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Anne Colonna (L'Oréal) : « Nous sommes intéressés par les alternatives vertes aux matières premières qui structurent nos formules »

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Anne Colonna, directrice générale de la recherche avancée chez L'Oréal. Crédits : © Philippe Gotteland/L'Oréal

Que ce soit pour remplacer des ingrédients pétro-sourcés, sécuriser ses approvisionnements en les relocalisant ou produire en limitant l’impact environnemental, L’Oréal recherche des solutions vers le végétal et les biotechnologies. Et en tant qu’industriel de taille mondial, il se rapproche de plus en plus de l’innovation en nouant des partenariats avec des start-up mettant au point des alternatives « vertes », mais aussi en investissant au capital de ces jeunes pousses. Il y a quelques semaines, L’Oréal dévoilait ainsi son Green Sciences Incubator en collaboration avec le Genopole d’Evry. Sur tous ces sujets, Anne Colonna, directrice générale de la recherche avancée chez L'Oréal, dresse l’état des lieux et dévoile l’ambition de son groupe pour les prochaines années.

L’Oréal s’est fixé pour objectif d’atteindre 95% d’ingrédients biosourcés, issus de minéraux abondants ou de procédés circulaires en 2030. Quels moyens mobilisez-vous pour y arriver ?

C’est un objectif certes très ambitieux, mais nous mettons tous nos moyens pour y parvenir. Il a été annoncé en 2021, mais il fait référence en réalité à un cap fixé de longue date puisque dès 1995 nous nous sommes dotés de la première équipe dédiée au développement durable en interne. Aujourd’hui, nous accélérons de plus belle afin de faire de la science autrement, d’innover en observant la nature et en collaborant avec elle. Nous mettons en place des moyens très importants, soit 1,138 milliard d’euros en 2022 investis en recherche et innovation, ce qui correspond à 3% de notre chiffre d’affaires total, dont 761 millions d’euros en France. Et en termes d’effectifs, ce sont plus de 4000 chercheurs, dont 2600 rien qu’en France qui travaillent pour la recherche et l’innovation de l’Oréal. Nous avons pris d’autres engagements comme sur les emballages : en 2030, 100% de nos emballages plastiques seront d’origine recyclée ou biosourcée, et d’ici 2025, ils seront tous rechargeables, recyclables, réutilisables ou compostables. Autre exemple : nous nous sommes engagés à ce qu’en 2030, 100% de l’eau utilisée dans nos procédés industriels soit recyclée et réutilisée en boucle.

La collaboration avec les start-up innovantes est l’un des moyens que met en place L’Oréal pour basculer vers la chimie verte. Comme travaillez-vous avec elles ?

Parmi les outils mis en place, je peux citer le L’Oréal Green Sciences Incubator créé en 2020, dans le prolongement duquel nous avons inauguré fin mars un incubateur avec le Genopole à Evry qui accompagne des jeunes entreprises porteuses d’innovations de rupture dans la culture durable, les biotechnologies, la chimie ou l’extraction vertes pour des applications dans l’industrie cosmétique. Suite à un appel à manifestation auprès des start-up, nous avons sélectionné d’eux d’entre elles particulièrement prometteuses. Algentech qui développe des technologies de transformation des cellules végétales pour produire des ingrédients biosourcés pour la cosmétique, et Novobiom, qui développe des technologies fongiques bio-inspirées applicables au domaine de la dépollution des sols et des eaux. Et nous allons intégrer une troisième start-up ultérieurement. Dans tous les cas, nous veillons à ce que les start-up incubées conservent la propriété intellectuelle de leurs découvertes. Concrètement, les équipes des start-up collaborent avec nos experts et bénéficient d’un accès privilégié à nos installations et nos laboratoires.

Par ailleurs, notre laboratoire de Tours travaille sur les biotechnologies qui utilisent le biomimétisme pour créer des substances qui s'inspirent de, ou imitent, la nature. Cette approche est une extraordinaire source d'innovation dans le domaine des cosmétiques. Il faut savoir que certaines cellules végétales ont la capacité de se régénérer après différents types d'agression. Depuis 1995, le laboratoire développe avec notre filiale Novéal, spécialisée dans les biotechnologies végétales, des cultures de cellules végétales dédifférenciées, notamment des cellules de rose pour Lancôme, dont est extrait un actif aux propriétés régénératrices des tissus cutanés.

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D’autres formes de collaborations existent-elles ?

Oui, nous collaborons avec les start-ups de différentes manières, en travaillant notamment sur des thématiques communes, en partageant avec elles des savoir-faire et des expertises visant à les accompagner dans le développement de leur technologie, que nous pourrons ensuite mettre ensemble sur le marché. A côté de ces partenariats, nous pouvons aussi investir au capital de start-up pour accélérer une solution spécifique qui peut nous intéresser. Pour cela, L’Oréal s’est doté en 2018 d’un fonds de capital-investissement, appelé Bold, destiné à prendre des participations minoritaires dans des start-up innovantes et à fort potentiel. Parmi ses centres d’intérêt, les biotechnologies figurent en bonne place. Son dernier investissement, annoncé en mars 2023, a concerné une start-up américaine, Geno, qui vise à remplacer les ingrédients traditionnels par des alternatives biosourcées et durables, obtenues par exemple à partir de sucres végétaux. Bold soutient aussi la start-up française Microphyt, qui a mis au point un procédé de production de microalgues à faible impact carbone, dont elle extrait des ingrédients naturels que nous utilisons.

Quels ingrédients cherchez-vous à remplacer dans vos produits ?

Par exemple, lors de notre appel aux start-up pour l’incubateur dédié aux Sciences Vertes lancé avec Genopole, nous avons indiqué que nous étions intéressés par les alternatives vertes aux matières premières qui structurent nos formules. Pour être plus précis, nous disposons maintenant d’alternatives biosourcées et durables, comme par exemple utiliser des solvants verts suite à notre partenariat avec la start-up française Global Bioenergies. Cette société, dont L’Oréal est actionnaire via Bold, est parvenue à produire un isododécane, dérivé de l’isobutène issu du végétal grâce à des bioréacteurs. Autre ingrédient issu du végétal que nous utilisons : le pro-xylane, une innovation brevetée par L’Oréal, issu de la xylose du hêtre. Ou encore la vitamine C issue du maïs qui en fait un ingrédient biosourcé et complètement respectueux de l’environnement.