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Sylvain Pineau, DG d’Agropole : « La mise en place d’une filière agricole fait partie des choses que nous voulons développer »

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Sylvain Pineau, directeur général d'Agropole Crédits : © Agropole

L’Agropole, à Agen, veut moderniser son image et renforcer la position de la Technopole comme chef de file du développement économique autour de l’agroalimentaire sur l’ensemble du territoire national. Sylvain Pineau, son directeur général explique que différents projets seront lancés en début d’année prochaine. D'autres, en lien avec l’agriculture, sont également à l’étude.

Le dernier concours Agropole vient de s’achever. Dans quelle direction s’orientent les dernières innovations présentées ?

Les porteurs de projets sont de plus en plus tournés vers les attentes sociétales, tout ce qui concerne l’humain et l’écologie. La Biscuiterie Handi-Gaspi, le gagnant de cette année par exemple, s’est intéressée d’une part au produit, fabriqué à partir de pain invendu et qui permet donc de lutter contre le gaspillage alimentaire, mais le tout avec une dimension sociétale, puisque ses biscuits sont fabriqués par des personnes atteintes d’un handicap. Cette problématique a compté dès le départ dans la construction de son business model, c’est inscrit dans l’ADN de l’entreprise.

Pour le concours Agropole, nous mesurons toujours le caractère innovant des projets présentés, le potentiel et la résilience des équipes, et évidement la rentabilité économique. Et depuis deux ans, notre cahier des charges intègre tous les aspects RSE. Toutes les start-up qui ont participé au concours cette année (1) ont développé leur business model autour d’un modèle sociétal et durable.

Depuis près de 30 ans, Agropole accompagne le développement de projets agroalimentaires. Est-ce l’heure des changements pour cette Technopole ?

En effet, nous sommes en train de moderniser l’image d’Agropole. Certains nous perçoivent comme un dinosaure dans l’agroalimentaire, alors que ça fait 30 ans que nous faisons de la foodtech. En fait, c’est l’appellation qui est récente, mais nous, nous sommes dans la foodtech depuis toujours. Notre plan stratégique Agropole 2030, lancée en février 2021, vise à accompagner ces changements et renforcer la position de la Technopole comme chef de file du développement économique autour de l’agroalimentaire sur l’ensemble du territoire.

L’un de nos grands projets porte sur la mise en place en janvier 2023 d’un programme d’incubation immersif, baptisé PLUS10. Sa création intervient au même moment que notre extension géographique de 3000 m² de « mini-usines » prêtes à produire à Damazan (Lot-et-Garonne), à mi-chemin entre Bordeaux et Agen où nous sommes déjà implantés sur 60 hectares. L’incubateur s’adressera aux start-up à l’échelle nationale. Pour celles qui le souhaitent, avec la nouvelle extension nous aurons la capacité de les accueillir dans des modules équipés dédiés. Toute l’expertise et les services de la Technopole, et notamment notre Centre de Ressources Technologiques Agrotec, seront mis à disposition pour accompagner les projets de tous les territoires.

Et pour aller encore plus loin dans l’accompagnement de ces start-up, nous engageons plusieurs actions qui n’existent nulle part ailleurs, en mettant en place notamment un corner « Made in Agropole » implanté en GMS, GSS… pendant plusieurs mois pour tester les produits grandeur nature auprès des consommateurs. De la production, que nous savons déjà faire, nous assurerons aussi la délivrance au marché, ce qui permettra à ces jeunes entreprises de gagner plusieurs mois dans leur développement. Avec PLUS10, c’est un taux de pérennité à 5 ans de nos start-up, 10% au-dessus de la moyenne nationale. Et nous réfléchissons aussi au développement d’autres services.

D’autres services qui pourraient être en lien avec l’agriculture notamment ?

Quand on dit agroalimentaire, on dit aussi besoin de sourcer ses matières premières agricoles localement. Et c’est important pour les start-up de le prévoir au début de leur business model. Depuis un an, des entreprises d’Agropole ont des projets de développement autour du chanvre et nous nous sommes inscrits dans une démarche de création de filière. Nous avons ainsi créé le premier GIE autour du chanvre bien-être, associant un agriculteur et cinq start-up et nous avons même déposé une marque collective « Chanvre de Garonne ». Dès que la loi permettra l’utilisation des dérivés du chanvre dans l’agroalimentaire, le GIE sera prêt à se lancer, avec une filière, une gamme et une marque. Le métier d’Agropole reste le développement économique territorial autour de l’agroalimentaire, mais la mise en place d’une filière agricole, indispensable aux business des entreprises, fait partie des choses que nous voulons développer.

Dans le même ordre d’idées, nous avons participé au développement de la Fabrique à soupe qui réunit un agriculteur et une start-up locale. L’idée est de récupérer les invendus du MIN d’Agen pour fabriquer des soupes qui sont ensuite revendues par les agriculteurs. Notre rôle a été de mettre en place le business. L’idée est de dire qu’en nous appuyant sur notre bassin régional et tout en restant dans notre rôle d’accompagnement des start-up, l’Agropole peut servir de vecteur dans l’évolution des pratiques agricoles en France.

(1)  Le concours Agropole 2022 : 156 dossiers déposés au départ, 75 retenus, 26 présélectionnés et 6 finalistes.