation agricole (LOA) semble plus que jamais obscurci. En effet, en première lecture, le texte avait été adopté par le camp présidentiel grâce aux voix des députés Les Républicains, mais désormais l'ensemble de ces deux groupes ne constitue plus de majorité absolue. Certes, en théorie, l'examen du projet de loi est toujours en cours, car à l'inverse du projet de loi Fin de vie, la LOA a été adoptée par une des deux chambres ; la première lecture achevée à l'Assemblée, le Sénat peut donc décider de l'examiner à son tour, indiquent les services parlementaires. Mais la chambre haute y daignera-t-elle ? Questionné sur le sujet, le sénateur LR Laurent Duplomb, tête de file sur les questions agricoles, affirme ne pas savoir. Si la LOA venait à y être examinée, il reviendrait au gouvernement - dont la couleur politique exacte est encore inconnue - de convoquer une commission mixte paritaire (CMP). Et si cette CMP devait être non-conclusive, ce serait à l'Assemblée de décider ou non de tenir une seconde lecture. Mais l'incertitude est la plus totale - d'autant que la gauche semble encore indécise (voir ci-dessous).
LOA: la droite et le camp présidentiel tiennent au texte, la gauche ne l'écarte pas encore
Parmi les parlementaires fraichement réélus, les députés du camp présidentiel et de la droite, qui ont permis l'adoption de la LOA à l'Assemblée, espèrent résolument que le Sénat reprendra son examen. L'ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Travert veut, pour ce faire, «trouver une coalition» à l'Assemblée. Selon lui, la LOA en serait la priorité agricole, avec la loi sur les pesticides, et les mesures «de compétitivité» annoncées pour le projet de loi de finances (PLF) ; à l'inverse, le projet de loi Egalim 4 ne lui semble pas prioritaire. Chez les LR, Julien Dive «espère» que le texte n'est pas enterré. A gauche, la question ne semble pas encore clairement arbitrée. Le socialiste Guillaume Garot estime que le texte «doit reprendre son cheminement», à condition qu'il soit «complété sur les moyens financiers, la formation et la transition agroécologique», explique-t-il à Agra presse. Pour l'ancien ministre, «il y a une attente». Moins allante, la députée LFI Aurélie Trouvé estime que la LOA «est quasiment vide, donc la question serait surtout de savoir comment on la complète». Mais, en terme de calendrier, les priorités se situent plutôt du côté de la mise en place du «blocage de prix» des aliments de première nécessité, et des «prix garantis» pour les agriculteurs. Pour le communiste André Chassaigne, «tout dépendra du gouvernement qui sera mis en place - vraisemblablement après l'été -, rien n'est exclu».
Législatives: FNSEA, CR et JA maintiennent la pression sur le calendrier parlementaire
Au lendemain des élections législatives, la FNSEA, les JA et la Coordination rurale alertent sur l'urgence de donner un cap à l'agriculture française après le mouvement de colère des campagnes de cet hiver, dans trois communiqués distincts publiés le 8 juillet. «L'urgence des demandes des agriculteurs ne doit pas être sacrifiée face à l'absence de majorité claire» à l'Assemblée nationale, prévient la FNSEA. Les JA demandent aux députés «de ne pas prendre en otage l’agriculture dans des considérations politiciennes, mais de travailler collectivement, pragmatiquement au renouvellement des générations et à la souveraineté agricole et alimentaire.» Quant à la CR, elle explique qu'il est «urgent que le gouvernement, nos députés, nos députées se mettent au travail. Notre monde agricole ne peut attendre. La colère gronde». Chacun des syndicats rappelle les députés aux propositions qu'il avait mis en avant durant la campagne. Les trois syndicats ont en commun de demander aux parlementaires de poursuivre le travail en faveur de l'installation (via la loi d'orientation agricole), et de la répartition de la valeur dans les relations commerciales (Egalim). La CR prévient quant à elle qu'elle compte maintenir une «forte et légitime pression» et que «des centaines de tracteurs sont mobilisés pour le passage du Tour de France 2024».
Parlement européen: les Patriotes pour l’Europe, avec le RN, devient la 3e force politique
Alors que la séance plénière constitutive du Parlement européen doit avoir lieu du 15 au 18 juillet à Strasbourg, le nouveau mouvement européen d’extrême-droite, les Patriotes pour l’Europe, s’est constitué le 8 juillet. Il s’est même élargi en devenant la troisième force politique de l’hémicycle strasbourgeois en nombre avec 84 eurodéputés, devant les conservateurs de l’ECR (78) et les centristes de Renew (76). Comme l’a annoncé dès le 7 juillet Jordan Bardella à l’issue des élections législatives françaises, le Rassemblement national en sera la principale délégation avec ses trente parlementaires européens. Bardella a d’ailleurs été élu président de ce nouveau groupe au Parlement européen et devrait tenter d’obtenir des postes clés dans les commissions parlementaires, malgré le «cordon sanitaire». Parmi les autres membres, on compte notamment certains alliés du RN au sein de l’ancien groupe Identité et démocratie (ID) comme le parti nationaliste autrichien FPÖ, les Italiens de la Lega ou les Néerlandais du PVV. A noter également, la présence du Fidesz du dirigeant hongrois Victor Orban, des Espagnols de Vox ou encore du mouvement tchèque ANO de l'ancien Premier ministre Andrej Babis, qui vient juste de quitter le groupe centriste Renew dont le parti Renaissance du président Macron est membre.
NBT: la Hongrie tente de relancer les discussions en proposant un étiquetage
La Hongrie qui assure la présidence du Conseil de l’UE au second semestre 2024 n’a pas abandonné l’espoir de dégager une approche générale des Vingt-Sept sur la réglementation encadrant les nouvelles techniques de sélection génomiques (NBT). Mais, dans un document de travail («non paper») préparé en vue d’une discussion entre les experts nationaux le 19 juillet, elle prend un virage radicalement différent par rapport aux compromis sur la table mis sur la table jusqu’à présent. La Hongrie estime que les plantes issues des NBT devraient être étiquetées «non seulement les semences et les matériels de multiplication, mais aussi les produits destinés à l’alimentation humaine et animale tout au long de la chaîne». Une proposition qui rejoint la position adoptée au printemps par le Parlement européen. Budapest plaide également pour un renforcement des méthodes de détection des NBT, y compris celles de catégorie 1 considérées comme équivalentes à des variétés conventionnelles. Depuis un an la présidence espagnole puis la présidence belge ne sont pas parvenues, en dépit de leurs efforts, à dégager de position commune des États membres dans ce dossier, butant en particulier sur la question de la brevetabilité.
Travail illégal : vague de contrôles en Italie, 66% des exploitations en défaut
L’Inspection du travail italienne et l’unité spécialisée de la protection du travail de la Gendarmerie (Carabinieri) ont mené une importante opération contre le travail illégal dans 310 exploitations agricoles, majoritairement fruits et légumes, dans tout le pays début juillet, rapporte le magazine italien Fruitbook. Plus de 66% étaient en situation irrégulière. De plus, sur les 786 travailleurs étrangers contrôlés, 308 (39%) étaient employés de manière irrégulière, dont 96 étant en situation illégale. 128 suspensions d'activité ont été prononcées (41,29%) pour travail illégal et 51 pour violations graves de la sécurité. Des amendes ont également été prononcées pour un montant total de 1,68 million d’euros. 171 personnes ont été déférées devant la justice. La plupart des infractions ont été relevées dans la région du Latium (Latina, Rieti), du Piémont (Turin, Cueno) ainsi que les Abruzzes (l’Aquila) et en Sicile (Caltanissetta). L’Italie a récemment été choquée par la mort d’un ouvrier agricole indien, entraînant plusieurs manifestations réclamant l’abolition de la loi Bossi-Fini régissant les quotas d’immigration en fonction des besoins en main-d’œuvre et des opportunités économiques.
Pesticides: le Conseil d’Etat rejette le recours de FNE sur les zones Natura 2000
Par une décision du 8 juillet, le Conseil d’Etat a rejeté le recours de France Nature Environnement (FNE) et de la LPO relatif à l’utilisation de pesticides en zones Natura 2000, introduit le 28 janvier 2023. Les deux associations demandaient d’annuler, pour «excès de pouvoir», la compétence donnée aux préfets «d'encadrer ou d'interdire l'utilisation des produits phytopharmaceutiques, dans les sites terrestres Natura 2000, lorsque cet encadrement n'a pas été prévu par les chartes et contrats» destinés à adapter les mesures de protection «aux réalités et aux enjeux locaux». L’Etat avait accordé ce pouvoir aux préfets suite à une décision du Conseil d’Etat de novembre 2021 qui, saisi par FNE, avait ordonné aux pouvoirs publics de «garantir que l’utilisation de pesticides sera systématiquement encadrée voire interdite» dans les zones Natura 2000. L’Exécutif avait donc pris un décret en ce sens, le 30 novembre 2022. Mais FNE et la LPO avait estimé ensuite que le texte était insuffisant car n’offrant «aucune garantie de réduction drastique» en l’absence d’objectif chiffré et de délai, d'où le recours.
Agrivoltaïsme: l'arrêté sur les contrôles des installations finalement paru au JO
Attendu avec impatience par la filière qui en demandait «la publication immédiate», l’arrêté sur les contrôles des installations solaires a bien été publié, le 7 juillet au Journal officiel par le ministre de la Transition écologique. Le texte porte notamment sur le contrôle des installations agrivoltaïques, d’une part, et des installations photovoltaïques n’apportant aucun service à la parcelle, d’autre part. Comme attendu, pour ces dernières, deux rapports sont prévus (l’un préalable à la mise en service, l’autre en sixième année), afin de garantir notamment la compatibilité avec une activité agricole et la réversibilité. Concernant les installations agrivoltaïques, le texte définit les modalités de contrôle selon : le rapport initial qui sert à définir «le besoin agricole identifié ainsi que le service direct apporté» et à fixer les références permettant d’apprécier l’évolution de la production agricole ; les rapports de suivi qui visent à partager les valeurs de rendements et du revenu, ainsi que conclure sur le caractère agrivoltaïque ou non de l’installation. Par ailleurs, le texte définit le montant forfaitaire des garanties financières. Au démantèlement en fin d’exploitation, un rapport doit permettre d’attester du maintien des qualités agronomiques de la terre.
Installation/coopératives : Axéréal retire le critère d'âge à ses aides à l'installation
La coopérative Axéréal a dévoilé, le 8 juillet, dans un communiqué, un nouveau programme d’aide à l’installation intitulé Nova. Pour tenir compte des installations tardives (en moyenne 37 ans en région Centre-Val de Loire, précise Axéréal), la limite d’âge pour bénéficier des aides a été supprimée. Les agriculteurs devront être installés depuis moins de deux ans pour être soutenus. Pour rappel, le soutien d'Axéréal consiste en un accompagnement de trois ans pour faciliter les premiers pas des nouveaux coopérateurs. Parmi les aides, les coopérateurs bénéficieront d’une enveloppe financière permettant d’accéder à des services et à des outils d’aide à la décision habituellement payants. Interrogée par Agra, Axéréal explique que cette aide est calculée «sur la base du niveau d’engagement et des surfaces». De même, les nouveaux arrivants verront 25% de leurs parts sociales être prises en charge par la coopérative et pourront, entre autres, participer à des évènements (visites, conférences, voyages d’étude…) destinés à créer du lien entre agriculteurs. «Le soutien à l’installation constitue un enjeu majeur pour le maintien d’une agriculture performante et durable», commente Jean-François Loiseau, président d’Axéréal, cité dans le communiqué.
Climat : juin 2024 est le mois de juin le plus chaud jamais mesuré dans le monde (Copernicus)
Sous l’effet des rejets de gaz à effet de serre de l’humanité, les records de températures mondiales continuent de tomber depuis plus d’un an. Résultat : le mois de juin 2024 est devenu le mois de juin le plus chaud jamais mesuré dans le monde, effaçant le record déjà battu en 2023. Avec son cortège de canicules au Mexique, en Chine ou en Arabie saoudite, juin 2024 est en effet le treizième mois consécutif à établir un record de température moyenne plus élevée que les mois équivalents, a annoncé l’observatoire européen Copernicus le 8 juillet. Au cours des douze derniers mois (juillet 2023 – juin 2024), la température moyenne de la planète à été «1,64°C au-dessus de la moyenne préindustrielle 1850-1900». En outre, le mois de juin 2024 est «le douzième mois consécutif qui dépasse de 1,5°C les moyennes de l’ère préindustrielle», souligne Carlo Buontempo, directeur du service du changement climatique de Copernicus, dans un communiqué. Si le climat actuel est déjà réchauffé d’environ 1,2 °C par rapport à 1850-1900, le Groupement international d’experts sur le climat (Giec) prévoit que le seuil de 1,5 °C a une chance sur deux d’être atteint en moyenne dès les années 2030-2035, au rythme actuel des émissions dont le pic est attendu d'ici 2025.
Endives : une production encore fortement diminuée sur la campagne 2023-2024
Au 1er juin 2024, la production française d’endives est estimée à 109 500 tonnes pour la campagne 2023-2024, selon une note des services du ministère de l’Agriculture (Agreste). Elle serait en retrait de 10% par rapport à la production déjà particulièrement faible de la campagne précédente, et de 28 % par rapport à la moyenne des cinq dernières campagnes. En janvier dernier, l’Association française des producteurs d’endives (Apef) tablait plutôt sur un volume disponible entre 110 000 tonnes et 115 000 tonnes au niveau national. «La production est exceptionnellement basse cette année dans les Hauts-de-France, du fait notamment de la prépondérance de grosses racines entraînant moins de plantations et, par conséquent, un moindre rendement au bac», analyse Agreste. La rareté du produit a soutenu les prix, qui étaient en mai supérieurs de 51% à ceux de la saison précédente. La production de racines de la campagne 2023, de mai à novembre, est estimée à 190 600 tonnes. Elle serait en baisse de 8% par rapport à la campagne 2022 et de 23% par rapport à la moyenne 2018-2022. Selon les dernières estimations pour 2023-2024, les superficies implantées en racines d’endives seraient de l’ordre de 8 200 hectares.