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Gilles Trystram (AgroParisTech), coordinateur d’Ecotrophelia : « Faire d’Ecotrophelia la grande semaine de l’innovation alimentaire »

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Gilles Trystram, coordinateur d’Ecotrophelia et professeur à AgroParisTech Crédits : © Ecotrophelia

La 23ème édition nationale du concours universitaire de l’innovation alimentaire Ecotrophelia se tient pour la deuxième année consécutive à Nancy et se terminera le 23 juin par la cérémonie de remise des prix. 22 projets d’étudiants issus d’établissements, de grandes écoles et d’universités françaises, concourent cette année. Gilles Trystram, professeur à AgroParisTech, qui a pris la suite de Dominique Ladevèze fondateur d’Ecotrophelia, revient pour Agra Innovation sur ce rendez-vous annuel de l’innovation et ses partenaires présents et futurs, et dévoile les réflexions en cours pour faire évoluer ce concours.

Les crises comme la Covid-19 et maintenant la guerre en Ukraine ont-elles modifié le travail et l’implication des étudiants ?

Le travail des étudiants n’a pas été touché par la situation en Ukraine, parce qu’ils ont démarré leurs projets avant le déclenchement de la guerre. Et nous avons tendance à cristalliser sur la Covid-19, alors qu’eux sont plutôt dans la continuité de leurs préoccupations. Ecotrophelia est un bon marqueur des envies de la jeunesse. D’ailleurs, les industriels habitués de ce concours le disent : « ce qui les intéressent c’est de regarder comment la jeunesse capte les besoins qui préoccupent leur génération sur ce que sera notre société demain ».

Ce qu’on voit de manière très claire, c’est qu’il y a de plus en plus de projets autour des seniors, avec une finalité sur la nutrition, l’alimentation personnalisée et l’adaptation aux situations individuelles particulières. Les produits ludiques et festifs, autour de la consommation sur le pouce qui a toujours existé à Ecotrophelia sont aussi toujours d’actualité. De même qu’un troisième axe, qui est dans l’âme même d’Ecotrophelia avec Eco pour écoconception, porte sur les problématiques autour de comment faire mieux avec moins, comment recycler des produits et comment utiliser la totalité d’une ressource sans déchets. Cette dimension est je pense, très forte pour la jeunesse en ce moment.

Une autre dimension, qui reste aussi très présente et que nous essayons de capter au travers de nos programmes européens, traitent de toute la question de l’entrepreneuriat et de la création. Et Ecotrophelia est un cadre idéal pour se lancer en permettant aux étudiants de faire ensemble, d’expérimenter et de créer un produit du début à la fin. Tous n’ont pas la fibre entrepreneuriale, mais tous, pour ce concours, sont immergés dans une situation de créativité. Ce qui n’est pas forcément ce que cherche une école d’ingénieurs lorsqu’elle sélectionne ses futurs étudiants, ce qui est d’ailleurs dommage. Les dispositifs comme Ecotrophelia permettent d’apporter ces compétences entrepreneuriales. Et l’industrie agroalimentaire en a bien besoin, d’autant plus avec la crise en Ukraine et son incidence sur l’énergie et les matières premières, qui nécessitera de trouver plus de diversité dans des ressources moins nombreuses et sans doute plus locales.

Est-ce qu’on peut dire qu’Ecotrophelia s’inscrit dans la démarche de souveraineté alimentaire prônée par le gouvernement ?

En effet, Ecotrophelia en est une des composantes et je vais même plus loin, puisqu’à mon sens il n’y a pas de souveraineté alimentaire sans conception et ingénierie. On ne constate pas la souveraineté alimentaire, on doit la fabriquer. C’est essentiel et il ne faut pas l’oublier.

Les industriels, distributeurs et groupes de restauration accompagnent Ecotrophelia, qu’en est-il des fonds d’investissement ?

Les fonds d’investissement ont été présents, puis se sont éloignés et sont en train de revenir à Ecotrophelia. Ils commencent à comprendre que nous ne sommes pas dans les mêmes constantes de temps que dans le numérique notamment. Dans l’alimentaire tout est plus long et l’arrivée d’un produit sur le marché prend du temps et n’est pas linéaire. Les fonds d’investissement reviennent avec la volonté d’une plus grande implication au sein d’Ecotrophelia, maintenant qu’ils ont analysé quelles étaient les caractéristiques particulières de l’agriculture et de l’alimentaire dans l’innovation et l’entrepreneuriat. Et ils savent qu’avec Ecotrophelia, nous formons les jeunes acteurs de demain dont l’entrepreneuriat a besoin.

Certains fonds d’investissement pourraient-ils devenir partenaires d’Ecotrophelia, au même titre que les partenaires actuels ?

Oui, mais avec des questions très importantes en termes d’éthique et de déontologie. Formellement, Ecotrophelia est une convention entre 30 établissements universitaires qui décident ensemble de faire avancer l’innovation.

Avec les fonds d’investissement comme avec les acteurs privés en général, il faut que nous soyons clairs sur ces dimensions d’éthique et de déontologie, sinon ça revient d’une façon ou d’une autre à exploiter le travail des étudiants et Ecotrophelia y perdait son âme. Mais en même temps, nous avons l’ambition d’aider ceux qui souhaitent créer leur entreprise.

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Ecotrophelia existe depuis plus de 20 ans maintenant, et face aux changements de consommation, envisagez-vous de faire évoluer le concours et si oui, dans quelle direction ?

Cette année, nous n’avons rien changé, en restant sur un cahier des charges d’un produit avec une finalité industrielle, en distribution ou en restauration. Mais nous nous posons la question d’aller au-delà du produit. Le e-commerce, la personnalisation, le service, l’emballage… sont des axes importants aujourd’hui qui peuvent entrainer de l’innovation sur le produit ou sur une fonctionnalité pour le consommateur. Et peut-être que le système actuel du concours bride certaines choses, tel que le développement du e-commerce par exemple, qui serait tout à fait adapté dans certains projets d’étudiants, mais qui ne trouve pas sa place actuellement.

En fait globalement, la question se pose de savoir comment la consommation alimentaire va se mettre en place demain et comment les produits accompagneront ces changements. Tout ceci pourrait marquer le changement d’échelle d’Ecotrophelia.

Une réflexion sur l’évolution du concours est donc en cours, sachant que notre grande envie est de faire d’Ecotrophelia la grande semaine de l’innovation alimentaire. C’est un enjeu fort et c’est également très important de l’expliquer, parce que c’est au bénéfice des consommateurs et des citoyens et que ça peut redorer l’image d’un système de création assez mal perçu, parce que méconnu.

Et quoi de neuf alors à Ecotrophelia cette année ?

Cette année, je suis très content d’avoir une diversité de partenaires, et l’Ania et l’Adepale ensemble, à la table du jury national. C’est très bien qu’Ecotrophelia favorise ce lien. Ce concours est un lieu neutre, mais au service de tous les acteurs. Et demain, j’aimerais qu’on y trouve aussi la Coopération agricole. Je pense qu’il y a des intérêts communs qui commencent à émerger entre tous ces acteurs.

Les passerelles entre Ecotrophelia et la recherche ou les aides gouvernementales pourraient-elles être améliorées ?

Les structures de recherche, qu’elles soient universitaires ou Inrae, sont présentes et il n’y a pas de soucis dans le lien entre les étudiants, la recherche, les enseignants/chercheurs, tout ça fonctionne bien. L’institut Carnot Qualiment s’est aussi associé et aidera les étudiants à trouver des aides dans les laboratoires de recherche. Il y a des ponts entre les uns et les autres et l’écosystème se construit autour d’Ecotrophelia, c’est très positif.

Concernant les aides du gouvernement, c’est plus hétérogène et je ne vois pas encore d’axe émerger pour le moment. Et pourtant, ça serait bien de dire, avec France 2030 ou avec le Programme d’investissement d’avenir et tout ce qui concerne l’agriculture et l’alimentation, qu’il y a un peu d’argent pour toute cette phase essentielle d’idéation et tous les participants au concours Ecotrophelia, qu’ils aient gagné ou pas. Ça serait très complémentaire de tout l’argent qui est consacré au développement d’une économie de rupture. Disons que tout est en train de se mettre en place et qu’on peut espérer que cela viendra.