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Christophe Aubé (Robagri) : « Les robots extérieurs sont le relais de croissance de la robotique agricole »

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Christophe Aubé, président de Robagri. Crédits : © Robagri

Déjà bien connus des éleveurs, les robots sont de plus en plus nombreux dans les champs où ils représentent une solution face à la pénibilité des tâches, la pénurie de main d’œuvre et les coûts salariaux. Toutefois, l’équipement des agriculteurs pourrait être plus massif en activant plusieurs leviers tels que le cadre réglementaire, qui connaît une évolution favorable à l’essor des robots, des financements plus importants et une recherche clairement orientée vers les besoins des utilisateurs finaux, leurs capacités financières et leurs exigences en termes de rentabilité. Christophe Aubé, président de Robagri, fait le point sur ces différentes questions. L’association qu’il préside rassemble 85 acteurs de la robotique agricole française : des start-up, des grands industriels, des systémiers, des chercheurs et des utilisateurs.

Quels sont les principaux défis auxquels doit faire face la robotique agricole ?

L’abandon du glyphosate dans les cultures pousse sans aucun doute les agriculteurs vers des solutions alternatives pour débarrasser les champs des mauvaises herbes. Or, sans produit de remplacement, le recours à la main d’œuvre s’impose, mais celui-ci est devenu compliqué. La récente crise sanitaire est venue mettre en lumière la difficulté à trouver du personnel qui veut se consacrer à des travaux agricoles souvent pénibles, que ce soit pour les soins aux plantes ou pour les récoltes. L’enjeu est aussi économique, avec des coûts salariaux élevés et l’impossibilité de perdre un chiffre d’affaires par l’absence de personnel pour les récoltes. Cette pénurie de personnel s’est aggravée ces dernières années, ce qui pousse de plus en plus d’agriculteurs à se tourner vers la robotique agricole. Cette solution a aussi l’avantage de s’inscrire dans la transition agricole en cours, qui pousse à limiter le recours aux produits phytosanitaires.

Quels sont les secteurs agricoles où les robots sont le plus présents ?

Là où il y a des financements, la robotique se développe. Le premier exemple est la viticulture, culture à forte valeur ajoutée et qui demande des soins réguliers pour le travail du sol et des plants, suivie du maraîchage, des grandes cultures et de l’arboriculture. Je ne parle pas bien évidemment de l’élevage, qui concentre l’essentiel de la robotique installée en France, soit environ 8000 machines sur 10000, mais qui est arrivé à maturité. Aujourd’hui, les robots extérieurs sont clairement le relais de croissance de la robotique agricole.

Comment un agriculteur peut-il financer la robotisation de ses cultures ?

Le coût pour un robot est très variable, autour de 100 K€ par unité en moyenne, sachant que les tarifs s’échelonnent de 70 à 200 K€. Une solution consiste à s’équiper de matériel polyvalent qui puisse être doté de différents outils en fonction des travaux à réaliser. Par exemple, en viticulture, on peut trouver du matériel roulant polyvalent qui peut être équipé d’outils pour travailler le sol ou prendre soin des ceps. C’est une façon de rentabiliser son investissement. Il existe aussi des dispositifs pour financer directement des agriculteurs souhaitant s’équiper de robots agricoles. Il existe ainsi actuellement une AMI Equipements pour la 3e révolution agricole pour identifier les matériels innovants qui seront ensuite éligibles à une aide délivrée par France Agrimer.

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Quels sont les freins au développement des robots dans les champs ?

Nous devons disposer d’un cadre réglementaire plus clair afin de pouvoir développer le parc de robots qui évoluent dans les champs. Ainsi, nous travaillons actuellement avec l’Etat au sein de France Expérimentation, un dispositif interministériel qui permet de lever des blocages juridiques entravant la réalisation de projets innovants. Deux points sont en discussion : la traversée de certaines voies publiques en milieu rural  par un robot télécommandé et l’utilisation d’un chemin rural pour qu’un robot puisse y faire demi-tour, avec un balisage. Au niveau européen, nous attendons beaucoup du décret Machines, issue de la directive Machines, et qui va être une loi européenne qui s’imposera à tous les pays membres de l’Union européenne. Cette loi va permettre de réduire le nombre d’ambiguïtés sur les dispositifs à mettre en œuvre pour prévenir les accidents en fonction de chaque cas de figure. Nous avons déjà un cadre réglementaire qui nous permet de faire évoluer nos robots en toute sécurité et sans danger pour les hommes, mais la loi européenne réduira les possibilités d’interprétation d’un pays à l’autre.

De quels soutiens bénéficient les entreprises de la robotique agricole ?

Les entreprises sont soutenues par des programmes de financement public comme le Programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) agroécologie et numérique, qui vient d’être lancé début janvier 2023 assorti d’un montant de 65 millions d’euros, piloté par l’Inrae et l'Inria. Et d’ici peu, le Grand défi robotique agricole doit voir le jour, doté d’un budget de 21 millions d’euros, qui sera piloté par Robagri en collaboration avec l’Agence nationale de la recherche. On estime que 400 robots agricoles ont été produits en France en 2022, contre une centaine en 2021.

Comment se positionnent la France, l’Europe et les Etats-Unis sur le secteur des robots agricoles ?

Nous avons beaucoup de points forts en France, comme le plus grand nombre d’opérateurs fabricant des robots agricoles, mais aussi une recherche importante, tant en France qu’au niveau européen. Toutefois, nos concurrents nord-américains ont aussi des avantages réels, comme un accès aux financements beaucoup plus développé grâce à des fonds d’investissement très puissants. Ils disposent aussi d’exploitations de très grandes tailles, ce qui permet de faire des économies d’échelle. Et en ce qui concerne la recherche en Europe, il faut qu’elle soit vraiment orientée vers l’utilisateur final : c’est essentiel de partir des besoins du terrain, sinon les projets n’ont pas de viabilité économique.