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2004 : Carrefour à l’heure du bilan

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> Près de cinq ans après sa fusion avec Promodès, et à quelques mois du renouvellement de son pacte d’actionnaires, Carrefour a présenté des résultats 2003 qui lui ont permis d’affirmer avoir atteint tous ses objectifs. Le distributeur reconnaît cependant que son «principal» challenge reste d’améliorer la performance de ses hypermarchés français.

Voilà bientôt cinq ans que Carrefour a absorbé son rival Promodès. Cet anniversaire est aussi celui du pacte qui réunit les principaux actionnaires familiaux du groupe et Daniel Bernard, lequel arrive à échéance le 29 août prochain. Rien d’étonnant, dans ce contexte, à ce que ce dernier se soit efforcé, lors de la présentation des résultats 2003 du groupe qu’il dirige, de montrer que les performances du nouveau Carrefour sont aussi bonnes – sinon meilleures – que celle de l’ancien Carrefour. « La rentabilité des capitaux employés (ROCE) a progressé de 14,8 % en 2002 à 17,7 % en 2003, retrouvant ainsi son niveau de 1999, soit le niveau qui était celui de Carrefour avant la fusion avec Promodès », a relevé le p.-d.g.

« T ous nos objectifs 2003 ont été atteints ou dépassés en dépit d’un environnement économique difficile », s’est félicité Daniel Bernard. Ainsi, le chiffre d’affaires TTC a progressé de 6 % à taux de change constants (hors taxe et hors Chili, la hausse est de 2,6 %). Le résultat net part du groupe par action après amortissement des survaleurs a augmenté de 15,7 %. La marge commerciale est « restée globalement stable » à 22,5 % du CA contre 22,6 % en 2002, selon le groupe, qui précise que cet état de fait est notamment dû à « des investissements importants pour renforcer la dynamique commerciale ». Les coûts opérationnels ont été réduits de 19 % à 18,6 % du chiffre d’affaires. Les frais financiers ont diminué de 12 % grâce à une réduction de la dette financière de 1,1 milliard d’euros à 7,9 milliards d’euros. Le gearing est passé de 128 % à 107 %. Quelque 969 magasins sous enseignes ont été ouverts, soit une surface additionnelle de 1 million de mètres carrés.

« Retournement en Amérique latine »

La marge d’exploitation du groupe a atteint un record historique : 4,6 % du chiffre d’affaires, s’est réjoui Daniel Bernard. En France, on peut dire que ce record est d’ores et déjà dépassé. Et de loin : la marge d’exploitation s’est élevée à 6 % en 2003 contre 5,9 % en 2002. En Europe hors France, elle a atteint 3,7 % contre 3,4 % en 2002. « L’Europe est notre marché local et notre véritable relais de croissance », note le distributeur. En 2003, le chiffre d’affaires a augmenté de 3,9 % en Europe hors France en 2003. Le groupe a notamment indiqué qu’en Espagne le 4e trimestre était le « sixième trimestre consécutif d’une croissance comparable de +5% dans les hypermarchés espagnols », que le «redressement en CA en Belgique (pays où le point mort a été atteint en 2002 et où la croissance à magasins comparables de 2,7 % pour les hypermarchés belges) soutient également le redressement de la profitabilité» et que la croissance à magasins comparables a été « positive sur toute l’année » en Pologne. En Argentine, le 4e trimestre a enregistré une croissance à magasins comparables de 18 %, grâce une adaptation très poussée des gammes à trois types de zone de chalandise et qui illustre « un retournement » en Amérique latine, sur lequel le groupe croit pouvoir tabler. La Chine montre une progression de 3,2 % à magasins comparables tandis que les tendances de chiffres d’affaires se sont améliorées « significativement » en Corée du sud avec une baisse réduite à -1 % au 4e trimestre à magasins comparables.

« Défi majeur »

Reste le problème des hypermarchés français, sérieusement attaqués par leurs rivaux et les enseignes maxidiscompte. « Un défi majeur », a concédé Daniel Bernard. Repris en main l’année dernière par Bernard Dunand, les hypers français bénéficient depuis le début de l’année d’une campagne de publicité sous le thème « Mieux consommer ». Mais surtout, de nouvelles gammes de MDD de produits à bas prix ont fait leur apparition sur les linéaires : les produits « N°1 » et les « produits Carrefour internationaux ». N°1 veut offrir les produits les moins chers «de la région», à un prix 6 à 7 % moins cher que le maxidiscompte. Les produits Carrefour internationaux ou HDL (hard discount line) visent un niveau de qualité qui puisse être signé par la marque Carrefour – en caractères bleus cette fois alors que la MDD Carrefour est en caractères rouges… – à un prix 15 à 20 % moins cher que les marques nationales.

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« N°1 renforce notre image prix et génère du CA, a fait remarquer Daniel Bernard. Nous finançons les baisses de prix par des synergies européennes. » En produits alimentaires premier prix, les ventes de Carrefour se sont élevées à 1 milliard d’euros à travers le monde en 2003, dont 70 % en produits N°1. « En France, je pense que nous en sentirons les avantages au deuxième trimestre 2004, ce qui devrait nous permettre, au cours de l’année, de renverser la tendance du chiffre d’affaires« dans les produits à bas prix », a promis Daniel Bernard.

« Bloqué en france »

Le retour de la croissance pour les hypers français passe également par la reprise des ouvertures. Carrefour s’était engagé à geler durant trois ans ses ouvertures en France à la suite de la fusion avec Promodès. « De 1999 à 2002, Carrefour a été bloqué en France », a expliqué Daniel Bernard, pour qui la baisse de la part de marché de l’ensemble du groupe (-1,6 % à 22,9 % en 2003 par rapport à 2002) est corrélative de la baisse de sa part de surface (-1,5 % à 21,1 % en 2003 par rapport à 2002). Sur la période 1999-2004, Carrefour n’a donc ouvert en France que 40 000 m 2 tandis que les enseignes rivales ont inauguré 300 000 mètres carrés en hypermarchés et 600 000 m2 en maxidiscompte. Daniel Bernard prévoit donc d’ouvrir en 2004 en France environ 40 000 m2 en hypermarchés et environ 100 000 m 2 en supermarchés.

Carrefour vise une « croissance forte et rentable » en 2004. Néanmoins, ses prévisions demeurent prudentes par rapport aux résultats 2003. Le groupe prévoit ainsi une « croissance à deux chiffres du résultat par action avant et après amortissement des survaleurs », ainsi qu’une « croissance de 6 % du chiffre d’affaires à taux de change constants ». Le distributeur a également annoncé qu’il comptait ouvrir 900 magasins sous enseigne représentant un million de mètres carrés dans tous les formats qu’il exploite (50 hypermarchés, 115 supermarchés, 560 maxidiscomptes, 170 magasins de proximité et 5 magasins de vente en gros et à emporter). Il vise en outre une nouvelle réduction de sa dette, d’environ 500 millions d’euros, et une rentabilité des capitaux employés à 19%.

« Replâtrage »

L’année 2003 a été celle de l’adoption d’un système de couponing par «ticket» en France, 2004 sera celle d’une nouvelle carte de fidélité, dont le lancement est prévu pour avril prochain. Faisant allusion au débat qui oppose Michel-Edouard Leclerc et Renaud Dutreil sur la loi Galland, Daniel Bernard a déploré les « imprécations » auquel il avait donné lieu et a estimé « qu’il faut revenir au dialogue ». Mais pour lui, nul doute, « il faut réformer la loi Galland », une loi « d’un autre âge », dont la circulaire d’interprétation dite Dutreil n’est qu’un « replâtrage ». La grande distribution doit pouvoir « bouger », sinon « les seuls magasins libres de se développer seront les hard discount », a déploré le p.-d.g. qui s’est également prononcé pour le rétablissement du droit d’alignement des grandes surfaces, qui leur permet d’aligner leurs prix sur celui de leurs concurrents.