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Pour Capagro, les secteurs Agtech et Foodtech sont propices à l’innovation, parce qu’ils concentrent beaucoup de problématiques

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Anne-Valérie Bach, DG de Capagro et Tom Espiard-Cignaco, PDG de Capagro Crédits : © Francois-Xavier Tual

A l’occasion du lancement de Capagro II, un nouveau fonds d’investissement de 200 millions d’euros dédié aux start-up européennes de l’Agtech à la Foodtech, Anne-Valérie Bach et Tom Espiard-Cignaco, respectivement directrice générale et président directeur général de Capagro, partagent leur vision du marché de l‘innovation sur l'ensemble de ces secteurs. Ils détaillent également leurs critères d’investissement au regard du contexte actuel.

Cinq ans après le closing de votre précédent fonds d’investissement de 124 millions d’euros, vous annoncez le lancement de son successeur, Capagro II, de 200 millions d’euros cette fois et un premier investissement dans la société Cuure, spécialiste des compléments alimentaires personnalisés. Quel est l’objectif de ce nouveau fonds ?

Tom Espiard-Cignaco : Comme le précédent, ce fonds vise à accompagner les start-up européennes de l’Agtech à la Foodtech, pour rendre l’agriculture plus intelligente et durable et pour une meilleure alimentation. Ces secteurs qui couvrent l’ensemble de la chaine de valeur de la fourche à la fourchette sont propices à l’innovation, parce qu’ils concentrent beaucoup de problématiques, des bio intrants, à la santé animale, en passant par les ingrédients de spécialités jusqu’aux alternatives aux protéines animales et à la santé, sans oublier la robotique et la séquestration de carbone.

Nous rencontrons environ 1500 start-up par an, parmi lesquelles nous sélectionnons les plus prometteuses en termes d’innovation avec un fort impact sur l’environnement, l’homme et les animaux. Capagro II prévoit d’investir des tickets initiaux entre 3 et 7 millions d’euros principalement en lead ou co-lead dans une quinzaine d’entreprises.

 

Et justement, parlez-nous de vos souscripteurs, qui comptent des industriels et des coopératives aux côtés de financiers… Un mélange qui est propre à Capagro ?

Anne-Valérie Bach : C’est en effet une des particularités de Capagro que d’avoir à la fois des souscripteurs corporate et des financiers. Les industriels et/ou coopératives, à savoir le Groupe Avril, LSDH, Terrena, Groupe Bel, et les financiers que sont le Crédit Agricole et Bpifrance, déjà présents dans notre premier fonds, nous suivent dans Capagro II. Et nous accueillons également la coopérative Euralis comme nouveau souscripteur. Cette répartition sera amenée à évoluer au cours des prochains mois, tant que durera la période de levée de fonds, qui dure généralement 18 mois.

Ce mélange au sein de nos souscripteurs est d’une grande richesse. Nous sommes dans une démarche d’interaction permanente tant avec les industriels que les coopératives au travers de notre plateforme d’Open innovation propriétaire, une autre particularité de Capagro. Nous partageons nos vues sur les secteurs, leurs maturités, leurs enjeux… Et cette interaction alimente aussi leur propre réflexion sur la manière dont ils intègrent l’innovation dans leur propre dispositif déjà existant avec des collaborations avec des start-up, soit celles que nous avons déjà en portefeuille, soit dans notre flux d’affaires. Ce positionnement unique permet une création de valeur, à la fois financière, stratégique et d’impact. 

 

Ces souscripteurs pourraient-ils à terme racheter une des start-up de votre portefeuille ?

Tom Espiard-Cignaco : Ça n’est pas arrivé, mais pourquoi pas, sachant que nous avons des règles très claires. En tant que société de gestion indépendante, nos souscripteurs ne participent pas aux décisions d’investissements, de telle manière à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt. Mais si à l’avenir, une société de notre portefeuille souhaite être vendue à un industriel, les souscripteurs de notre pool auront tout le loisir de se positionner comme les autres potentiels acquéreurs.

Anne-Valérie Bach : L’essentiel du fonds Capagro I a été levé en 2017, et le portefeuille est constitué actuellement de 13 start-up dans lesquelles nous prévoyons de rester sept ans en moyenne. Nous n’avons donc pas encore de cessions prévues à ce stade et sommes plutôt toujours en phase d’accompagnement avec des levées de fonds de seconds tours.

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Le contexte actuel est globalement moins favorable aux investissements dans les start-up, le constatez-vous également dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire ?

Anne-Valérie Bach : Il est vrai que les start-up qui sont arrivées à un palier très proche de la rentabilité ont beaucoup plus de facilité à lever des fonds aujourd’hui que les autres. Néanmoins, celles qui ont développé des technologies vraiment innovantes et qui apportent de la valeur, y arrivent aussi. Alors certes, cela peut prendre plus de temps et il faut peut-être aller chercher des investisseurs un peu plus loin, mais elles arrivent néanmoins à lever des fonds dans de bonnes conditions. Globalement, les fonds ont des moyens, ils ont donc tôt ou tard de l’argent à investir.

Et pour revenir à notre portefeuille, nous avions globalement sensibilisé les dirigeants sur le fait d’atteindre la rentabilité et donc nous avons beaucoup de sociétés dans notre portefeuille proche de ce niveau.

 

Et la hausse des prix des matières premières et de l’énergie notamment, vous incite-t-elle à revoir, voire à durcir, vos critères d’investissement ?

Anne-Valérie Bach: J’ai envie de vous répondre oui et non. Chez Capagro, notre politique d’investissement a toujours été d’investir dans des sociétés qui n’avaient pas besoin d’une forte intensité capitalistique, donc de moyens trop importants, ni d’un point de vue structurel, ni d’un point de vue marketing. Et nous cherchons des sociétés qui sont en adéquation entre les montants dont elles ont besoin et notre propre capacité à les financer. Notre ticket d’entrée se situe entre 3 et 7 millions d’euros, avec une capacité totale sur plusieurs tours de 15 à 20 millions d’euros.

Donc clairement, si une start-up fait un premier tour de table autour de 100 millions d’euros, nous n’y allons pas.

En clair, la conjoncture actuelle renforce nos paramètres d’investissement existants, mais ne va pas fondamentalement les changer. Le contexte va nous inciter à être tout aussi vigilants sur l’adéquation entre ce que nous investissons et la capacité de la société d’atteindre son point mort dans le délai imparti.

Tom Espiard-Cignaco : Nos critères de sélection, entre le fonds I et le fonds II, sont les mêmes depuis 2018. Le contexte actuel a renforcé notre conviction d’aller vers des sociétés qui ont déjà trouvé une traction commerciale, animées par des équipes déjà organisées et structurées et qui maîtrisent des technologies ou savoir-faire qui leur sont propres et qui constituent une barrière à l’entrée pour les concurrents. Et surtout, dans une logique de création de valeur avec nos partenaires, cela est beaucoup plus facile avec des start-up déjà arrivées à ce stade.