Abonné

Vincent Justin (Nous anti-gaspi) : « Nous valorisons des denrées alimentaires qui seraient détruites ou déclassées »

- - 6 min
Vincent Justin, cofondateur de Nous anti-gaspi Crédits : © Agathe Lepoutre/Nous anti-gaspi

Le distributeur alternatif Nous anti-gaspi annonce un déploiement de sa marque propre dans certains magasins Carrefour, poursuivant ainsi sa collaboration étroite avec les enseignes de la grande distribution. A cette occasion, son cofondateur Vincent Justin (avec Charles Lottmann), revient sur les dernières avancées du réseau de magasins intégrés, sa relation avec les agriculteurs et les industriels de l’agroalimentaire auxquels son enseigne offre un nouveau débouché, mais aussi sur les difficultés apparues depuis le retour de l’inflation, obligeant l’enseigne à revoir certaines de ses implantations.

Pourquoi avoir décidé de diffuser vos produits chez Carrefour ?

Nous commençons à proposer les produits à notre marque Nous anti-gaspi dans les magasins Carrefour d’Ile-de-France, en particulier dans certains hypermarchés et 500 magasins de proximité. C’est un déploiement important qui va permettre de faire connaître notre marque, nos produits et surtout notre démarche anti-gaspillage à des clients qui ne nous connaissent pas encore. Trente produits sont proposés dans un premier temps, soit rassemblés au même endroit, ce qui permet de mieux faire connaître la marque, soit répartis dans les différents rayons du magasin, notamment dans les hypermarchés.

Comment allez-vous assurer un approvisionnement en croissance avec des volumes issus des invendus ?

Les volumes de produits destinés à la destruction, qu’ils soient issus de l’agriculture ou de l’industrie agroalimentaire, sont considérables. Et ils sont largement suffisants pour répondre à nos besoins. Si un point d’un cahier des charges n’est pas respecté, que ce soit pour des appellations d’origine ou de qualité, ou pour les marques de distributeurs, le produit est déclassé. Des œufs peuvent ne pas avoir le bon calibre, des tranches de jambons ne pas avoir la bonne épaisseur, et alors le produit ne peut pas aller dans le circuit commercial classique. Par exemple, nous avons travaillé avec un charcutier, dont une partie de la production de saucissons n'a pas toujours la bonne forme. Plutôt que de jeter ce boyau dont on s’aperçoit de la mauvaise forme lors de son remplissage, nous avons négocié avec lui de les remplir tout de même et de les vendre sous notre marque. Il y a un défaut visuel, mais rien ne change d’un point de vue organoleptique ou nutritionnel, c’est ce qui nous importe. C’est ainsi que nous valorisons au mieux les volumes de denrées alimentaires qui seraient détruits ou déclassés. C’est un travail au cas par cas, mais qui prouve que des solutions peuvent être trouvées.

Comment travaillez-vous avec la grande distribution ?

Nous avons d’abord collaboré sur les marques de distributeurs. Il faut savoir que les industriels qui fabriquent les MDD ont tendance à produire trop pour éviter toute rupture d’approvisionnement dans les magasins. Or, si ces surplus ne partent pas dans les magasins, ils sont systématiquement détruits car ils ne peuvent pas trouver preneur dans d’autres enseignes, en raison de la marque de l’enseigne. C’est ainsi que nous récupérons ces produits identiques à ceux vendus dans les magasins. Et ces enseignes sont rassurées de les voir chez nous, sans risque d’une distribution sauvage chez des destockeurs peu scrupuleux. Nous collaborons de cette façon avec Carrefour, Auchan et les enseignes du groupe Casino. C’est comme cela que nous avons pensé à déployer notre marque chez Carrefour. Nous envisageons également une diffusion de notre marque auprès d’autres enseignes de la grande distribution.

Quel est l’intérêt pour un agriculteur de travailler avec Nous anti-gaspi ?

C’est tout simplement un moyen de valoriser au mieux sa production. Si une production agricole est trop importante ponctuellement, nous pouvons récupérer les volumes qui ne trouvent pas preneur. Ou bien si des fruits ou des légumes ont des défauts visuels, il n’est pas toujours facile de les valoriser immédiatement auprès des transformateurs dont les capacités de traitement sont vite saturées. Nous travaillons soit directement avec les agriculteurs autour de nos magasins, soit par l’intermédiaire de notre centrale d’achat qui se met en relation avec des grossistes.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

grande distribution
Suivi
Suivre
distribution
Suivi
Suivre

Comment déployez-vous votre réseau de magasins ?

Nous avons déjà 28 magasins détenus en propre, que nous avons d’abord déployé en zones d’activité commerciale, donc en périphéries de villes, et ensuite en centres-villes. On y trouve des produits frais, d’épicerie, à notre marque ou pas, parfois bio et de proximité si cela est possible. Les clients ont accès surtout à des produits moins chers, 30% en moyenne à qualité égale par rapport à la grande distribution. Nous prévoyons d’ouvrir 50 magasins à la fin de l’année 2024.

Quel est l’impact de la hausse des prix alimentaires sur votre activité ?

Depuis le retour de l’inflation pour les produits alimentaires, c’est vrai que nos magasins en périphérie souffrent de la concurrence avec les enseignes spécialistes des promotions ou des premiers prix, ce qui n’est pas notre terrain de jeu. Pour peu qu’une zone commerciale soit moins dynamique, et sachant que les clients ont tendances à regrouper leurs achats en raison de la hausse du carburant, notre magasin peut être victime de cette évolution. Nous avons ainsi fermé un magasin en périphérie de Perros-Guirec, et nous allons désormais orienter nos prochaines ouvertures de magasins vers les centres-villes.

Comment financez-vous votre développement ?

Nous avons réalisé plusieurs levées de fonds depuis 2018 pour un montant de 16 millions d’euros, et nous comptons à notre tour de table Danone Manifesto Venture, Quadia, Eutopia et Créadev, le fonds d’investissement de la famille Mulliez. Nous sommes toujours en phase d’investissement et nous prévoyons notre premier exercice bénéficiaire en 2025. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros en 2022 et nous prévoyons 45 millions d’euros en 2023 provenant des ventes des magasins, du e-commerce et de notre marque propre. Et nous prévoyons une nouvelle levée de fonds à la fin de l’année 2023, pour un montant sans doute plus important que les précédentes.