Depuis son apparition dans les années 1990, le dossier des biocarburants s’est beaucoup compliqué. L’imbroglio des chiffres sur les agréments annoncés par le gouvernement et la complexité du dossier dû à l’empilement des thématiques (croissance de la production, évolution des surfaces agronomiques, contrôle des usines, agréments industriels, défiscalisation, etc.) nécessitent une explication des données les plus basiques pour comprendre la situation. Voici les éléments de base pour comprendre cette activité et savoir où on en est. Quinze questions pour faire un bilan.
Que sont les biocarburants ?
Les biocarburants sont l’éthanol et le biodiesel. La filière de l’éthanol est elle-même composée de deux branches : celle de l’ETBE (éthyl-tertio-butyl-éther, additif à l’essence, composé pour moitié d’éthanol et pour moitié d’isobutène, un dérivé pétrolier), et celle de l’éthanol mélangé directement à l’essence. L’éthanol est un alcool, le biodiesel est un ester d’huiles végétales.
Qui produit des biocarburants ?
Les biocarburants sont produits par des usines de distillation d’alcool de betteraves, par des amidonneries de blé et bientôt de maïs, par des usines d’estérification des huiles végétales, principalement de colza.
En amont les producteurs concernés sont les betteraviers et les céréaliers pour l’éthanol et les producteurs d’oléagineux pour l’ester.
Quelle est la production de biocarburants actuelle en France ?
Elle s’est élevée en 2005 à 417 000 tonnes de biodiesel et à 111 461 tonnes d’éthanol.
Quelles surfaces agronomiques représentent-ils ?
Les biocarburants ont représenté 384 019 hectares de cultures en 2005, selon l’Adeca (Association pour le développement des biocarburants), dont 10 929 de betteraves, 19 778 de blé et 353 312 d’oléagineux. Ils devraient représenter plus de deux millions d’hectares, selon l’Inra, en 2010. Plus encore si l’on se fonde sur les agréments prévus pour produire les quantités agréées pour 2009, qui sont de 4 274 000 tonnes.
Un agriculteur doit-il être près d’une usine ?
Pas forcément. Pour celui qui livre physiquement ses stocks de graines de colza ou de blé, il est préférable économiquement de se trouver à proximité de l’usine. Mais un producteur éloigné de l’usine peut contribuer à son approvisionnement par un contrat d’échange de production. On peut ainsi imaginer un producteur de Corrèze cultiver du colza pour l’usine d’estérification de Sète, mais livrer sa production à une huilerie locale, et échanger sa production avec des producteurs de la région de Sète. Cela, afin d’éviter des transports de marchandise autant que possible.
Quelle est la production à l’avenir ?
La production de biocarburants n’en est qu’à ses débuts, tant en France qu’en Europe. Entre 2003 et 2010, la production française doit être multipliée par dix, passant de 400 000 tonnes (production effectivement réalisée en 2003) à 4 274 000 tonnes (quantités agréées à partir de 2009).
Dans l’UE, la production d’ester de colza, aujourd’hui d’un peu plus de deux millions de tonnes, devrait passer à 9 millions de tonnes. Et le chiffre est encore nettement plus important si l’on inclut les esters de tournesol (un million de tonnes), les esters d’huiles de fritures (600 000 tonnes), de graisses animales (1,2 million de tonnes), d’huiles importées (3,8 millions de tonnes) et le biodiesel de synthèse issu de la biomasse (300 000 tonnes).
Qui contrôle les outils de production ?
Pour la production d’éthanol, ceux qui contrôlent les outils de production, c’est-à-dire principalement des distilleries de betteraves, sont des coopératives et des entreprises privées. D’ici deux ans, trois distilleries de céréales (deux de blé et une de maïs) doivent entrer en service. Elles seront toutes les trois contrôlées par des coopératives de producteurs.
Pour la fabrication d’ETBE, les pétroliers (Total et Lyondell) sont ceux qui contrôlent les outils. Notons toutefois que deux usines d’ETBE font l’objet de montages financiers entre les producteurs, les éthanoliers et Total.
Pour la production d’ester, plus des trois-quarts des usines sont contrôlées par la filière oléagineuse française.
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Quelles sont les usines ?
Pour l’éthanol, il s’agit de distilleries de betteraves dédiées historiquement à la production de l’alcool, quand le monopole d’État assurait un débouché garanti. On en compte une bonne quinzaine. Elles sont de taille modeste. Les usines qui vont être construites désormais sont ou bien des distilleries de betteraves de grande taille, comme celle en projet à Origny Sainte-Benoîte (Aisne), ou bien des distilleries de blé comme celle qui est en projet à Lillebonne (Seine Maritime), ou bien encore des distilleries de maïs comme celle en projet à Lacq (Pyrénées Atlantiques), ou bien aussi des distilleries mixtes betteraves/blé comme celle en projet à Bazancourt (Marne). Pour le biodiesel, on compte cinq usines : à Rouen, Compiègne, Boussens (Sud-Ouest), Sète, Verdun.
Quelle est la proportion de biocarburants contenue dans les carburants ?
En 2005, la proportion de biodiesel dans le gazole en France a été de 1,01% (en valeur énergétique). Pour la filière éthanol, la proportion est de 0,82%.
Que préconise en la matière l’Union européenne ?
L’UE a publié en 2003 deux directives qui instituent une politique de développement des biocarburants. L’une d’elles recommande aux États-membres un taux minimal d’incorporation dans les carburants fossiles : 2% en 2005 et 5,75% en 2010.
Que préconise la France ?
Paris a repris la directive européenne qui fixe ces taux minimaux. Le projet de loi de Finances 2006 interprète ainsi les taux de la directive : 1,75% en 2006 ; 3,5% en 2007 ; 5,75% en 2008 (et non plus en 2010), 6,25% en 2009 et 7% en 2010.
Comment incite-t-on à l’incorporation de biocarburants dans les carburants ?
D’une part, par une défiscalisation partielle des taxes pétrolières, justifiée par le fait que des industries naissantes ont besoin de coûts allégés pour se développer. La défiscalisation est accordée par sites industriels agréés. Les agréments des unités ouvrent le droit à la défiscalisation.
D’autre part, par une disposition de la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes), qui impose aux distributeurs de carburants d’incorporer un taux minimal de biocarburants dans les carburants, afin de contribuer à la réduction des émissions de CO2. En deçà de ce taux minimal, les distributeurs sont assujettis à la TGAP.
Que font les autres pays dans le domaine des biocarburants ?
En Europe, l’Allemagne, partie plus tard que la France, est le premier producteur de biodiesel (plus d’un million de tonnes, contre un peu plus de 400 000 tonnes en France). De même, l’Espagne, qui s’est lancée plus tard que la France dans la production d’éthanol, est devenue le premier producteur européen, avec 175 000 tonnes en 2005 (contre à peine plus de 100 000 en France).
Au Brésil, la production d’alcool, dont la majeure partie sert à la carburation sous forme d’éthanol, s’est élevée à 13,4 millions de tonnes. Pour l’année 2005, elle s’est accrue de 1,6 million de tonnes. Cette augmentation à elle seule équivaut à plus de de dix fois la production française actuelle.
Les États-Unis quant à eux sont partis pour dépasser le Brésil. Leur production a atteint 13,3 millions de tonnes. Elle s’accroît chaque année de deux millions de tonnes, soit vingt fois la production française !
Que fait l’industrie automobile ?
L’industrie automobile voit dans les biocarburants un moyen de développer la voiture durable. Le concept de « voiture durable » correspond à un type d’automobile adapté à un contexte où le pétrole sera cher et où les États mettront en place des mesures de réduction des émissions de CO2.
Les constructeurs sont donc en train de concevoir des moteurs adaptés à de nouveaux carburants. C’est ainsi que Ford et Saab vendent des voitures flex-fuel, c’est-à-dire avec des moteurs s’adaptant à la composition du carburant. Renault devrait annoncer dans les prochains mois son plan de développement dans les moteurs flex-fuel, capables de tourner avec des taux de 0 à 85% d’éthanol et des taux de biodiesel de 0 à 30%.