Ferme France progresse dans la construction d’un étiquetage sociétal exhaustif. L’ambition est grande et quelques étapes sont encore à franchir pour assurer sa crédibilité, notamment auprès des consommateurs.
« Il y a deux ans, c’était une utopie, mais aujourd’hui nous sommes sûrs de passer du côté de la réalité », se réjouit François Attali, président de Ferme France qui regroupe aujourd’hui 33 adhérents de la production agricole à la distribution en passant par la restauration et des organismes certificateurs. Lors d’une conférence de presse, le 5 février, il a présenté le futur étiquetage « sociétal, multi-enjeux, multi-filières, multi-produits ». Le visuel – un cercle avec en son centre une note sur 100 – est prêt mais la méthode doit encore à affiner. « C’est une machine de guerre, admet Maximilien Rouer, directeur du développement de l’association. Le travail est fastidieux mais si nous voulons nous améliorer, nous n’avons pas le choix. »
Gagner la confiance des consommateurs
Portée à l’origine par cinq acteurs économiques des filières alimentaires, l’association s’est progressivement ouverte à des acteurs gravitant autour de l’écosystème alimentaire. Elle intègre désormais l’éco-organisme spécialisé dans les emballages Citeo, des start-up et l’ONG OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs). Des adhésions qui permettent à l’association de gagner en visibilité et en crédibilité. D’autant plus qu’elle ne veut pas « être sous la tutelle des pouvoirs publics », assure François Attali. Une reconnaissance publique, qui aurait pu de facto donner du crédit à la démarche. Alors l’association multiplie les gestes envers les consommateurs avec l’objectif de gagner leur confiance. L’Institut national de la consommation, qui regroupe 15 associations de consommateurs, a intégré la structure. Et Ferme France veut aller plus loin en associant des citoyens à la définition de la démarche et à son contrôle.
Une consultation citoyenne
Aujourd’hui, le calcul de cette note sociétale unique repose sur un répertoire de 180 actions classées en 36 objectifs, eux-mêmes classés en 6 enjeux principaux : environnement ; traçabilité ; nutrition et santé humaine ; bien-être animal et conditions de travail ; équité et contribution à l’économie française ; intérêt général. Chaque objectif pèse aujourd’hui le même poids dans la note finale.
Pour coïncider au mieux aux attentes sociétales, l’association veut maintenant passer à l’étape suivante en créant un « référentiel de valeur grâce une hiérarchisation des objectifs ». « Savoir s’il vaut mieux construire des éoliennes ou économiser l’eau », illustre le président de Ferme France. Pour réaliser cette pondération, l’association va lancer une consultation citoyenne « pour aller entendre et faire parler ce à qui on ne donne pas la parole habituellement ».
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En attendant ses résultats, pour le Salon de l’agriculture une vingtaine de produits seront notés avec la méthode actuelle – « en beta testing », explique Maximilien Rouer, directeur du développement. Le déploiement grandeur nature est prévu pour la fin de l’année sur quatre produits : le lait, le porc, le poulet et le pain.
Un jury citoyen
Autre pan de crédibilité de la démarche : son contrôle. L’organisme de certification Afnor, adhérent de Ferme France, est en cours d’évaluation de la méthode de notation afin d’en garantir la fiabilité. Ensuite, « chaque industriel va s’auto-noter, explique François Attali. Il devra ensuite faire auditer cette notation par un organisme certificateur. »
Et pour impliquer les consommateurs dans le processus de contrôle, Ferme France veut créer un jury citoyen à l’image d’un « jury d’assise ». Les consommateurs pourront alors vérifier par eux-mêmes le respect des critères de notation, directement dans les usines. « C’est encore théorique. Cela reste à construire », convient Maximilien. Objectif : 2 020.
Ferme France veut associer les citoyens à la définition de la démarche et à son contrôle.
Le déploiement grandeur nature est prévu pour la fin de l’année sur quatre produits.