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Étienne Duthoit (Vital Meat) : « Nous espérons être le premier producteur européen de viande de culture à obtenir une autorisation de commercialisation »

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Etienne Duthoit, PDG de Vital Meat. Crédits : © Vital Meat

Le producteur français de viande cultivée Vital Meat vient de formuler une demande de mise sur le marché de son poulet cultivé à Singapour. La start-up se positionne ainsi pour devenir le premier industriel européen à commercialiser son produit auprès du grand public et des industriels. A cette occasion, Etienne Duthoit, PDG de Vital Meat, qui a pour actionnaire principal de groupe spécialiste de génétique animale Grimaud, détaille sa stratégie de développement, et aborde les principaux enjeux qui se posent, notamment la question des facteurs de croissance nécessaires à la production en bioréacteur de sa viande cultivée de poulet.

Vital Meat vient de déposer une demande d’autorisation de mise sur le marché de sa viande cultivée de poulet auprès des autorités de Singapour. Pourquoi ce choix ?

Singapour est très au fait des enjeux de souveraineté alimentaire, étant très dépendant des importations pour nourrir sa population. Ce pays est donc en recherche de toutes les solutions pouvant accroître son autonomie alimentaire, et la viande de culture est une solution. En outre, Singapour est très ouvert à l’innovation et a déjà donné son feu vert à deux produits de viande cultivée qui sont déjà commercialisés sur place. 

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Comment se déroule la procédure pour déposer le dossier ?

Les autorités sanitaires de Singapour sont en contact régulier avec le demandeur pour lui demander des éléments visant à prouver l’innocuité de son produit et son intérêt nutritionnel, de telle sorte que le dossier est coconstruit entre les deux parties au fil des allers-retours. A l’inverse, d’autres autorités sanitaires veulent un dossier complet, pour ensuite se prononcer.

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Quand espérez-vous obtenir ce feu vert de Singapour et quels développements envisagez-vous sur place ?

Nous espérons obtenir une réponse positive d’ici 9 à 12 mois et être le premier producteur européen de viande cultivée à obtenir un feu vert de mise sur le marché. Nous commencerons ensuite à commercialiser nos produits en B to B en travaillant avec un ou plusieurs restaurateurs sur place. Ils pourront alors associer notre ingrédient, par exemple avec des protéines végétales, ce qui permettra au grand public mais aussi aux industriels de constater l’intérêt de notre ingrédient pour des produits destinés à la grande consommation. Nous produirons soit nous-même en France, soit en nous appuyant sur un partenaire local.

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Comment voyez-vous l’avenir de votre viande cultivée de poulet ?

Nous nous positionnons comme un producteur de viande cultivée de poulet pour les industriels qui pourront l’utiliser comme un ingrédient pour leurs préparations. Par exemple, ils pourraient associer notre ingrédient avec d’autres protéines ou avec des légumes, pour élaborer des produits spécifiques. Il y a beaucoup de possibilités à explorer en termes de gastronomie et de nutrition. Notre viande cultivée présente de nombreux points forts : un impact environnemental réduit par rapport à l’élevage conventionnel, des qualités nutritionnelles et organoleptiques identiques à celles du poulet et une dimension éthique essentielle puisque notre solution évite l’abattage massif de poulets et répond à la question du bien-être animal.

La question de la compétitivité de votre produit est essentielle pour assurer sa diffusion à grande échelle. Comment allez-vous y répondre ?

Notre technologie est encore très jeune puisque, dans le cas de Vital Meat, nous sommes nés en 2018. Nous avons déjà réalisé d’immenses progrès pour nous approcher du prix de la viande conventionnelle, et nous parviendrons sans doute à terme à converger vers ce prix. Notre principal facteur de coût est le milieu de culture qui nourrit les cellules que nous cultivons. Nous n’utilisons pas, contrairement à d’autres acteurs de la viande cultivée, de sérum fœtal bovin, et même aucun composant d’origine animale à part la cellule issue d’un œuf embryonné prélevée une seule fois. Mais nous devons encore améliorer cet aspect de la production pour arriver à des prix attractifs.

Le partenariat avec Biowest, que vous venez d’annoncer, va-t-il vous aider pour atteindre cet objectif ?

Notre partenariat opérationnel et stratégique avec Biowest va nous aider sur la question du milieu de culture dont il est l’un des leaders européens. Ils sont capables de produire un milieu de culture sans sérum animal à un coût compétitif, et ils ont joué un rôle clé dans notre montée à l’échelle dans notre bioréacteur pilote de 250 litres. En outre, Biowest va nous permettre de produire à plus grande échelle en se dotant des capacités de production nécessaires à la production de milieu de culture à grande échelle pour accompagner le développement de Vital Meat.

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Comment allez-vous lancer votre production de viande cultivée de poulet à l’échelle industrielle ?

Nous sommes actuellement au stade préindustriel avec une capacité de production en bioréacteurs de 2000 litres. Mais nous voulons aller bien plus loin en nous dotant d’un atelier avec des bioréacteurs d’une capacité de 10000 litres et surtout avoir les ressources suffisantes pour notre déploiement commercial. Pour cela, nous prévoyons de lancer une levée de fonds de série A en 2024.