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Damien Paineau (Ferments du Futur) : « 22 millions d’euros seront consacrés à des équipements dernier cri couvrant tout le cycle de création des ferments »

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Damien Paineau, directeur exécutif de Ferments du Futur Crédits : © INRAE – Christophe Maître

Trois mois après la présentation officielle du grand défi Ferments du Futur, un programme coordonné par INRAE et l’Ania, les trente-quatre partenaires ont été dévoilés. Parmi eux, 21 opérateurs privés vont participer à des projets sur les ferments, un domaine dans lequel la France compte plusieurs champions, mais qui recèle encore de nombreux secrets. Avec un budget total de 48,3 millions d’euros, ce grand défi du programme France 2030 permettra non seulement de mieux connaître les ferments, mais aussi d’explorer tout leur potentiel pour conserver, texturer, aromatiser des aliments, en limitant ou en se substituant aux additifs habituellement utilisés, et en accompagnant la végétalisation de l’alimentation. Le point avec Damien Paineau, directeur exécutif de Ferments du Futur.

Quels sont les principaux enjeux du grand défi Ferments du Futur ?

Les aliments fermentés sont bien connus, car nous en consommons tous les jours sous forme de laitages, charcuteries, pain ou boissons. Mais cette technique ancestrale n’a pas encore révélé tous ses secrets, et peut avoir des applications pour d’autres aliments ou coproduits, et dans d’autres domaines comme l’alimentation animale ou la protection des plantes. La fermentation présente de nombreux avantages qui vont motiver nos recherches : améliorer la conservation des aliments et lutter contre le gaspillage, modifier le goût et permettre de consommer de nouveaux aliments fermentés notamment à base de céréales, de légumineuses ou encore de fruits et légumes. Nous devons aussi travailler sur l’impact environnemental de la production de ferments en termes de consommation d’eau, d’énergie et de production de déchets.

En quoi va consister cette plateforme d’innovation ?

Dans le cadre du financement du grand défi Ferments du Futur, 22 millions d’euros, dont 12 millions sur la plateforme de Saclay et le reste sur 7 unités des laboratoires d’INRAE, seront consacrés à des équipements dernier cri couvrant tout le cycle de création des ferments. L’ensemble de ces équipements de pointe sur la plateforme Ferments du Futur est unique en Europe. Ils permettront par exemple d’isoler et de caractériser des ferments que nous ne connaissons pas encore, qui bénéficiera notamment à l’alimentation avec des produits à haute valeur ajoutée. Un parc de fermenteurs spécifiques permettra de travailler sur des matrices de ferments liquides, solides ou sous forme de gels. Et le troisième étage de la fusée portera sur des capacités analytiques assez poussées sur les molécules et les arômes issus de la fermentation.

Combien de partenaires compte le consortium Ferments du futur ?

Le nombre de partenaires privés intéressés pour participer au grand défi Ferments du futur a dépassé nos attentes. Nous pensions à 12 partenaires privés au départ et nous en comptons 21 finalement, à la fois des grandes entreprises, telles que Danone, Lesaffre ou Eurogerm et des coopératives telles qu’Agrial et Axéréal, des entreprises de taille intermédiaire, mais aussi des start-up. Le consortium compte également 6 membres publics, issus de la recherche comme INRAE ou de l’enseignement comme AgroParisTech. Et des membres associés tel que l’Actia, l’Adepale ou l’Ania (1). Nous sommes extrêmement heureux d’avoir pu réunir ce socle de partenaires, c’est très prometteur et ce nombre pourra être amené à évoluer dans le futur.

Des partenaires privés ou publics peuvent-ils encore rejoindre le grand défi Ferments du Futur ?

Oui, c’est tout à fait possible. Les 21 membres du privé pourront être plus nombreux à condition de se conformer aux conditions d’entrées fixées par notre comité d’orientation stratégique. Même chose pour les partenaires publics, dans la mesure où ils apportent des complémentarités. L’idée est aussi de compléter notre tour de table en faisant entrer des secteurs encore peu représentés comme les coproduits de la première transformation alimentaire ou encore la protection des cultures.

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Comme s’explique cet engouement des partenaires privés et publics ?

Les membres du consortium sont fortement impliqués dans le fonctionnement du grand défi. Ils sont tous réunis au sein du comité d’orientation stratégique, dont le premier s’est tenu le 12 décembre, et qui se réunira plusieurs fois par an pour étudier les projets pré-compétitifs. Sur la base d’un appel à projets par an, ils attribueront environ 1,5 million d’euros de financement à 5 à 7 projets chaque année. Les partenaires industriels pourront aussi présenter des projets compétitifs, à titre privé, pour des projets dont le développement est plus avancé et qui sont donc plus proches de leur mise sur le marché. Pour ces projets, les industriels conserveront 100% de la propriété intellectuelle, ce qui est assez atypique et leur participation financière se limitera à une fois le coût du projet maximum. En outre, les industriels sont assurés d’une totale confidentialité puisque ces projets ne seront pas présentés en comité d’orientation stratégique. Et surtout, ils bénéficieront de notre plateforme d’innovation de Saclay, de formations à la fermentation industrielle, de tout l’écosystème autour des ferments et d’une base de données en cours de construction sur les micro-organismes. Enfin, la contribution annuelle des partenaires privés, calculée à hauteur de leur chiffre d’affaires, sera très compétitive, de l’ordre de 5000 euros pour les start-up et jusqu’à 100 000 euros pour les plus grandes sociétés.

Quelles sont les prochaines étapes pour le grand défi Ferments du Futur ?

Un premier appel à projets sera lancé début 2023 afin de sélectionner 5 à 7 projets précompétitifs, dont les premiers résultats seront dévoilés début 2024. Et à partir de la fin 2023, nous pourrons installer les projets les plus matures sur la plateforme d’innovation de Saclay.

Le grand défi Ferments du Futur est prévu pour se déployer pendant 10 ans, mais j’espère bien qu’il continuera à vivre au-delà, en trouvant son propre équilibre financier, grâce à des relais de financement. L’Europe nous ouvre aussi des perspectives avec des financements qui pourraient aider à faire vivre nos projets. S’il s’agit au départ d’un projet financé par la France, l’ambition portée par Ferments du Futur est d’avoir un impact à l’échelle européenne.

 

  1. Les membres du consortium : 6 membres publics (INRAE/IT + AgroParisTech/ AgroParisTech Innovation, l’Institut Agro, Université Clermont Auvergne, Université Paris Saclay, VetAgro Sup) ; 21 membres privés (Agrial, Atelier du Fruit, Axéréal, Bel, Biogroupe, C&DAC, Danone, Eurogerm, Grandiose, Green Spot Technologies, Greentech, Lallemand, Les Nouveaux Affineurs, Lesaffre, le LIP, Nutrition & Santé Nutropy, Revobiom, Philibert Savours, ShakeUpFactory, Toopi) et 7 membres associés : ACTIA, ADEPALE, ANIA, CNIEL, FEDALIM, SYFAB, Vitagora.