À l'occasion du colloque Phosphobio à Bordeaux le 21 novembre, la chercheuse de Bordeaux sciences Agro Joséphine Demay a présenté une simulation des effets, sur le niveau de production agricole mondiale, de la généralisation du bio à toutes les terres, en intégrant les contraintes imposées sur les engrais phosphatés. Pour rappel, l'agriculture biologique recourt souvent aux légumineuses, gourmandes en phosphore, et proscrit les engrais phosphatés minéraux solubilisés (type superphosphate triple), ce qui limite généralement les apports aux engrais organiques. À court terme, le phosphate ne limiterait pas la production, qui serait principalement grevée par les stress abiotiques et le manque d'azote, comme mis en évidence en 2021. À horizon de 100 ans, en revanche, le manque de phosphore entrainerait une «baisse importante» de production, surtout dans les zones à faible disponibilité actuelle, aux niveaux de production agricole élevés, ou celles cultivant beaucoup de légumineuses. À cahier des charges constant, les leviers sont la baisse des effectifs d'animaux pour réallouer des terres à l'alimentation humaine, le recyclage des flux (biodéchets, excrétas humains) et la lutte contre l'érosion. L'agriculture conventionnelle n'est pas épargnée par la problématique du phosphore, mais différemment. À l'instar du soufre, le pic d'extraction est attendu au milieu du siècle et pourrait entrainer des tensions et un renchérissement.
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