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Grégoire Burgé (AgroParisTech) : « Pérenniser nos Inn Labs constitue un de nos gros chantiers pour 2023 »

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Dr. Grégoire Burgé, d'AgroParisTech Crédits : © AgroParisTech

Les pré-incubateurs d'AgroParisTech, baptisés Inn Labs, favorisent la rencontre entre étudiants, entrepreneurs, chercheurs et industriels, afin de faire germer les projets innovants. Les start-up accompagnées par l'établissement ont levé 61 millions d’euros cumulés en 2022, (contre 11 millions en 2021). Grégoire Burgé, directeur adjoint en charge de l’innovation au sein de la direction de la recherche, de l’innovation et du transfert technologique (DRITT) à AgroParisTech fait le point sur les réflexions en cours et les différents chantiers pour 2023.

Expliquez-nous en quoi consiste le réseau d’incubateurs Inn Labs d’AgroParisTech ?

En fait, mieux vaut parler de pré-incubateurs, dans le sens où nous sommes vraiment sur la partie scientifique et technique en lien avec nos 22 laboratoires de recherche installés sur toute la France, en amont de la création d’entreprises. Ce que j’aime dire aussi, c’est qu’il s’agit de tiers lieux à vocation expérimentale, connectés à la science, où vont naitre et germer les projets et qui permettent la rencontre de différents profils, étudiants, entrepreneurs, chercheurs et industriels. C’est dans ce but que nous avons créé ce réseau des Inn Labs, parce que nous sommes persuadés que le mélange de visions complémentaires est générateur d’innovation. Et si l’innovation fait évidemment partie des missions prioritaires d’AgroParisTech, un de nos enjeux vise aussi clairement à accélérer la sensibilisation et la formation de nos étudiants à la création d’entreprises. Nous comptons aujourd’hui une quinzaine de création d’entreprises par an au sein d’AgroParisTech.

Combien existe-t-il d’Inn Labs existe actuellement ?

Nos Inn Labs sont regroupés autour de cinq thématiques et répartis sur nos différents centres sur l’ensemble du territoire. Le plus ancien et le plus actif, le Food'Inn Lab, a été créé en 2017 initialement sur notre campus de Massy et aujourd’hui à Palaiseau. Dédié à l’innovation alimentaire et à l’alimentation durable, il regroupe 45 start-up, que nous accompagnons depuis cinq ans, et qui travaillent sur des sujets variés : les protéines alternatives, qu’il s’agisse d’insectes (Akris), d’algues (Zalg, Ammi), de végétal (Umiami, Les Nouveaux Affineurs, Nudj), ou issues de fermentation de précision (Standing Ovation) ; de la valorisation des co-produit agricoles et industriels tels que les drêches de brasserie (Ramen tes drêches), la levure de brasserie (Yeasty), les coquilles d’œufs (Circul’Egg) ou encore de nouveaux packaging pour protéger les fruits et légumes sans emballage (Proteme), mais aussi tous les produits « sans », par exemple sans alcool (Ousia) ou sans allergènes (Matatie). Enfin, certains projets sont liés à la nutrition spécialisée, infantile (Dalipo) ou ciblée vers les personnes âgées (Carembouche). Nous avons récemment lancé notre appel à candidature pour accueillir une nouvelle promotion de start-up. 

Notre deuxième tiers lieux, le Farm’Inn Lab regroupe tout ce qui touche à l’Agtech, au sein de la Ferme expérimentale de Grignon. On y trouve des start-up qui travaillent autour de grandes thématiques en lien avec l’agriculture, le numérique et l’IA, comme des solutions pour l’effarouchement des oiseaux (Galinios, co-accompagné avec Centrale Supélec ndlr), le suivi de troupeaux de vaches (AiHerd), ou encore des solutions d’alternatives aux antibiotiques pour soigner des mammites (Phagos), ou de la robotique de pulvérisation et d’irrigation (Osiris, co-accompagné avec Centrale Supélec ndlr) mais aussi la méthanisation (Nenufar).

Sur notre centre de Nancy, le Forest’Inn Lab est quant à lui dédié aux innovations liées à la forêt et traite de tout ce qui touche à l’agroforesterie, au stockage du carbone, avec un apport de plus en plus significatif des approches satellites et géomatiques pour une meilleure gestion des exploitations forestières. Autant de sujets qui commencent vraiment à émerger. Nous avons d’ailleurs déjà reçu quatre à cinq demandes d’accompagnement de start-ups cette année, sans même avoir lancé d’appel à projet. Ce tiers-lieu a été imaginé en partenariat avec des acteurs comme l’ONF, Inrae et l’Université de Lorraine.

Le Biotech’Inn Lab, récemment ouvert sur notre centre de Reims, concerne tout ce qui touche « au vivant », qu’il s’agisse de bactéries, de champignons et de cellules végétales, par des approches de fermentation pour produire des molécules d’intérêt pour les industries cosmétique, chimique et également pour l’agroalimentaire. Nous lancerons un premier appel à projets en 2023.

Nous avons également créé un cinquième Inn Lab, le Territoires’Inn Lab, sur notre campus de Clermont-Ferrand, dont l’enjeu vise plutôt à appuyer les politiques publiques en travaillant avec les acteurs des territoires sur les toutes questions de transitions qu’elles soient sociétales, environnementales, mais aussi alimentaires et énergétiques. Ce lieu ne s’adresse donc pas directement aux start-up, mais il pourrait être amené à travailler avec certaines d’entre elles sur certaines problématiques. 

Enfin, nous sommes actuellement en cours de réflexion pour développer deux autres pré-incubateurs, un Digit’Inn Lab autour du numérique et un Géo’Inn Lab autour des questions satellitaires et de télédétection, sur notre campus de Montpellier.

Donnez-nous quelques chiffres sur les start-up accompagnées par AgroParisTech ?

90% de nos start-up sont portées par des étudiants ou diplômés qui viennent avec une idée pour travailler avec des laboratoires de recherche, nous avons en revanche très peu de projets issus de chercheurs eux-mêmes.

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En 2022, les start-up accompagnées par le Food'Inn Lab ont levé plus de 40 millions d’euros, parmi lesquelles, on peut notamment citer pour les plus gros montants, Umiami (26,5 M€) et Standing Ovation (12 M€). 2022 est une année faste pour le Food'Inn Lab.

Et sur l’ensemble des start-up accompagnées par AgroParisTech, les fonds levés atteignent déjà 61 millions d’euros cumulés pour 2022, alors que l’année n’est pas encore terminée. Pour mémoire, nous étions à 2 millions d’euros cumulés en 2020 et 11 millions en 2021. Et ce mouvement devrait encore continuer. Nos étudiants sont dynamiques et appartiennent à une génération qui veut agir et avoir de l’impact. L’entrepreneuriat constitue justement un des moyens d’agir et le contexte autour de l’agriculture, de la forêt, de l’alimentation et de l’environnement est très propice actuellement.

Comment sont financés ces Inn Labs ?

Aujourd’hui, AgroParisTech Innovation, la SRC (structure de recherche sous contrat, ndlr) adossée à l’établissement, nous soutient et porte administrativement et financièrement les Inn Labs. Et les start-up que nous hébergeons payent leur espace et des services, tels que du mentorat scientifique, stratégique ou business, ainsi qu’un accompagnement pour lever des fonds.

D’ici un ou deux ans, il faudra cependant que nous trouvions des moyens pérennes pour financer nos Inn Labs. Le modèle économique reste encore à préciser et plusieurs pistes sont à l’étude, comme un système payant de formation continue dans certains Inn Labs, une prise de participation au démarrage des start-up ou encore le paiement de royalties à certains jalons de développement par exemple. Pérenniser nos Inn Labs constitue un de nos gros chantiers pour 2023, avec celui des indicateurs, notamment extra-financiers, pour mieux suivre nos start-up dans le temps.

Vous accueillez également des porteurs de projets qui ne sont pas issus d’AgroParisTech, comment cela se passe-t-il ?

Il y a plusieurs façons de procéder. Grâce à notre partenariat avec Centrale Supélec, les start-up du programme d’accélération 21st by peuvent facilement nous solliciter. Et les appels à projet lancés par les différents Inn Labs ne sont pas réservés à la communauté AgroParisTech. D’ailleurs, actuellement 50% des porteurs de projets sont issus de l’école, chercheurs, étudiants ou diplômés et 50% viennent de l’extérieur. AgroParisTech est de plus en plus visible dans l’écosystème de l’innovation et aujourd’hui, peu de dispositifs d’accompagnement permettent cette connexion avec la recherche et la science, et c’est précieux.

AgroParisTech pourrait-il créer son propre fonds d’investissement ?

C’est une question que nous nous posons, dans l’idée d’investir très en amont dans nos start-up et de les soutenir en phase d’amorçage. Centrale Supélec l’a fait, Polytechnique également et certaines écoles commencent à se structurer dans ce sens. Nous étudions donc en effet l’opportunité de créer un fonds d’investissement, mais rien n’est encore acté.

Il est vrai qu’aujourd’hui, grâce à nos très bons liens avec l’écosystème du financement, aussi bien les banques, que les business angels, les fonds d’amorçage, et les fonds d’investissements classiques, nos projets n’ont pas trop de mal à être financés. Créer un fonds d’investissement AgroParisTech n’est donc pas crucial aujourd’hui, mais cela fait partie de nos pistes de réflexions pour faciliter encore plus l’émergence de nos start-up et accélérer leur arrivée sur le marché.